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Cuba : à 95 ans, Raúl Castro réapparaît à La Havane pour les 100 ans de Fidel, au moment où la révolution est confrontée à sa plus grave crise

À 95 ans, Raúl Castro a fait une rare apparition publique jeudi 13 août au théâtre Karl Marx de La Havane, lors de la cérémonie organisée pour le centenaire de la naissance de son frère Fidel. Accueilli par une longue ovation, l’ancien président cubain est venu honorer celui avec lequel il a construit la révolution de 1959. Mais l’image prend une autre dimension lorsque l’on regarde ce qui se passe autour d’elle : Cuba manque de carburant, d’électricité et de produits essentiels, tandis que le pouvoir entreprend les réformes économiques les plus importantes depuis des décennies.

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Fidel Castro aurait eu 100 ans. Il est mort en 2016 après avoir dirigé Cuba pendant près d’un demi-siècle. Son frère Raúl, qui lui a succédé à la présidence, a depuis quitté les fonctions qui lui donnaient un pouvoir officiel. Sa présence au gala du 13 août rappelle pourtant que la révolution cubaine n’est pas seulement une page d’histoire : elle reste le socle politique sur lequel le régime actuel cherche à tenir. Le paradoxe est que, pour préserver ce système, ses héritiers sont désormais contraints d’en modifier une partie du fonctionnement économique.

Le dernier témoin de la révolution

Fidel Castro, né le 13 août 1926, est l’homme qui a renversé le régime de Fulgencio Batista en 1959 et dirigé Cuba pendant plusieurs décennies. Il a fait de l’île un État communiste à parti unique et l’un des principaux adversaires des États-Unis d’Amérique pendant la guerre froide. Son pouvoir s’est accompagné de politiques sociales qui ont profondément transformé l’éducation et la santé cubaines, mais aussi d’un système politique qui a supprimé le pluralisme et réprimé l’opposition.

Raúl était à ses côtés dès le début. Commandant militaire de la révolution, ministre de la Défense pendant près d’un demi-siècle, il a finalement succédé à son frère à la présidence en 2008. Il a quitté la direction du Parti communiste en 2021, mettant fin à six décennies de direction par les deux frères Castro.

Son entrée dans le théâtre Karl Marx, vêtu de son uniforme vert olive, avait donc une portée qui dépassait largement le cadre familial. À ses côtés se trouvait Dalia Soto del Valle, la veuve de Fidel. À la fin du spectacle, Raúl s’est levé et a invité le public à applaudir.

Cette scène appartient à une époque qui disparaît. Fidel est mort depuis dix ans. Raúl a 95 ans. La génération qui a pris le pouvoir en 1959 n’est plus aux commandes. Pourtant, le pouvoir actuel continue de chercher dans cette génération une partie de sa légitimité.

Célébrer Fidel pour parler du présent

La Havane a consacré plusieurs jours au centenaire. Expositions, concerts, conférences et colloques ont réuni des participants cubains et étrangers. Quelque 1 500 personnes venues de plus de 60 pays ont participé aux différentes activités organisées autour de l’anniversaire.

Le président Miguel Díaz-Canel continue, lui aussi, de présenter Fidel comme une référence politique pour le pays. La commémoration ne sert donc pas uniquement à rappeler le passé. Elle permet au pouvoir actuel d’affirmer une continuité : Fidel est mort, mais la révolution qu’il a dirigée demeure la référence du régime.

C’est précisément là que la présence de Raúl devient intéressante. Il est l’un des rares hommes encore capables d’incarner physiquement cette continuité. Son visage rappelle que le pouvoir actuel descend directement de ceux qui ont fait la révolution.

Mais cette continuité se heurte à une réalité que les cérémonies ne peuvent effacer.

Une révolution obligée de changer son économie

Cuba traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Les pénuries de carburant ont paralysé une partie des transports et des activités économiques. Les coupures d’électricité peuvent durer plus de vingt heures dans certaines zones. L’approvisionnement en eau et en produits essentiels est également perturbé.

La pression exercée par les États-Unis d’Amérique aggrave ces difficultés. Mais elle n’explique pas tout. L’économie cubaine souffre depuis longtemps d’une faible production, d’infrastructures vieillissantes, d’un manque de devises et d’une forte dépendance aux importations.

La réponse de La Havane est particulièrement significative. En juin, l’Assemblée nationale a approuvé 176 mesures de transformation économique et sociale. Elles accordent davantage de place au secteur privé, facilitent certaines formes d’investissement étranger et modifient plusieurs règles qui encadraient strictement l’activité économique.

Le changement est considérable pour un pays dont Fidel Castro avait placé l’économie sous un contrôle étatique étroit. Il ne s’agit toutefois pas, pour le gouvernement cubain, d’abandonner le socialisme. Les autorités parlent d’adapter le modèle, pas de le renier.

C’est toute la difficulté de la période actuelle : le pouvoir veut sauver le système politique sans conserver intact le modèle économique qui l’a accompagné pendant des décennies.

Raúl Castro, témoin d’un passage de relais

La réapparition de Raúl intervient donc à un moment particulier. Celui qui a longtemps été le numéro deux de Fidel appartient désormais au passé, mais le système politique qu’ils ont construit doit répondre à des problèmes auxquels les anciennes recettes ne suffisent plus.

Même le secteur énergétique donne une image saisissante de cette évolution. Ces derniers mois, des entreprises privées cubaines ont pu bénéficier d’exportations de carburant en provenance des États-Unis d’Amérique, alors que l’embargo reste largement en vigueur. Cette ouverture a créé un marché parallèle où le carburant se revend à des prix que la majorité des Cubains ne peut pas payer.

La contradiction est difficile à ignorer. Le pays célèbre Fidel Castro, l’homme qui avait fait de l’indépendance économique vis-à-vis de Washington un principe politique, tandis que certaines entreprises cubaines cherchent aujourd’hui des solutions auprès de fournisseurs états-uniens.

La révolution n’est donc plus dans la situation de 1959, ni même dans celle de l’époque de Fidel. Elle doit désormais composer avec un monde économique qu’elle avait longtemps tenu à distance.

Une image avant le changement de génération

Il serait pourtant prématuré d’interpréter ces réformes comme la fin du castrisme. Le Parti communiste conserve le pouvoir et les autorités ne parlent ni de pluralisme politique ni d’abandon du socialisme.

Mais quelque chose a changé.

Fidel pouvait encore incarner personnellement la révolution. Raúl pouvait ensuite en assurer la continuité. Díaz-Canel, lui, appartient à une génération qui n’a pas fait la révolution et qui doit désormais convaincre les Cubains que son système peut encore répondre à leurs besoins.

C’est peut-être pour cette raison que l’apparition de Raúl, le 13 août, a autant compté. Pendant quelques instants, dans un théâtre de La Havane, le passé et le présent du régime se sont retrouvés dans la même salle.

Raúl Castro, dernier grand témoin de la révolution au pouvoir, était là pour célébrer les 100 ans de Fidel. Dehors, Cuba affrontait ses pénuries et ses longues coupures d’électricité. Entre ces deux réalités se joue désormais l’avenir de l’héritage castriste : non plus savoir si la révolution peut survivre à Fidel, mais si elle peut encore survivre à ceux qui l’ont faite.

Celine Dou, pour la Boussole-infos