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France : les autorités sanitaires alertent sur les effets des réseaux sociaux sur la santé des adolescents

Longtemps perçus comme de simples outils de sociabilité numérique, les réseaux sociaux apparaissent désormais, aux yeux des autorités sanitaires, comme des facteurs de vulnérabilité préoccupants pour la santé des adolescents. En France, une alerte officielle vient rappeler que ces usages ne sont pas sans conséquences sur le développement physique, psychologique et comportemental des plus jeunes.

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Troubles du sommeil, fragilités psychiques, exposition accrue à des comportements à risque : les autorités sanitaires françaises tirent la sonnette d’alarme sur l’usage intensif des réseaux sociaux chez les adolescents. Cette mise en garde, fondée sur des données scientifiques convergentes, relance le débat sur la régulation du numérique et la responsabilité collective face à un environnement devenu central dans la construction des jeunesses contemporaines.

Une alerte sanitaire fondée sur des constats médicaux établis

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, en lien avec d’autres instances sanitaires, a récemment rendu publique une analyse préoccupante concernant l’impact des réseaux sociaux sur la santé des adolescents. Loin d’un discours alarmiste isolé, cette prise de position s’appuie sur un ensemble d’études cliniques et observationnelles mettant en évidence une corrélation entre usage intensif des plateformes numériques et dégradation de certains indicateurs de santé.

Les troubles du sommeil figurent parmi les manifestations les plus fréquemment observées. L’exposition prolongée aux écrans, en particulier en soirée, perturbe les rythmes biologiques et altère la qualité du repos nocturne. À moyen terme, ces déséquilibres affectent la concentration, les capacités d’apprentissage et l’équilibre émotionnel des adolescents.

À ces troubles physiologiques s’ajoutent des atteintes psychologiques plus diffuses mais tout aussi significatives. Les autorités sanitaires relèvent une augmentation des symptômes anxieux, des fragilités de l’estime de soi et des formes de mal-être liées à la comparaison sociale permanente induite par les réseaux sociaux.

Des comportements à risque amplifiés par la logique des plateformes

Au-delà des effets individuels sur la santé, les autorités soulignent le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion et l’amplification de comportements à risque. Cyberharcèlement, banalisation de la violence, exposition à des contenus inadaptés ou dangereux : l’environnement numérique agit comme un accélérateur de phénomènes déjà existants dans la sphère sociale.

Les mécanismes algorithmiques de recommandation, conçus pour maximiser le temps d’attention, favorisent une exposition répétée à des contenus similaires, parfois anxiogènes ou extrêmes. Cette logique économique, fondée sur la captation de l’attention, entre en tension directe avec les impératifs de protection des mineurs et de santé publique.

Une problématique internationale aux réponses encore fragmentées

Si l’alerte émane des autorités françaises, la question dépasse largement les frontières nationales. Aux États-Unis d’Amérique, comme dans plusieurs États de l’Union européenne, les effets des réseaux sociaux sur la jeunesse font l’objet de débats croissants au sein des institutions publiques.

Certaines initiatives visent à renforcer les contrôles d’âge, à limiter l’accès nocturne aux plateformes ou à imposer davantage de transparence aux entreprises du numérique. Toutefois, ces réponses demeurent partielles et peinent à s’imposer face au poids économique et à l’influence politique des grands acteurs du secteur.

Entre responsabilité familiale et responsabilité publique

L’alerte sanitaire met en lumière un déséquilibre structurel. Si la responsabilité parentale est régulièrement invoquée pour encadrer les usages numériques, elle ne peut, à elle seule, compenser un environnement technologique conçu pour solliciter en permanence l’attention.

La question de la responsabilité publique se pose dès lors avec acuité. Non dans une logique de prohibition ou de censure, mais dans celle d’une régulation fondée sur des données scientifiques, visant à protéger les publics les plus vulnérables sans nier les apports réels du numérique en matière d’expression et d’accès à l’information.

Vers une régulation du numérique centrée sur la santé

L’alerte des autorités sanitaires ouvre un chantier plus vaste : celui de l’intégration des enjeux de santé mentale dans les politiques numériques. À mesure que les réseaux sociaux structurent les sociabilités adolescentes, la prise en compte de leurs effets sanitaires devient un impératif stratégique pour les États.

Cette réflexion pourrait conduire à repenser le cadre juridique applicable aux plateformes, en intégrant des obligations renforcées de prévention, de modération et de transparence algorithmique.

Loin des discours moralisateurs ou des paniques médiatiques, l’alerte sanitaire française invite à une lecture lucide des transformations numériques contemporaines. Les réseaux sociaux ne sont ni neutres ni anodins dans la construction des adolescents.

En signalant leurs effets sur la santé et les comportements, les autorités rappellent une évidence souvent occultée : la modernité technologique appelle une vigilance politique et sanitaire à la hauteur de ses impacts. Pour La Boussole – infos, comprendre ces dynamiques constitue une condition essentielle pour éclairer un débat public appelé à s’intensifier dans les années à venir.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Jeunes et écrans : une exposition massive devenue un enjeu politique et éducatif

L’usage intensif des écrans par les enfants et les adolescents s’impose aujourd’hui comme un fait social majeur. Longtemps traité sous l’angle de la responsabilité parentale ou de la prévention sanitaire, le phénomène révèle en réalité un déséquilibre plus profond : celui d’une société qui a laissé se structurer un environnement numérique puissant sans en définir clairement les règles, les limites et les finalités éducatives.

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Les alertes se succèdent, les études s’accumulent, les constats convergent. Troubles de l’attention, dégradation du sommeil, fragilisation psychique, difficultés scolaires : les effets d’une exposition prolongée aux écrans chez les jeunes ne relèvent plus de l’hypothèse. Pourtant, malgré l’ampleur du phénomène, la réponse collective demeure fragmentaire, hésitante, souvent réduite à des injonctions individuelles.

Un phénomène désormais documenté

Dans la plupart des pays développés, les enfants et les adolescents passent plusieurs heures par jour devant des écrans, qu’il s’agisse de téléphones, de tablettes, d’ordinateurs ou de consoles. Cette exposition commence de plus en plus tôt et s’inscrit dans la durée.

Les travaux scientifiques disponibles établissent des corrélations solides entre usage excessif des écrans et divers troubles : baisse de la capacité de concentration, perturbation des rythmes biologiques, altération de la qualité du sommeil, augmentation de l’anxiété et repli social chez certains profils. Le constat est aujourd’hui suffisamment étayé pour ne plus être contesté sérieusement.

Dans le débat public, cette réalité est fréquemment présentée comme un problème de comportements individuels : celui des jeunes eux-mêmes, ou celui des parents supposés défaillants. Cette lecture, si elle n’est pas totalement infondée, reste largement insuffisante pour saisir la portée réelle du phénomène.

Du mauvais usage individuel à l’échec collectif

L’erreur d’analyse la plus répandue consiste à considérer l’écran comme un simple outil dont l’usage serait librement maîtrisé par l’individu. Or, le numérique contemporain ne se limite plus à un support technique : il constitue désormais un environnement structurant, organisé autour de logiques économiques précises.

Les plateformes numériques fonctionnent sur des mécanismes d’optimisation de l’attention : stimulation permanente, gratification immédiate, hiérarchisation algorithmique des contenus. Ces dispositifs ne sont ni neutres ni accidentels. Ils sont conçus pour prolonger l’exposition et rendre l’usage difficilement interrompable.

Face à cet environnement, les jeunes se trouvent dans une position de vulnérabilité structurelle. Leur capacité d’autorégulation, encore en construction, se heurte à des systèmes pensés pour capter durablement leur attention. Parler d’addiction ou d’excès individuel sans interroger ces mécanismes revient à déplacer la responsabilité et à masquer les causes profondes.

L’école et les institutions face à leurs contradictions

L’institution scolaire illustre particulièrement ce malaise collectif. D’un côté, elle interdit ponctuellement l’usage des téléphones ; de l’autre, elle promeut la numérisation des apprentissages sans fournir de cadre critique solide. Entre ces deux positions, une dimension essentielle fait défaut : la formation structurée au rapport aux écrans.

Les élèves apprennent à utiliser des outils puissants sans être formés à leur fonctionnement, à leurs logiques économiques ou à leurs effets cognitifs. En l’absence de cette transmission, ce sont les plateformes elles-mêmes qui façonnent les usages, les références culturelles et, parfois, les normes sociales.

Ce renoncement éducatif ne relève pas d’un oubli, mais d’un retard persistant à reconnaître le numérique comme un objet politique et culturel à part entière.

Une régulation politique en retrait

Sur le plan politique, la situation est tout aussi révélatrice. Les États reconnaissent l’existence du problème, mais peinent à imposer des régulations contraignantes à des acteurs numériques transnationaux dont le modèle économique repose précisément sur l’intensification de l’usage.

Cette difficulté nourrit une forme de défaussement : les pouvoirs publics appellent à la vigilance parentale tout en laissant intact un écosystème conçu pour contourner cette vigilance. La responsabilité est ainsi renvoyée vers l’individu, alors même que les leviers d’action sont largement structurels.

Un révélateur des fragilités contemporaines

Au-delà de la question des écrans, ce débat révèle des fragilités plus larges : raréfaction du temps éducatif, affaiblissement des espaces collectifs non marchands, difficulté croissante à poser des limites dans des sociétés sous tension permanente.

L’écran devient alors un substitut : pour occuper, apaiser, détourner l’attention. Non par désinvolture, mais parce que les cadres traditionnels de socialisation peinent à remplir pleinement leur rôle.

L’exposition massive des jeunes aux écrans n’est ni une dérive marginale ni une fatalité technologique. Elle est le produit de choix collectifs, d’arbitrages politiques et d’un encadrement insuffisant face à des outils puissants.

Tant que la question sera abordée sous l’angle de la morale individuelle ou de la simple prévention sanitaire, elle restera mal posée. C’est en assumant pleinement sa dimension éducative, politique et culturelle que la société pourra espérer reprendre la maîtrise d’un environnement numérique qui façonne déjà, silencieusement, les générations à venir.

Celine Dou, pour la boussole-infos

L’ère post-réseaux sociaux : l’essor des intelligences artificielles conversationnelles et ses implications

Les grandes plateformes sociales traditionnelles connaissent un ralentissement de leur fréquentation et une saturation de leurs modèles économiques. Dans le même temps, les intelligences artificielles conversationnelles se développent rapidement, proposant des interactions personnalisées qui modifient déjà les pratiques numériques et la manière dont les individus communiquent et appréhendent la socialisation.

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Depuis plusieurs années, l’usage des plateformes telles que Facebook, Instagram, X ou Snapchat montre des signes de stagnation, avec une diminution de l’engagement et de la participation active. Ce phénomène résulte de la fatigue des utilisateurs, de la multiplication des contenus publicitaires et de la nature même des modèles économiques basés sur la collecte et l’exploitation des données personnelles. L’expérience offerte par ces plateformes ne répond plus de manière satisfaisante aux besoins sociaux et cognitifs des utilisateurs, tandis que les effets négatifs : polarisation de l’opinion, pression sociale et dépendance à l’attention deviennent plus visibles.

Parallèlement, les intelligences artificielles conversationnelles se positionnent comme de nouveaux acteurs majeurs du numérique. Les chatbots avancés et les assistants conversationnels offrent désormais la possibilité de tenir des échanges complexes, de s’adapter aux préférences et aux émotions des utilisateurs, et de fournir un accompagnement personnalisé. Ces outils, conçus pour compléter ou prolonger l’expérience sociale numérique, créent une forme de médiation artificielle dans les interactions humaines.

Cette transition technologique présente des avantages tangibles. Les intelligences artificielles conversationnelles peuvent apporter un soutien à des individus isolés, faciliter l’accès à des informations ou services personnalisés et permettre un accompagnement dans des contextes éducatifs ou professionnels. Cependant, les risques sont également importants. L’usage intensif de ces systèmes peut réduire la qualité des interactions humaines réelles, contribuer à l’isolement social et renforcer une dépendance aux dispositifs numériques. Les algorithmes, par nature propriétaires et opaques, soulèvent des questions sur la protection des données, la manipulation des comportements et la préservation de la liberté individuelle.

L’émergence de cette ère post-réseaux sociaux modifie profondément la structure des interactions numériques. Les plateformes traditionnelles avaient déjà transformé l’accès à l’information et les échanges sociaux ; les intelligences artificielles conversationnelles introduisent désormais une médiation directe, pouvant remplacer certaines relations humaines par des interactions artificielles. Cette évolution pose des enjeux majeurs pour la cohésion sociale, l’éducation, la santé mentale et la dynamique des échanges professionnels.

L’évolution future dépendra de la régulation, de l’éthique et de l’acceptation sociale. La législation devra encadrer l’usage de ces technologies et garantir la transparence des algorithmes, tandis que les concepteurs devront assumer la responsabilité de leurs outils face aux risques de dépendance et d’isolement. Enfin, la manière dont ces dispositifs seront intégrés dans le quotidien déterminera s’ils compléteront ou substitueront les interactions humaines traditionnelles.

Observer et analyser ces transformations avec rigueur est essentiel. La transition vers les intelligences artificielles conversationnelles n’est pas un simple changement technique : elle constitue un tournant sociétal, susceptible de redéfinir la communication, la socialisation et l’organisation des interactions humaines dans le monde numérique.

Celine Dou

TikTok, réseaux sociaux et jeunesse : les dangers invisibles révélés par la mort tragique de Renna O’Rourke

Le décès récent de Renna O’Rourke, une jeune états-unienne de 19 ans, provoqué par un défi viral dangereux sur TikTok, jette une lumière crue sur les risques liés à la popularité croissante des réseaux sociaux. Cette tragédie invite à une réflexion approfondie sur l’impact des plateformes numériques sur la santé et le comportement des jeunes, ainsi que sur les enjeux sociétaux, réglementaires et géopolitiques qui en découlent.

Renna O’Rourke est décédée après avoir participé à un défi sur TikTok, appelé « dusting ». Ce challenge consiste à inhaler des gaz contenus dans des bombes aérosols, notamment du difluorométhane ou d’autres hydrocarbures utilisés pour nettoyer les claviers d’ordinateurs. Cette pratique est hautement toxique, provoquant une privation d’oxygène, des troubles cardiaques et des lésions cérébrales. Ce défi, bien que strictement dangereux et illégal, s’est propagé via des vidéos courtes, très populaires sur TikTok.

Les services de santé et de police aux États-Unis d’Amérique ont multiplié les alertes après plusieurs cas graves, notamment chez des adolescents, dont certains ont perdu la vie. Ce phénomène illustre la rapidité avec laquelle des comportements à haut risque peuvent se diffuser au sein de populations vulnérables grâce aux réseaux sociaux.

Depuis son lancement en 2016, TikTok, propriété de l’entreprise chinoise ByteDance, s’est imposé comme l’un des réseaux sociaux les plus influents au monde. Sa particularité réside dans son format de vidéos courtes, dynamiques, et surtout un algorithme puissant qui personnalise le fil d’actualité (« For You »), renforçant l’addiction et la viralité des contenus.

TikTok compte plus d’un milliard d’utilisateurs actifs, avec une audience très jeune les 16-24 ans représentant une part importante. Ce succès s’observe globalement, y compris en Europe, en Afrique, et en Amérique du Nord. Cette diffusion mondiale pose la question de la régulation, car les contenus dangereux ne connaissent pas de frontières.

D’un point de vue géopolitique, la présence chinoise dans une telle plateforme suscite des tensions, notamment entre les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne et la Chine, concernant la sécurité des données, la protection des utilisateurs et les règles de modération.

Les réseaux sociaux, au-delà des défis physiques, ont des impacts profonds sur la santé mentale des adolescents. La pression pour obtenir des likes, des vues ou des abonnés alimente souvent anxiété, troubles du sommeil, dépression, voire comportements autodestructeurs.

La viralité des challenges dangereux, encouragée par la quête de reconnaissance, s’inscrit dans un contexte où les jeunes sont particulièrement sensibles aux influences sociales. L’algorithme de TikTok, conçu pour maximiser l’engagement, peut accentuer l’exposition à ces contenus à risque.

En outre, les mécanismes de modération apparaissent insuffisants ou inadaptés face à la rapidité et la diversité des vidéos mises en ligne, compliquant la prévention efficace.

Face à ces dangers, la régulation des réseaux sociaux est devenue un enjeu prioritaire pour les États et les organisations internationales. Plusieurs initiatives ont été lancées, notamment en Europe, avec la proposition de la loi sur les services numériques (Digital Services Act), visant à contraindre les plateformes à plus de transparence et de modération.

Aux États-Unis d’Amérique, le débat est également vif, oscillant entre la protection des libertés d’expression et la nécessité de protéger les mineurs. Par ailleurs, les questions de souveraineté numérique et de contrôle des données compliquent les négociations internationales, particulièrement en présence d’acteurs chinois comme TikTok.

Au-delà de la réglementation, l’éducation joue un rôle fondamental. Former les jeunes à une utilisation responsable du numérique, développer leur esprit critique face aux contenus viraux et les sensibiliser aux risques physiques et psychologiques sont des impératifs.

De nombreuses associations et institutions tentent d’intervenir, mais l’enjeu reste immense, notamment dans les pays en développement où l’accès à l’information sécurisée et la formation sont encore limités.

La mort de Renna O’Rourke est un drame humain qui met en lumière la face cachée d’un phénomène global : la puissance des réseaux sociaux à influencer massivement les comportements, souvent sans encadrement suffisant. TikTok, en tant que plateforme incontournable, illustre à la fois les opportunités et les risques du numérique dans un monde globalisé.

Cet épisode tragique souligne l’urgence d’une action coordonnée, entre régulation internationale, responsabilisation des plateformes et éducation numérique. Protéger la jeunesse nécessite une compréhension fine et rigoureuse de ces enjeux, loin des discours simplistes et idéologiques, pour construire un avenir numérique plus sûr et plus humain.

Le Royaume-Uni envisage un couvre-feu numérique pour les adolescents : vers une régulation plus stricte des usages en ligne

Santé mentale, temps d’écran, et protection de la jeunesse : une initiative britannique qui interroge les démocraties numériques contemporaines.

Le Royaume-Uni pourrait franchir un nouveau cap dans la régulation numérique : le gouvernement réfléchit à l’instauration d’un couvre-feu numérique pour les adolescents. L’objectif affiché est de limiter l’exposition des mineurs aux écrans durant la nuit, afin de préserver leur santé mentale et de répondre à des inquiétudes croissantes sur les effets délétères des réseaux sociaux. Si cette mesure venait à entrer en vigueur, elle placerait le pays parmi les pionniers d’une régulation active de l’attention numérique des jeunes dans les démocraties libérales.

Cette annonce s’inscrit dans le sillage de l’Online Safety Act, entrée en vigueur au Royaume-Uni à l’été 2025, qui impose déjà aux plateformes des contrôles d’âge renforcés et une modération accrue des contenus destinés aux mineurs. Le secrétaire d’État au numérique, Peter Kyle, entend aller plus loin : des restrictions horaires, notamment après 22h, pourraient être imposées aux adolescents sur les plateformes sociales. L’idée d’un « couvre-feu numérique » fait écho à une régulation déjà expérimentée, comme celle de TikTok, qui limite l’utilisation de ses services pour les moins de 16 ans en soirée.

La démarche s’appuie sur des constats préoccupants : selon les données publiées récemment par la presse britannique, certains enfants passeraient jusqu’à 8 heures par jour devant un écran, un chiffre en forte hausse par rapport à la moyenne de 12,5 heures par semaine en 2014. Ce phénomène s’est accentué avec le télétravail des parents, les écrans devenant un « substitut de présence » après l’école.

Une étude du British Standards Institution révèle que près de la moitié des jeunes de 16 à 21 ans préféreraient un monde sans Internet. Plus frappant encore, 70 % déclarent se sentir moins bien après avoir utilisé les réseaux sociaux. À l’heure où les troubles anxieux et dépressifs sont en nette augmentation chez les adolescents dans les pays industrialisés, ces chiffres résonnent comme un avertissement.

Un soutien notable émerge parmi les jeunes eux-mêmes : 50 % d’entre eux seraient favorables à un couvre-feu numérique à partir de 22h, preuve d’une lucidité sur les effets addictifs des technologies.

Avec cette proposition, le Royaume-Uni poursuit sa stratégie d’encadrement de l’environnement numérique, en rupture progressive avec l’idéologie d’autorégulation qui a prévalu dans les années 2010. Le régulateur britannique Ofcom prépare d’ailleurs un corpus réglementaire qui se veut plus strict encore que celui en vigueur dans l’Union européenne, notamment concernant l’interdiction des algorithmes de recommandation ciblés pour les mineurs.

Derrière ces mesures se dessine un enjeu plus large : celui de la souveraineté numérique des États face à des plateformes transnationales, dont les intérêts commerciaux entrent en collision avec la protection des publics vulnérables. Ce mouvement réglementaire n’est pas isolé. En France, plusieurs députés ont appelé à des initiatives similaires, tandis que la Californie a récemment renforcé son California Age-Appropriate Design Code Act.

Toutefois, l’idée d’un couvre-feu numérique ne fait pas l’unanimité. Les critiques s’inquiètent d’un glissement vers une société de surveillance numérique et d’une délégation excessive du rôle éducatif à l’État, là où l’éducation parentale et scolaire devrait primer. D’autres voix pointent le risque de fracture sociale : comment garantir une application équitable de telles restrictions, dans un contexte où les outils de contrôle numérique sont inégalement accessibles ?

Au fond, cette initiative relance une interrogation essentielle : quel modèle de société numérique voulons-nous construire ? Le Royaume-Uni propose ici une approche volontariste, mêlant régulation étatique, responsabilisation des plateformes, et implication des familles. Une tentative de tracer une ligne de crête entre liberté d’expression, protection de l’enfance, et démocratie numérique.

À l’heure où les jeunes générations grandissent immergées dans un monde connecté, la question du temps d’écran ne saurait se réduire à une affaire domestique. Elle touche à la fabrique même du lien social, du rapport au réel et de la citoyenneté numérique. En cela, le débat britannique dépasse largement les frontières de l’île et interpelle l’ensemble des démocraties modernes.