La Corée du Nord a tiré un nouveau missile balistique en direction de la mer, au large de sa côte Est, aux premières heures de dimanche 1er janvier, a déclaré l’armée sud-coréenne.
Un missile balistique de courte portée a été tiré vers 2h50 heure locale (19h50 GMT), depuis les environs de la capitale Pyongyang et a parcouru environ 400 kilomètres, a déclaré l’état-major interarmées de Corée du Sud (JCS). Selon les garde-côtes japonais, le missile a atteint une altitude d’environ 100 km et a parcouru environ 350 km avant d’atterrir en dehors de la zone économique exclusive du Japon.
Kim Jong-un a appelé à augmenter de façon « exponentielle » l’arsenal nucléaire du pays pour faire face à la menace que représente les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud, qualifié « d’ennemi incontestable ». Des propos qui sont loin d’annoncer une potentielle accalmie sur la péninsule coréenne qui a vu un nombre record de missiles tirés en 2022.
En clôture des six jours de réunion du Parti du travail, Kim Jong-un a révélé sa stratégie militaire pour l’année à venir. En plus de l’« augmentation exponentielle de l’arsenal nucléaire » du pays, le dirigeant nord-coréen a annoncé le développement d’un nouveau missile balistique intercontinental capable de frappe nucléaire rapide.
Des annonces offensives qui sont, selon lui, une réponse aux provocations des forces hostiles. Comprenez les nombreux exercices militaires des États-Unis d’Amérique et de la Corée du Sud, devenu désormais « l’ennemi incontestable », alors que les tensions se sont considérablement accrues depuis mai et l’arrivée des conservateurs au pouvoir à Séoul.
« Nous répondrons à une attaque nucléaire par une attaque nucléaire, et à une confrontation totale par une confrontation totale » a également précisé Kim Jong-Un. Alors que son homologue sud-coréen, Yoon Suk-yeol, ne semble pas prêt non plus à reculer, cela n’incite pas à l’optimisme pour les relations inter-coréennes en 2023, pourtant l’année des 70 ans de la fin de la guerre de Corée.
« La situation actuelle appelle à redoubler d’efforts pour renforcer massivement la force militaire afin de garantir pleinement la souveraineté, la sécurité et les intérêts fondamentaux (de la Corée du Nord) en réponse aux manœuvres militaires inquiétantes des Etats-Unis et d’autres forces hostiles », a déclaré Kim Jong Un. « Cela souligne l’importance et la nécessité d’une production de masse d’armes nucléaires tactiques et appelle à une augmentation exponentielle de l’arsenal nucléaire du pays », a-t-il poursuivi.
Dans une autre dépêche, KCNA a rapporté des propos de Kim Jong Un selon lesquels la Corée du Sud était désormais « entièrement à la portée de frappes » nucléaires nord-coréennes.
La tension est montée de façon spectaculaire ces derniers mois entre la Corée du Nord et son voisin du Sud ainsi que les Etats-Unis et le Japon. L’année 2022 a été marquée par un nombre record de tirs de missiles par Pyongyang. Trois missiles balistiques à courte portée ont encore été tirés par la Corée du Nord samedi, et un autre dimanche à l’aube. KCNA a évoqué « un exercice de tir de lanceurs de roquettes multiples de très grande taille ».
Et le 26 décembre, cinq drones nord-coréens ont pénétré dans l’espace aérien du Sud, survolant même le Nord de la capitale Séoul. Malgré le déploiement d’avions de chasse et d’hélicoptères cinq heures durant, l’armée du Sud avait été incapable d’abattre les drones lors de cette incursion, la première du genre depuis cinq ans.
Pour Lim Eul-chul, professeur à l’université Kyungman, les nouvelles déclarations de Kim Jong Un indiquent que la Corée du Nord « se prépare à la possibilité d’une guerre réelle après l’effondrement actuel des relations intercoréennes ». Si, comme c’est probable, la Corée du Sud et son allié états-unien répondent par un accroissement de leurs manœuvres militaires conjointes, les tensions entre les deux Corées atteindront « un niveau sans précédent » en 2023, avertit-il. « Il est raisonnable de prédire que la Péninsule coréenne pourrait devenir une deuxième Ukraine si la situation est mal gérée », ajoute cet analyste.
Le ministère sud-coréen de la Défense a qualifié les dernières déclarations de M. Kim de « rhétorique provocatrice qui nuit sérieusement à la paix et à la stabilité de la Péninsule coréenne ». « Nous avertissons fermement la Corée du Nord que toute tentative d’utiliser des armes nucléaires se traduira par la fin du régime de Kim Jong Un », a-t-il affirmé.
Ce n’est pas la première fois que la Corée du Nord annonce la production de masse de bombes atomiques, rappelle de son côté Go Myong-hyun, chercheur à l’Asan Institute for Policy Studies. « Le message de Nouvel An de Kim Jong Un est quelque chose comme: jouons avec des armes nucléaires », a-t-il poursuivi. Selon lui, le dirigeant nord-coréen tente de montrer que « la Corée du Nord ne mendiera pas le dialogue et qu’elle fera pression sur la Corée du Sud et les Etats-Unis, surtout les Etats-Unis, en renforçant sa puissance nucléaire ».
Kim Jong Un avait déjà affirmé, fin novembre, vouloir doter son pays de « la plus puissante force stratégique du monde ». Deux mois plus tôt, la Corée du Nord avait adopté une nouvelle doctrine rendant « irréversible » son statut de puissance nucléaire, et l’autorisant à mener une frappe atomique préventive en cas de menace existentielle contre son régime.
Séoul et Washington prêtent à Pyongyang l’intention de mener prochainement un nouvel essai nucléaire, qui serait le septième de son histoire et le premier depuis 2017. Les dirigeants nord-coréens affirment qu’une dissuasion nucléaire crédible est essentielle à la survie de leur pays, qui est constamment menacé d’agression par les Etats-Unis.
Pour Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha à Séoul, les récents gestes d’hostilité de Pyongyang, « pourraient être destinés à faire peur à la Corée du Sud pour qu’elle adopte une politique plus modérée ». Mais selon lui, ils risquent de produire l’effet inverse et pousser Séoul à renforcer ses moyens militaires. « Si la Chine ne veut pas, à sa porte, d’une instabilité régionale causée par une course à l’armement intercoréenne, elle aura intérêt à en faire plus pour contenir Pyongyang en 2023 », estime M. Easley.
Joseph Kouamé