Guerre en RDC : sanction de Washington contre des responsables rwandais et congolais du M23, Affaibli par le conflit Tshisekedi cherche des soutiens, menace de guerre régionale en Afrique de l’Est alerte l’ONU etc… (Notre point du 21 février)

Dans notre point de ce 21 février sur la situation en République Démocratique du Congo : Washington sanctionne des responsables rwandais et congolais liés au M23 ; James Kabarebe : Une figure influente de la région, Réactions contrastées à Kigali et Kinshasa ; Tshisekedi face à la guerre et à l’incertitude ; Une quête de soutien international difficile ; Le Rwanda persiste et signe ; L’ONU alerte sur le risque d’une guerre régionale ; Impact économique : La guerre fragilise l’économie congolaise ; Opération de nettoyage à Bukavu : Une mobilisation de circonstance ? ; Une situation de plus en plus alarmante

Washington sanctionne des responsables rwandais et congolais liés au M23

Les États-Unis ont imposé des sanctions financières contre deux responsables majeurs impliqués dans la guerre en République Démocratique du Congo (RDC). James Kabarebe, ministre rwandais de la Coopération régionale, et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, un mouvement politico-militaire accusé d’être soutenu par Kigali, figurent désormais sur la liste noire américaine. Le Trésor américain les considère comme des acteurs-clés dans l’organisation et la progression du M23 dans l’est de la RDC. Kabarebe est accusé de soutenir militairement le M23 et d’exploiter les ressources naturelles congolaises, tandis que Kanyuka est impliqué dans la déstabilisation de la région. Ces sanctions incluent le gel de leurs avoirs ainsi que ceux de leurs entreprises basées à Londres et Paris. Washington justifie ces mesures par les violences du M23, qui ont causé des milliers de morts et des déplacements massifs de populations.

James Kabarebe : Une figure influente de la région

James Kabarebe, ancien réfugié rwandais en Ouganda, est un stratège militaire de premier plan dans la région des Grands Lacs. Ancien chef d’état-major des forces armées congolaises et figure centrale de la chute de Mobutu en 1997, il est régulièrement associé aux rébellions dans l’est de la RDC, notamment le M23. Sa proximité avec Paul Kagame, le président rwandais, a renforcé son rôle dans les tensions actuelles. Aujourd’hui, il fait face à des sanctions américaines en raison de ses liens avec le M23 et son soutien à l’exploitation des ressources congolaises.

Réactions contrastées à Kigali et Kinshasa

À Kigali, les sanctions ont été rejetées, le gouvernement estimant qu’elles sont injustifiées et qu’elles nuisent aux efforts diplomatiques régionaux. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a déploré cette décision, arguant que les États-Unis devraient plutôt s’attaquer aux forces négatives que soutient le président Tshisekedi. À Kinshasa, en revanche, ces sanctions sont saluées comme une reconnaissance du rôle de Kigali dans la déstabilisation de la RDC. La présidence congolaise espère que d’autres mesures suivront, notamment au niveau de l’Union européenne, qui n’a pas encore pris de décision ferme sur ce dossier.

Tshisekedi face à la guerre et à l’incertitude

Le président Félix Tshisekedi, dont l’armée a subi plusieurs revers face aux avancées du M23, tente de rallier la communauté internationale à sa cause. Cependant, ses démarches diplomatiques n’ont pas encore abouti à des résultats concrets. Alors que Goma et Bukavu, deux villes stratégiques du Kivu, ont été occupées par les rebelles, la situation à Kinshasa devient de plus en plus incertaine. Le M23 a non seulement conquis ces territoires mais a également instauré une administration parallèle, avec des maires et des policiers choisis par le groupe rebelle.

Les revers militaires récents soulèvent des questions sur la capacité de Tshisekedi à maintenir son autorité. Selon l’analyste politique Trésor Kibangula, la situation met à mal la stabilité de son mandat, et l’inquiétude grandit au sein de la présidence congolaise. Dans la capitale, une atmosphère de fin de règne s’installe, et des employés d’organisations internationales commencent à quitter le pays.

Une quête de soutien international difficile

Tshisekedi a récemment rencontré le président angolais João Lourenço pour discuter des mesures à prendre face à l’intensification du conflit. Lourenço, médiateur désigné par l’Union Africaine pour résoudre la crise, a pris la présidence tournante de l’organisation. Malgré ces démarches, la communauté internationale, y compris l’ONU, l’UE et l’Union Africaine, reste divisée sur l’approche à adopter vis-à-vis du Rwanda.

Le Rwanda persiste et signe

Le président rwandais Paul Kagame a rejeté les sanctions internationales et affirme ne pas être “intimidé” par ces mesures. Pour Kigali, la solution au conflit réside dans un dialogue africain sans ingérence extérieure, une position qui contraste avec celle de Kinshasa, qui réclame des sanctions contre le Rwanda.

L’ONU alerte sur le risque d’une guerre régionale

L’ONU a exprimé de vives préoccupations sur le risque d’une guerre régionale en raison du conflit dans l’est de la RDC. Lors d’une réunion d’urgence, les responsables de l’ONU ont souligné que l’offensive du M23, soutenue par le Rwanda, pourrait déstabiliser davantage la région des Grands Lacs. Bintou Keita, envoyée spéciale de l’ONU en RDC, a insisté sur la nécessité de prendre des mesures urgentes pour éviter une escalade. Huang Xia, l’envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs, a également averti que la prise de plusieurs villes par le M23 rendait une conflagration régionale plus probable que jamais.

L’ambassadeur français à l’ONU, Nicolas De Rivière, a appelé à une résolution urgente en soutien à l’intégrité territoriale de la RDC, exigeant l’arrêt de l’offensive du M23, le retrait des troupes rwandaises et la reprise des négociations. Le M23, qui exploite les ressources minières de la région, a également menacé de marcher sur Kinshasa.

Impact économique : La guerre fragilise l’économie congolaise

À Kinshasa, la guerre a de lourdes conséquences économiques. La fermeture des aéroports de Goma et Bukavu a paralysé le commerce, affectant l’approvisionnement en produits essentiels. Les rayons des magasins sont presque vides, et de nombreux restaurants sont contraints de fermer. Diane Dady, propriétaire du restaurant La Gazelle, témoigne des difficultés : “On ne peut plus tourner. On a perdu 70% de notre clientèle.”

Le secteur du fret aérien, crucial pour l’approvisionnement de la capitale, est également fortement impacté. Environ 60% du fret provenait de Goma, un trafic aujourd’hui suspendu en raison du conflit.

Opération de nettoyage à Bukavu : Une mobilisation de circonstance ?

À Bukavu, les habitants ont participé à un “salongo spécial”, une opération de nettoyage pour débarrasser la ville des déchets laissés par les récents pillages. Mobilisés sous la direction des autorités imposées par le M23, plusieurs milliers de personnes ont nettoyé les rues et les quartiers. Si certains se réjouissent de la propreté retrouvée, d’autres soulignent que cette participation est davantage motivée par la peur des nouvelles autorités que par un véritable élan citoyen.

Bienvenue Ndara, superviseur de l’opération, espère que cet enthousiasme deviendra une habitude : “Nous organiserons cette opération chaque samedi”, indique-t-il. Cependant, la population réclame des solutions durables, comme la mise en place de camions pour l’évacuation des déchets.

Une situation de plus en plus alarmante

Les tensions entre la RDC et le Rwanda continuent d’aggraver une situation déjà complexe, et la menace d’une guerre régionale se fait de plus en plus pressante. Avec l’impasse diplomatique actuelle, les efforts pour rétablir la paix semblent au point mort, tandis que les conséquences humanitaires et économiques du conflit continuent de se faire sentir. La communauté internationale devra rapidement se positionner pour éviter une catastrophe régionale.

Joseph Kouamé

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