Cambodge : « Human Rights Watch » accuse un programme de crédits carbone de mettre en danger les communautés locales

L’ONG « Human Rights Watch » dénonce des expulsions forcées et des arrestations ciblant les populations locales.

« Human Rights Watch » a alerté, dans un rapport publié, ce jeudi 29 février, que le projet gouvernemental cambodgien de compensation des émissions carbone viole les droits des populations locales, les exposant à des expulsions forcées et à des arrestations.

«Les stratégies de conservation qui mettent de côté et punissent les peuples indigènes pour lutter contre la crise environnementale mondiale, sont inacceptables et contre-productives», a réagi Luciana Tellez Chavez, chercheuse auprès de l’ONG.

L’enquête souligne les « évictions forcées et les charges pénales » à l’encontre des populations Chong, qui, pour la plupart, n’auraient pas leur mot à dire sur la forêt qu’elles occupent depuis des siècles. Le programme en question, géré depuis plusieurs années par le ministère cambodgien de l’Environnement et l’ONG « Wildlife Alliance », concerne un demi-million d’hectares autour de la chaîne des Cardamomes (Sud-Ouest). Selon un rapport officiel de fin 2021, il aurait généré plus de 18 millions de dollars.

La compensation des émissions de gaz à effet de serre via l’achat de crédits carbone par des entreprises cherchant à afficher une neutralité carbone est critiquée par des chercheurs comme étant du « greenwashing » (fait de se faire passer pour écologiste dans l’unique but de générer des profits à partir de cette image « écolo » – ndlr), jugé globalement inefficace. « Human Rights Watch » souligne des arrestations de membres de la communauté Chong pour la collecte de résine, une pratique traditionnelle vertueuse, dans une zone protégée, ainsi que l’éviction de six familles de terres cultivées. La communauté Chong, comptant environ 3 000 personnes dans la région du programme, n’a aucune reconnaissance légale de ses droits fonciers. La chaîne des Cardamomes est un site mondialement reconnu pour sa biodiversité, abritant des espèces rares telles que des éléphants, des léopards et des ours.

Un habitant, qui a souhaité rester anonyme, a assuré à l’AFP que sa communauté n’était «pas heureuse» avec ce projet. «Nous sommes confrontés à des difficultés qui nous empêchent de pratiquer l’agriculture rotative traditionnelle», a expliqué un autre habitant, Ven Vorn. Selon ce résident de Chumnoab, «les rangers et la Wildlife Alliance harcèlent les habitants, en détruisant leurs cultures, démontant leurs huttes et brûlant le riz et les autres cultures.» «Les habitants ont peur d’être arrêtés parce qu’ils ne comprennent pas la loi, quels produits de la forêt sont autorisés pour la collecte, et ceux qui sont interdits», a ajouté celui qui au départ soutenait le projet. «C’est dur à accepter», a-t-il dit, tout en admettant les bénéfices dont sa communauté a pu tirer du programme : deux routes et quelques puits. Un porte-parole du ministère cambodgien de l’Environnement, contacté par l’AFP, a relevé le développement de la région, et affirmé que des consultations avaient eu lieu avec les habitants.

Dans un courriel à l’AFP, la présidente de l’ONG « Wild Alliance », Suwanna Gauntlett, rejette le rapport qui «présente une image profondément trompeuse et déformée». Le groupe a assuré avoir recruté et formé du personnel qui puisse aider les populations locales. Le Cambodge est régulièrement critiqué pour ses politiques laxistes de protection de la nature, qui contribuent à la déforestation massive du royaume.

Joseph Kouamé

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