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Vatican : Léon XIV entre collégialité et tradition, une révolution de velours

Depuis son élection, le pape Léon XIV impose une gouvernance plus collégiale au Vatican, convoquant annuellement l’ensemble des cardinaux pour réfléchir à l’orientation stratégique de l’Église. Parallèlement, il ouvre un dialogue sur la liturgie traditionnelle, notamment la messe en latin, cherchant à concilier tradition et modernité dans une institution mondiale en mutation.

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Au-delà des symboles, le pontificat de Léon XIV illustre une transformation douce mais significative de la gouvernance ecclésiale, où la collégialité, le dialogue et la prudence doctrinale deviennent les instruments d’une réforme structurelle et spirituelle.

En janvier 2026, le pape a réuni 170 cardinaux lors d’un consistoire annuel, un exercice inédit dans sa régularité depuis Vatican II. L’ordre du jour portait sur quatre dossiers : l’évangélisation, le synode, la Curie romaine et la liturgie. Si seuls les deux premiers ont été abordés de manière formelle, la rencontre a permis aux cardinaux de se familiariser avec les priorités du pontificat, de prier ensemble et d’échanger directement avec le souverain pontife.

Cette démarche marque un tournant dans la gouvernance du Vatican. Léon XIV entend favoriser la collégialité, réduire l’influence des logiques centralisatrices et promouvoir une participation plus active des cardinaux à la définition de la stratégie globale de l’Église. Elle s’inscrit dans une vision où la synodalité devient un outil de cohésion interne et de gouvernance partagée.

Sur le plan liturgique, le pape engage un dialogue prudent autour de la messe en latin, longtemps limitée par son prédécesseur. Des célébrations symboliques en forme extraordinaire du rite romain ont été autorisées, illustrant une volonté d’ouvrir un espace de conciliation entre tradition et exigences contemporaines. Le pontificat met ainsi l’accent sur la valeur spirituelle et identitaire de la liturgie tout en évitant d’en faire un instrument de division.

Cette « révolution de velours » combine réforme institutionnelle et attention à la tradition. Léon XIV illustre qu’une approche douce, fondée sur la collégialité et la consultation, peut produire des changements durables dans une institution millénaire. La gouvernance collégiale, si elle se consolide, pourrait améliorer l’efficacité de la Curie, renforcer la cohésion entre les cardinaux et permettre une meilleure adaptation aux enjeux contemporains, qu’ils soient doctrinaux, sociaux ou diplomatiques.

La question de la liturgie, quant à elle, est révélatrice de tensions plus profondes. Elle traduit la nécessité d’un équilibre entre fidélité historique et ouverture aux attentes d’une Église mondiale, hétérogène et en mutation rapide. En ménageant les deux dimensions, le pape parie sur un processus inclusif et symboliquement fort, sans rupture brutale.

La démarche de Léon XIV s’inscrit dans un contexte international où les institutions, religieuses ou non, doivent conjuguer tradition et modernité, autorité et consultation, identité et adaptation. Le Vatican, par sa portée symbolique et diplomatique, devient un laboratoire de gouvernance innovante, capable de projeter une influence mondiale tout en modernisant ses structures internes.

En privilégiant collégialité et dialogue liturgique, Léon XIV amorce une transformation subtile mais profonde de l’Église catholique. Son pontificat pourrait constituer un modèle de gouvernance durable et nuancée, démontrant qu’une réforme institutionnelle réussie peut s’appuyer sur la tradition, la consultation et l’intelligence stratégique, tout en restant attentive aux attentes spirituelles et sociales des fidèles.

Celine Dou, Pour La Boussole – infos

Climat et savoirs autochtones : à Londres, le Prince William plaide pour une alliance entre tradition et modernité

L’appel du Prince William à inclure les voix autochtones dans l’action climatique internationale, lancé lors d’un débat de haut niveau dans la capitale britannique, marque une inflexion notable dans les discours institutionnels sur l’écologie mondiale.

Le 26 juin 2025, dans le cadre de la Climate Action Week organisée à Londres, le Prince William a présidé un débat réunissant des décideurs politiques, des philanthropes et des représentants de peuples autochtones. À l’issue de ces échanges, il a appelé à une mobilisation collective urgente pour préserver la planète, en insistant sur l’apport irremplaçable des savoirs traditionnels dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité et le dérèglement climatique.

Cet événement, soutenu par le Earthshot Prize une initiative environnementale lancée par le Prince en 2020 a mis en lumière une question de plus en plus pressante : comment réconcilier les approches scientifiques et les visions culturelles enracinées dans les territoires, souvent marginalisées dans les négociations climatiques internationales ?

Alors que les peuples autochtones représentent environ 5 % de la population mondiale, ils protègent plus de 80 % de la biodiversité restante sur Terre, selon les Nations unies. Ce paradoxe minoritaires en nombre mais essentiels en impact est au cœur des revendications actuelles en faveur d’une gouvernance écologique plus inclusive.

Lors du débat, plusieurs intervenants venus d’Amazonie, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est ou encore des régions arctiques ont insisté sur l’importance des connaissances locales, souvent transmises oralement, dans la gestion des écosystèmes. En reconnaissant publiquement cette expertise ancestrale, le Prince William rejoint un mouvement grandissant qui appelle à intégrer les voix autochtones non pas comme simples « témoins » de la crise, mais comme co-constructeurs des solutions.

Les grands sommets sur le climat, à l’image de la COP28 tenue à Dubaï en 2023, ont souvent été critiqués pour leur approche trop technocratique, centrée sur les marchés carbone, les investissements massifs et les modèles occidentaux de transition énergétique. Or, pour de nombreux acteurs issus des peuples racines, cette vision ignore les dimensions sociales, spirituelles et territoriales du rapport à la nature.

« Il ne peut y avoir de justice climatique sans justice culturelle », a déclaré l’un des représentants présents, rappelant les multiples spoliations territoriales subies au nom du « développement durable ». Ces propos font écho aux critiques adressées à certains projets dits « verts » (barrages, parcs solaires, réserves naturelles fermées aux communautés locales), qui reproduisent parfois les logiques extractivistes qu’ils prétendent combattre.

Autre enjeu soulevé lors de cette rencontre : la place des grandes fondations et fonds privés dans le financement des politiques climatiques. Si leur soutien est souvent vital, notamment pour des initiatives locales hors des circuits institutionnels classiques, leur influence peut aussi poser des questions de gouvernance, de priorisation des projets et de rapports de pouvoir Nord-Sud.

Le Prince William, en position de figure médiatrice, semble avoir voulu faire le lien entre ces mondes encore trop cloisonnés : celui des grandes institutions occidentales, des innovateurs technologiques et des communautés enracinées dans des modes de vie bas carbone depuis des siècles.

Si le ton employé par le Prince William marque une avancée sur le plan symbolique, la reconnaissance réelle des peuples autochtones dans les négociations internationales demeure très partielle. À ce jour, ils restent sous-représentés dans les structures décisionnelles, souvent relégués à des « panels consultatifs » sans pouvoir contraignant.

Pourtant, dans un monde confronté à des crises écologiques systémiques, il devient de plus en plus clair que les réponses ne viendront pas uniquement des laboratoires ou des conférences internationales, mais aussi de l’écoute attentive des voix qui parlent depuis la forêt, la savane, la montagne ou les zones côtières.