Le Rwanda accuse la République démocratique du Congo (RDC) de préparer une attaque contre son territoire. Selon Kigali, des armes lourdes auraient été stockées près de l’aéroport de Goma, marquant une escalade des tensions entre les deux voisins. De son côté, Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le groupe rebelle M23, responsable de nombreuses violations des droits humains dans l’est de la RDC, selon des rapports onusiens.
L’ONU a exprimé ses craintes face à une possible extension du conflit au-delà des frontières congolaises. Lors d’une session d’urgence à Genève, les Nations unies ont approuvé la mise en place d’une mission d’enquête indépendante sur les graves violations des droits humains dans l’est de la RDC. Cette mission devra présenter ses conclusions en septembre prochain, malgré les objections du Rwanda.
Un sommet régional pour la paix
Face à la gravité de la situation, un sommet conjoint inédit entre la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) s’est tenu ce 8 février à Dar es Salaam, en Tanzanie. La présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, a appelé à une réponse collective pour résoudre la crise dans l’est de la RDC.
Le président kényan William Ruto a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat, soulignant les conséquences humanitaires désastreuses des combats. Il a demandé au M23 de stopper son avancée et aux Forces armées de la RDC (FARDC) de suspendre leurs représailles, affirmant qu’un dialogue constructif ne pourra émerger qu’après un cessez-le-feu.
Son homologue zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, a quant à lui averti qu’une solution militaire ne serait pas durable. Il a appelé à une approche diplomatique visant à s’attaquer aux causes profondes du conflit tout en respectant la souveraineté du peuple congolais.
Les dirigeants ont insisté sur l’importance d’une coopération renforcée entre la SADC et l’EAC pour éviter des initiatives parallèles pouvant compromettre les efforts de paix. Ils ont également exhorté la communauté internationale à soutenir les initiatives régionales.
Violations des droits humains : l’ONU enquête
Dans ce contexte de violences, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé de lancer une enquête sur les atrocités commises dans l’est de la RDC. Ces exactions incluent des exécutions sommaires, des viols collectifs et des bombardements de camps de déplacés.
Parmi les récents témoignages, l’évasion de la prison de Muzenze, à Goma, a particulièrement choqué. Selon l’ONU, 165 femmes ont été violées par des détenus masculins, avant d’être brûlées vives lorsque ces derniers ont incendié la prison. Sur plus de 4 000 prisonniers qui se sont échappés, les autorités soupçonnent la complicité de groupes armés.
En outre, des informations font état de 52 femmes violées par des soldats congolais au Sud-Kivu, des allégations qui sont actuellement vérifiées par les enquêteurs onusiens.
Les avancées du M23 et la crise humanitaire
Les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise selon Kinshasa, continuent leur progression dans le Sud-Kivu, provoquant des déplacements massifs de populations. Les combats se rapprochent dangereusement de Bukavu, suscitant des inquiétudes au sein de la société civile.
Dans ce contexte, l’armée congolaise tente de rassurer. Le général Pacifique Masunzu, commandant de la 3e zone de défense, a affirmé que les FARDC restent mobilisées pour contrer les rebelles. Cependant, les autorités locales, notamment à Uvira, ont imposé un couvre-feu pour tenter de maîtriser la situation.
Victimes parmi les humanitaires
Les violences n’épargnent pas les travailleurs humanitaires. Trois collaborateurs de l’ONG suisse EPER ont été tués dans le Nord-Kivu alors qu’ils effectuaient une mission dans le territoire de Rutshuru. En conséquence, l’ONG a suspendu toutes ses activités dans cette région.
Un appel à l’action internationale
Les tensions entre la RDC et le Rwanda continuent de s’intensifier. Kinshasa a déposé un projet de résolution à l’ONU condamnant fermement le soutien militaire du Rwanda au M23 et appelant à la mise en place urgente d’une mission indépendante pour identifier les responsables des violations des droits humains.
Pendant ce temps, le Malawi a annoncé le retrait progressif de ses troupes déployées en RDC dans le cadre de la force régionale SAMIRDC. Cette décision vise à honorer les engagements de cessez-le-feu en vue de futures négociations.
Malgré les appels à la paix, les perspectives restent incertaines, les tentatives de médiation antérieures ayant échoué. La communauté internationale est appelée à agir de manière décisive pour prévenir une aggravation de cette crise aux conséquences déjà catastrophiques.
Joseph Kouamé