Le Canada et l’Union européenne (UE) ont franchi une nouvelle étape dans le renforcement de leurs relations à l’issue d’un sommet de deux jours organisé les 29 et 30 octobre 2026 à Montréal. Plusieurs accords et engagements ont été annoncés dans les domaines du commerce, de l’énergie, de la recherche, de l’intelligence artificielle et de la sécurité. Toutefois, l’ambition de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne a rencontré l’opposition de plusieurs États membres, notamment l’Allemagne.
Cette proposition avait été avancée en septembre par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui souhaitait instaurer une nouvelle forme de rapprochement institutionnel avec Ottawa, sans aller jusqu’à une adhésion complète. L’initiative avait cependant suscité des réserves à Berlin et à Paris, notamment parce que le statut de membre associé ne figure pas dans les traités européens et que ses implications juridiques restaient à définir.
Selon les informations rapportées par L’Express, le gouvernement allemand, dirigé par Friedrich Merz, a particulièrement contesté cette appellation. Berlin souhaitait éviter la création précipitée d’un statut institutionnel dont les contours et les conséquences n’étaient pas clairement établis. La France, l’Italie et la Grèce avaient également exprimé des objections au projet de déclaration commune.
L’Allemagne a finalement obtenu le retrait de la référence au « membre associé » dans le texte final du sommet. La formulation retenue évoque désormais une « association toujours plus étroite » entre le Canada et l’Union européenne. Une modification qui n’empêche toutefois pas les deux partenaires de poursuivre les discussions sur une nouvelle forme de coopération.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a d’ailleurs réaffirmé son intérêt pour ce rapprochement. À l’issue du sommet, il a indiqué que les discussions se poursuivraient afin de définir précisément la portée et le fonctionnement de ce partenariat. L’objectif est de parvenir à un cadre commun d’ici le sommet UE-Canada prévu en juin 2027.
Des accords concrets dans plusieurs secteurs stratégiques
Au-delà des divergences institutionnelles, la rencontre de Montréal a permis d’annoncer plusieurs avancées. Sur le plan économique, les deux partenaires ont achevé les négociations d’un accord sur le commerce numérique. Celui-ci doit faciliter les transactions électroniques, renforcer la cybersécurité et améliorer la protection des consommateurs contre les fraudes et les sollicitations commerciales abusives en ligne.
La question des ressources stratégiques figure également parmi les priorités. L’Union européenne souhaite réduire sa dépendance à la Chine pour l’approvisionnement en terres rares et autres minerais critiques indispensables aux industries technologiques et à la transition énergétique. Le Canada, qui dispose d’importantes réserves de ces ressources, pourrait devenir un partenaire majeur de l’Europe. La Banque européenne d’investissement pourra ainsi financer des projets liés à leur exploitation sur le territoire canadien.
Les discussions portent également sur les approvisionnements énergétiques. Bruxelles et Ottawa ont prévu de lancer une étude conjointe sur les possibilités d’exportation de gaz naturel liquéfié canadien vers l’Europe, afin de diversifier les sources d’approvisionnement européennes.
Dans le domaine de la recherche et de l’innovation, les deux parties souhaitent renforcer leur coopération en matière d’intelligence artificielle, de technologies quantiques et de supercalculateurs. Le Canada entend notamment participer à la prochaine phase du programme européen Horizon Europe, consacré au financement de la recherche scientifique. Une participation élargie au programme Erasmus+ est également envisagée pour faciliter les échanges entre étudiants, chercheurs et travailleurs.
Les discussions doivent par ailleurs permettre d’associer davantage le Canada au système européen de navigation par satellite Galileo, une alternative au GPS américain.
Un rapprochement également diplomatique et sécuritaire
Le partenariat dépasse les seules questions économiques. Ottawa et Bruxelles entendent coordonner davantage leurs positions sur les grandes questions internationales, notamment la défense du multilatéralisme, la démocratie et le respect du droit international.
À cette occasion, Mark Carney a annoncé une contribution supplémentaire de 500 millions d’euros en faveur de l’Ukraine. Les deux partenaires ont également réaffirmé leur soutien à Kiev et leur volonté de maintenir la pression sur la Russie.
Le sommet a par ailleurs permis de lancer une initiative baptisée « Alliance pour l’avenir », destinée à renforcer la coopération entre l’Union européenne, le Canada et d’autres pays partageant des objectifs communs en matière de sécurité économique, de lutte contre le changement climatique et de gouvernance des nouvelles technologies.
Ce rapprochement intervient dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques internationales, marqué notamment par les relations difficiles entre le Canada et les États-Unis. Ottawa cherche à diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques, tandis que Bruxelles souhaite consolider ses alliances avec des pays partageant ses priorités stratégiques.
Malgré les réserves allemandes sur la question du statut de membre associé, le sommet de Montréal marque ainsi une nouvelle étape dans les relations entre les deux partenaires. Les négociations prévues jusqu’en juin 2027 devront désormais déterminer jusqu’où pourra aller cette coopération inédite, sans pour autant faire du Canada un État membre de l’Union européenne.