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La peur de louper quelque chose pousse 74 % des jeunes Français à dépasser leur budget et compromet leur épargne

Pour de nombreux jeunes adultes, la crainte de manquer un événement social influence directement leur gestion financière et leur capacité à épargner. Ce phénomène, appelé peur de louper quelque chose, gagne en intensité avec l’omniprésence des réseaux sociaux.

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Selon une étude de l’application Plum, près de trois quarts des 18‑34 ans ont déjà dépassé leur budget pour ne pas manquer une sortie ou un événement. Chaque année, ces dépenses représentent environ 1 000 euros prélevés sur leur épargne potentielle, un montant significatif pour cette tranche d’âge.

Une pression sociale amplifiée par le numérique

La peur de louper quelque chose se manifeste lorsque le jeune ressent un dilemme entre le besoin de repos et la nécessité de participer à une activité pour ne pas être exclu socialement. Cette pression se retrouve amplifiée par les réseaux sociaux, où chaque publication expose les événements et expériences vécus par les autres, renforçant l’anxiété et le sentiment de comparaison permanente.

Cette dynamique pousse les jeunes à agir dans l’urgence, parfois contre leur propre intérêt : achats impulsifs, participation à des sorties coûteuses, abonnement à des services ou activités qu’ils n’avaient pas planifiés. Le phénomène devient ainsi un facteur concret influençant leur comportement financier.

Conséquences financières : une épargne compromise

L’étude de Plum montre que 74 % des jeunes dépassent leur budget pour ne pas manquer un événement. Ces comportements impliquent un transfert de ressources vers des dépenses immédiates, au détriment de l’épargne ou de l’investissement. Les périodes particulièrement sensibles sont les vacances, les fêtes, les soldes ou l’arrivée du salaire, qui multiplient les occasions de céder à la tentation.

À long terme, ces pratiques peuvent retarder la constitution d’un patrimoine, accroître le recours au crédit à la consommation et limiter l’indépendance financière de cette génération.

Prévenir les effets de la peur de louper quelque chose

Pour réduire l’impact de ce phénomène, Plum recommande de mettre de côté une somme dès la réception du salaire, de planifier ses dépenses et de rester conscient de ses limites personnelles avant de céder à la pression sociale.

Au niveau collectif, cette situation interroge sur le rôle des plateformes numériques dans la création de ce sentiment et sur l’importance de l’éducation financière, capable d’aider les jeunes à équilibrer leurs besoins sociaux et leur sécurité économique.

La peur de louper quelque chose n’est pas qu’un simple phénomène social : elle a des conséquences concrètes sur la gestion financière des jeunes. Comprendre ses mécanismes et proposer des réponses adaptées, individuelles et collectives, est essentiel pour permettre à cette génération de préserver son autonomie économique et de construire un avenir financier plus stable.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afghanistan : la police de la vertu contrôle barbes et coupes de cheveux

À Kaboul et dans plusieurs provinces afghanes, la police de la vertu impose désormais des normes strictes sur l’apparence masculine. Les barbiers et les hommes doivent se conformer à des règles sur la longueur des barbes et des cheveux, sous peine de sanctions.

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Depuis le retour des Taliban au pouvoir, le Ministère pour la Propagation de la Vertu et la Prévention du Vice renforce le contrôle social, jusque dans les détails de l’apparence personnelle. Les nouvelles mesures touchent hommes et barbiers, et illustrent la manière dont le régime exerce son autorité sur la vie quotidienne des citoyens.

Les règles récemment appliquées par la police de la vertu imposent aux hommes de faire pousser leur barbe au‑delà d’une certaine longueur et d’éviter des coupes de cheveux jugées « non conformes ». Les barbiers qui pratiquent des tailles jugées inadéquates risquent détentions et sanctions, certains ayant été retenus plusieurs jours par les autorités.

Dans la province de Khost, des fonctionnaires civils ont également été interrogés ou licenciés pour ne pas respecter les normes capillaires établies par le régime. Cette politique ne se limite pas aux lieux publics : elle s’étend aux institutions et montre l’importance que les Taliban accordent à l’obéissance et à la conformité visible dans tous les aspects de la vie sociale.

Selon les rapports de l’ONU et de plusieurs médias internationaux, la surveillance capillaire s’inscrit dans un ensemble plus large de restrictions, comprenant l’obligation de respecter la prière, le port de vêtements conformes et des limitations strictes sur la liberté des femmes. Les interventions de la police de la vertu affectent directement la vie professionnelle et sociale des citoyens ordinaires, tout en s’inscrivant dans une stratégie de régulation étendue.

La fixation sur l’apparence, comme la longueur de la barbe ou la coupe des cheveux, dépasse la simple dimension esthétique. Elle constitue un outil de contrôle social et politique. En rendant visibles les signes d’obéissance aux normes du régime, le pouvoir affirme son autorité et impose une discipline collective.

Cette politique crée un climat de peur et de vigilance. Les citoyens et les barbiers doivent surveiller en permanence leur comportement pour éviter sanctions et détentions, ce qui limite leur liberté individuelle et leur autonomie professionnelle. Pour les jeunes hommes, en particulier, ce contrôle peut renforcer le sentiment d’insécurité et de vulnérabilité.

D’un point de vue international, ces mesures illustrent une tension entre souveraineté nationale et respect des droits fondamentaux. L’ingérence dans l’apparence personnelle et la régulation des comportements quotidiens soulignent le contrôle étendu exercé par le régime sur la population, avec des implications directes sur la liberté individuelle et la dignité humaine.

Au‑delà de l’Afghanistan, ce phénomène soulève des questions sur les limites de l’intervention de l’État dans la vie privée et sur la manière dont des régimes peuvent utiliser des normes culturelles ou religieuses pour renforcer leur contrôle social. L’exemple afghan montre comment des aspects apparemment mineurs, comme barbe ou coupe de cheveux, deviennent des instruments de discipline politique et de régulation de la société.

La situation invite également à réfléchir sur les conséquences à long terme pour les jeunes générations et la cohésion sociale. Dans un pays marqué par des décennies de conflit, la normalisation de la surveillance et du contrôle des comportements peut avoir des effets durables sur la culture, les relations interpersonnelles et la perception de l’autorité.

La mise en application de normes strictes sur la barbe et les cheveux en Afghanistan n’est pas un simple détail de la vie quotidienne. Elle révèle la manière dont la police de la vertu devient un instrument de contrôle social et politique, affectant la liberté individuelle, la vie professionnelle et les comportements quotidiens. Ce phénomène illustre les défis contemporains auxquels la société afghane est confrontée, entre obéissance aux normes religieuses, autorité étatique et protection des droits fondamentaux.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Suède : le durcissement des règles sur l’immigration touche de plus en plus les jeunes

À Stockholm comme dans les villes périphériques, de nombreux jeunes d’origine immigrée se retrouvent confrontés à une réalité jusque-là inimaginable. Ceux qui ont grandi presque toute leur vie dans le pays doivent désormais prouver individuellement leur droit de séjour, au risque d’être séparés de leurs familles.

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Le durcissement des politiques migratoires mené par la coalition de droite soutenue par les Sweden Democrats modifie profondément la vie des jeunes et des familles immigrées. Les mesures, présentées comme un contrôle nécessaire des flux et une responsabilisation des bénéficiaires d’aides sociales, posent des questions sur la cohésion sociale, les droits fondamentaux et la place des jeunes dans la société suédoise.

Depuis 2022, la Suède a introduit une série de réformes visant à durcir l’accès aux permis de séjour, à la citoyenneté et aux prestations sociales. Les jeunes adultes ayant obtenu des permis temporaires se trouvent particulièrement exposés. Passé 18 ans, ils doivent désormais démontrer un « besoin de dépendance exceptionnelle » pour rester auprès de leur famille, un critère subjectif qui crée une forte incertitude juridique.

Les règles touchent également l’accès à la citoyenneté et aux prestations sociales. Les nouveaux critères imposent la maîtrise de la langue, la connaissance du fonctionnement de la société et un comportement exemplaire. Pour percevoir certaines allocations, il faudra justifier d’au moins cinq ans de résidence et, dans certains cas, d’une participation active au marché du travail. Ces mesures, officiellement destinées à réduire la dépendance aux aides et à responsabiliser les bénéficiaires, ont des effets concrets sur le quotidien de jeunes qui se considèrent pleinement suédois.

Ces réformes ne peuvent être interprétées uniquement comme des ajustements administratifs. Elles révèlent une logique politique plus large : la coalition de droite entend restaurer « l’ordre » dans le système d’asile, réduire les flux migratoires et asseoir sa crédibilité auprès d’un électorat préoccupé par l’immigration. Mais cette approche entre en tension avec les obligations internationales de la Suède, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention européenne des droits de l’homme, qui protègent la vie familiale et l’intérêt supérieur des mineurs.

Sur le plan social, le durcissement accentue la précarité de jeunes adultes qui ont grandi dans le pays, générant un sentiment d’injustice et de fragilisation. La mesure risque de creuser des fractures dans certains quartiers et de mettre à l’épreuve la cohésion sociale. Comparée à d’autres pays européens, la Suède illustre un paradoxe : un modèle d’intégration historique confronté à une stratégie de contrôle migratoire stricte, qui soulève des dilemmes éthiques et juridiques.

L’exemple suédois pose des questions plus larges sur les politiques migratoires en Europe et leur impact sur les jeunes générations. Jusqu’où un État peut-il durcir ses règles tout en respectant l’intégrité familiale et les droits des enfants ? Comment concilier souveraineté nationale et obligations internationales ? La Suède, historiquement perçue comme un modèle d’intégration, pourrait devenir un terrain d’étude sur les limites et conséquences du durcissement migratoire pour la jeunesse immigrée. Ces questions résonnent au-delà de ses frontières, à l’heure où de nombreux pays européens cherchent un équilibre entre contrôle des flux et cohésion sociale.

Le durcissement des règles sur l’immigration en Suède affecte profondément des jeunes qui ont grandi dans le pays et leurs familles. Si l’objectif affiché est de réguler les flux et d’encourager l’autonomie financière, les conséquences révèlent une tension entre contrôle migratoire, protection des droits fondamentaux et cohésion sociale. La Suède offre ainsi un exemple saisissant des défis contemporains auxquels les sociétés européennes sont confrontées face à l’immigration et à la jeunesse.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Quand la vitesse façonne l’attention : le phénomène du visionnage accéléré chez les jeunes

À l’ère des flux numériques ininterrompus, la jeunesse s’habitue à consommer l’information à grande vitesse. Ce recours au visionnage accéléré n’est pas seulement un gain de temps : il révèle une mutation profonde des rapports au savoir, de la concentration et de la culture générale.

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Dans un contexte où les contenus abondent et où le temps disponible se contracte, le visionnage accéléré s’impose comme une réponse pragmatique. Mais cette pratique pose des questions essentielles : que perd-on lorsque la vitesse prend le pas sur l’attention ? Comment la culture, la réflexion et la capacité à analyser des informations complexes sont-elles transformées par ce rythme imposé par le numérique ?

Une accélération née de l’infobésité

Les plateformes de diffusion, des géants de la vidéo aux applications de podcasts, offrent aujourd’hui la possibilité d’augmenter la vitesse de lecture. Pour les jeunes générations, cette fonctionnalité n’est pas qu’un gadget : elle devient un instrument pour suivre la masse d’informations disponibles, qu’il s’agisse d’actualité, de contenus éducatifs ou de supports culturels.

Cette accélération traduit une réponse au temps qui manque, mais elle illustre aussi une pression sociétale plus large. Dans des environnements académiques exigeants et face à la compétition constante sur les réseaux sociaux, la rapidité se transforme en critère de performance, presque un marqueur social : ne pas consommer suffisamment vite, c’est risquer d’être dépassé.

Les conséquences sur l’attention et la réflexion

Si la vitesse permet d’absorber plus d’informations, elle engendre des effets secondaires significatifs. L’attention se fragmente, la lecture devient superficielle, et la mémorisation des contenus est réduite. L’information cesse d’être un objet de réflexion pour devenir un outil utilitaire, absorbé dans un flux continu, sans pause ni profondeur.

Cette mutation cognitive s’accompagne d’une forme d’anxiété silencieuse : la peur de “perdre du temps” pousse à accélérer toujours davantage, rendant le ralentissement presque inconfortable. La maîtrise du temps personnel, longtemps garante d’apprentissage et de culture, est ainsi réinterprétée selon les logiques numériques.

Une question sociétale plus large

Le phénomène dépasse l’individu. Il traduit une mutation culturelle globale : l’ère du numérique transforme la manière dont une génération construit sa connaissance du monde. À l’échelle internationale, des recherches mettent en évidence des effets comparables : attention fragmentée, fatigue cognitive et difficulté à maintenir une lecture longue et soutenue.

En France et dans plusieurs pays africains, où la jeunesse se confronte à des environnements éducatifs exigeants et à l’omniprésence des réseaux numériques, le visionnage accéléré incarne la tension entre abondance d’informations et capacité limitée à les traiter en profondeur. Il illustre une époque où la vitesse prime sur la réflexion, et où la culture se mesure en quantité d’informations absorbées plutôt qu’en profondeur de compréhension.

Le visionnage accéléré n’est pas un simple outil pratique : il est révélateur d’une transformation de l’attention et du rapport au savoir. Cette pratique peut aider à gérer le flux informationnel, mais elle pose des défis sur la qualité de l’apprentissage et de la réflexion critique. Comprendre ses effets et les accompagner devient essentiel pour que la rapidité n’éclipse jamais la profondeur et la culture intellectuelle.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Jeux d’enfance et urbanité adulte : quand le retour des “gendarmes et voleurs” en Corée du Sud révèle l’isolement et la quête de liens sociaux

Un phénomène insolite attire l’attention en Corée du Sud : de jeunes adultes se rassemblent dans les parcs pour rejouer à une version grandeur nature du jeu d’enfance « gendarmes et voleurs ». Au-delà du divertissement, cette pratique collective révèle les tensions sociales et le besoin de liens humains dans une société urbaine marquée par l’isolement, la pression professionnelle et la déconnexion numérique.

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Ce n’est pas un simple retour nostalgique à l’enfance. Ces rassemblements nocturnes, parfois organisés par centaines de participants via des plateformes numériques locales, deviennent un indicateur des transformations sociales et culturelles qui traversent la jeunesse sud‑coréenne.

Une pratique ludique devenue phénomène social

Le concept est simple : les participants se répartissent en deux équipes la « police » et les « voleurs » et se poursuivent dans des zones délimitées des parcs publics. Les voleurs gagnent s’ils échappent à la capture pendant un temps donné, tandis que les gendarmes l’emportent en attrapant tous les voleurs.

Si le jeu rappelle les cours de récréation des années 1990 et 2000, il s’est organisé et professionnalisé pour les adultes : annonces sur forums et applications locales, règles strictes, zones sécurisées et variantes intégrant des éléments de chasse au trésor ou des codes visuels.

Motivations profondes : nostalgie et besoin de lien

L’un des facteurs clés de cette tendance est la nostalgie, mais pas seulement. Dans un contexte urbain où le travail est exigeant et les interactions sociales limitées, ces jeux constituent une récréation pour adultes, offrant un moment de liberté et de plaisir physique.

Les participants citent souvent la reconnexion humaine comme motivation : courir ensemble, interagir sans écrans, créer des liens réels. Dans une société où les amitiés et les rencontres se font majoritairement en ligne, ces sessions deviennent un espace rare de convivialité tangible.

Santé et sécurité : un équilibre à trouver

Si le jeu favorise l’activité physique et le bien‑être social, il comporte également des risques. Courir intensément, parfois sur des surfaces glissantes ou en hiver, peut provoquer des blessures musculaires ou articulaires. Les organisateurs prennent soin de prévenir les accidents : zones sécurisées, échauffements, signaux visuels et horaires adaptés pour minimiser les interactions avec les autres usagers du parc.

Une illustration des transformations sociales

Ce phénomène n’est pas seulement ludique. Il révèle plusieurs réalités contemporaines :

  1. Isolement urbain et pression sociale : la jeunesse sud‑coréenne fait face à des rythmes professionnels exigeants, des logements restreints et une urbanisation dense qui limitent les interactions physiques.
  2. Recherche d’authenticité : le besoin d’expressions corporelles et de contacts humains réels s’oppose à la surconsommation d’expériences numériques.
  3. Innovation sociale : l’utilisation d’outils numériques pour organiser des activités collectives dans la vie réelle montre une adaptation inventive de la technologie au service du lien social.

Ces rencontres deviennent ainsi un miroir de la société coréenne moderne, où le jeu et la sociabilité se réinventent pour répondre aux tensions et besoins contemporains.

Vers une tendance mondiale ?

Si ce retour aux jeux d’enfance pour adultes prend de l’ampleur en Corée du Sud, il pose une question plus large : la quête de liens sociaux authentiques et de loisirs collectifs pourrait‑elle se diffuser dans d’autres sociétés urbaines fortement numérisées et stressantes ?

Des villes comme Tokyo, Singapour ou Séoul, avec des jeunes confrontés à des modes de vie similaires, pourraient voir émerger des pratiques comparables. Le phénomène ouvre ainsi un débat sociologique et culturel sur l’adaptation des loisirs adultes à un monde urbain hyperconnecté.

Celine Dou

En Guinée, des familles sans nouvelles de jeunes partis en migration irrégulière, symptôme d’une crise sociale et politique durable

En Guinée, de nombreuses familles recherchent depuis des années des jeunes disparus après leur départ sur les routes de la migration irrégulière. L’absence d’informations fiables, de reconnaissance officielle et de mécanismes institutionnels met en lumière une réalité humaine ignorée, avant de révéler les failles profondes d’un système national et international incapable de protéger les parcours migratoires.

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Une disparition documentée, mais rarement reconnue

Le phénomène est désormais établi. En Guinée, des centaines, probablement des milliers de jeunes sont portés disparus après avoir quitté le pays dans l’espoir de rejoindre l’Afrique du Nord ou l’espace union-européen. Les familles, restées sans nouvelles, entreprennent des démarches informelles, s’appuient sur des réseaux communautaires ou sollicitent des organisations non gouvernementales pour tenter d’obtenir la moindre information sur le sort de leurs proches.

Les disparitions surviennent à différents stades du parcours migratoire. Certaines ont lieu lors de la traversée du désert, d’autres dans des centres de détention situés dans des pays de transit, d’autres encore lors des tentatives de traversée maritime. Dans la majorité des cas, aucune confirmation officielle de décès n’est transmise, aucun corps n’est identifié, et aucun document administratif ne permet d’établir un statut clair.

Des familles enfermées dans l’incertitude

Cette absence de certitude produit une situation singulière : les disparus ne sont ni considérés comme décédés, ni comme vivants. Pour les familles, cette ambiguïté interdit toute forme de clôture. L’attente devient permanente, alimentée par des rumeurs, des témoignages fragmentaires et parfois de fausses pistes.

Les proches vivent dans un espace social incertain, sans accompagnement institutionnel, sans reconnaissance juridique et sans soutien psychologique structuré. La disparition migratoire devient ainsi un fait domestique durable, intégré à la vie quotidienne sans jamais être réellement nommé par l’État.

Une migration massive ancrée dans la réalité guinéenne

Ces disparitions s’inscrivent dans un contexte de départ massif des jeunes. La Guinée est aujourd’hui l’un des principaux pays d’origine de la migration irrégulière en Afrique de l’Ouest. Ce mouvement résulte d’un enchevêtrement de facteurs économiques, sociaux et politiques : faiblesse du marché de l’emploi, perspectives limitées de mobilité sociale, sentiment de marginalisation de la jeunesse et défiance vis-à-vis des institutions publiques.

Dans ce cadre, la migration n’apparaît plus comme un choix individuel isolé, mais comme une trajectoire collective largement intégrée aux représentations sociales. Le risque de disparition, bien que connu, est souvent relégué au second plan face à l’absence d’alternatives crédibles.

Une opacité structurelle le long des routes migratoires

Les routes empruntées sont caractérisées par une absence quasi totale de traçabilité. Les décès ne sont pas systématiquement recensés, les centres de détention communiquent peu, et les mécanismes d’identification des corps restent largement insuffisants. Cette opacité rend les disparitions difficilement quantifiables et contribue à leur invisibilisation.

À cela s’ajoute une autre réalité, rarement prise en compte : certains migrants, bien que vivants, cessent volontairement toute communication. La précarité, la peur de l’échec ou la volonté de se soustraire au regard familial peuvent conduire à une rupture durable du lien, prolongeant l’incertitude des proches.

L’absence de réponse publique comme fait politique

Sur le plan institutionnel, la réponse demeure limitée. La Guinée ne dispose pas de dispositif national structuré pour le recensement des migrants disparus ni pour l’accompagnement de leurs familles. Les autorités reconnaissent le phénomène migratoire, mais peinent à assumer pleinement la question des disparitions, faute de données consolidées et de volonté politique claire.

Ce silence institutionnel n’est pas neutre. Il transforme une tragédie humaine en angle mort des politiques publiques et contribue à normaliser l’idée que certaines vies peuvent disparaître sans laisser de trace officielle.

Une responsabilité internationale diluée

Au-delà du cadre national, ces disparitions s’inscrivent dans un système migratoire international marqué par la fermeture progressive des voies légales et par l’externalisation du contrôle des frontières de l’Union européenne. En déplaçant les dispositifs de contrôle vers des pays de transit fragiles, les États européens participent à un environnement où la protection des personnes devient secondaire.

Les morts et les disparus ne sont alors plus des sujets politiques, mais des conséquences indirectes d’une stratégie sécuritaire qui privilégie la dissuasion à la gestion humaine des mobilités.

Une réalité humaine devenue révélateur systémique

En Guinée, la disparition de jeunes migrants n’est plus un fait marginal. Elle révèle une crise sociale profonde, un déficit de protection institutionnelle et une fracture durable entre une jeunesse en quête d’avenir et des structures incapables de l’offrir.

Tant que l’information factuelle sur ces disparitions ne sera pas pleinement reconnue et intégrée dans les politiques publiques, l’analyse restera vaine. Or c’est précisément cette reconnaissance qui conditionne toute réponse durable, nationale comme internationale.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Corée du Sud : une génération qui décroche du travail / Mauvais salaires, pression hiérarchique, désillusion : pourquoi des centaines de milliers de jeunes choisissent volontairement l’inactivité

En Corée du Sud, l’une des économies les plus avancées du monde, un phénomène social majeur inquiète les autorités : un nombre croissant de jeunes, pourtant diplômés, quittent volontairement leur emploi ou renoncent à chercher du travail. Leur décision n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’un marché du travail devenu, selon eux, toxique, sous-rémunéré et incompatible avec un mode de vie équilibré**. Au-delà d’un fait divers social, c’est un *signal d’alarme* sur les limites d’un modèle économique bâti sur la performance et la pression hiérarchique.

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Un phénomène massif et durable

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, près de 700 000 jeunes Sud-Coréens de 15 à 39 ans sont classés dans la catégorie “resting”, c’est-à-dire ni en emploi, ni en recherche active. Un niveau jamais atteint auparavant.
Plus frappant encore : plus de 80 % de ces jeunes ont déjà travaillé, parfois plusieurs années, mais ont démissionné ou mis fin à leur recherche faute de conditions jugées acceptables.

Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient alors que la démographie sud-coréenne s’effondre : la population jeune diminue, mais la part des jeunes inactifs par choix continue, elle, de croître.

Mauvais salaires et explosion du coût de la vie

Le premier motif évoqué par ces jeunes est l’inadéquation entre les salaires proposés et le coût réel de la vie.
Dans les grandes villes comme Séoul, les loyers ont bondi, les frais de transport et de restauration ont augmenté, et les emplois d’entrée de carrière souvent précaires ne permettent plus de vivre décemment.

La réalité sud-coréenne contraste avec l’image d’un pays prospère : pour de nombreux jeunes, travailler ne garantit plus de pouvoir vivre, ni d’épargner, ni de progresser socialement.

Pression hiérarchique et culture du travail oppressante

La Corée du Sud est réputée pour sa culture professionnelle stricte :

  • longues heures de travail non payées,
  • hiérarchie rigide,
  • faible reconnaissance,
  • pression émotionnelle,
  • compétition interne permanente.

Plusieurs témoignages montrent des jeunes épuisés par un modèle où l’obéissance prime sur la créativité, où l’on attend des employés qu’ils fassent preuve de loyauté indéfectible, et où la critique est peu tolérée.
Cette pression constante conduit à un burn-out massif, souvent identifié comme l’une des raisons majeures de la démission volontaire.

Un paradoxe : des jeunes très diplômés… mais sans perspective

La Corée du Sud possède l’un des taux de diplômés universitaires les plus élevés au monde. Pourtant, ces jeunes peinent à trouver un emploi qui corresponde :

  • à leurs compétences,
  • à leurs attentes salariales,
  • à leur niveau d’études,
  • et à leurs aspirations personnelles.

Ils dénoncent un marché du travail où les postes qualifiés sont rares, monopolés par les grandes entreprises, tandis que la majorité des offres concerne des emplois temporaires, peu rémunérés ou peu attractifs.

Ainsi se crée un profond mismatch entre les études et la réalité professionnelle, menant à la frustration, puis au désengagement.

Conséquences psychologiques : fatigue, isolement, perte d’espérance

La vague de désengagement s’accompagne d’effets psychologiques marqués :

  • anxiété,
  • perte d’estime de soi,
  • isolement social,
  • sentiment d’échec malgré les diplômes,
  • impression d’être piégé dans un système injuste.

De nombreux jeunes affirment ressentir un défaut d’avenir dans une société où les efforts scolaires colossaux ne sont plus récompensés par une ascension sociale tangible.

Une inquiétude nationale face aux risques démographiques et économiques

Les autorités sud-coréennes s’inquiètent :

  • Le retrait massif des jeunes pèse sur la productivité nationale.
  • L’inactivité prolongée menace la stabilité économique du pays.
  • Le malaise social alimente la crise de natalité, déjà l’une des plus graves du monde.
  • À long terme, il risque de provoquer une rare “génération perdue” dans un pays développé.

Malgré des programmes de soutien à l’emploi, les réponses restent insuffisantes tant que la qualité des emplois ne s’améliore pas et que la culture du travail demeure inchangée.

Lecture géopolitique et mondiale

Ce qui se joue en Corée du Sud dépasse ses frontières.
Ce phénomène interroge les modèles de croissance basés sur :

  • la compétition extrême,
  • l’hyper-productivité,
  • la pression sociale comme moteur de performance.

Il révèle aussi une tendance mondiale : les jeunes générations de l’Asie à l’Europe, jusqu’à l’Amérique refusent de plus en plus les emplois jugés indignes, mal payés ou dévalorisants, même si cela signifie rester sans emploi.

La situation sud-coréenne est ainsi un miroir grossissant de questions globales :
➡️ quelle place accorder au bien-être dans le travail ?
➡️ comment garantir des emplois valorisants et équitables ?
➡️ que devient la “méritocratie” quand le travail ne garantit plus la mobilité sociale ?

Un pays face à un choix de société

La Corée du Sud est aujourd’hui confrontée à un défi historique : réinventer son marché du travail pour ne pas perdre les forces vives de sa jeunesse.
Le malaise actuel n’est pas une simple crise du chômage, mais une crise de sens et une remise en cause profonde d’un modèle de réussite fondé sur l’endurance et le sacrifice.

À travers cette génération qui “arrête de travailler”, c’est toute la société sud-coréenne qui envoie un message :
la dignité, la santé mentale et la qualité de vie ne peuvent plus être sacrifiées sur l’autel de la performance.

Celine Dou

Afrique du Sud : un recul du chômage qui masque une fragilité structurelle

Une baisse chiffrée mais non transformante

Selon le dernier rapport de Statistics South Africa, le taux de chômage officiel est passé de 33,2 % à 31,9 % au troisième trimestre 2025. En apparence, le pays sort lentement de l’étau du chômage de masse. En réalité, cette évolution demeure statistique, bien plus qu’économique.
Car derrière les chiffres se profile un marché du travail profondément déséquilibré : faible productivité, sous-emploi massif, et persistance du chômage de longue durée.

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Une économie fragilisée par des déséquilibres anciens

Depuis la fin du régime d’apartheid, l’Afrique du Sud vit avec l’un des taux de chômage les plus élevés du monde. Malgré une base industrielle solide, la désindustrialisation progressive, la crise énergétique récurrente et les défaillances logistiques freinent la compétitivité.
La dépendance à quelques secteurs mines, finance, services publics empêche la création d’emplois massifs et diversifiés.

Cette vulnérabilité est accentuée par la structure du marché du travail : près de 77 % des chômeurs le sont depuis plus d’un an, selon la Banque de réserve sud-africaine. La jeunesse, notamment les moins de 35 ans, paie le prix le plus lourd de cette inertie.

Des créations d’emplois à la portée limitée

Le trimestre écoulé a vu la création d’environ 248 000 emplois, principalement dans la construction, le commerce et les services communautaires. Ces secteurs, bien qu’importants, sont souvent associés à des emplois temporaires ou faiblement rémunérés.
En revanche, l’industrie manufacturière, moteur traditionnel de l’emploi stable, continue de se contracter.
Autrement dit : les emplois reviennent là où la productivité reste la plus basse, et non dans les segments capables de soutenir une croissance durable.

Le paradoxe du “recul officiel”

La légère baisse du taux de chômage officiel cache une autre réalité : celle du retrait de nombreux demandeurs d’emploi du marché du travail. Le taux élargi qui inclut les personnes découragées avoisine 42 %.
En d’autres termes, si moins de Sud-Africains sont comptabilisés comme chômeurs, ce n’est pas toujours parce qu’ils travaillent, mais parfois parce qu’ils ont cessé de chercher.

Une reprise sans transformation

Le gouvernement sud-africain se félicite de cette tendance, y voyant le signe d’un redressement. Mais l’absence d’un plan structurel fondé sur la relance de la productivité, l’investissement privé et la formation technique réduit la portée de cette amélioration.
Les programmes publics temporaires ou subventionnés, souvent coûteux, ne suffisent pas à inverser durablement la courbe du chômage.
Sans stratégie industrielle claire ni réforme énergétique aboutie, la “reprise” restera partielle et vulnérable.

Un miroir d’enjeux mondiaux

La situation sud-africaine illustre un phénomène plus large : dans de nombreux pays émergents, les statistiques de l’emploi s’améliorent sans que la réalité sociale ne suive.
L’informalité, le sous-emploi et la précarité deviennent des variables d’ajustement plutôt que des priorités de réforme.
Ce décalage entre chiffres officiels et vécu économique nourrit la défiance envers les institutions et alimente un sentiment d’immobilisme, particulièrement parmi les jeunes générations.

Le recul du chômage en Afrique du Sud ne traduit pas encore une embellie réelle, mais un répit comptable.
Tant que la croissance restera fragile et inégalement distribuée, la baisse du chômage demeurera un indicateur partiel, incapable de refléter la profondeur des fractures économiques et sociales du pays.
La stabilité sud-africaine dépendra moins des variations trimestrielles que de la capacité de l’État à repenser la structure même de son économie en misant sur l’investissement productif, la formation et la durabilité.

Celine Dou

Chine : un adolescent sur quatre s’automutile, symptôme du mal-être d’une jeunesse en modernisation rapide

L’augmentation récente des comportements d’auto‑lésion chez les adolescents chinois révèle une fracture profonde entre les transformations économiques et technologiques du pays et la stabilité psychologique des jeunes générations. Selon plusieurs études menées dans les grandes villes chinoises, près d’un adolescent sur quatre s’est déjà infligé des blessures volontaires sans intention suicidaire. Ce chiffre, inédit en Chine, rapproche désormais le pays des sociétés occidentales, où ces comportements ont été documentés depuis plusieurs décennies.

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Le phénomène ne peut être réduit à un problème individuel ou médical isolé. Il s’inscrit dans un contexte de modernisation accélérée qui bouleverse les repères sociaux et culturels traditionnels. La transition de la Chine vers un modèle économique libéral et technologiquement avancé a créé un environnement où la compétition scolaire et sociale est intense, les pressions sur les jeunes immenses et les repères collectifs fragilisés. La culture confucéenne, qui structura longtemps l’éducation et les relations familiales, est mise à l’épreuve par la mobilité urbaine et la montée de l’individualisme. Les adolescents se retrouvent ainsi confrontés à des exigences personnelles et sociales sans précédent, mais avec moins de cadres solides pour y répondre.

La technologie joue un rôle amplificateur. L’usage intensif des smartphones et des réseaux sociaux expose les jeunes à une comparaison constante et à une surstimulation émotionnelle. L’isolement numérique et la dépendance aux écrans renforcent le sentiment de solitude et la difficulté à gérer les émotions, créant un terreau favorable aux comportements d’automutilation. Ces tendances sont accentuées par la pression scolaire et le rythme de vie urbain, qui imposent des performances académiques et sociales toujours plus élevées.

L’automutilation chez les adolescents chinois reflète aussi l’effet du libéralisme économique débridé sur la jeunesse. La croissance rapide et la consommation individualisée ont élargi les possibilités, mais ont simultanément réduit les repères collectifs et les valeurs transcendantes sur lesquelles les jeunes pouvaient s’appuyer pour structurer leur identité. La quête de sens, le sentiment d’appartenance et la stabilité affective deviennent fragiles, et certains adolescents cherchent à réguler leur détresse émotionnelle par des comportements d’auto‑lésion.

Au niveau de la santé publique, ce phénomène soulève des enjeux majeurs. La disponibilité limitée de psychologues scolaires, la stigmatisation persistante de la santé mentale et l’insuffisance des infrastructures de prévention mettent en danger la capacité des adolescents à recevoir un soutien adapté. Les initiatives récentes du gouvernement chinois pour alléger la pression scolaire et promouvoir le bien-être psychologique constituent un pas dans la bonne direction, mais leur impact reste encore limité face à l’ampleur du mal-être.

L’émergence de l’automutilation en Chine n’est pas un simple symptôme médical : elle illustre le coût humain des transformations socio-économiques rapides. La modernisation et l’ouverture économique, lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de cadres sociaux, culturels et éducatifs protecteurs, peuvent générer des fragilités psychologiques inédites. Ce phénomène interroge non seulement les politiques éducatives et de santé publique, mais aussi la manière dont la société chinoise accompagne ses jeunes dans la transition vers une modernité accélérée.

La détresse des adolescents chinois est ainsi le reflet d’un paradoxe contemporain : la prospérité économique et technologique ne garantit pas le bien-être psychologique, et la jeunesse se retrouve souvent livrée à elle-même pour naviguer entre ambitions personnelles et exigences sociales. Comprendre ce phénomène exige une lecture fine et analytique, qui dépasse les chiffres bruts et met en lumière les transformations profondes de la société chinoise.

Celine Dou

Royaume-Uni : les Neets, ces millions de jeunes qui abandonnent études et travail ; une crise silencieuse ou une génération perdue ?

Au Royaume-Uni, près d’un million de jeunes âgés de 16 à 24 ans se trouvent aujourd’hui ni en études, ni en emploi, ni en formation. Ce chiffre, en hausse de 200 000 en seulement deux ans, révèle une crise structurelle dont l’ampleur dépasse largement la sphère éducative ou économique. La génération Z britannique, souvent perçue comme connectée, formée et ambitieuse, semble paradoxalement se détourner du système, un paradoxe que les chiffres ne suffisent plus à expliquer.

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Ce désengagement n’est pas un simple choix individuel. Selon un rapport de PwC, 40 % des jeunes de cette tranche d’âge préfèrent démissionner et vivre d’allocations plutôt que de rester dans un emploi jugé insatisfaisant. Les témoignages recueillis par The Telegraph illustrent un malaise profond : isolement, mal-être, sentiment d’inadéquation et manque de repères. Jordan Cocker, 18 ans, raconte son retrait après une expérience de travail chez McDonald’s : « Je ne voulais rien faire. Je restais juste à la maison. Je me sentais horrible. » Floyd Smith, lui, se confine dans sa chambre et se réfugie dans les jeux vidéo pour échapper à la pression sociale.

Ces récits traduisent une déconnexion croissante entre la jeunesse et les institutions, qu’elles soient éducatives ou économiques. Le système scolaire britannique, trop centré sur la théorie et la mémoire, ne prépare pas suffisamment aux réalités du marché du travail. L’apprentissage reste difficile à intégrer pour les jeunes qui n’ont jamais été accompagnés dans leur transition vers l’emploi. Le recours à des programmes alternatifs comme le SCL Education and Training Group ne constitue qu’une réponse partielle et locale à un problème national.

Le gouvernement britannique a tenté de répondre en relevant le salaire minimum de 16,3 % pour les 18-20 ans, mais ce geste, s’il est nécessaire, reste symbolique face à l’ampleur du phénomène. Keir Starmer qualifie la situation de « question morale », mais les politiques publiques peinent à traiter ses causes profondes : inégalités sociales, fragilité du soutien familial, santé mentale, pression psychologique et perte de sens du travail.

La crise britannique résonne également au-delà de ses frontières. En France, 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans sont aujourd’hui hors études, emploi ou formation. Partout, les sociétés modernes font face à la même interrogation : la jeunesse se détourne-t-elle du travail et de l’école par choix ou par impossibilité ? Le phénomène des Neets met en lumière des fragilités structurelles communes : systèmes éducatifs inadaptés, marché du travail saturé ou déconnecté, et absence de parcours alternatifs pour ceux qui ne s’insèrent pas dans les modèles traditionnels.

Pour l’Afrique, le signal d’alarme est tout aussi pertinent. Le chômage des jeunes dépasse souvent 60 % dans certaines zones urbaines, et la question des compétences, de la formation et de l’insertion reste largement insuffisante face à la croissance démographique et aux mutations économiques. Les exemples britanniques et français offrent des leçons claires : ne pas anticiper les transitions éducatives et professionnelles peut produire des générations marginalisées, avec des conséquences économiques, sociales et politiques lourdes.

Le phénomène des Neets n’est donc pas seulement statistique. Il interroge le sens du travail, la pertinence des systèmes éducatifs et le rôle des politiques publiques dans la construction d’une société capable d’intégrer sa jeunesse. La question qui se pose est celle de l’avenir : ces jeunes représentent-ils une génération perdue, ou le signe avant-coureur d’un nouveau rapport à l’éducation, au travail et à la société, qui exige des réponses structurelles et innovantes ?

Celine Dou