L’enrôlement des camerounais dans l’armée russe en conflit avec l’Ukraine prend des proportions. Les témoignages d’un camerounais combattant malgré lui comme supplétif de l’armée russe dans l’Est de l’Ukraine et celui de l’épouse d’un autre ressortissant camerounais dont elle affirme ne plus avoir de nouvelles depuis fin juillet 2024, sont venus mettre en lumière un phénomène en forte croissance. À coup de promesses salariales mirobolantes, étudiants et militaires déserteurs camerounais se font ainsi recruter, attirés par les promesses fallacieuses d’un meilleur avenir.
Pour compenser ses lourdes pertes sur le front estimées à plus de 500.000 depuis le début du conflit contre l’Ukraine, la Russie a décidé de recruter même hors de son territoire et notamment en Afrique. Une prime de 2.000 dollars à la signature, un salaire mensuel de 2.200 dollars, et l’obtention d’un passeport russe »sont promis aux personnes enrôlées, parmi lesquelles des camerounais. Problème sur le terrain, les choses ne se déroulent pas toujours comme prévues.
Les promesses d’un meilleur avenir: une pratique bien rodée
Au coeur de cette entreprise macabre que pernicieuse, les promesses d’une rémunération cinq fois supérieur au salaire d’un militaire au Cameroun. Sur les réseaux sociaux, les recruteurs multiplient des stratégies promettant selon plusieurs sources aux candidats entre autres une prime immédiate de recrutement d’au moins 1.500 euros dès leur arrivée en Russie et d’autres avantages . Derrière cette opération des compagnies privées sous contrat avec le Kremlin qui recrutent sur place en Russie, ici ce sont les étudiants africains qui sont visés ou depuis le pays d’origine, pour ce qui est des militaires.
Face à l’ampleur du phénomène, le ministre camerounais de la défense, Joseph Beti Assomo, a émis le 7 mars 2025, une directive interne et confidentielle instaurant un contrôle renforcé des effectifs militaires et une interdiction stricte de sortie du territoire pour tout personnel sans autorisation officielle.
Sur place en Russie, un camerounais témoin de ce désastre émet des réserves sur l’effet de la mesure ministérielle, » la perspective d’une rémunération attractive et d’une prime à la signature du contrat les pousse à s’engager souvent sans en mesurer les conséquences », affirme-t-il. La disparition du Sergent chef Garba, membre des forces spéciales camerounaises qui a déserté, lors des combats contre l’armée ukrainienne a laissé sans voix sa famille qui attend toujours des informations sur les conditions de son décès.
Un mari dont on n’a plus de nouvelles
Le témoignage d’une jeune camerounaise sans nouvelles de son époux depuis juillet 2024 est encore présent dans les mémoires. Elle a sonné l’alerte autour d’un piège dans lequel son mari est tombé. L’homme parti en Russie dans la promesse de gagner la Pologne, faute d’argent s’est retrouvé en train de signer une contrat pour une formation militaire avant d’être envoyé en mission après quelques semaines, à son corps défendant.
Sur les antennes d’une radio internationale, l’épouse du jeune engagé n’a pas caché l’inquiétude de toute la famille. » Nous supplions les autorités camerounaises à faire quelque chose pour nous. Parce que nous ne sommes pas les seuls . Il y a plusieurs familles aussi dans cette situation et que s’il y a moyen d’arrêter même les services d’immigration là, toutes ces personnes qui amènent leurs frères à la mort, si on peut même mettre la main sur ces gens pour les empêcher de continuer à faire du mal », a-t-elle souligné.
Les autorités camerounaises n’ont pas encore officiellement communiqué sur cette actualité mais plusieurs sources indiquent que des mesures d’urgence ont été prises pour endiguer la propagation de ce piège dans lequel sont tombés plusieurs camerounais aux profils variés.
Au-dela du Cameroun, la pratique a gagné aussi d’autres pays du continent notamment : le Rwanda, le Burundi, le Congo et l’Ouganda selon une information des services de renseignements ukrainiens, relayé sur « X » par le ministère britannique de la Défense. Aucun chiffre officiel n’a encore filtré pour situer le nombre d’africains qui combattent au côté de l’armée russe dans le conflit qui l’oppose depuis 2022, contre l’Ukraine.