Pendant plusieurs années, Bally Bagayoko aurait cumulé un poste de cadre à la Régie autonome des transports parisiens (RATP) avec plusieurs mandats électifs. Aujourd’hui, cette situation est examinée par la justice après une plainte déposée auprès du Parquet national financier. L’association AC!! Anti-Corruption demande de vérifier si les règles encadrant le cumul d’activités publiques ont été respectées et si les rémunérations perçues correspondaient bien à un travail effectivement exercé.
Lire la suite: France : une plainte vise le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, soupçonné d’avoir cumulé un emploi à la RATP et plusieurs mandats publics
L’affaire a commencé avec une enquête du Canard enchaîné. L’hebdomadaire affirme que Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de La France insoumise, formation politique française classée à gauche, aurait conservé un poste de cadre à la RATP alors qu’il exerçait parallèlement plusieurs responsabilités électives.
Selon les informations publiées par le journal satirique, l’élu aurait été recruté par la régie publique des transports franciliens en 2000 dans des conditions particulières, sans concours ni entretien. L’enquête évoque également des horaires de travail qualifiés d’« élastiques » et une rémunération qui aurait ensuite dépassé 6 000 euros mensuels, en incluant les primes et le treizième mois.
Au fil des années, Bally Bagayoko a occupé plusieurs fonctions politiques : adjoint au maire de Saint-Denis, vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, puis maire de la commune en 2026. C’est l’association de ces responsabilités électives avec son activité professionnelle au sein d’une entreprise publique qui se trouve aujourd’hui au centre des interrogations.
Une question au cœur de la plainte : le travail était-il réellement exercé ?
La plainte déposée par AC!! Anti-Corruption ne demande pas à la justice de trancher une controverse politique, mais de vérifier des éléments précis. L’association souhaite notamment savoir si une autorisation de cumul avait été délivrée par la RATP ou par les autorités compétentes, et si l’activité professionnelle exercée pendant les différents mandats correspondait aux obligations prévues par son contrat.
En France, le cumul de plusieurs emplois publics à temps complet est encadré par la loi. Lorsqu’une personne perçoit une rémunération provenant d’une entreprise publique, la réalité du travail fourni et le respect des règles administratives doivent pouvoir être établis.
Pour AC!! Anti-Corruption, si des rémunérations avaient été versées pour un emploi qui n’était pas effectivement occupé selon les conditions prévues, les faits pourraient relever d’une utilisation indue de fonds publics. L’association a donc demandé au Parquet national financier, juridiction spécialisée dans les affaires de corruption et d’atteinte à la probité, d’examiner la situation.
Des précédents qui ont marqué la vie publique française
Cette affaire rappelle d’autres dossiers qui ont alimenté le débat sur l’utilisation des fonds publics et la réalité des fonctions rémunérées.
Les affaires d’emplois présumés fictifs ont régulièrement conduit la justice française à s’interroger sur une même question : une rémunération publique correspond-elle à un travail réellement effectué ? Le dossier concernant François Fillon et les emplois de collaboratrice parlementaire attribués à son épouse avait notamment placé cette problématique au centre du débat national.
Le cas de Bally Bagayoko est toutefois différent. Il ne concerne pas une collaboratrice parlementaire, mais un possible cumul entre un emploi dans une entreprise publique et des responsabilités politiques locales. La question posée est donc celle de la compatibilité entre une fonction professionnelle rémunérée et l’exercice simultané de mandats électifs.
Au-delà des situations individuelles, le sujet renvoie à un débat plus large en France : celui de la frontière entre engagement politique et avantages liés à une fonction publique. Les réformes successives sur la transparence de la vie publique ont cherché à renforcer les obligations des responsables politiques afin d’éviter les conflits d’intérêts et de garantir une utilisation rigoureuse de l’argent public.
La justice devra établir les faits
Éric Halphen, ancien juge et président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption, affirme que l’association joue son rôle de lanceur d’alerte en transmettant à la justice des éléments qui lui paraissent nécessiter une vérification. Il précise que cette démarche vaut quelle que soit l’appartenance politique des personnes concernées.
Contacté par l’Agence France-Presse, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir. La RATP indique, pour sa part, qu’elle se tient à la disposition de la justice et qu’elle fournira les documents nécessaires si une enquête est ouverte.
À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre le maire de Saint-Denis et aucune infraction n’est établie. Le Parquet national financier devra désormais examiner les éléments transmis et décider des suites à donner.
Cette affaire ne se résume pas au cas personnel de Bally Bagayoko. Elle pose une question centrale de la vie publique française : lorsqu’un élu perçoit une rémunération issue d’une entreprise publique tout en exerçant des responsabilités politiques, comment garantir que chaque fonction est réellement exercée et que chaque euro public est justifié ? La réponse appartient désormais à la justice.
Celine Dou, pour la Boussole-infos