L’historien Paul Veyne, spécialiste de l’Antiquité grecque et romaine, est mort

L’historien de l’Antiquité, Paul Veyne, admiré pour son érudition et son enthousiasme pour transmettre sa passion des mondes grec et romain, est mort à l’âge de 92 ans.

Professeur à l’université de Provence et à l’Ecole pratique des hautes études, chercheur original et libre, Paul Veyne a détenu la chaire « Histoire de Rome » au Collège de France.

l’historien Paul Veyne, spécialiste de l’Antiquité grecque et romaine, est mort, jeudi 29 septembre, à l’âge de 92 ans, à Bédoin, village du Vaucluse où il avait élu domicile, a appris le média « Le Monde » auprès de la maison d’édition Albin Michel.

Professeur honoraire au Collège de France, Paul Veyne était un spécialiste de l’antiquité gréco-romaine qu’il faisait revivre avec passion dans une œuvre aussi savante qu’iconoclaste. Il avait rencontré le succès public en 2015 avec son essai « Palmyre, l’irremplaçable trésor », ode à la cité syrienne détruite par le groupe Etat Islamique (« Daesh ») : « Que ses notables portent (ndlr: au temps de sa splendeur) un vêtement grec ou arabe, qu’on y parle l’araméen, l’arabe, le grec et même, dans les grandes occasions, le latin, on sent souffler sur Palmyre un frisson de liberté, de non-conformisme, de multiculturalisme », écrivait-il. Sentiment intolérable pour ceux qui ont détruit la ville, selon lui.

Homme de gauche, mais ayant voté Nicolas Sarkozy en 2007, il avait obtenu en 2014 le prix Femina de l’essai pour son autobiographie « Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas » qui retraçait, avec humour, son parcours d’historien et d’intellectuel dans la France d’après-guerre. En 2017, il recevait le prix de la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour l’ensemble de son œuvre.

Né le 11 juin 1930 à Aix-en-Provence, dans une famille modeste et pétainiste, il est un adolescent passionné par l’« Odyssée », qui déchiffre les inscriptions latines au musée de Nîmes. Parfait représentant de l’ascenseur social républicain, il entre à l’Ecole Normale Supérieure en 1951 et passe l’agrégation de grammaire. Il prend sa carte du Parti communiste mais le quitte en 1956 lors de l’entrée des chars soviétiques à Budapest.

Après être passé par l’Ecole française de Rome, il commence sa carrière d’enseignant à l’université par la Sorbonne, où il est assistant, avant d’aller à Aix, où il sera professeur, de 1976 à 1999. En 1975, il entre au collège de France, soutenu par le grand penseur libéral Raymond Aron. Il gardera sa chaire d’Histoire de Rome jusqu’en 1988. Lors de la leçon inaugurale, il ne se montre pas très révérencieux à l’égard de son maître. Aron lui en voudra toute sa vie.

De Paul Veyne, certains collègues disaient qu’il était un peu franc-tireur parmi nombre d’historiens et de professeurs. Lui assumait son image de provocateur, épris de liberté, de chercheur privilégiant l’approche pluridisciplinaire. Ami du philosophe Michel Foucault, admirateur du poète René Char – il a consacré un livre à chacun -, Paul Veyne a notamment écrit « Le pain et le cirque », « Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? », « Quand notre monde est devenu chrétien » ou « L’élégie érotique romaine ».

Dans « L’Empire gréco-romain » (prix Chateaubriand 2006), il explique que la distinction, voire l’opposition, entre la Grèce et Rome reste un « mythe » : « l’Empire dit romain fut en réalité gréco-romain », écrit-il. Il s’y efforce de répondre aux questions que tout un chacun peut se poser : « Pourquoi les empereurs mouraient-ils si rarement dans leur lit ? », « Pourquoi y a-t-il eu tant de Césars fous ? », « La charité chrétienne a-t-elle mis fin aux combats de gladiateurs ? », « Le faste monarchique était-il de la propagande ? » ou « Civilisation mondiale et identité nationale sont-elles incompatibles ou auxiliaires ? ».

Ce passionné d’alpinisme, père d’un enfant, était atteint d’une malformation congénitale qui déformait son visage. « Je n’ai jamais voulu verser une larme à ce propos, a-t-il dit. A l’école, on m’appelait l’homme à la gogne. Un mot méridional qui veut dire bosse. J’en ai souffert enfant, mais je me suis dépêché de ne plus en souffrir, tenant pour des cons les gens qui m’attaquaient ».

Hélène de Branco

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