Le ministère afghan des Affaires étrangères, contrôlé par les taliban, a déclaré avoir nommé son premier ambassadeur accrédité auprès des Émirats Arabes Unis, ce qui fait des EAU le deuxième pays à accepter un représentant à ce niveau. (Source : AFP)
Les Émirats Arabes Unis ont accepté les lettres de créance d’un ambassadeur du gouvernement taliban afghan, ont indiqué des responsables, devenant ainsi le deuxième pays à le faire après la Chine. «Le monde reconnaît les défis auxquels l’Afghanistan a été confronté ces dernières années», a déclaré un responsable émirien dans un communiqué transmis à l’AFP, jeudi 22 août, en fin de journée. «La décision d’accepter les lettres de créance de l’ambassadeur d’Afghanistan réaffirme notre détermination à contribuer à la construction de ponts pour aider le peuple afghan», a-t-il ajouté.
Une entreprise émirienne, « GAAC », gère les aéroports afghans depuis le retrait des forces états-uniennes d’Afghanistan et le retour au pouvoir des taliban en 2021. L’acceptation de l’ambassadeur peut être considérée comme une victoire par les autorités « talibanes », qui restent largement isolées sur le plan international et ne sont pas reconnues par les Nations Unies en raison de leur application ultra rigoriste de la loi islamique.
Les EAU avaient reconnu l’ancien gouvernement taliban
Les Émirats Arabes Unis sont l’un des trois pays, avec le Pakistan et l’Arabie Saoudite, à avoir reconnu l’ancien gouvernement taliban, renversé lors de l’invasion des États-Unis d’Amérique en 2001. Ils sont l’un des rares pays à accueillir une présence diplomatique des taliban, avec l’Iran, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan (tous des pays musulmans et/ou à forte population musulmane, comme c’est le cas du Kazakhstan – ndlr). Le Nicaragua a nommé un ambassadeur non-résident en Afghanistan en juin de cette année.
Le porte-parole du conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Kirby, a déclaré, vendredi 23 août, que l’acceptation par les Emirats Arabes Unis d’un ambassadeur du gouvernement taliban «ne modifiera pas nos relations» avec l’émirat du Golfe. «Chaque pays doit décider lui-même de la forme que prendront ses relations diplomatiques et des personnes qu’il reconnaîtra», a-t-il ajouté.
Il y’a quelques jours , le président émirien, cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, a visité le Premier ministre afghan, Mohammad Hassan Akhund, alors qu’il était hospitalisé aux EAU. En juin dernier, le président avait aussi accueilli le ministre afghan de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, recherché par les États-Unis d’Amérique qui offrent une récompense de 10 millions de dollars pour des informations permettant son arrestation. Haqqani est accusé d’être impliqué dans l’attentat de 2008 contre un hôtel à Kaboul, qui avait causé la mort de six personnes, dont un citoyen des Etats-Unis d’Amérique.
Didier Maréchal