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Syrie : après les frappes israéliennes des 18 et 22 août, Damas et Tel-Aviv négocient en Jordanie une désescalade sous médiation des États-Unis d’Amérique

Deux attaques israéliennes en quatre jours, une inquiétude croissante autour de la présence militaire turque en Syrie et, au lendemain d’une nouvelle frappe, une rencontre discrète entre le ministre syrien des Affaires étrangères et le chef du Mossad. Le 23 août, Assaad al-Chaibani et Roman Gofman se sont retrouvés en Jordanie avec la médiation des États-Unis d’Amérique. Damas veut faire cesser les opérations israéliennes et reprendre les négociations sur un accord de sécurité. Israël cherche à préserver ses intérêts militaires, tandis que la Turquie s’affirme comme l’un des principaux soutiens du nouveau pouvoir syrien.

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Il aura fallu quelques jours pour que les bombes et la diplomatie se succèdent au même endroit.

Le 18 août, Israël frappait la base aérienne d’Abou al-Duhur, dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le 22, un drone israélien touchait un véhicule près de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le lendemain, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani rencontrait Roman Gofman, le chef du Mossad, en Jordanie, sous médiation des États-Unis d’Amérique.

La proximité entre ces événements dit quelque chose de la fragilité du dialogue entre les deux pays. Les discussions ne portent pas encore sur la paix. Elles cherchent d’abord à empêcher que les opérations militaires israéliennes, la présence turque en Syrie et les ambitions du nouveau pouvoir de Damas ne se heurtent dans un pays qui sort à peine de quatorze années de guerre.

Selon l’agence officielle syrienne SANA, les représentants des deux camps ont discuté de mécanismes destinés à mettre fin aux frappes, arrestations et opérations ciblées israéliennes en Syrie. Ils ont également évoqué la reprise des négociations sur un accord de sécurité et les moyens d’empêcher la rivalité entre Israël et la Turquie de gagner le territoire syrien.

Une frappe qui avait la Turquie pour arrière-plan

L’affaire d’Abou al-Duhur permet de comprendre pourquoi cette rencontre a pris une telle importance.

Le 18 août, huit frappes israéliennes ont touché la piste et des installations de la base aérienne. Israël a affirmé vouloir empêcher le déploiement de forces turques sur le site. Le gouvernement syrien a rejeté cette accusation et assuré qu’aucune base turque permanente n’était prévue à Abou al-Duhur. La Turquie a également condamné l’attaque.

La base se trouve à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Elle est restée hors service pendant des années après avoir été durement affectée par la guerre civile. La Turquie, devenue l’un des principaux soutiens du président syrien Ahmad al-Chareh, participe désormais à la reconstruction des forces armées syriennes et fournit une assistance militaire et politique au nouveau pouvoir de Damas.

Pour Israël, cette évolution change les données de sécurité à sa frontière nord. Pour la Turquie, les frappes israéliennes constituent une attaque contre la souveraineté syrienne et contre la capacité du nouveau gouvernement à reconstruire son armée.

La tension aurait pu monter davantage. Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Turquie et envoyé spécial des États-Unis d’Amérique pour la Syrie, a déclaré que les autorités turques n’avaient pas été averties de l’attaque. Selon lui, Ankara aurait pu interpréter le passage des avions israéliens vers son territoire comme une menace et préparer une riposte. Il a qualifié la frappe d’« escalade inutile » et indiqué que les États-Unis d’Amérique travaillaient à un mécanisme de prévention des affrontements entre Israël, la Turquie et la Syrie.

Le lendemain, une nouvelle frappe dans le sud

Le 22 août, alors que les discussions entre Damas et Tel-Aviv étaient déjà envisagées, une nouvelle opération israélienne a touché le sud-ouest de la Syrie.

Un drone a frappé un véhicule près du village de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé qu’il s’agissait d’un véhicule civil et fait état de blessés. L’armée israélienne a, de son côté, déclaré avoir visé un homme présenté comme un « terroriste » dont les activités constituaient, selon elle, une menace immédiate pour ses soldats.

Pour le gouvernement d’Ahmad al-Chareh, cette succession d’opérations est devenue difficilement compatible avec les discussions de sécurité. Pour Israël, elle répond à une logique différente : empêcher l’apparition de menaces qu’il estime susceptibles de viser ses soldats ou son territoire.

C’est dans cet espace étroit entre ces deux lectures que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir le dialogue.

Damas ne demande pas seulement l’arrêt des frappes

Assaad al-Chaibani avait déclaré avant la rencontre que la confiance entre la Syrie et Israël était inexistante. Il n’en demandait pas moins la reprise des négociations.

Le gouvernement syrien veut que les forces israéliennes reviennent aux positions qu’elles occupaient avant la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. Il demande également le rétablissement complet de l’accord de désengagement de 1974 et la fin des frappes, incursions et opérations israéliennes sur son territoire.

Damas refuse en revanche qu’un éventuel accord de sécurité limite sa capacité à reconstruire ses forces armées ou à choisir ses partenaires. Assaad al-Chaibani a clairement défendu le droit de la Syrie à recevoir une aide militaire de la Turquie, mais aussi d’autres pays de la région.

La question du plateau du Golan reste entière. La Syrie continue de considérer ce territoire comme sien, tandis qu’Israël en contrôle la majeure partie depuis 1967. Mais Damas estime que son statut définitif ne doit pas être le préalable aux discussions actuelles. La priorité est d’abord de mettre fin aux opérations militaires et de rétablir un cadre de sécurité.

Israël regarde désormais autant vers Ankara que vers Damas

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le problème israélien n’est plus seulement celui du régime syrien qui lui était hostile.

La Turquie a pris une place considérable auprès du nouveau pouvoir. Ankara aide à reconstruire l’armée syrienne, entretient des liens étroits avec Ahmad al-Chareh et entend conserver une influence durable en Syrie. Israël redoute qu’une présence militaire turque plus importante ne modifie l’équilibre stratégique à proximité de ses frontières.

Ce dossier avait d’ailleurs déjà été abordé directement entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman. Le 14 août, les deux hommes s’étaient entretenus par téléphone, quelques jours avant le bombardement d’Abou al-Duhur. Selon des sources citées par Reuters, la conversation avait notamment porté sur la présence militaire turque en Syrie, les livraisons d’armes et les drones fournis à l’armée syrienne.

La rencontre du 23 août n’est donc pas née de nulle part. Elle prolonge un canal de communication déjà utilisé au plus haut niveau, malgré une confiance presque inexistante entre les deux gouvernements.

Les États-Unis d’Amérique cherchent à empêcher une collision

L’administration de Donald Trump dispose d’un intérêt évident à empêcher que la Syrie ne devienne le lieu d’un affrontement entre Israël et la Turquie.

Les deux pays sont des partenaires importants des États-Unis d’Amérique, mais leurs intérêts en Syrie se rapprochent de moins en moins. L’attaque d’Abou al-Duhur a montré jusqu’où cette rivalité pouvait aller : Israël a frappé une installation syrienne en affirmant vouloir empêcher une implantation turque, tandis que la Turquie a dénoncé une atteinte à la souveraineté de son allié syrien.

Tom Barrack cherche donc à mettre en place un canal permettant aux trois gouvernements de se parler avant qu’une opération militaire ne provoque une réaction en chaîne. Un mécanisme de « désescalade » entre Israël, la Turquie et la Syrie est déjà en préparation.

Les États-Unis d’Amérique cherchent parallèlement depuis plus d’un an à obtenir un accord de sécurité entre Israël et le nouveau gouvernement syrien. Selon Assaad al-Chaibani, les deux parties étaient parvenues à un accord sur une grande partie du texte au début de l’année, notamment sur des zones de sécurité dans le sud de la Syrie et une zone tampon où seules les forces des Nations unies seraient présentes. Damas estime cependant qu’Israël n’a jamais réellement accepté de mettre ces dispositions en œuvre.

Pas de paix, mais une tentative pour éviter la prochaine frappe

Il serait donc excessif de parler d’un rapprochement entre la Syrie et Israël.

Les deux pays restent techniquement en état de guerre. Ils n’ont pas de relations diplomatiques et continuent de s’opposer sur le Golan. Israël maintient des forces dans des secteurs du sud de la Syrie qu’il a occupés après la chute de Bachar al-Assad et poursuit des opérations militaires qu’il présente comme nécessaires à sa sécurité. Damas considère ces opérations comme des violations de sa souveraineté.

Mais quelque chose a changé : les deux camps ont désormais intérêt à maintenir un canal direct.

La Syrie cherche du temps pour reconstruire son État et son armée. Israël veut éviter que la Turquie ne transforme son soutien à Damas en présence militaire durable près de ses frontières. La Turquie veut préserver son influence sans entrer dans une confrontation directe avec Israël. Et les États-Unis d’Amérique veulent empêcher que cette rivalité ne transforme la Syrie en nouveau foyer de guerre.

La rencontre entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman ne règle aucune de ces questions. Elle évite, pour l’instant, qu’elles ne soient réglées par les armes.

La véritable épreuve viendra maintenant : obtenir de chacun des engagements suffisamment précis pour qu’une prochaine frappe ne fasse pas voler en éclats le fragile canal de dialogue que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir.

Celine Dou

Émirats Arabes Unis : deux missiles attribués à l’Iran tombent en mer, Abu Dhabi durcit sa réponse tandis que le bras de fer sur Ormuz s’envenime

Une alerte à la population, deux missiles détectés, puis une rupture commerciale avec Téhéran : en moins de vingt-quatre heures, la crise autour du détroit d’Ormuz a franchi un nouveau seuil. Mais une question demeure : que visaient réellement les missiles ?

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Liban : en abolissant la peine de mort, Beyrouth retire à l’État le droit de tuer au moment où le Moyen-Orient multiplie les exécutions

Pendant vingt-deux ans, le Liban n’a plus exécuté personne tout en continuant à condamner des hommes à mort. Le vote du 11 août met fin à cette contradiction. Mais cette victoire des abolitionnistes raconte aussi autre chose : les difficultés d’une justice qui peine encore à juger dans des délais raisonnables, tandis que le Parlement vient, dans le même mouvement, d’adopter une amnistie générale très politique.

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Syrie : après la chute du régime Assad, Damas condamne Bachar al-Assad à mort et ouvre le procès de son passé

Le verdict est historique autant que symbolique. Vingt mois après la chute du régime Assad, un tribunal syrien a condamné mardi 11 août Bachar al-Assad, son frère Maher et leur cousin Atef Najib à la peine capitale pour des crimes commis pendant les quatorze années de guerre. Mais l’ancien président vit en Russie : pour la nouvelle Syrie, la question de la justice commence donc par un condamné que Damas ne détient pas.

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Il aura fallu attendre la disparition du régime qui avait gouverné la Syrie pendant plus d’un demi-siècle pour voir ses principaux responsables répondre devant une juridiction syrienne.

Mardi, le Quatrième Tribunal pénal de Damas a condamné par contumace Bachar al-Assad et son frère cadet Maher al-Assad à mort. Leur cousin Atef Najib, ancien responsable de la Sécurité politique à Deraa, a reçu la même peine, après avoir comparu devant la cour. Le tribunal les a reconnus coupables notamment de meurtre prémédité, de torture et de crimes contre l’humanité.

Le verdict vise directement le fonctionnement de l’ancien pouvoir. Selon le juge Fakhareddine al-Aryan, Bachar al-Assad s’est servi des institutions de l’État pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ce n’est donc pas seulement un ancien chef d’État qui vient d’être condamné : c’est la responsabilité de tout un système de répression que la justice syrienne cherche désormais à établir.

Deraa, le point de départ d’une guerre qui a dévasté le pays

La condamnation d’Atef Najib donne au verdict une portée particulière. En 2011, il dirigeait la branche de la Sécurité politique à Deraa, dans le sud du pays. L’arrestation et la torture d’adolescents accusés d’avoir inscrit des graffitis hostiles au pouvoir sur les murs d’une école avaient alors déclenché une vague de manifestations.

La répression de ces protestations a rapidement transformé une contestation locale en soulèvement national, puis en une guerre qui allait ravager la Syrie pendant quatorze ans.

Environ un demi-million de personnes ont péri dans le conflit et des millions d’autres ont été déplacées. Les forces du régime ont été accusées de bombardements contre des zones civiles, de détentions arbitraires, de torture et d’autres violations graves du droit international. Des procédures judiciaires menées en Europe avaient déjà abouti à des condamnations de responsables du régime, mais jamais encore une juridiction syrienne n’avait condamné Bachar al-Assad lui-même.

Ce premier verdict national change donc la portée du dossier. La justice syrienne ne cherche plus seulement à documenter les crimes de l’ancien régime : elle entend désormais établir une responsabilité pénale au nom de l’État syrien lui-même.

Une condamnation qui se heurte à l’exil russe

Le principal obstacle est cependant évident. Bachar al-Assad n’était pas dans le tribunal.

Après la chute de son régime en décembre 2024, l’ancien président a fui vers la Russie avec sa famille. Moscou lui a accordé l’asile politique. Son frère Maher s’y trouve également.

La peine prononcée à Damas ne signifie donc pas que l’ancien président sera prochainement exécuté. Elle crée surtout une situation nouvelle : un tribunal syrien le reconnaît coupable et réclame sa condamnation, tandis que le pays qui l’accueille n’a, à ce stade, aucune raison apparente de le remettre aux nouvelles autorités syriennes.

C’est là que le dossier judiciaire rejoint la politique étrangère. Damas peut juger Assad, mais ne peut pas encore le faire comparaître physiquement. La portée réelle du verdict dépendra donc, en partie, de la capacité du nouveau pouvoir syrien à obtenir la coopération de Moscou.

Pour la nouvelle Syrie, rendre justice sans ouvrir une nouvelle fracture

Le procès intervient dans une période où les nouvelles autorités cherchent encore à reconstruire un État après quatorze années de guerre et plusieurs décennies de pouvoir autoritaire.

La justice constitue l’un des dossiers les plus sensibles de cette transition. Les victimes et leurs familles réclament des comptes, tandis que le nouveau pouvoir doit éviter que les procès ne soient perçus comme de simples règlements de comptes entre vainqueurs et vaincus.

La condamnation de Bachar al-Assad pose précisément cette question : comment juger les crimes d’un régime sans transformer la justice en instrument d’une nouvelle vengeance politique ?

Le choix d’une procédure judiciaire, avec des accusations précises et des audiences publiques, sera donc aussi important que la sévérité des peines. La Syrie ne pourra durablement tourner la page de l’ère Assad si la justice reste réservée à quelques figures emblématiques. Elle devra établir les responsabilités à différents niveaux, protéger les témoins et les victimes et traiter les crimes commis par l’ensemble des acteurs du conflit.

Le verdict du 11 août marque ainsi un début plus qu’un aboutissement. Pour la première fois, l’ancien dirigeant syrien est condamné par une justice de son propre pays. Mais tant que Bachar al-Assad restera en Russie, cette condamnation restera, dans les faits, suspendue à une question qui dépasse les murs du tribunal de Damas : la nouvelle Syrie pourra-t-elle un jour juger réellement ceux qui ont dirigé l’ancien régime ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Syrie : après 18 mois de négociations, Damas reprend le contrôle des bases de Hmeimim et Tartous, mais Moscou reste sur place

Damas récupère la main sur les deux principaux points d’appui militaires russes en Syrie sans demander à Moscou de partir. Après dix-huit mois de négociations, un accord conclu entre les deux pays redéfinit le statut de Hmeimim et Tartous. Les anciennes bases russes doivent devenir des centres conjoints de formation, tandis que les installations civiles passent sous administration syrienne.

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L’accord marque la fin d’un dispositif militaire établi sous Bachar al-Assad, mais pas celle de la présence russe en Syrie. Le pouvoir de Damas récupère le contrôle des infrastructures civiles et modifie le statut des installations militaires. Moscou conserve toutefois une place dans ces sites à travers une coopération avec les forces syriennes. Le processus doit être achevé dans un délai de trois mois. Derrière cette formule se joue une question plus large : jusqu’où la nouvelle Syrie veut-elle rompre avec les arrangements de l’ancien régime sans se priver d’un partenaire dont elle a encore besoin ?

Les bases russes changent de statut

Pendant dix-huit mois, l’avenir de Hmeimim et Tartous a été négocié entre Damas et Moscou. Le compromis annoncé le 9 août prévoit une transformation profonde du dispositif russe.

Les installations militaires des deux sites ne doivent plus fonctionner comme des bases russes autonomes. Elles seront transformées en centres conjoints de formation et de qualification. Dans le même temps, les installations civiles, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, doivent passer sous administration syrienne et être progressivement intégrées aux infrastructures civiles du pays.

Le délai fixé pour cette réorganisation ne dépasse pas trois mois.

Cette distinction permet de comprendre ce qui change réellement. Damas ne chasse pas les Russes de ces deux sites. Il met fin à leur statut de bases exclusivement russes et impose un nouveau cadre dans lequel la présence de Moscou doit désormais être partagée et négociée avec les autorités syriennes.

Moscou reste, mais dans une autre position

La formule retenue est loin d’être anodine pour la Russie.

Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, Moscou utilisait Hmeimim comme principale plateforme aérienne et Tartous comme point d’appui naval en Méditerranée. Ces deux installations avaient permis au Kremlin de soutenir Bachar al-Assad dans la guerre civile et de disposer d’une capacité de projection militaire bien au-delà de ses frontières.

La chute du régime, en décembre 2024, avait bouleversé cet équilibre.

Le nouveau pouvoir syrien aurait pu exiger le départ des forces russes. Il a préféré négocier avec Moscou. Des discussions sur l’avenir des installations militaires étaient déjà engagées avant l’accord annoncé en août. En juin, la Russie avait reconnu travailler avec Damas à une possible réorganisation de ses installations.

Le résultat est aujourd’hui connu : Moscou perd le privilège d’exploiter ces sites comme des bases militaires russes distinctes, mais conserve une présence à travers le nouveau dispositif conjoint.

Ce n’est donc ni le statu quo ni un retrait russe.

Pour Damas, récupérer le contrôle sans rompre avec Moscou

Le choix des nouvelles autorités syriennes répond à une logique de souveraineté, mais aussi de prudence.

Hmeimim et Tartous sont des infrastructures stratégiques. Leur contrôle touche directement à la capacité de Damas à exercer son autorité sur la façade méditerranéenne. La récupération des installations civiles constitue à ce titre un gain concret pour le pouvoir syrien.

Mais une rupture totale avec Moscou aurait un coût.

La Russie reste un acteur militaire important, un fournisseur historique d’armes à la Syrie et le pays qui accueille Bachar al-Assad depuis sa chute. Damas réclame l’extradition de l’ancien président, mais cela ne l’empêche pas de négocier avec le Kremlin sur les questions militaires et économiques.

Cette coexistence de deux dossiers montre la méthode du nouveau pouvoir : réduire l’emprise russe héritée de l’époque Assad sans transformer la Russie en adversaire.

Un recul stratégique pour Moscou

Pour le Kremlin, le changement est néanmoins réel.

Les accords conclus sous Bachar al-Assad avaient donné à la Russie une implantation militaire durable sur la côte syrienne. Tartous constituait son principal point d’appui naval en Méditerranée et Hmeimim sa plateforme aérienne. Les deux sites formaient le cœur de sa présence militaire au Moyen-Orient.

Le nouveau dispositif réduit cette autonomie.

Une base militaire russe permet à Moscou de décider directement de l’utilisation de ses infrastructures. Un centre conjoint de formation suppose, par définition, une autre relation avec l’État hôte. Les conditions d’accès, les activités et les responsabilités doivent être définies avec les autorités syriennes.

La Russie conserve donc une capacité d’influence, mais elle ne dispose plus du même rapport de force.

C’est une conséquence directe de la chute d’Assad : Moscou n’a pas été expulsé de Syrie, mais il a perdu la position privilégiée que lui garantissait l’ancien régime.

Pourquoi Damas laisse-t-il Moscou sur place ?

La réponse tient aussi au contexte régional.

La Syrie sort de plus d’une décennie de guerre. Son territoire reste soumis à plusieurs influences étrangères et son nouvel appareil d’État doit encore consolider son autorité. Dans ces conditions, expulser brutalement la Russie aurait pu ouvrir un nouveau front diplomatique sans apporter de bénéfice immédiat à Damas.

Le compromis permet au gouvernement syrien de récupérer les installations civiles, de modifier le statut militaire des deux sites et de conserver une relation avec Moscou.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : elle évite de perdre totalement son implantation méditerranéenne.

Pour la Syrie, l’intérêt est différent : elle montre qu’elle peut désormais négocier les conditions de la présence étrangère sur son territoire.

La question qui reste ouverte

Le terme de « centres conjoints de formation » ne suffit toutefois pas à mesurer la future empreinte militaire russe.

Tout dépendra de la mise en œuvre de l’accord dans les trois prochains mois. Quels personnels russes resteront à Hmeimim et Tartous ? Quels moyens militaires pourront encore y être déployés ? Qui contrôlera concrètement les installations ? Quelle liberté d’action sera laissée aux forces russes ?

Les réponses à ces questions permettront de savoir si la transformation annoncée constitue une véritable réduction de la présence militaire russe ou une simple modification de son cadre juridique et opérationnel.

Pour l’instant, le constat est plus nuancé qu’un départ de Moscou : Damas reprend le contrôle des deux principaux sites russes, mais accepte que la Russie y conserve une présence sous une forme nouvelle.

Après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie ne tourne donc pas complètement le dos à son ancien allié. Elle cherche plutôt à passer d’une relation de dépendance à une relation négociée.

C’est toute la portée de l’accord de Hmeimim et Tartous : la Russie reste en Syrie, mais elle n’y est plus dans les mêmes conditions.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : les Houthis frappent des installations pétrolières saoudiennes, annoncent un blocus naval et poussent Washington à durcir le ton contre l’Iran

Les missiles et les drones houthis ne visent plus seulement les lignes de front du Yémen. En frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes et en menaçant le trafic maritime en mer Rouge, le mouvement soutenu par l’Iran place désormais les routes énergétiques mondiales au cœur du bras de fer régional. À Washington, la réponse se durcit : Donald Trump affirme que Téhéran sera tenu responsable des actions de ses alliés et envisage des frappes plus larges contre l’Iran.

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Les dernières heures ont concentré plusieurs signaux inquiétants : attaques revendiquées par les Houthis contre des installations de Saudi Aramco, annonce d’un blocus naval visant les ports saoudiens, informations faisant état d’un appui iranien renforcé au mouvement yéménite et menaces de représailles militaires des États-Unis d’Amérique. Derrière l’affrontement entre les Houthis et Riyad apparaît une confrontation plus vaste autour de l’influence iranienne au Moyen-Orient et du contrôle des principales voies maritimes de la région.

Les Houthis déplacent le conflit vers le cœur économique saoudien

Les Houthis ont franchi un nouveau seuil en revendiquant des frappes contre deux installations stratégiques de l’Arabie saoudite : Yanbu et Jizan.

Ces deux sites ne sont pas des objectifs militaires ordinaires. Yanbu, situé sur la côte de la mer Rouge, constitue l’un des principaux points d’exportation du pétrole saoudien. Le terminal permet au royaume de transporter une partie de ses hydrocarbures sans dépendre exclusivement du golfe Persique. Jizan, proche de la frontière yéménite, accueille également d’importantes infrastructures énergétiques.

En visant ces installations, les Houthis cherchent à toucher un secteur vital de l’économie saoudienne. Leur stratégie vise aussi à envoyer un message aux acteurs internationaux : la guerre ne se limite plus au territoire yéménite, elle concerne désormais les axes commerciaux et énergétiques qui relient le Moyen-Orient au reste du monde.

Quelques jours après ces attaques, le mouvement a annoncé un « blocus naval » contre l’Arabie saoudite, appelant les compagnies maritimes à éviter les ports du royaume sur la mer Rouge.

Les Houthis ne disposent pas d’une marine capable de fermer physiquement ces espaces maritimes. Leur objectif est différent : rendre la navigation suffisamment risquée pour provoquer une hausse des coûts d’assurance, ralentir le trafic et contraindre les opérateurs économiques à revoir leurs itinéraires.

Une pression sur deux passages stratégiques : Bab el-Mandeb et Ormuz

Cette nouvelle offensive intervient dans une région où deux passages maritimes concentrent une partie des inquiétudes internationales.

Au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb relie l’océan Indien au canal de Suez. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année.

Plus à l’est, le détroit d’Ormuz reste l’une des principales voies de sortie du pétrole produit dans le Golfe. Toute menace pesant sur cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés énergétiques.

La multiplication des tensions dans ces deux espaces crée une situation particulièrement sensible pour les pays importateurs d’énergie et pour les grandes compagnies maritimes.

Les Houthis savent que leur capacité de nuisance dépasse largement leurs moyens militaires. Leur force repose sur la vulnérabilité des routes commerciales modernes : quelques missiles ou drones peuvent suffire à modifier les calculs des armateurs et des investisseurs.

L’Iran accusé d’avoir renforcé son soutien militaire aux Houthis

Au même moment, des informations publiées par Reuters évoquent l’envoi présumé au Yémen de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, ainsi que d’équipements liés aux missiles et aux drones.

Selon les sources citées, des spécialistes iraniens auraient rejoint les zones contrôlées par les Houthis pour apporter un soutien technique au mouvement.

Téhéran rejette ces accusations. Les autorités iraniennes affirment soutenir politiquement les Houthis mais nient toute implication militaire directe.

Depuis plusieurs années, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés accusent pourtant l’Iran d’avoir contribué au développement des capacités militaires du mouvement yéménite. Les drones et missiles utilisés par les Houthis ces dernières années témoignent d’une évolution importante de leur arsenal.

La nouveauté actuelle réside moins dans l’existence supposée d’un soutien iranien que dans son ampleur présumée et dans le moment choisi : celui d’une confrontation croissante avec l’Arabie saoudite et Washington.

Donald Trump place directement Téhéran sous pression

La réaction étatsunienne ne s’est pas limitée à des avertissements contre les Houthis.

Donald Trump a affirmé que l’Iran serait tenu responsable des attaques menées par le mouvement yéménite et a menacé les Houthis d’une « punition militaire majeure » s’ils poursuivaient leurs opérations contre les navires ou les intérêts des alliés des États-Unis d’Amérique.

Le président états-unien envisage également des bombardements plus larges contre l’Iran. Aucun ordre définitif n’a encore été annoncé, mais cette possibilité traduit une volonté de ne plus seulement répondre aux actions des groupes alliés de Téhéran.

Washington considère désormais que les attaques des Houthis s’inscrivent dans une stratégie régionale iranienne visant à maintenir une pression sur ses adversaires.

Cette lecture est contestée par Téhéran, qui accuse les États-Unis d’Amérique de chercher un prétexte pour intervenir davantage au Moyen-Orient.

Le Hezbollah au Liban, autre pièce du bras de fer avec l’Iran

La pression étatsunienne sur les Houthis intervient alors que Washington pousse également le Liban à avancer sur la question du désarmement du Hezbollah.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a discuté du renforcement de l’armée libanaise et de la nécessité pour l’État de reprendre le contrôle exclusif des armes sur son territoire.

Le Hezbollah refuse de déposer son arsenal tant qu’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, notamment en raison de la présence militaire israélienne dans certaines zones contestées.

Pour Washington, le mouvement chiite libanais reste toutefois l’un des principaux relais de l’influence iranienne dans la région.

Le dossier libanais et celui des Houthis répondent ainsi à une même préoccupation étatsunienne : réduire la capacité de Téhéran à agir indirectement contre ses adversaires par l’intermédiaire de groupes alliés.

Une confrontation qui pourrait dépasser les acteurs intermédiaires

Depuis plusieurs années, l’Iran et les États-Unis d’Amérique évitent une confrontation militaire directe. Leur rivalité passe principalement par des acteurs régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen ou groupes armés proches de Téhéran en Irak et en Syrie.

Mais la situation actuelle réduit progressivement la distance entre les deux puissances.

En déclarant que l’Iran devra répondre des opérations des Houthis, Washington établit une nouvelle règle de confrontation. Une attaque menée par un allié de Téhéran pourrait désormais entraîner une réponse contre des intérêts iraniens.

Le risque est celui d’un engrenage : une frappe contre un navire, une attaque contre une infrastructure énergétique ou une opération militaire au Yémen pourrait provoquer une réaction dépassant largement le cadre initial.

Les Houthis au centre d’un nouveau rapport de force régional

Le mouvement houthi occupe aujourd’hui une place particulière dans la stratégie iranienne et dans la réponse étatsunienne.

Contrairement au Hezbollah, qui est profondément intégré au paysage politique libanais, les Houthis tirent une partie de leur influence de leur capacité militaire et de leur position géographique. Depuis le Yémen, ils peuvent menacer l’un des corridors maritimes les plus importants au monde.

C’est cette réalité qui explique l’attention croissante de Washington.

La question n’est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre au Yémen. Elle concerne désormais l’équilibre régional entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis d’Amérique.

L’Arabie saoudite, qui avait engagé ces dernières années une politique de rapprochement et de désescalade avec Téhéran, se retrouve à nouveau confrontée à une menace venue de son voisin yéménite.

De son côté, l’Iran doit mesurer le risque d’une confrontation directe avec Washington alors que son soutien aux groupes alliés devient le principal sujet d’accusation américain.

Les frappes revendiquées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, leur menace sur les routes maritimes et les accusations visant l’Iran ont transformé une crise régionale en un dossier international majeur.

Le Yémen reste le théâtre immédiat des affrontements, mais les enjeux dépassent désormais ses frontières. La sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation en mer Rouge et dans le Golfe, ainsi que l’équilibre entre Washington et Téhéran sont directement concernés.

Dans cette nouvelle phase de tensions, chaque attaque risque désormais de produire des conséquences bien au-delà de son lieu d’origine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban-Israël : à Rome, des pourparlers sous haute tension pour tenter d’amorcer un retrait israélien du Sud-Liban

À l’ombre du Vatican, Libanais et Israéliens se sont retrouvés mardi à Rome pour une nouvelle séquence de discussions. Objectif affiché : préciser les modalités d’un accord-cadre négocié sous égide Étatsunienne de visant à mettre fin aux hostilités et à organiser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Dans les faits, la méfiance domine et les attentes restent mesurées.

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Le choix de la capitale italienne n’est pas anodin. Il permet aux deux délégations de rester en contact étroit avec leurs capitales tout en s’extrayant de la pression frontalière. Les échanges, prévus sur deux jours à l’ambassade des États-Unis d’Amérique, portent sur la mise en œuvre concrète d’un texte arrêté le 26 juin à Washington.

Ce texte prévoit trois axes : la cessation des combats, le désarmement des groupes armés, lecture implicite : le Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et un retrait progressif de l’armée israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a posé le cadre dès mardi à Tel-Aviv : la mise en œuvre de l’accord est « la seule voie possible ». Israël, a-t-il assuré, fera « preuve de bonne volonté » et est prêt à tester deux « zones pilotes » où le désarmement du Hezbollah, le redéploiement de l’armée libanaise et le retrait israélien seraient expérimentés en parallèle.

Côté libanais, le ton est plus ferme. Le président Joseph Aoun a demandé à sa délégation d’exiger « un début immédiat » du retrait israélien de ces deux zones avant d’entrer dans le détail des autres dispositions.

Sur le terrain, rien n’a bougé. L’armée israélienne maintient une « zone tampon » d’environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais, sur toute la longueur de la frontière. Accès interdit aux civils comme aux militaires libanais. Villages vidés, destructions contrôlées, démantèlement de tunnels : Tsahal justifie cette emprise par la nécessité de protéger le nord d’Israël d’éventuelles incursions du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, rejette l’accord et toute perspective de désarmement. Soutenu par Téhéran, il conditionne la fin des hostilités à une pression iranienne directe sur Washington. Or l’Iran lui-même, après avoir exigé la fin du conflit libanais dans le cadre de l’accord intérimaire conclu le mois dernier avec les États-Unis d’Amérique, voit ce compromis fragilisé par la reprise des tensions dans le Golfe.

La diplomatie Étatsunienne de tente donc d’avancer sur deux fronts à la fois. Selon un responsable étatsunien, la première zone pilote pourrait voir le jour « dans quelques jours ». Le CENTCOM coordonne avec Beyrouth et Jérusalem. Une délégation militaire Étatsunienne s’est d’ailleurs rendue au Liban ce week-end pour arrêter les détails techniques avec l’armée libanaise.

Depuis la reprise des affrontements le 2 mars, dans le sillage d’un conflit régional élargi, le coût humain s’alourdit. Plus de 4 000 Libanais tués et plus d’un million de déplacés, selon le ministère libanais de la Santé. Le décompte ne distingue pas civils et combattants ; le Hezbollah ne communique pas sur ses pertes. Du côté israélien, au moins 32 soldats et 4 civils ont été tués, la plupart dans le Sud-Liban.

Ces chiffres rappellent que la discussion de Rome ne porte pas seulement sur des cartes et des calendriers. Elle engage la possibilité pour des populations de revenir chez elles, et pour un État de reprendre le contrôle de son Sud.

Et maintenant ?

L’accord de Washington reste une coquille : les principes y sont, les mécanismes manquent. Les deux jours romains doivent donc servir à traduire l’intention politique en séquences vérifiables : où, quand, comment se retire Israël, comment l’armée libanaise prend la relève, comment le désarmement est constaté.

Israël lie explicitement son retrait au désarmement du Hezbollah. Le Liban exige un geste préalable pour enclencher la confiance. Entre les deux, les États-Unis d’Amérique jouent les garants techniques.

Dans un pays où les équilibres sont fragiles et la souveraineté contestée, chaque concession se paie cher. La réussite de ces « zones pilotes » dira si l’accord peut tenir. Leur échec le condamnerait avant même d’avoir commencé.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : l’effondrement de l’accord de juin replonge les États-Unis d’Amérique et l’Iran dans une confrontation ouverte

Moins d’un mois après avoir tenté de contenir l’escalade militaire par un accord de désescalade, Washington et Téhéran se retrouvent à nouveau engagés dans une logique de confrontation directe. Les attaques contre des navires marchpands dans le détroit d’Ormuz, suivies d’une campagne de plus de 80 frappes états-uniennes sur le territoire iranien puis d’une riposte de Téhéran contre des bases militaires des États-Unis d’Amérique au Koweït et à Bahreïn, illustrent l’échec d’un compromis qui n’aura résisté ni à la méfiance réciproque ni aux réalités stratégiques du Golfe.

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La rupture du mémorandum conclu en juin ne constitue pas seulement un revers diplomatique. Elle marque un changement de nature dans les rapports entre les deux puissances, qui semblent désormais assumer un affrontement plus direct. Derrière les opérations militaires se joue une bataille d’influence dont les conséquences dépassent largement le Moyen-Orient, en raison du rôle central du détroit d’Ormuz dans les échanges énergétiques mondiaux.

Les négociations de juin avaient suscité un prudent optimisme. Sans mettre fin à des décennies d’hostilité, elles visaient à instaurer une désescalade progressive. Le texte prévoyait notamment la sécurisation de la navigation dans le détroit d’Ormuz et un assouplissement limité de certaines sanctions visant les exportations pétrolières iraniennes. L’objectif était clair : éviter qu’une succession d’incidents militaires ne dégénère en affrontement ouvert.

Mais cet équilibre demeurait fragile. Les deux capitales avaient accepté de suspendre certaines mesures sans jamais lever leurs profondes divergences stratégiques. L’accord reposait davantage sur un rapport de forces temporairement stabilisé que sur une véritable convergence politique.

Cette fragilité est apparue au grand jour lorsque plusieurs navires commerciaux ont été pris pour cible dans le détroit d’Ormuz. Les autorités des États-Unis d’Amérique attribuent ces attaques aux Gardiens de la Révolution, estimant qu’elles constituent une violation directe des engagements pris par Téhéran. Les autorités iraniennes rejettent cette lecture des événements et soutiennent, au contraire, que Washington a rompu le premier le mémorandum en rétablissant certaines sanctions économiques promises à être allégées.

Au-delà de cette bataille des récits, un constat s’impose : la confiance, déjà limitée, s’est totalement évaporée.

La réaction de Washington a été immédiate. Plus de 80 frappes ont visé des infrastructures militaires iraniennes, parmi lesquelles des batteries de défense aérienne, des sites de lancement de missiles, des installations navales et des positions attribuées aux Gardiens de la Révolution. L’administration de Donald Trump présente cette opération comme une action préventive destinée à protéger la liberté de navigation dans le Golfe et à empêcher de nouvelles attaques contre les intérêts états-uniens.

Téhéran a répondu quelques heures plus tard en revendiquant des frappes contre plusieurs installations militaires des États-Unis d’Amérique au Koweït et à Bahreïn. Même si les bilans matériels restent limités à ce stade, cette riposte traduit une évolution majeure : l’Iran ne privilégie plus exclusivement l’action de ses alliés régionaux, mais revendique désormais des opérations dirigées contre des positions militaires états-uniennes.

Cette évolution constitue sans doute le changement le plus significatif de la crise actuelle. Pendant de nombreuses années, les deux puissances se sont affrontées principalement par acteurs interposés, au Liban, en Irak, en Syrie ou au Yémen. Les affrontements directs demeuraient rares et soigneusement calibrés afin d’éviter un embrasement régional.

Aujourd’hui, cette ligne de retenue paraît de plus en plus ténue.

L’autre dimension essentielle de cette crise est économique. Le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial. Une part considérable des exportations de pétrole des monarchies du Golfe ainsi qu’une grande partie du gaz naturel liquéfié qatari transitent par ce corridor maritime. Chaque incident de sécurité dans cette zone provoque immédiatement une réaction des marchés, renchérit les coûts du transport maritime et alimente les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial.

Pour les pays africains fortement dépendants des importations d’hydrocarbures, les répercussions pourraient être rapides. Une hausse durable des cours du pétrole se traduirait par une augmentation des coûts du transport, des importations et, à terme, des pressions inflationnistes déjà sensibles dans plusieurs économies du continent.

Sur le plan diplomatique, cette séquence révèle également les limites des mécanismes de désescalade lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’un règlement des différends de fond. Le mémorandum de juin avait suspendu les tensions sans les résoudre. Les questions liées aux sanctions, au programme balistique iranien, à la sécurité maritime et à la présence militaire des États-Unis d’Amérique dans le Golfe demeuraient entières. Les événements des derniers jours montrent qu’il a suffi de quelques heures pour faire voler en éclats un équilibre construit pendant plusieurs semaines de négociations.

La crise actuelle dépasse ainsi le seul cadre des relations entre Washington et Téhéran. Elle pose une question plus large : jusqu’où les deux capitales sont-elles prêtes à pousser leur confrontation sans provoquer un conflit régional aux conséquences difficilement maîtrisables ? Les appels à la désescalade lancés par plusieurs partenaires européens et par des États du Golfe traduisent une même inquiétude : celle de voir une succession d’opérations militaires localisées déboucher sur une crise dont les effets se feraient sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

À ce stade, l’accord de juin apparaît moins comme une parenthèse de stabilité que comme un rappel de la difficulté à instaurer une paix durable dans une région où les impératifs militaires, les rivalités stratégiques et les intérêts énergétiques continuent de l’emporter sur les engagements diplomatiques.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Irak : une vaste opération anticorruption conduit à l’arrestation de 47 responsables

Les autorités irakiennes ont lancé, dimanche 28 juin, une vaste opération anticorruption qui s’est soldée par l’arrestation de 47 responsables politiques et administratifs. Douze députés, des hauts fonctionnaires ainsi que plusieurs responsables du ministère du Pétrole figurent parmi les personnes interpellées, selon l’agence de presse officielle INA.

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Les arrestations ont été menées à Bagdad et dans plusieurs provinces. Dans la capitale, les forces de sécurité ont bouclé la Zone verte, siège des principales institutions de l’État, où plusieurs perquisitions ont été effectuées au domicile ou sur le lieu de travail des suspects.

L’enquête, ouverte en octobre 2025, a pris une nouvelle ampleur après l’arrestation, le mois dernier, d’Adnan al-Joumaïli, ancien vice-ministre chargé du raffinage. Les informations recueillies au cours des investigations auraient permis aux magistrats d’identifier un réseau de responsables soupçonnés d’avoir participé à des détournements de fonds publics. Avant le déclenchement de l’opération, le Parlement avait levé l’immunité des députés concernés afin de permettre les poursuites judiciaires.

Selon les autorités, plusieurs personnes recherchées n’ont pas encore été appréhendées. Les investigations se poursuivent et d’autres arrestations ne sont pas exclues.

Cette opération intervient à un moment politiquement sensible. Le Premier ministre Ali al-Zaïdi, entré en fonction en mai dernier, a fait de la lutte contre la corruption l’un des axes de son action. Il doit effectuer, dans les prochaines semaines, une visite officielle aux États-Unis d’Amérique, où les questions de gouvernance et de transparence figurent parmi les sujets attendus des échanges avec les autorités états-uniennes.

La corruption demeure l’un des principaux défis de l’Irak depuis plus de vingt ans. Malgré les nombreuses campagnes lancées par les gouvernements successifs, les détournements de fonds publics continuent d’affecter les institutions et les secteurs stratégiques, en particulier celui du pétrole, qui assure l’essentiel des revenus de l’État. L’ampleur de cette opération lui confère donc une portée particulière, même si son impact dépendra désormais des suites judiciaires qui seront données aux dossiers.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Gaza : un rapport de l’ONU sur des exécutions imputées au Hamas met au jour des victimes oubliées

Les guerres fabriquent leurs héros, leurs bourreaux et leurs symboles. Elles fabriquent aussi des silences. Dans le vacarme des bombes et la bataille des récits, certaines morts s’imposent à la conscience du monde tandis que d’autres demeurent à la périphérie de l’attention collective. Une enquête des Nations unies vient rappeler que, derrière les chiffres et les positions de principe, il existe des vies qui échappent aux grilles de lecture les plus commodes.

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Une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU accuse des forces affiliées au Hamas d’avoir exécuté, torturé ou violemment agressé des Palestiniens dans la bande de Gaza entre 2024 et 2026. Des révélations sensibles qui mettent en lumière une réalité souvent éclipsée : celle de Palestiniens victimes de violences imputées à des acteurs palestiniens, au cœur d’un conflit déjà marqué par une catastrophe humanitaire sans précédent.

Le rapport a été rendu public début juin par la Commission internationale indépendante d’enquête sur les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, et Israël. Créée sous l’égide du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, cette instance est chargée de documenter les violations présumées du droit international commises par l’ensemble des parties impliquées dans le conflit.

Selon ses conclusions, les enquêteurs ont recensé 249 cas de punitions extrajudiciaires dans la bande de Gaza entre août 2024 et janvier 2026. Ces violences auraient fait 108 morts et 384 blessés.

La commission affirme qu’une partie de ces exactions peut être attribuée à des structures liées au Hamas, notamment les Brigades Al-Qassam, mais aussi à certaines unités de police et de sécurité opérant sous l’autorité de facto du mouvement islamiste dans l’enclave palestinienne.

Les victimes étaient accusées de faits très divers : collaboration présumée avec Israël, détournement de l’aide humanitaire, pillages, trafic de drogue, opposition politique ou appartenance à des groupes rivaux.

Le rapport décrit des méthodes particulièrement brutales. Des hommes auraient été battus à coups de barres métalliques ou de briques, délibérément blessés par balle aux jambes, humiliés publiquement ou exécutés sans procès. Dans plusieurs cas, ces violences se seraient déroulées devant des témoins, parfois des enfants.

Parmi les épisodes documentés figure notamment l’exécution de plusieurs hommes près de l’hôpital Al-Shifa, à Gaza-ville, ainsi qu’une autre mise à mort publique de personnes présentées comme des collaborateurs présumés.

Le Hamas n’a, à ce stade, pas répondu officiellement aux accusations détaillées contenues dans le rapport.

Ces révélations interviennent dans un contexte où la bande de Gaza demeure plongée dans une crise d’une ampleur historique. Depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, le territoire a subi des destructions massives, des déplacements forcés de population, l’effondrement d’une grande partie de ses infrastructures civiles et une dégradation dramatique des conditions de vie de ses habitants.

La portée de ce rapport dépasse toutefois le simple inventaire des violences qu’il recense.

Depuis le début du conflit, le débat international s’est progressivement enfermé dans des lectures concurrentes. D’un côté, ceux qui voient avant tout Gaza à travers le prisme des bombardements israéliens et de la catastrophe humanitaire qu’ils ont provoquée. De l’autre, ceux qui considèrent que toute compréhension du conflit doit d’abord partir des crimes commis par le Hamas.

Ces deux récits ne sont pas nécessairement faux. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils prétendent à l’exclusivité.

Car les Palestiniens évoqués dans cette enquête occupent une place inconfortable. Ils ne correspondent ni à l’image de victimes absolues de la guerre ni à celle de combattants engagés dans les affrontements. Certains étaient peut-être coupables des faits qui leur étaient reprochés, d’autres non. Mais tous avaient en commun d’être privés d’un procès, d’une défense et, parfois, de leur vie.

Leur histoire rappelle une évidence que les conflits contemporains tendent à faire oublier : la souffrance humaine ne se distribue pas selon les lignes idéologiques que les opinions publiques tracent à distance.

Reconnaître ces victimes ne revient pas à minimiser les souffrances causées par l’offensive israélienne à Gaza. De la même manière, dénoncer les destructions massives et les pertes civiles palestiniennes n’implique pas de détourner le regard lorsque des abus sont imputés à des acteurs palestiniens.

L’exigence de vérité suppose précisément de résister à cette tentation du tri sélectif de la compassion.

Au-delà du Proche-Orient, cette enquête interroge notre rapport aux conflits contemporains. Sommes-nous encore capables d’accueillir des faits qui compliquent nos certitudes ? D’accorder une égale dignité aux victimes, même lorsque leur existence dérange les récits auxquels nous avons adhéré ?

À l’ère des appartenances idéologiques et des mobilisations instantanées, la complexité est souvent perçue comme une gêne. Pourtant, c’est peut-être dans cette zone d’inconfort que le journalisme trouve encore sa raison d’être.

Dans les guerres, il y a des morts qui deviennent des symboles et d’autres qui demeurent sans visage. Le rapport des Nations unies ne redistribue ni les responsabilités ni les souffrances d’un conflit déjà dévastateur. Il rappelle simplement qu’au sein même d’une tragédie collective, certaines victimes disparaissent derrière les récits que chacun préfère défendre.

Leur rendre une place dans le récit du monde n’est pas un exercice d’équilibre entre les camps. C’est une exigence de justice, de rigueur et, peut-être avant tout, d’humanité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos