Guerre en RDC : réception d’un nouveau patrouilleur à Boma pour les forces congolaises, l’Angola annonce de prochaines « négociations directes » entre Kinshasa et le M23, le Rwanda en Belgique etc… (Notre point du 12 Mars)

La situation en République démocratique du Congo (RDC) évolue rapidement sur plusieurs fronts : renforcement des capacités militaires, ouverture de négociations avec le M23 sous médiation angolaise et tensions diplomatiques entre Kigali et Bruxelles.

Les FARDC reçoivent un nouveau patrouilleur à Boma

Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) poursuivent le renforcement de leurs capacités militaires avec l’acquisition d’un nouveau patrouilleur de haute mer, destiné à sécuriser les eaux territoriales.

Le 10 mars 2025, le vice-premier ministre de la Défense nationale et Anciens combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, a présidé au port de Boma la cérémonie officielle de baptême et de commissionnement du PHM-142, baptisé « Alternance pacifique du 24 janvier 2019 ».

Étaient présents :
• Le lieutenant-général Ychaligonza Nduru, chef d’état-major général adjoint des FARDC en charge des opérations et renseignements,
• L’amiral Kuyandi Lukombo, chef d’état-major de la Force navale,
• Prosper Ntela, vice-gouverneur de la province du Kongo-Central.

Dans son allocution, Guy Kabombo Muadiamvita a souligné que ce patrouilleur permettra de renforcer la surveillance des eaux congolaises et de dissuader toute intimidation maritime de la part des pays voisins.

L’acquisition de ce navire de guerre s’inscrit dans la volonté du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo de moderniser l’armée congolaise dans un contexte de tensions accrues avec ses voisins.

L’Angola annonce des négociations directes entre Kinshasa et le M23

Mardi soir, la présidence angolaise a annoncé qu’elle allait prendre contact avec le M23 afin d’organiser des négociations directes entre le mouvement rebelle et le gouvernement congolais.

Le président angolais João Lourenço, médiateur désigné de l’Union africaine (UA), a rencontré le président congolais Félix Tshisekedi à Luanda. À l’issue de cette rencontre, Luanda a annoncé que « les délégations de la RDC et du M23 pourront mener des négociations directes dans les prochains jours », afin de parvenir à une paix définitive.

Cependant, du côté de Kinshasa, la prudence reste de mise. Tina Salama, porte-parole du président Tshisekedi, a simplement réagi sur X (ex-Twitter) en déclarant : « Nous prenons acte des initiatives annoncées et attendons de voir leur mise en œuvre », sans confirmer la participation officielle de la RDC aux négociations.

Le M23, accusé par des experts de l’ONU d’être soutenu par 4 000 soldats rwandais, contrôle actuellement de vastes territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, y compris les capitales provinciales Goma et Bukavu.

Le Rwanda face à la menace de sanctions européennes

Alors que les combats se poursuivent dans l’est de la RDC, le Rwanda intensifie son offensive diplomatique en Europe pour contrer d’éventuelles sanctions de l’Union européenne.

Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, s’est rendu à Bruxelles les 10 et 11 mars pour rencontrer :
• Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne,
• Jozef Sikela, commissaire de l’UE aux Partenariats internationaux.

Lors de ces entretiens, Olivier Nduhungirehe a défendu la position de son pays en affirmant que « le conflit en RDC n’a pas été déclenché par le Rwanda » et que Kigali « n’accepte pas de porter le fardeau des échecs de sécurité et de gouvernance de la RDC ».

De son côté, l’UE continue de faire pression sur Kigali. Lors des discussions, les responsables européens ont rappelé que « le Rwanda doit respecter l’intégrité territoriale de la RDC » et s’engager dans un dialogue avec toutes les parties prenantes.

Des sanctions en suspens

L’UE envisage de sanctionner une entité et neuf personnalités rwandaises, mais elle attend la tenue d’une réunion ministérielle conjointe entre la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) avant de prendre une décision définitive.

Cette réunion, initialement prévue en février, a été repoussée, ce qui permet au Rwanda de gagner du temps diplomatiquement.

La question des sanctions contre Kigali sera au centre des débats du sommet UE-Afrique du Sud, prévu ce jeudi 13 mars au Cap. L’UE pourrait y être critiquée pour son manque de fermeté face à Kigali.

Olivier Nduhungirehe a réagi à cette pression en déclarant :
« L’interprétation erronée et biaisée de la crise, ainsi que les mesures unilatérales contre le Rwanda, ne conduiront pas à une solution ».

Une guerre à un tournant décisif ?

Entre le renforcement des capacités militaires congolaises, l’ouverture de négociations avec le M23, et la pression diplomatique croissante sur Kigali, la guerre en RDC entre dans une phase critique.

Les prochains jours seront déterminants, que ce soit sur le terrain militaire, sur le plan diplomatique ou dans les relations internationales autour du conflit.

Joseph Kouamé

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