La Commission européenne a placé six pays africains dans sa liste des pays à « haut risque » en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, mardi 10 juin. Parmi eux : la Côte d’Ivoire, où les efforts fournis ces dernières années pour renforcer le cadre juridique n’ont pas suffi pour éviter au pays d’en faire partie. Pour le Sénégal en revanche, bonne nouvelle : celui-ci en a été retiré.
Dix pays ont été ajoutés le 10 juin 2025 à la liste noire de l’Union européenne en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, dont cinq pays africains : la Côte d’Ivoire, l’Algérie, l’Angola, la Namibie et le Kenya. Cette décision, prise par la Commission européenne, s’appuie sur les dernières conclusions du Groupe d’action financière (GAFI), organisme international de surveillance de la criminalité financière.
Selon l’UE, ces États présentent des « carences stratégiques dans leurs régimes nationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) ». Autrement dit, ils n’ont pas mis en place des mécanismes suffisamment robustes pour détecter et contrer les flux financiers illicites.
La conséquence de cette nouvelle notation est que les transactions bancaires et les transferts d’argent seront soumis à une surveillance accrue, avec des contrôles plus stricts et des vérifications approfondies pour lutter contre le blanchiment d’argent. Les voyageurs en provenance de la Côte d’Ivoire et d’autres pays listés subiront des contrôles douaniers plus fréquents dans les aéroports européens. « Les entités de l’UE couvertes par le cadre de lutte contre le blanchiment des capitaux sont tenues de faire preuve d’une vigilance accrue dans les transactions impliquant ces pays. Cela est important pour protéger le système financier de l’UE ».
Cette décision est la résultante d’un communiqué du GAFI en date du 25 octobre 2024, où l’organisme mondial de surveillance du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme avait ajouté la Côte d’Ivoire et l’Angola et l’Algérie sur la « liste grise ». Autrement dit, le pays d’Alassane Dramane Ouattara était déjà placé sous « surveillance accrue » et pour cela, devait mener des actions fortes pour corriger les manquements en matière de lutte contre les activités illicites mentionnées plus haut. Ce qui suppose que les actions engagées par les autorités ivoiriennes n’ont pas convaincu l’Union européenne.
Pourtant, le 27 novembre 2024, le gouvernement de Yamoussoukro et l’UE avaient signé cinq conventions d’un montant de 112 millions d’euros, soit environ 74 milliards de FCFA. L’une d’elles, d’un montant de 15 millions d’euros, soit 9,84 milliards FCFA, était justement axée sur la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent. Objectif : renforcer le dispositif national de sécurité et de gouvernance, en luttant contre les flux financiers liés.
Soulignons tout de même que pendant que la Côte d’Ivoire, pilier de l’Union économique ouest-africaine (UEMOA), intègre la liste noire, le Sénégal a réussi à en sortir, ainsi que l’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est. Placé sur la « liste grise » en février 2021, le Sénégal en est sorti en octobre 2024 après avoir adopté en février de la même année la loi relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes à destruction massive. Néanmoins, le phénomène de flux financiers illicites continue d’être une problématique cruciale pour de nombreux pays en particulier ceux de l’Afrique subsaharienne. Le Cameroun, leader de la CEMAC, n’en est pas épargné. Le pays de Paul Biya a été ajouté en juin 2023, à la liste grise des pays dont les dispositifs présentent des vulnérabilités et des risques pour le réseau mondial de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Les bons points du Sénégal
Si, pour la Côte d’Ivoire, la Commission européenne suit les recommandations du Gafi, elle en fait de même pour le Sénégal qui, lui, sort de cette liste des pays à « haut risque ». Pour Dakar, il s’agit d’une avancée cruciale dans sa quête de crédibilité financière.
Placé sous « surveillance renforcée » depuis 2021, le Sénégal à dû muscler sa réglementation ces trois dernières années, Le Gafi avait identifié 49 mesures pour sortir le pays de cette liste des mauvais élèves. Parmi elles : la réforme du code pénal, ainsi que la création d’un certain nombre de structures pour gérer la lutte contre le blanchiment
Ainsi, l’Office national de recouvrement des avoir criminels a vu le jour. Il a été mis en service en 2022. Mor Ndiaye, qui le dirige, confirme le gros travail législatif qui a été mené dans le pays : « Le code pénal et le code de procédure pénale ont été modifiés, notamment en ce qui concerne les infractions de financement du terrorisme. Lorsque le Sénégal a été relégué, il y avait des lacunes par rapport à l’incrimination du financement du terrorisme individuel, par exemple. Cette mesure a été codifiée par un travail de fond depuis 2021 ».
Autre mesure : l’adoption en février dernier d’une loi relative à la lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme qui a permis de mieux définir ce qu’est le financement d’activités terroristes.
Sortir de cette liste noire est une véritable bouffée d’oxygène pour les institutions financières sénégalaises. Alors qu’il est confronté à une dette abyssale de plus de 100% de son PIB, le pays devrait, par exemple, pouvoir bénéficier de levées de fonds simplifiées grâce à ce retrait. Le Sénégal sera réévalué par le Gafi en février prochain.