La Chine face à sa pire vague de chaleur de son histoire, et craint pour ses récoltes!

Depuis le début de ses relevés météorologiques en 1961, la Chine n’avait jamais connu d’été aussi caniculaire, des températures historique tant par leur durée que par leur ampleur.

Principal réservoir d’eau potable du pays, le fleuve Yangtsé est à sec en de nombreux endroits, affichant un sol craquelé, tandis que depuis deux mois, de nombreuses villes chinoises vivent au rythme des alertes quotidiennes aux fortes chaleurs, forçant les autorités à rationner l’électricité.

« L’intensité, l’impact, l’ampleur et la durée de la vague de chaleur en Chine cet été ont battu tous les records », a écrit l’Organisation météorologique mondiale dans un tweet publié lundi 22 août. Le pays a subi une vague de chaleur extrême et une sécheresse pendant plus de 70 jours consécutifs, sans précédent en Chine.

Jamais depuis que le Centre national du climat de Chine a commencé à tenir des registres, en 1961, une vague de chaleur aussi longue n’a été enregistrée. Cette semaine, plus de 240 villes ont signalé des températures supérieures à 40 °C.

De nouveaux records historiques sont tombés dimanche 21 août, notamment dans la province du Sichuan, note Andrew Freedman, journaliste expert des questions climatiques pour le média d’information états-unien Axios : « Gao a atteint 43,5 °C », « la température record de 41 °C a été enregistrée dimanche à Mianyang », « à Beibei, la température a atteint 45 °C les 19 et 20 août », énumère-t-il.

Le spécialiste ajoute que cette vague de chaleur a également établi des records en termes de portée géographique, puisque près de 40°C ont été enregistrés sur près de 800 000 km² en Chine. « Cela équivaut à la superficie des États du Texas, du Colorado et de la Californie réunis » et touche plus de 100 millions de personnes.

Les chercheurs sont unanimes, cette vague de chaleur n’a pas de précédent : « Il n’y a rien de comparable à la vague de chaleur de l’été 2022 en Chine en termes d’intensité, de durée, d’étendue géographique et de nombre de personnes touchées », a déclaré le météorologue Bob Henson à Axios. Colin McCarthy, expert en sciences atmosphériques, pense même que « l’intensité, la durée, l’ampleur et l’impact combinés de cette vague de chaleur sont sans commune mesure avec ce que l’homme n’a jamais enregistré », écrit-il sur Twitter.

Le plus grand fleuve de Chine à sec

D’autres chercheurs soulignent que même si cette vague de chaleur explose les records, dans le contexte du réchauffement de la planète, elles seront bientôt une « nouvelle normalité ». « Il ne faut donc pas s’en étonner, car plus les températures moyennes augmentent, plus les périodes de chaleur extrême se multiplient », a déclaré Lesley Hughes, climatologue australienne, à SBS News.

Comme la température, la sécheresse deviendra de plus en plus extrême avec le changement climatique. La preuve en est que cette année, le cours du Yangtze, le plus long fleuve de Chine et le troisième plus grand au monde, est peut-être tombé à son plus bas niveau en 150 ans. Le journal The Guardian rappelle que les conséquences sont énormes pour la population : « Il fournit de l’eau potable à plus de 400 millions de personnes en Chine ».

Alors les autorités tentent tout pour faire monter le niveau du fleuve. Les médias britanniques continuent de rapporter que l’État a libéré 980 millions de mètres cubes d’eau des réservoirs pour reconstituer les niveaux inférieurs du fleuve. La Chine a même déployé des moyens démesurés en tentant d’accélérer le retour de la pluie grâce à l’« l’ensemencement des nuages ». Cette technique, développée depuis les années 90, consiste à envoyer des substances chimiques dans le ciel susceptibles de faire tomber la pluie. De l’iodure d’argent a été projeté ces derniers jours, permettant aux nuages existants de former des cristaux de glace afin de produire davantage de pluie.

Le fleuve Yangtze est également essentiel pour la production d’hydroélectricité. Certaines provinces comme le Sichuan, où 80 millions de personnes dépendent de cette source d’énergie à 80%, ont décidé de couper l’électricité de la plupart des usines pendant une semaine. L’objectif : s’assurer que chacun a l’électricité chez lui et que le réseau n’est pas surchargé.

Pour pallier la pénurie d’énergie, la Chine a augmenté sa production et importé du charbon pour produire de l’électricité, citant un article de la chaîne états-unienne CNN Business. À l’échelle nationale, les centrales électriques ont brûlé 8,16 millions de tonnes de charbon thermique par jour au cours des deux premières semaines d’août, en hausse de 15% par rapport à il y a un an, selon les données de la Commission nationale du développement et de la réforme, une agence chinoise.

Ce recours massif au charbon est une très mauvaise nouvelle alors que le mix énergétique de la plus grande puissance mondiale dépend déjà à 60 % de cette énergie fossile. C’est aussi une contradiction de la part de la Chine qui souhaite que 90 % de sa production énergétique provienne du nucléaire et des énergies renouvelables d’ici à 2050. Le pays va enfin à rebours des rapports des experts du climat du GIEC qui appellent à cesser l’activité des centrales à charbon afin de limiter le réchauffement à 2 °C d’ici la fin du siècle, idéalement à 1,5 °C.

Craintes pour l’agriculture

Ces conditions météo représentent un défi pour l’agriculture, dans un pays déjà en temps normal en déficit de terres cultivables. La sécheresse est notamment problématique pour les cultures de riz et de soja, très gourmandes en eau. « L’étendue rapide de la sécheresse, exacerbée par des températures élevées et des dommages causés par la chaleur, fait peser une grave menace sur la production agricole d’automne », souligne un avis publié notamment par le ministère de l’Agriculture.

Ces derniers mois, des spécialistes s’inquiétaient déjà pour les récoltes du pays, en raison des restrictions sanitaires contre le Covid qui perturbent les échanges et la logistique et ont retardé les semences au printemps. La sécurité alimentaire est un sujet sensible en Chine car le pays a dans son histoire été frappé par des épisodes de famine.

La Chine assure plus de 95% de ses besoins en riz, blé et maïs. Mais de mauvaises récoltes risquent d’accroître les importations du pays plus peuplé du monde, au moment où l’offre de céréales est déjà mise à mal par la guerre en Ukraine.

La sécheresse risque de causer la perte de 20% des récoltes, estime Faith Chan, professeur associé de sciences géographiques à l’université de Nottingham Ningbo (Chine). « Mais cela dépendra de l’évolution de la canicule qui pourrait durer encore une ou deux semaines », selon lui.

Guillaume Roz

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