Trump déclenche un séisme commercial, entre spectacle et inquiétudes mondiales, avec ses taxes douanières annoncées ce 3 avril, jour de son « Liberation day ».
D’immenses drapeaux états-uniens en arrière-plan, un Donald Trump à l’air conquérant brandissant fièrement un tableau rempli de nouveaux tarifs douaniers : cette scène surréaliste dans la roseraie de la Maison-Blanche de ce jeudi 3 avril 2025, s’est affichée en une des plus grands médias internationaux. Derrière cette mise en scène théâtrale, c’est un tournant économique mondial qui se dessine, entre ironie, consternation et crainte d’une récession généralisée.
Un show présidentiel qui laisse perplexe
La mise en scène a immédiatement attiré l’attention des observateurs. « The Times » n’a pas hésité à comparer l’événement à un jeu télévisé, où Trump, en maître de cérémonie, annonçait les nouvelles taxes comme des gains à la loterie : « Inde ! Voyons voir ce que vous avez gagné ! Vingt-cinq pour cent ! Indonésie ? Ne vous inquiétez pas, vous ne rentrerez pas les mains vides. Vous aurez un peu moins. »
De son côté, « The Guardian » a ironisé en comparant cette annonce à une version du très populaire jeu télévisé « le Juste Prix », où la récompense serait « une guerre commerciale mondiale ». Pour le quotidien britannique, il n’y a aucun doute sur l’issue de ce jeu dangereux :
« Le gagnant ? Trump bien sûr. Les perdants ? Tout le monde. »
Mais au-delà de l’humour, l’inquiétude domine. « Süddeutsche Zeitung » y voit le comportement d’un « artiste solo mêlé à un autocrate », tandis que l’éditorialiste de l’ « Australian Financial Review » qualifie les déclarations de Trump de « glaçantes ».
Pour le quotidien « Le Soir », cette offensive protectionniste remet en cause « tout un système commercial tel qu’il avait été construit après la Seconde Guerre mondiale ». « El País » parle carrément d’un « mur tarifaire sans précédent depuis un siècle ».
Un séisme économique aux répercussions incalculables
La Chine, principal pays visé, voit ses exportations vers les États-Unis d’Amérique frappées de taxes allant jusqu’à 34 %. Le média d’État « China Daily » n’a pas tardé à réagir en dénonçant un « tremblement de terre qui va créer un tsunami de turbulences et de troubles pour l’économie mondiale ».
Mais les conséquences ne se limiteront pas aux pays ciblés. Selon « The Guardian », cette guerre commerciale risque surtout de « faire grimper les prix et de ralentir la croissance », tandis que le journal « Le Temps » met en garde contre « un risque inflationniste ».
Le « New York Times » estime que les États-Unis d’Amérique pourraient se retrouver piégés par leur propre stratégie : « Cette escalade risque de faire grimper les prix pour les consommateurs et les fabricants américains. »
L’impact attendu pour les travailleurs états-uniens, censés bénéficier d’une relocalisation industrielle, est mis en doute par « El País ». Selon le quotidien espagnol : « Les effets néfastes se feront sentir rapidement, tandis que l’impact des nouveaux investissements, s’il arrive bel et bien, sera très lent à se matérialiser. »
Un pari risqué pour Trump
Si Donald Trump espérait renforcer son électorat protectionniste, cette politique pourrait se retourner contre lui. Pour « The Atlantic », sa stratégie est vouée à l’échec : « Détruire l’économie ne renforcera pas le soutien à Trump. »
Même « Der Spiegel » s’interroge sur la viabilité de cette approche, soulignant que sa popularité pourrait être gravement affectée « si les États-Unis sombrent dans une récession ».
L’Europe face au choc : riposte ou résignation ?
Face à cette offensive commerciale, l’Union Européenne cherche encore la meilleure réponse. Pour « La Stampa », elle dispose de moyens de pression : « L’UE a une puissance de feu et une taille de marché qui lui permettent de traiter avec les États-Unis sur un quasi-pied d’égalité. »
Mais le journal italien tempère ces espoirs, affirmant qu’un retour à une relation commerciale apaisée avec les États-Unis d’Amérique semble désormais hors d’atteinte : « Rétablir un libre-échange complet avec les États-Unis de Donald Trump serait illusoire. »
Alors que les marchés financiers vacillent et que les tensions diplomatiques montent, la question reste entière : jusqu’où Trump est-il prêt à aller dans cette escalade économique ?
Les Bourses mondiales ébranlées par les droits de douane états-uniens
Les Bourses européennes ont terminé en forte baisse ce jeudi 3 avril, dans le sillage d’un mouvement d’aversion au risque généralisé sur les places financières mondiales après l’annonce par le président états-unien de droits de douane importants ciblant la quasi-totalité des importations de son pays. À Paris, le CAC 40 a abandonné 3,31% à 7598,98 points, plus forte baisse quotidienne depuis mars 2023, tandis que le Dax allemand s’est replié de 3,08% et le Footsie britannique a décliné de 1,55%.L’indice EuroStoxx 50 a terminé la séance sur une baisse de 3,61%, tandis que le FTSEurofirst 300 inscrivait une perte de 2,7% et que le Stoxx 600 reculait de 2,67, plus fort repli en une séance depuis le 2 août. Donald Trump a dévoilé, mercredi, de nouveaux droits de douane dits « réciproques » d’au moins 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis d’Amérique, des mesures bien plus dures qu’anticipées par les observateurs qui craignent désormais une guerre commerciale généralisée.
« Ceux qui espéraient que l’annonce des tarifs douaniers du 2 avril ne seraient qu’un effet d’annonce et contribueraient à dissiper l’incertitude grandissante sur les marchés et dans les indicateurs avancés ont été pris au dépourvu », observe Libby Cantrill, en charge de la politique publique des EUA chez Pimco. L’Université de Yale estime que les droits de douane annoncés par Donald Trump vont abaisser le PIB états-unien de 0,5 points de pourcentage (pp) en 2025 et que l’ensemble des mesures tarifaires prises en 2025 vont l’abaisser de 0,9 pp. Le niveau des prix progresserait de 2,3% sous l’effet de ces annonces. La croissance mondiale s’éroderait de 0,2 pp, ajoute l’université.
L’Union Européenne et la Chine, notamment, ont annoncé leur intention de riposter aux mesures douanières des Etats-Unis d’Amérique et les marchés pourraient devoir accepter de rester plongés dans l’incertitude.
Les responsables de politique monétaire vont par ailleurs attendre une traduction concrète de ces mesures sur l’activité avant d’agir ou de s’exprimer sur le soutien à apporter à l’économie. Le rapport mensuel sur l’emploi états-unien pour le mois de mars, attendu aujourd’hui, vendredi 4 avril, pourrait donner de premières indications sur la manière dont les acteurs économiques se positionnent pour une période d’instabilité accrue. Les équipementiers sportifs Adidas et Puma ont perdu, respectivement, 11,7% et 11,2%, après l’annonce d’une nouvelle série de droits de douane des EUA visant notamment le Vietnam, l’Indonésie et la Chine – des pays clés pour l’approvisionnement du secteur.
Le luxe a été particulièrement touché par les mesures annoncées par Donald Trump, le compartiment abandonnant 5,1%. Le secteur bancaire a chuté de 5,6%, les craintes de récession pesant sur ces valeurs sensibles au cycle économique.
La chute des prix du pétrole, liée à la hausse de la production attendue à partir de mai et à la probable érosion de la demande mondiale déclenchée par les droits de douane, a fait reculer le secteur des valeurs de l’énergie de 5,2%.
Le secteur pharmaceutique profite à l’inverse de son exclusion des mesures annoncées par Donald Trump, GSK et AstraZeneca ayant pris respectivement 2,2% et 1,5%.
Le secteur des entreprises de service au public, jugé défensif, a bondi de 3% à un plus haut en 16 ans, tandis que le compartiment de l’immobilier avançait de 2,1%, soutenu par l’effondrement des rendements obligataires.
Aperam, producteur d’acier, a chuté de 9,6% après avoir annoncé, ce jeudi, s’attendre à un premier trimestre faible, citant une demande qui reste « globalement déprimée » et un contexte de forte pression sur les prix au premier trimestre en Europe.
Siemens, qui a annoncé, mercredi, son intention d’acquérir la société états-unienne Dotmatics pour 5,1 milliards de dollars auprès du fonds de capital-investissement Insight Partners afin de renforcer son portefeuille dans le domaine des sciences de la vie, et s’est replié de 9,6%.
A WALL STREET
Wall Street accroît son recul à mi-séance, réagissant aux annonces de Donald Trump qui pourraient se traduire par une érosion des marges et des chiffres d’affaires des entreprises états-uniennes.
A l’heure de la clôture en Europe, les échanges à la Bourse de New York indiquaient un repli de 3,23% pour le Dow Jones, contre 3,85% pour le Standard & Poor’s 500, et 4,95% pour le Nasdaq Composite.
CHANGES
Le dollar chute en dépit des hausses de droits de douane, Deutsche Bank s’inquiétant notamment du risque « d’une crise de confiance dans le dollar » déclenchée par une politique états-unienne erratique.
Le billet vert plonge de 1,88% face à un panier de devises de référence. L’euro se hisse de 1,74% à 1,1044 dollar, plus haut niveau depuis octobre, et la livre sterling se raffermit de 0,77% à 1,3105 dollar.
TAUX
Les rendements s’effondrent de part et d’autre de l’Atlantique, les investisseurs recherchant des actifs refuge. Le repli plus marqué des Treasuries états-uniens suggère néanmoins que les inquiétudes à propos de la trajectoire économique aux Etats-Unis d’Amérique vont croissantes.
Le rendement du Treasury à dix ans décline de 14,8 pb à 4,0474%, tandis que le rendement du titre à deux ans abandonne 17,1 pb à 3,733%.
Le rendement du dix ans allemand a perdu 9,2 pb à 2,633%, celui du taux à deux ans a cédé 11,6 pb à 1,926%.
PÉTROLE
Le baril s’effondre après les annonces de Donald Trump qui pourraient éroder la demande mondiale, tandis que huit pays de l’Opep+ sont convenus ce jeudi de manière inattendue d’accélérer leur plan d’augmentation de la production de pétrole, additionnant 411 000 barils par jour à partir de mai.
Le Brent recule de 6,84% à 69,82 dollars le baril, le brut léger états-unien (West Texas Intermediate, WTI) s’affaiblit de 7,45% à 66,37 dollars.