Opposition en Turquie: plus de 120 personnes arrêtées à Izmir, après l’interpellation la veille de quatre figures d’un journal satirique

Plus de 120 membres de la municipalité d’Izmir, bastion de l’opposition dans l’ouest de la Turquie ont été arrêtés mardi pour  » corruption ». Une opération qui intervient après l’interpellation lundi de quatre figures d’un journal satirique,  signe d’un durcissement de la répression dans le pays.

Après avoir interpellé lundi quatre figures d’un journal satirique, accusées d’avoir dessiné le prophète Mahomet, les autorités turques ont arrêté près de 120 personnes liées à la municipalité d’Izmir, dirigée par l’opposition, ce mardi.

Alors que le ministre de l’Intérieur partageait sur X des vidéos des arrestations, proclamant que « ces individus sans vergogne [devraient] répondre de leurs actes devant la justice », des centaines d’islamistes ont pris d’assaut le quartier où se trouvent les locaux du journal satirique.

La rédaction menacée

Ceux-ci ont d’abord tenté de s’immiscer dans l’immeuble de « Leman » avant d’effectuer une prière collective sur l’avenue adjacente d’Istiklal, tout en proférant des menaces contre la rédaction et les laïcs de manière générale. « Les chiens kémalistes rendront des comptes ! », « Vive la charia ! », ont-ils clamé. Et de s’attaquer aux forces de l’ordre qui ont bloqué l’accès aux locaux de « Leman », après avoir d’abord tenté de les amadouer.

La publication de ce dessin a également fait réagir, dans la journée de mardi, le président Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier a dénoncé à son tour une « provocation infâme » sous couvert d’humour. Evoquant « un crime de haine », il a assuré que « ceux qui se montrent insolents envers notre Prophète […] seront tenus responsables devant la loi ». « Le manque de respect envers notre Prophète par des individus immoraux, dénués des valeurs de cette nation […] est totalement inacceptable », a fustigé le chef de l’Etat islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2003.

La rédaction du journal s’est, quant à elle défendue d’avoir dépeint le prophète: « Le dessiner a voulu montrer la droiture du peuple musulman opprimé en représentant un musulman tué par Israël, il n’a jamais eu l’intention de dénigrer les valeurs religieuses », a-t-elle affirmé sur « X ». Le dessin en question représente deux figures qui se serrent la main en surplombant une ville bombardée, l’un dit  » Salam Aleykoum, je suis Mohamet », tandis que l’autre répond » Aleykoum Salam, je suis Moïse ».

Un coup de filet à Izmir

Ce mardi, les autorités turques ont de surcroît mené un vaste coup de filet dans les cercles liés à la municipalité d’Izmir, troisième ville du pays et bastion du Parti républicain du peuple (CHP), dont est issu le maire d’Instabul Ekrem Imamoglu emprisonné depuis le 19 mars. Près de 120 personnes ont été placées en détention, dont l’ancien maire d’Izmir, ainsi que de hauts responsables de la municipalité, un membre de la chambre de commerce locale ou encore le responsable d’une entreprise de travaux publics. « Nous faisons face à un procès similaire à celui d’Istanbul », a déclaré le porte-parole du CHP.

La semaine dernière, les chaînes d’opposition Halk TV, Tele1 et Sözcü TV, réputées proches du CHP, avaient déjà fait l’objet de sanctions de la part du RTÜK, l’équivalent turc de l’Arcom, pour avoir couvert les rassemblements de soutien à Ekrem Imamoglu à la suite de son arrestation. Accusées d’« inciter à l’hostilité au sein de l’opinion publique », les chaînes de télévision se sont vu infliger une interdiction de diffusion pendant dix jours ainsi qu’une amende à hauteur de 3 % de leurs recettes sur le mois précédent.

Le 21 juin, le chroniqueur Fatih Altayli, dont la chaîne YouTube compte plus d’un million et demi d’abonnés, a été arrêté avant d’être incarcéré par un tribunal turc le lendemain. Il est accusé d’avoir « menacé » le président Erdogan en évoquant « l’assassinat de sultans » pendant la période ottomane.

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