Guerre en RDC : le président Tshisekedi reste ferme : « Aucune négociation avec le M23 », manifestation à Goma devant les bases de la Monusco ,incertitude à Bukavu après l’arrivée du M23 etc… – Notre point du 18 février

Alors que les appels au cessez-le-feu se multiplient face à l’avancée des rebelles du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi campe sur sa position : « Aucune négociation avec le M23 ». Il dénonce les « velléités expansionnistes » du Rwanda, accusé de soutenir directement les rebelles.

Tshisekedi accuse Kabila de soutenir l’opposition armée

Pour le président congolais, le M23 « n’est qu’un paravent mis en avant par le Rwanda, derrière lequel c’est bien l’armée rwandaise qui mène les combats ». Tshisekedi va plus loin et accuse son prédécesseur Joseph Kabila d’être impliqué dans la rébellion : « Le véritable commanditaire de cette opposition, c’est Joseph Kabila. Mais il ne l’avoue pas, il n’assume pas ses actions », a-t-il déclaré.

Alors que le gouvernement congolais tente de mobiliser les forces armées, la situation sécuritaire continue de se détériorer.

Bukavu plongée dans l’incertitude après l’arrivée du M23

Depuis que les rebelles du M23, soutenus par des milliers de soldats rwandais, ont fait leur entrée à Bukavu vendredi soir, la confusion règne dans cette ville stratégique du Sud-Kivu.

Peuplée d’environ 1,3 million d’habitants, Bukavu a vu une partie de sa population fuir, ainsi que des soldats de l’armée congolaise. Des pillages ont été signalés, les prisons vidées, mais les réseaux de communication et l’électricité restent fonctionnels.

Si la présidence congolaise assurait samedi que Bukavu était toujours sous contrôle de l’armée, des habitants et des sources locales rapportent que les rebelles ont progressé jusqu’au centre-ville dès dimanche matin. Certains habitants ont même manifesté en soutien au M23.

Le porte-parole du mouvement, Willy Ngoma, a publié une photo sur le réseau social X montrant des combattants posant sur la place de l’Indépendance, au cœur de la ville. Dans un communiqué, le M23 affirme attendre que les habitants « s’organisent pour assurer la sécurité » et exige le retrait immédiat des soldats burundais, déployés aux côtés des FARDC.

Face à cette escalade, le président français Emmanuel Macron a appelé samedi à un cessez-le-feu immédiat et au retrait du M23.

Manifestation anti-Monusco à Goma

À Goma, où le M23 contrôle la ville depuis plus de trois semaines, une centaine de manifestants ont protesté devant les bases de la Monusco ce lundi 17 février. Ils demandent le départ de la mission onusienne ainsi que l’évacuation des militaires congolais réfugiés sur les sites de l’ONU.

Certains manifestants proches du M23 estiment que la présence des FARDC dans les camps de la Monusco représente un danger potentiel. « Ils pourraient récupérer leurs armes et relancer les combats en ville », a déclaré l’un d’eux. Un autre manifestant prévient : « Si la Monusco ne répond pas, nous continuerons les sit-in jusqu’à leur départ ».

L’aéroport international de Goma a également été le théâtre de tensions, alors que les relations entre la Monusco et le M23 demeurent extrêmement tendues.

Denis Sassou-Nguesso craint une guerre régionale

Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, s’est dit inquiet d’une possible guerre régionale si le conflit se poursuit. « On peut craindre une guerre régionale, mais nous misons sur la sagesse africaine pour éviter d’en arriver là », a-t-il déclaré dans une interview à France 24.

Il a également souligné l’importance du dialogue entre Kinshasa et Kigali et laissé entendre qu’il pourrait jouer un rôle de médiateur. « Nous avons de bonnes relations avec les présidents Tshisekedi et Kagame. Nous avons discuté de cette crise à plusieurs reprises, et nous ferons tout pour créer les conditions d’une rencontre », a-t-il ajouté.

Sur la question des sanctions réclamées par Kinshasa contre Kigali, Sassou-Nguesso a émis des réserves : « Les sanctions n’ont pas toujours réglé les problèmes ».

L’ONU met en garde contre une « balkanisation » de la RDC

Après avoir pris Goma fin janvier, puis Bukavu ces derniers jours, le M23 contrôle désormais une grande partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

L’ONU estime à 4 000 le nombre de soldats rwandais présents dans l’Est du Congo, et les récents combats auraient causé près de 3 000 morts.

Face à cette situation, l’Union africaine (UA) a appelé dimanche à un « retrait immédiat du M23 et de ses partisans », mettant en garde contre une possible balkanisation de la RDC.

L’organisation n’a cependant pas explicitement mentionné le Rwanda, ce qui suscite des critiques à Kinshasa.

Dans le même temps, l’Ouganda, le Burundi et l’Afrique du Sud ont déployé des troupes en renfort des FARDC, alors que la RDC cherche à reprendre l’initiative militaire.

Le M23, de son côté, refuse de reculer sans garanties de sécurité et réclame le retrait immédiat des troupes burundaises du Sud-Kivu.

Les religieux congolais en quête de dialogue en Europe

Dans ce climat de tensions, les représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) ont entamé une tournée en Europe pour rencontrer l’opposition congolaise. Ce week-end, ils se sont rendus à Bruxelles où ils ont échangé avec Moïse Katumbi et ses proches. « Ils recueillent les points de vue des acteurs politiques pour remettre un rapport au président », a expliqué un participant.

De son côté, Moïse Katumbi soutient cette démarche : « Il n’y a pas d’autre issue. Tous les Congolais doivent s’asseoir autour d’une même table pour dialoguer », a déclaré son porte-parole Salomon Kalonga.

Samedi, les religieux ont également rencontré d’autres figures de l’opposition, dont Claudel Lubaya, Jean-Claude Mvuemba et Franck Diongo, ainsi que des représentants du Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila.

Enfin, la délégation a échangé avec le représentant de l’Union européenne pour les Grands Lacs, alors que la communauté internationale cherche à trouver une issue diplomatique à cette crise.

Une situation explosive

Alors que le M23 continue d’avancer dans l’est de la RDC, la situation reste hautement instable. Kinshasa refuse tout dialogue avec les rebelles, l’opposition plaide pour une solution politique, et la communauté internationale peine à imposer un cessez-le-feu.

Le spectre d’une guerre régionale plane désormais sur la région des Grands Lacs.

Joseph Kouamé

Laisser un commentaire