Pyongyang a commencé à démanteler des pylônes électriques installés par Séoul pour alimenter l’ancien complexe industriel conjoint de Kaesong. Cette nouvelle mesure marque une détérioration des relations entre les deux Corées, décrites comme « états hostiles » par Kim Jong-un.
Ce mardi, l’armée sud-coréenne a annoncé que la Corée du Nord a coupé les câbles électriques reliant les pylônes construits par la Corée du Sud dans le but d’alimenter le complexe industriel conjoint de Kaesong, désormais fermé. Ce geste, détecté dès dimanche, s’inscrit dans une série d’actions visant à effacer les traces de coopération entre les deux États déjà sous tensions.
Selon des officiels sud-coréens, des soldats nord-coréens ont été observés en train de déconnecter des câbles haute tension le long de la route intercoréenne Gyeongui. Les premières investigations suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une préparation à la démolition des pylônes. « La première tour de transmission située au Nord de la zone démilitarisée (DMZ) a déjà vu ses câbles sectionnés », a confirmé le colonel Lee Sung-jun, porte-parole du chef d’état-major interarmées sud-coréen.
Un projet symbolique interrompu
Le complexe industriel de Kaesong, situé à proximité de la frontière nord-coréenne, a longtemps été un symbole de collaboration intercoréenne. Alimenté par 48 pylônes électriques, dont 15 en territoire nord-coréen, il a été un point de convergence économique jusqu’à sa fermeture en 2016. La suspension définitive de l’approvisionnement en électricité remonte à juin 2020, après que Pyongyang a détruit le bureau de liaison intercoréen, un bâtiment situé dans le complexe, afin de protester contre l’envoi de tracts anti-régime par des transfuges nord-coréens depuis le Sud.
Le démantèlement des infrastructures électriques, selon des experts, pourrait également être motivé par des raisons économiques. Les câbles contiennent du cuivre, un matériau précieux pour un régime aux ressources limitées. Bien que cette hypothèse n’ait pas été confirmée, elle n’est pas exclue par les autorités sud-coréennes.
Une politique de rupture systématique
Depuis la fin de l’année dernière, Kim Jong-un a multiplié les efforts pour couper les liens symboliques et physiques entre les deux Corée, qui représentent pour lui des « états hostiles ». Par ailleurs, le régime a renforcé les barbelés, posé des mines le long des routes Gyeongui et Donghae, et démoli des sections du réseau ferroviaire intercoréen. Des barrières antichars sont également en construction de son côté de la DMZ.
Le mois dernier, Pyongyang a dynamité plusieurs infrastructures routières et ferroviaires reliant les deux pays, un geste que son armée a présenté comme faisant partie d’un plan visant à « séparer complètement » le territoire nord-coréen de celui du Sud.
Un climat de tensions exacerbées
Ces actions surviennent dans un contexte où les tensions intercoréennes n’ont cessé de croître. Le contexte actuel s’éloigne fortement des initiatives d’unification lancées dans les années 2000.
En démantelant les pylônes électriques de Kaesong, Pyongyang tourne ainsi une nouvelle page, celle d’une coopération passée, et confirme son choix d’une politique de rupture totale avec Séoul.
Clara Höser