Guerre Russie-Ukraine : voici pourquoi la Russie a totalement arrêté ses livraisons de gaz à la France.

Gazprom annoncé suspendre totalement, à partir de ce jeudi 1er septembre, ses livraisons en gaz à la France. Pour se justifier, le géant gazier russe a reproché à « Engie » (la compagnie nationale française d’électricité et de gaz – ndlr) de n’avoir pas payé l’intégralité des livraisons effectuées en juillet. Côté français, une source industrielle explique qu’il s’agit « simplement » d’un « différend commercial lié avant tout à une différence d’interprétation ».

Pourquoi Gazprom a effectué cette coupure totale de gaz à la France ?

Mardi, le géant gazier russe a annoncé qu’il prévoyait la suspension totale de ses livraisons vers la France, à compter du jeudi 1er septembre. En guise de justification, « Gazprom » assure que l’énergéticien français « Engie » n’a pas payé l’intégralité des livraisons effectuées en juillet. Or, un décret de Vladimir Putin, signé fin mars, spécifie « qu’il est interdit de livrer davantage de gaz naturel à un acheteur étranger si l’acheteur n’a pas effectué le paiement en intégralité dans le délai fixé dans le contrat ». La coupure perdurera « jusqu’à la réception en intégralité des sommes financières dues pour les livraisons », a-t-il précisé.

Mercredi 31 août, une source industrielle a avancé une autre explication : celle d’un « différend commercial lié avant tout à une différence d’interprétation ». Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et en réponse aux sanctions économiques occidentales prises contre la Russie, Gazprom n’a de cesse de réduire les livraisons de gaz à l’Europe. En ce qui concerne la France, elles sont récemment passées à seulement 1,5 TWh par mois. « Engie » avait évoqué, fin juillet, une part de gaz russe dans ses approvisionnements de l’ordre de 4%.

Pour légitimer cette baisse drastique des volumes gaziers fournis à Engie, Gazprom a invoqué la « force majeure » ; une clause qui permet de l’exonérer de sa responsabilité en cas d’événement exceptionnel. La partie française a, pour sa part, contesté cette « force majeure » et a déduit une partie des dommages qu’elle estime avoir subi de sa facture au géant russe, ce que permettent les contrats, selon une source industrielle.

« A ce stade, c’est un différend commercial assez classique sur ce qui est ou pas la force majeure. Simplement, ce différend, somme toute classique, voit son règlement très compliqué par le fait qu’on est dans un contexte géopolitique très particulier », a observé la source industrielle, estimant qu’il est trop tôt pour savoir quel sera l’effet de cette crise sur la relation bilatérale entre les deux entreprises à long terme.

« Il n’y a pas d’impact sur la capacité à approvisionner les clients en France et pas d’impact notable a priori sur l’approvisionnement vers l’ensemble de l’Europe puisque les volumes de la Russie vers l’UE sont restés stables », a-t-on noté. Les volumes qui ne sont pas livrés à Engie le sont ainsi ailleurs en Europe.

Toutefois, l’Europe doit, actuellement, faire face à l’interruption des livraisons via le gazoduc Nord Stream depuis mercredi. Selon Gazprom, propriétaire de cette conduite qui relie directement les champs gaziers sibériens au nord de l’Allemagne, d’où le gaz est ensuite exporté à d’autres pays européens, cette coupure est liée à des travaux « nécessaires » dans une station de compression située en Russie. Bien qu’ils soient programmés jusqu’à samedi, l’Europe s’inquiète de voir cette situation perdurer.

En France, la présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Emmanuelle Wargon, s’est montrée, elle aussi, confiante « sur la capacité à passer l’hiver en France sans gaz russe ». Cela ne changera « heureusement pas grand-chose » pour les consommateurs, a-t-elle estimé mercredi sur LCI, soulignant l’effort de diversification des approvisionnements et le bon remplissage des stockages.

Jeudi dernier, les stocks de gaz de la France ont dépassé le seuil de 90% de remplissage pour l’hiver (91,47% mardi matin), selon la plateforme européenne Agregated Gas Storage Inventory (AGSI), et la France est en bonne route pour tenir son objectif de 100% d’ici novembre.

« Au niveau des arrivées de gaz, on constate encore aujourd’hui des injections qui continuent à être tout à fait en ligne avec nos prévisions et vont nous permettre de pouvoir arriver à l’entrée de l’hiver avec un taux de remplissage qui sera optimal pour l’ensemble du territoire français », a assuré, mardi, à l’AFP, Pierre Chambon, directeur général de Storengy France, une filiale d’Engie spécialisée dans le stockage.

Conseil de défense

Le porte-parole du gouvernement français, Olivier Véran, a confirmé que l’objectif serait atteint « d’ici à la fin de l’été », mais a averti que cela ne signifiait pas que la France aurait « suffisamment de gaz pour passer l’hiver si les Russes le coupaient et si on en consommait beaucoup ». Un conseil de défense consacré à l’approvisionnement en gaz et en électricité du pays aura lieu, aujourd’hui, vendredi 2 septembre, sous l’égide du président Emmanuel Macron.

« Entre les maintenances de gazoduc et les désaccords sur le contrat, un hiver avec zéro gaz russe est le scenario principal pour l’Europe », estime Simone Tagliapietra, chercheur à l’institut bruxellois Bruegel.

Depuis que les pays occidentaux ont imposé des sanctions à Moscou après le lancement de son offensive contre l’Ukraine, la Russie a plusieurs fois réduit ses livraisons de gaz à l’Europe, qui en est fortement dépendante. La Russie représentait, jusqu’à l’an dernier, quelque 40% des importations gazières de l’UE.

Les prix du gaz ont explosé sur le Vieux continent, frôlant ces dernières semaines des records historiques (345 euros le MWh en séance) en raison de suspensions attendues d’approvisionnement russe entre le 31 août et le 2 septembre via Nord Stream 1, du fait d’une maintenance du gazoduc, selon une annonce de Gazprom. Avant l’invasion russe de l’Ukraine, il évoluait autour de 80 euros le MWh.

Joseph Kouamé

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