Hongrie : Viktor Orban consolide ses liens stratégiques avec la Chine

Le Premier ministre hongrois a accueilli, de manière solennelle, un haut responsable chinois, vendredi 16 février dernier, avec lequel il a conclu des accords bilatéraux en matière de sécurité. Cette convergence suscite des préoccupations pour les atlantistes, notamment alors que Budapest demeure isolée au sein de l’UE et de l’OTAN.

En tant que seul dirigeant de l’Union Européenne maintenant des lien avec la Russie et en tant que dernier pays opposé à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, le Premier ministre hongrois a récemment accueilli à Budapest, ce vendredi 16 février, un haut membre du gouvernement chinois.

Les objectifs de cette rencontre entre Viktor Orban et Wang Xiaohong, ministre de la Sécurité publique chinoise et conseiller d’Etat haut placé auprès de Xi Jinping, ont été développés par l’agence de presse officielle de Pékin, « Xinhua ». « La Hongrie est prête à approfondir son amitié avec la Chine », a ainsi déclaré le Premier ministre hongrois, assurant que « la Hongrie et la Chine se sont toujours respectées, traitées sur un pied d’égalité, et soutenues dans leurs intérêts fondamentaux et leurs préoccupations majeures. » De son côté, le ministre chinois s’est réjoui de la « tradition d’amitié » entretenue entre Budapest et Pékin, « des partenaires capables de surmonter les épreuves ».

Cependant, cette réunion ne se limitait pas à des gestes diplomatiques. Le ministre chinois Wang Xiaohong a exprimé le souhait de « renforcer la coopération dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme ou la criminalité transnationale ». L’objectif est de faire de la coopération en matière d’application de la loi et de sécurité un nouvel axe fort des relations bilatérales entre les deux pays, précise-t-il. Ainsi, au cours de sa visite en Hongrie, Wang Xiaohong aurait également signé des accords sur la coopération en matière de sécurité avec le ministre hongrois de l’Intérieur, Sandor Pinter, selon l’agence de presse chinoise Xinhua.

Ces nouveaux liens de sécurité ciblent particulièrement un enjeu crucial: les nouvelles routes de la soie, un vaste projet d’investissements chinois à l’échelle mondiale pour acheminer des marchandises et accroître l’influence de la Chine, qualifié de « projet du siècle » par Xi Jinping. La Hongrie joue un rôle clé dans l’initiative « Belt and Road » (le nom officiel défini par Pékin). En 2015, elle était le premier pays européen à signer un accord de coopération avec la Chine à cet égard. L’objectif principal est la création d’une ligne ferroviaire Budapest-Belgrade, visant à intensifier le transport de marchandises chinoises en Europe de l’Est, largement financée par Pékin.

Des déclarations qui interviennent alors que la Hongrie poursuit sa mise à l’écart des instances internationales occidentales. Il y a évidemment les relations très ambiguës entretenues entre Viktor Orban et Vladimir Putin, qui ont encore plus détérioré les rapports de Budapest avec les autres Etats membres de l’Union Européenne. Avec en point d’orgue le veto hongrois, fin 2023, sur les plus de 50 milliards d’euros d’aide européenne à l’Ukraine, finalement surmonté en début d’année au prix de longues tractations. Pas de quoi faire infléchir Orban pour autant : ce samedi, le Premier ministre hongrois a de nouveau répété que la politique européenne d’aide à l’Ukraine avait « échoué spectaculairement ».

L’opposition permanente du Premier ministre hongrois ne s’arrête pas à Bruxelles. Au sein de l’Otan aussi, Viktor Orban fait des siennes. La Hongrie est ainsi le dernier pays de l’Alliance à n’avoir toujours pas ratifié l’adhésion de la Suède. Faisant d’abord payer à Stockholm ses prises de position dénonçant la dérive autoritaire de Budapest et sa complaisance avec Putin, Viktor Orban assure désormais qu’il va bien signer l’adhésion suédoise. Mais sans jamais franchir le pas, de quoi exaspérer les pays de l’Otan.

Un groupe de sénateurs états-uniens snobés

Cette accumulation de décisions de Budapest, déjà perçues comme une provocation par Washington, s’est matérialisée de façon encore plus spectaculaire ce week-end. Alors qu’un groupe de sénateurs états-uniens s’était déplacé à Budapest afin d’y rencontrer le gouvernement hongrois sur le sujet de l’Otan, ces derniers ont tout simplement été… snobés. « Je suis déçue de dire que personne du gouvernement n’a voulu nous rencontrer pendant que nous étions ici », a déclaré, ce dimanche 18 février, lors d’une conférence de presse, la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen, coprésidente du groupe d’observateurs de l’Otan à la chambre haute états-unienne. Le sénateur démocrate Chris Murphy a quant à lui qualifié ce comportement d' »étrange et inquiétant ».

Viktor Orban est évidemment bien plus proche de Donald Trump que de Joe Biden. Il entretient même avec le premier une grande amitié, développée depuis son séjour à la Maison-Blanche : celle des marginalisés par choix. Mais snober les Etats-Unis d’Amérique pour recevoir en grande pompe la Chine n’est pas un geste qui sera facilement oublié à Washington.

Didier Maréchal

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