Turquie : le Parti des travailleurs Kurdes (PKK) annonce sa dissolution après plus de 40 ans de lutte armée

Le Mouvement kurde du PKK en lutte armée contre le pouvoir turc, a annoncé ce lundi 12 mai sa dissolution, mettant ainsi fin à plus de quatre décennies de lutte, selon l’agence prokurde « ANF »

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan(PKK) a annoncé lundi 12 mai sa dissolution et la cessation des hostilités contre l’État turc, qui duraient depuis plus de quarante ans , selon un communiqué du groupe armé relayé par l’agence de presse prokurde « ANF ». Le parti a également décidé de déposer les armes, à l’appel de son leader historique, Abdullah Öcalan, en prison depuis vingt six ans sur l’île-prison d’Imrali, au large d’Instanbul.

Dans un communiqué du parti mis en ligne par l’agence prokurde « ANF », on peut lire  » la lutte du PKK a fait tomber la politique de déni et d’annihilation de notre peuple ». Le parti considère d’ailleurs avoir accompli une  » mission historique » et que grâce à sa lutte armée  » la question kurde est parvenue à un point où elle peut désormais être résolue par une politique démocratique ».

Cette décision intervient à l’issue d’un congrès qui s’est tenu du 5 au 7 mai dans  » les zones de défense Média », terme qui désigne les montagnes de Qandil, dans le nord de l’Irak, où se trouvent le commandement militaire du PKK et ses combattants.

Fin décembre, le leader historique du PKK, Abdullah Öcalan, avait été autorisé à recevoir une rare visite de ses soutiens dans sa prison. Le 27 février, il appelait le PKK à se dissoudre et à déposer les armes. Le mouvement kurde avait ensuite annoncé un cessez-le-feu avec l’État turc le 1er mars, après un conflit qui depuis 1984 a fait plus de 40.000 morts.

Le parti au pouvoir, AKP, a salué  » une étape importante vers l’objectif d’une Turquie débarrassée du terrorisme ». Ömer Çelik, porte-parole du parti a souhaité que cette décision soit  » mise en pratique » et  » réalisée dans toutes ses dimensions » insistant que  » la fermeture de toutes les branches et extensions du PKK et de ses structures illégales constituera un tournant ».

Meme si les autorités turques n’ont rien promis en retour après cette décision, elles ont néanmoins laissé entendre que la disparition effective du groupe armé ouvrirait la voie à  » des avancées » dans des domaines qui touchent de près la question kurde. Sur le cas précis du leader du PKK détenu à l’isolement depuis vingt-six ans, il est peut probable qu’il quitte l’île-prison d’Imrali. Mais il devrait voir ses conditions de détention être assouplies, selon un responsable du parti au pouvoir (AKP), cité par le quotidien proche du pouvoir  » Turkiye ».  » Les conditions de détention seront assouplies (…). Les rencontres avec le parti prokurde DEM et la famille seront également plus fréquentes », ce responsable affirme qu' » Öcalan lui-même a déclaré ne pas vouloir quitter Imrali » car  » il sait qu’il aura un problème de sécurité lorsqu’il sortira », a-t-il ajouté.

En mars, l’Irak avait exigé un retrait total de son territoire de l’armée turque et des combattants du PKK en cas d’accord de paix. De leur côté les combattants Kurdes réunis au sein des Forces démocratiques syriennes( FDS), dans le nord-est de la Syrie, s’étaient dits  » pas concernés  » par l’appel du PKK à désarmer.

En retrait pendant les plus d’un an du processus de négociation entre l’État et le fondateur du PKK, le président Erdogan est bien  » le principal moteur de ce processus » dont l’objectif visé est  » la consolidation » de son pouvoir, a confié à l’AFP, Gönul Tol, directrice du programme Turquie au Middle East Institute. Selon elle, le président pourra ainsi se présenter aux élections 2028 renforcé face à une opposition divisée.

Dans l’immédiat l’annonce du PKK ne dit rien des modalités pratiques du désarmement et du sort des combattants du PKK, notamment ses chefs militaires installés dans le nord de l’Irak. Des points critiques qui ont, sans aucun doute, déjà été négociés entre Ankara et l’organisation, estiment plusieurs experts de la région.

Selon plusieurs estimations, la population kurde représente 20% des 85% d’habitants de la Turquie.

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