RDC : Nouveaux affrontements dans l’Est du pays, début des audiences foraines après des accusations d’exactions par les FARDC et alliés, etc… – Notre point sur la situation ce 12 février

Les tensions en République démocratique du Congo (RDC) ont franchi une nouvelle étape avec des affrontements violents entre l’armée congolaise et le groupe armé M23, soutenu par les troupes rwandaises, dans l’Est du pays.

Ces combats ont éclaté mardi à l’aube près de la localité d’Ihusi, à environ 70 km de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, après une brève accalmie consécutive à un appel à cessez-le-feu de dirigeants africains. Des détonations d’armes lourdes ont été entendues dans la région, signalant l’intensification du conflit.

Les combats se sont intensifiés après que le M23 et ses alliés ont tenté de prendre le contrôle des hauts-plateaux surplombant la route principale menant à Bukavu, avec pour objectif de couper les voies d’approvisionnement de l’armée congolaise. Cependant, l’intervention des troupes burundaises a permis de contenir cette offensive. Le nombre de soldats burundais déployés dans la région a été renforcé, atteignant environ 10 000 hommes. En parallèle, des violences communautaires ont éclaté en Ituri, où au moins 51 personnes ont été tuées par la milice Codéco.

La situation à Bukavu est préoccupante, la peur d’une attaque imminente par le M23 et les troupes rwandaises incitant à la fermeture des écoles et des banques. Les autorités congolaises redoutent la prise de la ville, un point stratégique pour le contrôle de la région du lac Kivu. Le port de Kavumu, essentiel pour les transports militaires, est également sous menace.

L’aggravation de la crise humanitaire à Goma et le contexte régional

La situation à Goma, où le M23 et les forces rwandaises ont pris le contrôle fin janvier, ne cesse de se dégrader. L’aéroport est fermé, l’approvisionnement en eau a été interrompu et des cas de choléra ont été signalés, aggravés par l’afflux de populations déplacées. La crise humanitaire se profile de plus en plus grave à mesure que les combats se poursuivent.

Les appels internationaux à la désescalade se multiplient, et la communauté internationale craint que ce conflit ne dégénère en une guerre régionale. Kinshasa, qui accuse Kigali de soutenir le M23 pour piller les ressources naturelles du pays, appelle à des sanctions contre le Rwanda. Mais malgré les pressions internationales, aucune solution diplomatique n’a encore émergé pour mettre fin à ce conflit qui dure depuis plus de trois ans.

Audiences foraines après des accusations d’exactions par les FARDC

Dans un autre volet de la crise, plus de 260 militaires congolais sont actuellement jugés devant le tribunal militaire de Bukavu pour des accusations graves d’exactions. Les militaires sont accusés de meurtres, viols, pillages et autres violences dans plusieurs localités du Sud-Kivu. Alice Mugoli Civarara, victime d’une intrusion chez elle, a témoigné de son agression par des militaires, soulignant la violence qu’elle a subie. Le procès, qui a débuté le 10 février, met en lumière la brutalité de certaines unités de l’armée congolaise, et des témoins dénoncent des exactions commises par les FARDC et leurs alliés dans la région.

Les victimes, soutenues par des organisations civiles, demandent justice et réparation, notamment pour les femmes violées et les familles des victimes. Le collectif de défense des prévenus insiste sur la présomption d’innocence et la nécessité d’une justice équitable, tout en soulignant qu’il ne faut pas stigmatiser l’ensemble de l’armée congolaise. Mais du côté des parties civiles, l’État congolais est également appelé à assumer sa responsabilité en raison du manque de formation de ses soldats, tant sur le plan moral que professionnel.

Le rôle de l’Union africaine et les élections à venir

La situation en RDC devrait également être abordée lors du sommet de l’Union africaine (UA), prévu à Addis-Abeba ce week-end. Cette réunion sera marquée par l’élection d’un nouveau président de la Commission de l’UA, un poste stratégique qui pourrait influencer la gestion de la crise en RDC. L’UA, bien que souvent critiquée pour son inefficacité, pourrait jouer un rôle clé dans les négociations de paix. Le président angolais João Lourenço, impliqué dans la médiation entre la RDC et le Rwanda, prendra la présidence tournante de l’UA.

L’agenda de l’Union africaine comprendra également des discussions sur les réparations pour les crimes liés à la colonisation, un sujet qui divise les États africains. Cependant, à ce jour, il existe peu de consensus sur la forme et le montant de ces réparations.

La situation en RDC demeure complexe et fragile, avec des tensions qui risquent de déstabiliser l’ensemble de la région des Grands Lacs. Le conflit entre le M23, soutenu par le Rwanda, et les forces congolaises, exacerbé par les exactions des FARDC, continue de provoquer des souffrances humaines massives. Les efforts diplomatiques restent fragiles, et les appels à une action internationale forte se multiplient, mais l’issue du conflit demeure incertaine.

Joseph Kouamé

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