Guerre en RDC : le M23 a commis des « exécutions sommaires » d’enfants à Bukavu, selon un rapport de l’ONU, le Rwanda accuse Bruxelles et suspend la coopération, Malaise au sein de l’union africaine etc… (Notre point 1/2 du 19 février)

Les principales informations à connaître sur la guerre qui ravage la République Démocratique du Congo du 19 févvrier.

N.B. : Tant de choses sont à faire connaître sur cette situation dramatique que nous avons décidé, à « La boussole – infos », de vous proposer deux articles chaque jour pour faire le point.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a confirmé des cas d’exécutions sommaires d’enfants par le M23 après son entrée dans Bukavu la semaine dernière.

Des exécutions d’enfants confirmées par l’ONU

Selon Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des enfants âgés de 11 à 15 ans, vêtus d’uniformes abandonnés par les FARDC, tirant des coups de feu et pillant des magasins.

Le 16 février, trois garçons ont été tués dans le quartier latin de Bukavu lors d’un affrontement avec le M23. Ces enfants, non identifiés, transportaient des armes récupérées dans un camp militaire abandonné et ont refusé de désarmer, entraînant un échange de tirs mortel.

Déjà, l’UNICEF avait alerté sur l’augmentation du recrutement d’enfants soldats, affirmant que plus de 1 100 mineurs non accompagnés ont été recensés en seulement deux semaines au Nord-Kivu et Sud-Kivu. Selon Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF, des enfants sont recrutés dès 12 ans, et cette tendance s’aggrave avec la mobilisation de nouveaux combattants.

Flambée des violences et crise humanitaire

Le HCDH rapporte aussi des cas d’arrestations arbitraires, de violences sexuelles et de recrutements forcés. Depuis l’entrée du M23 dans Bukavu le 14 février, la région est en proie au chaos humanitaire. Plus de 150 000 personnes ont fui les combats au Sud-Kivu, selon le HCR. 10 000 à 15 000 réfugiés ont traversé la frontière vers le Burundi, où la surpopulation dans les centres de transit devient une préoccupation majeure.

De plus, une flambée de choléra inquiète les humanitaires. À Goma, près de 70 cas ont été signalés en une semaine dans les camps de déplacés. La coupure d’électricité complique l’approvisionnement en eau potable, obligeant les habitants à puiser directement dans le lac Kivu.

Tensions diplomatiques : le Rwanda suspend sa coopération avec Bruxelles

Dans un contexte de tensions accrues, le Rwanda a annoncé le 18 février la suspension de sa coopération avec la Belgique. Kigali accuse Bruxelles d’avoir mené une campagne diplomatique pour limiter son accès aux financements internationaux, une tentative perçue comme un chantage politique.

Selon le ministre rwandais des Affaires étrangères, cette suspension met en péril plusieurs programmes de développement, notamment dans l’éducation et l’agriculture, financés par Enabel, l’agence belge de développement. La Belgique, de son côté, affirme avoir déjà réévalué son aide en raison de la situation sécuritaire dans la région.

Un malaise au sein de l’Union Africaine

Le conflit en RDC a dominé le 38e sommet de l’Union Africaine (UA), tenu les 15 et 16 février à Addis-Abeba. L’organisation panafricaine a appelé au retrait immédiat du M23, sans toutefois mentionner explicitement le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles.

Seul le Burundi a demandé une condamnation formelle de Kigali, alors que l’UA s’est contentée d’un appel au dialogue dans le cadre des processus de Luanda et Nairobi. Pendant le sommet, le M23 et les troupes rwandaises prenaient le contrôle du centre de Bukavu, accentuant l’instabilité.

Le Rwanda, qui justifie son implication par la présence de groupes armés hostiles sur le territoire congolais, fait face à une pression internationale croissante. Cependant, 4 000 militaires rwandais sont actuellement déployés en RDC, et les affrontements ont causé près de 3 000 morts selon l’ONU.

Reprise de la navigation sur le lac Kivu

Après plusieurs jours de suspension, les transports sur le lac Kivu ont repris le 18 février, facilitant les échanges entre Goma et Bukavu. Le M23 a annoncé la réouverture des ports, permettant la reprise du commerce et des déplacements.

Les habitants de Bukavu, durement touchés par la crise, expriment un soulagement mitigé. « La vie était devenue très difficile », témoigne un commerçant local, alors que l’approvisionnement en produits agricoles était quasiment paralysé par les combats.

La situation en RDC reste hautement volatile, et l’évolution du conflit dans les prochaines semaines pourrait redéfinir les équilibres politiques et sécuritaires dans toute la région des Grands Lacs.

Joseph Kouamé

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