La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, les perturbations des exportations énergétiques et l’escalade militaire au Moyen-Orient pèsent lourdement sur les perspectives économiques régionales. Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international (FMI) anticipe désormais une contraction de 0,3 % de l’économie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale en 2026, contre une croissance de 1,9 % prévue six mois auparavant.
Le conflit en Iran continue de produire des répercussions économiques majeures au Moyen-Orient. Les perturbations du trafic maritime, les difficultés d’exportation des hydrocarbures et les attaques contre des infrastructures énergétiques affectent particulièrement les pays du Golfe, dont plusieurs dépendent fortement des revenus pétroliers et gaziers.
Dans son dernier rapport publié ce mardi, le Fonds monétaire international a considérablement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la région. L’institution table désormais sur une contraction de 0,3 % en 2026 pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, alors qu’elle anticipait encore une progression de 1,9 % six mois plus tôt.
Cette dégradation des perspectives économiques s’explique notamment par la fermeture du détroit d’Ormuz, qui se prolonge au-delà des prévisions initiales. Cette voie maritime stratégique constitue un passage essentiel pour les exportations de pétrole et de gaz des principaux producteurs du Golfe. Les restrictions qui y sont imposées perturbent les échanges commerciaux, compliquent l’approvisionnement énergétique mondial et fragilisent les économies directement exposées au conflit.
Le détroit d’Ormuz, un point névralgique de l’économie mondiale
Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, à la fin du mois de février, à la suite de frappes américaines et israéliennes contre Téhéran, le détroit d’Ormuz est devenu l’un des principaux foyers de tensions économiques et militaires.
L’Iran revendique le contrôle de ce passage stratégique et cible régulièrement les navires qui s’y aventurent sans son autorisation. En réponse, Washington impose un blocus naval aux ports iraniens et escorte des pétroliers qui tentent de franchir le détroit.
Cependant, les négociations restent dans l’impasse. L’incertitude entourant la durée des restrictions complique les opérations des compagnies maritimes, perturbe les chaînes logistiques et pèse sur les perspectives de reprise économique.
Pour les États exportateurs d’hydrocarbures, les conséquences sont particulièrement importantes. Les difficultés à acheminer le pétrole et le gaz vers les marchés internationaux affectent directement les recettes publiques, les investissements et l’activité économique.
Le FMI estime néanmoins qu’un redressement pourrait intervenir en 2027, à condition que la réouverture progressive du détroit permette une reprise des exportations et une normalisation des échanges.
Irak, Koweït, Qatar et Bahreïn : des économies particulièrement exposées
Selon les prévisions du FMI, l’Irak, le Koweït, le Qatar et Bahreïn figurent parmi les pays les plus durement touchés par les conséquences du conflit.
Ces États subissent à la fois les perturbations du transport maritime et les difficultés liées à la production énergétique. Au début de la guerre, des attaques contre des installations énergétiques du Golfe ont également affecté les capacités de production de plusieurs pays.
Le Fonds prévoit une baisse à deux chiffres du produit intérieur brut (PIB) de ces économies en 2026. Une telle contraction représenterait un choc considérable pour des pays dont les recettes dépendent largement des exportations d’hydrocarbures.
Les conséquences ne se limitent pas au secteur énergétique. La réduction des exportations peut entraîner une diminution des recettes budgétaires, retarder des projets d’investissement et affecter les activités liées au transport, aux services et au commerce.
Le FMI anticipe toutefois un redressement en 2027, lorsque la production, les exportations et les opérations logistiques devraient progressivement retrouver un fonctionnement plus normal.
Cette perspective reste étroitement liée à l’évolution de la situation militaire et à la possibilité de rétablir des conditions de navigation suffisamment stables dans les principales voies maritimes de la région.
L’Arabie saoudite résiste davantage, mais reste sous pression
Première économie du Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, l’Arabie saoudite apparaît relativement moins exposée que certains de ses voisins, grâce à la diversification de ses voies d’exportation.
Le royaume dispose notamment de l’oléoduc Est-Ouest, une infrastructure qui relie les principaux champs pétroliers de l’est du pays au terminal de Yanbu, situé sur la mer Rouge. Cette installation permet d’acheminer une partie du pétrole sans passer par le détroit d’Ormuz.
Malgré cet avantage logistique, l’économie saoudienne n’échappe pas aux conséquences du conflit. Le FMI prévoit une contraction de 3,3 % du PIB en 2026, avant une reprise attendue à 7,9 % en 2027.
Les infrastructures alternatives d’exportation constituent donc un facteur de résilience, mais elles ne suffisent pas à éliminer l’ensemble des risques sécuritaires.
L’oléoduc Est-Ouest a notamment été temporairement fermé en septembre après avoir été touché par des frappes lancées depuis l’Irak. D’autres installations pétrolières ont également été récemment visées par les Houthis du Yémen, un mouvement armé soutenu par l’Iran qui combat les autorités yéménites reconnues par Riyad.
Ces développements soulignent la vulnérabilité persistante des infrastructures énergétiques, même dans les pays qui disposent de solutions de transport alternatives.
La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un autre front économique
Les tensions ne se limitent pas au détroit d’Ormuz. La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb représentent également des passages essentiels pour le commerce international, notamment pour les échanges entre l’Europe et l’Asie via le canal de Suez.
Les menaces contre les navires et les perturbations du trafic dans cette zone compliquent davantage les routes commerciales régionales. Les activités maritimes saoudiennes sont particulièrement concernées par cette situation.
Les opérations menées par les Houthis et les risques pesant sur les navires contribuent à réduire le trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb. Cette situation peut obliger certains transporteurs à modifier leurs itinéraires, augmentant ainsi les délais et les coûts logistiques.
Pour les économies du Golfe, cette accumulation de risques sur plusieurs axes maritimes stratégiques constitue un défi supplémentaire. La possibilité de contourner Ormuz ne garantit pas nécessairement un accès sans difficulté aux marchés internationaux si les routes alternatives sont elles-mêmes exposées à des menaces.
Les perturbations simultanées de ces passages maritimes pourraient ainsi prolonger les effets économiques du conflit bien au-delà des zones directement touchées par les combats.
Les Émirats arabes unis confrontés à un recul de leur activité
Les Émirats arabes unis devraient également subir une contraction importante de leur économie. Le FMI prévoit une baisse de 3,9 % de leur PIB en 2026.
Cette prévision intervient alors que le pays joue un rôle majeur dans les échanges commerciaux, les services financiers, le transport aérien, la logistique et le commerce international.
Les perturbations régionales risquent d’affecter la confiance des investisseurs et des entreprises, tout en compliquant les flux de marchandises et les activités liées au transport.
La situation rappelle que les conséquences d’un conflit ne touchent pas uniquement les pays dont les recettes proviennent directement du pétrole. Les économies diversifiées restent elles aussi exposées lorsque les routes commerciales, les infrastructures et les conditions de sécurité sont perturbées.
À l’inverse, Oman devrait faire figure d’exception parmi les pays du Golfe, avec une croissance économique attendue de 2,4 % en 2026. Le pays serait ainsi le seul État du Golfe à enregistrer une progression positive selon les estimations présentées par le FMI.
L’économie iranienne également frappée par la guerre et les sanctions
L’Iran, à l’origine des tensions autour du détroit d’Ormuz, subit lui aussi les conséquences économiques du conflit. Le FMI prévoit une contraction de 7,6 % de son PIB en 2026.
Cette baisse attendue s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : les opérations militaires, les restrictions maritimes, le blocus américain et les sanctions imposées à l’économie iranienne.
Les difficultés d’exportation et les contraintes pesant sur les échanges commerciaux accentuent les pressions sur l’activité économique du pays. La guerre fragilise ainsi non seulement les économies voisines, mais également celle de l’État directement impliqué dans les affrontements.
La perspective d’une reprise dépendra notamment de l’évolution du conflit, de l’assouplissement éventuel des contraintes commerciales et de la capacité du pays à rétablir des conditions de production et d’exportation plus favorables.
Les autres pays arabes devraient mieux résister
Malgré la dégradation des perspectives régionales, le FMI considère que les autres pays arabes devraient faire preuve d’une résilience relativement importante face aux répercussions économiques du conflit.
Ces économies restent néanmoins exposées à la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Les tensions sur les marchés internationaux peuvent se répercuter sur les coûts de transport, les dépenses des ménages et les finances publiques.
L’ampleur de ces effets dépendra notamment de la structure économique de chaque pays, de sa dépendance aux importations, de ses réserves financières et de sa capacité à absorber les chocs extérieurs.
Pour les États importateurs d’énergie ou de denrées alimentaires, une hausse prolongée des prix pourrait notamment accroître les pressions inflationnistes et réduire le pouvoir d’achat des populations.
La crise actuelle met ainsi en évidence les liens étroits entre la sécurité maritime, les approvisionnements énergétiques et la stabilité économique du monde arabe.
Une reprise en 2027 conditionnée par l’évolution du conflit
Le FMI prévoit un net rebond économique en 2027, porté par l’hypothèse d’une réouverture progressive du détroit d’Ormuz et d’une normalisation de la production, des exportations et de la logistique.
Toutefois, ces perspectives restent dépendantes de plusieurs facteurs, notamment l’évolution des opérations militaires, l’issue des négociations et la sécurisation des infrastructures énergétiques et des principales routes maritimes.
La prolongation des restrictions pourrait continuer à peser sur les économies du Golfe, tandis que de nouvelles attaques contre les installations pétrolières ou les navires commerciaux risqueraient de retarder le retour à une situation plus stable.
Avec une prévision de contraction de 0,3 % pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale en 2026, contre une croissance de 1,9 % anticipée six mois auparavant, le dernier rapport du FMI illustre l’ampleur du choc économique provoqué par la guerre.
L’évolution du détroit d’Ormuz demeure ainsi un facteur déterminant pour les perspectives économiques de la région, mais aussi pour la stabilité des échanges énergétiques et commerciaux à l’échelle internationale.