RD Congo : Ouverture d’un procès contre le Rwanda à Arusha, Kinshasa ferme son espace aérien aux avions rwandais, le Burundi met en garde le Rwanda face à l’avancée du M23 dans l’Est etc… – Notre point de ce 13 février

Depuis l’offensive fulgurante du M23 et de ses alliés rwandais sur le Nord-Kivu fin janvier, des milliers d’habitants de Goma ont été forcés de fuir leur ville. Pour beaucoup, le refuge s’est trouvé au Rwanda, à Rusizi, une ville frontalière de Bukavu. La vie en exil s’avère être une épreuve, où l’incertitude et la précarité sont omniprésentes.

Témoignage de réfugiés à Rusizi

Innocent Mansuru, un homme d’affaires ayant fui Goma avec sa famille, raconte : “La ville était sous les bombes, les balles fusaient de partout. Nous avons dû tout recommencer à zéro. Ici, au moins, nous sommes à l’abri des balles perdues.” Deux semaines après son arrivée à Rusizi, il tente de retrouver une forme de normalité en traversant la frontière chaque jour pour vendre ses marchandises à Bukavu, où ses enfants sont scolarisés.

Emmanuel Chirimwami, un autre réfugié, explique son dilemme : “Si je trouve un travail ici, je resterai. Sinon, je n’aurai d’autre choix que de retourner à Goma. Mais tant que la paix ne reviendra pas, rentrer reste impensable.” La population de Goma continue de fuir, s’adaptant tant bien que mal à cette nouvelle réalité, tout en espérant un retour rapide une fois le conflit apaisé.

Le M23 progresse dans l’Est, le Burundi met en garde le Rwanda

Le 12 février 2025, le M23, soutenu par les forces rwandaises, a continué son avancée dans l’Est de la RDC. Ce groupe armé, en guerre contre l’armée congolaise depuis sa résurgence en 2021, a capturé de nouvelles localités stratégiques, dont celles d’Ihusi et de Kalehe, sur la route menant à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu.

Les habitants de Kalehe ont décrit les combattants du M23 comme étant nombreux mais “pacifiques”, ne dérangeant pas la population. Cependant, cette progression a exacerbé la situation sécuritaire dans la région. En réponse, Kinshasa a appelé à une réunion d’urgence de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) et de l’EAC (Communauté de l’Afrique de l’Est) pour évaluer la situation et prendre des mesures contre ce nouvel acte d’agression. Le gouvernement congolais a également réclamé des sanctions contre les responsables de cette escalade.

Le Burundi, quant à lui, a déployé environ 10 000 soldats pour soutenir l’armée congolaise dans la région. Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, a averti que son pays riposterait à toute attaque, qualifiant le Rwanda de “mauvais voisin”. Cette déclaration fait suite à l’augmentation des tensions et des combats à la frontière.

Goma : La délégation des Églises poursuit ses efforts de médiation

Le 12 février, une délégation des Églises catholique et protestante a rencontré Corneille Nangaa, coordinateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), le groupe dont fait partie le M23. L’objectif de cette rencontre était de promouvoir un “pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble”. Après une rencontre de six heures, les représentants religieux ont exprimé leur volonté d’aider à instaurer une paix durable.

Cependant, plusieurs points de friction demeurent. L’Alliance Fleuve Congo a rejeté la réouverture de l’aéroport de Goma, expliquant que des mines étaient présentes sur le site. Ils ont également exigé le retrait des forces sud-africaines positionnées à proximité. Les discussions ont également abordé le nombre de victimes depuis le début de l’année, l’AFC ayant annoncé qu’un livre blanc serait publié pour clarifier ces chiffres.

Ouverture du procès de la RDC contre le Rwanda à Arusha

Mercredi 12 février 2025, un procès historique a débuté à Arusha, en Tanzanie, où la RDC a intenté une action judiciaire contre le Rwanda. Ce procès est la suite d’une plainte déposée par Kinshasa en août 2023, accusant Kigali de soutenir le M23 et de commettre des violations des droits de l’homme dans l’est de la RDC.

La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a ouvert des audiences publiques pour examiner la requête déposée par la RDC. Cette action judiciaire vise à établir la responsabilité du Rwanda dans les atrocités commises dans la région, notamment le soutien au M23, et à obtenir des sanctions contre le régime de Kigali. Le ministre de la Justice congolais, Samuel Mbemba, a indiqué que la Cour se prononcera d’abord sur la recevabilité de l’affaire, avant que la RDC ne présente ses preuves lors des prochaines audiences.

La RDC espère ainsi obtenir une reconnaissance internationale de la responsabilité du Rwanda et faire pression sur la communauté internationale pour qu’elle impose des mesures contre le régime de Kigali. Le gouvernement congolais a salué l’ouverture de ce procès, soulignant qu’il faisait partie de son combat pour faire rendre des comptes au Rwanda pour ses actes dans l’Est de la RDC.

Kinshasa ferme son espace aérien aux avions rwandais

Face à l’escalade du conflit, le gouvernement congolais a également décidé de fermer son espace aérien aux avions rwandais. Cette mesure s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays et vise à limiter les déplacements militaires et les approvisionnements en armes pour le groupe M23.

Cette décision renforce l’isolement diplomatique du Rwanda et pourrait avoir des conséquences économiques et logistiques pour la région, notamment en ce qui concerne les lignes aériennes commerciales et les activités commerciales entre les deux nations.

En claire.La situation dans l’Est de la RDC demeure tendue, avec une escalade des violences et des déplacements massifs de population. Le M23, soutenu par le Rwanda, continue de progresser, tandis que les efforts diplomatiques pour négocier la paix restent fragiles. Le Burundi met en garde le Rwanda, et la RDC continue de chercher des solutions judiciaires pour faire face aux exactions commises. Le procès à Arusha pourrait marquer un tournant dans la lutte pour la justice et la paix dans la région des Grands Lacs. Mais pour les milliers de réfugiés, l’incertitude reste totale, et le retour à la paix semble encore loin.

Joseph Kouamé

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