RDC : les rebelles du M23 continuent de dicter leur loi à Goma tout en appelant la population à rentrer, appel régional à un cessez-le-feu, deuxième jour d’accalmie observé – Notre point au 11 février

Après un appel régional à un cessez-le-feu, un deuxième jour d’accalmie est observé, mais les perspectives d’une paix durable restent incertaines. Retour sur la situation.

Deuxième jour de calme relatif après un appel au cessez-le-feu

L’est de la République démocratique du Congo (RDC), marqué par des décennies de conflits armés, connaît un rare répit. Ce lundi, la province du Sud-Kivu observe un deuxième jour d’accalmie dans les combats entre l’armée congolaise et le M23, soutenu par ses alliés rwandais. Ce calme suit un appel au “cessez-le-feu immédiat et inconditionnel” lancé par les dirigeants des communautés d’Afrique australe (SADC) et d’Afrique de l’Est (EAC) lors d’un sommet en Tanzanie.

Cependant, la mise en œuvre effective de cette trêve, confiée aux chefs d’état-major des deux blocs régionaux, suscite des doutes. Kinshasa accuse Kigali d’appuyer les rebelles, et malgré les pressions internationales, les sanctions contre le Rwanda restent absentes du débat.

Une situation toujours tendue à Bukavu

À Bukavu, capitale du Sud-Kivu, la peur d’une avancée du M23 persiste. Samedi, des affrontements violents ont éclaté à une soixantaine de kilomètres de la ville. Bien que le front soit calme depuis, l’inquiétude reste palpable.

Lundi, certaines écoles ont rouvert, mais la population demeure sur le qui-vive, redoutant une attaque imminente. Vendredi, plusieurs établissements avaient fermé leurs portes, tandis que des habitants avaient commencé à fuir la ville.

En Europe, des voix s’élèvent pour dénoncer la gravité de la situation. L’Allemagne a exprimé sa “profonde préoccupation” face à une éventuelle progression des rebelles vers Bukavu et aux risques de nouvelles souffrances pour les populations locales.

Des exactions devant les tribunaux militaires

Parallèlement à ces événements, un procès militaire s’est ouvert à Bukavu pour juger près de 80 soldats congolais accusés de meurtres, viols, pillages et fuite devant l’ennemi. Ces militaires, arrêtés à l’aéroport de Kavumu, dernier bastion stratégique des FARDC avant Bukavu, sont également accusés d’avoir abandonné leur mission de protection de la population.

“Ces actes ignobles trahissent la confiance placée en eux pour défendre la souveraineté nationale”, a dénoncé le représentant du ministère public, le major-colonel Jérôme Bayawa.

Crise humanitaire et déplacements massifs

Le conflit en cours, aggravé par l’implication présumée du Rwanda, a engendré une crise humanitaire majeure. À Goma, où le M23 contrôle désormais les principales infrastructures, les camps de déplacés se sont largement vidés sous la pression des rebelles.

Selon des ONG, les populations fuyant les sites d’accueil se retrouvent sans abri ou exposées à des risques sanitaires majeurs, comme le choléra. Le M23, de son côté, justifie le démantèlement des camps en affirmant qu’ils servaient de refuges à des groupes armés alliés à l’armée congolaise.

Dialogue et perspectives de paix : des obstacles majeurs

Lors du sommet de la SADC et de l’EAC, un appel au dialogue a été lancé pour résoudre la crise. Toutefois, Kinshasa refuse toujours de négocier avec le M23, qualifié de “groupe terroriste”.

Selon le politologue Jean-Claude Mputu, cette position complique les perspectives de paix. “Tant que le Congo ne disposera pas d’un gouvernement responsable et d’une armée capable de protéger son territoire, la paix durable restera un mirage”, estime-t-il.

Le Rwanda, souvent pointé du doigt pour son soutien présumé au M23, rejette les accusations et réclame l’inclusion des rebelles dans les pourparlers. Mais pour Kinshasa, intégrer le M23 dans l’armée ou céder à leurs revendications serait un aveu de faiblesse, risquant de renforcer l’influence rwandaise dans l’est du pays.

Conclusion : Une sortie de crise encore incertaine

Alors que l’accalmie observée ces derniers jours suscite un espoir fragile, les causes profondes du conflit restent irrésolues. Les tensions entre Kinshasa et Kigali, les revendications politiques du M23 et la crise humanitaire qui frappe les populations déplacées compliquent toute issue rapide.

Si le dialogue demeure indispensable, il devra s’accompagner de réformes structurelles et d’un effort international pour garantir une paix durable dans cette région meurtrie par des décennies de violence.

Joseph Kouamé

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