Soudan : au moins 72 chercheurs d’or tués dans des frappes aériennes près de la frontière égyptienne

Une organisation de défense des droits humains accuse des avions d’avoir ciblé des mineurs artisanaux dans l’État de la mer Rouge, au Soudan. Le bilan, encore provisoire, pourrait s’alourdir, tandis que les autorités égyptiennes et soudanaises n’ont pas réagi aux accusations.

Au moins 72 civils auraient été tués dans des frappes aériennes visant des chercheurs d’or artisanaux dans une région frontalière du Soudan, selon Emergency Lawyers, une organisation de défense des droits humains basée à Khartoum. L’attaque, survenue samedi sur un site minier de l’État de la mer Rouge, intervient dans un contexte de tensions autour de l’exploitation aurifère et de la lutte contre les activités clandestines le long de la frontière entre l’Égypte et le Soudan.

Dans un communiqué publié dimanche, Emergency Lawyers a indiqué que des avions avaient pris pour cible des mineurs présents sur un site connu pour ses activités d’extraction artisanale. L’organisation a précisé que le bilan de 72 morts restait provisoire et pourrait augmenter au fur et à mesure que de nouvelles informations seraient recueillies.

À ce stade, ni le gouvernement égyptien ni les autorités soudanaises de facto n’ont publiquement commenté ces accusations.

Une attaque meurtrière contre des camps de mineurs

Selon le quotidien Sudan Tribune, le bilan pourrait être nettement plus lourd que celui annoncé par Emergency Lawyers. Le média, basé à Paris, rapporte le témoignage d’un survivant qui évoque de nombreux blessés à la suite des frappes.

Des témoins cités par le journal affirment que l’attaque aurait commencé vers 6 heures, heure locale, soit 4 heures GMT. Les appareils auraient tiré plus de cinq missiles sur les camps de mineurs de Shamal al-Wadi, détruisant les installations et des fosses d’extraction.

D’après ces témoignages, des personnes se trouvaient encore dans les camps et les zones d’exploitation au moment des frappes. Les circonstances exactes de l’attaque, notamment l’identité des appareils impliqués et les responsabilités précises, restent toutefois à établir de manière indépendante.

Emergency Lawyers a vivement dénoncé les faits présumés. L’organisation estime que le ciblage de civils non armés constituerait une violation du droit international humanitaire et du droit à la vie. Elle considère également que de tels actes pourraient relever de crimes de guerre, sous réserve de l’établissement des faits et des responsabilités.

Le précédent de frappes attribuées aux forces égyptiennes

Cette nouvelle attaque présumée intervient après plusieurs accusations visant les forces égyptiennes dans les régions minières proches de la frontière soudanaise.

En juin, le Sudan Tribune avait rapporté que des forces égyptiennes auraient utilisé des drones et de l’artillerie contre des sites d’exploitation aurifère artisanale dans la même région, faisant plusieurs morts selon les informations publiées à l’époque.

Des incidents antérieurs auraient également impliqué des gardes-frontières égyptiens, accusés d’avoir incendié du matériel et des abris temporaires, ainsi que d’avoir tiré à balles réelles pour disperser des travailleurs miniers.

Quelques jours après ces accusations, les autorités égyptiennes chargées de la sécurité frontalière avaient annoncé, en coordination avec l’armée, le lancement d’une vaste opération visant à lutter contre l’immigration irrégulière, le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale.

De son côté, le dirigeant de facto du Soudan avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur les frappes présumées précédentes, qui auraient fait des dizaines de victimes.

Ces épisodes successifs témoignent des tensions croissantes autour du contrôle des activités minières dans cette zone frontalière. Toutefois, les accusations concernant les frappes les plus récentes n’ont pas encore fait l’objet d’une confirmation indépendante présentée dans les informations disponibles.

L’or, au cœur des tensions entre Le Caire et Khartoum

Au-delà du bilan humain, l’exploitation de l’or constitue un enjeu économique et sécuritaire majeur pour les deux pays. La guerre civile qui ravage le Soudan a contribué à l’essor de l’exploitation minière artisanale, notamment dans les régions reculées où les mécanismes de contrôle des autorités sont fragilisés.

Cette activité est souvent menée par des civils qui utilisent des outils rudimentaires, parfois sans autorisation officielle. Dans certaines zones, les mineurs travaillent à proximité de frontières poreuses, où les circuits de contrebande sont historiquement implantés.

L’or extrait dans ces régions est susceptible d’alimenter des réseaux commerciaux clandestins. La situation inquiète également les autorités en raison du risque que les revenus tirés de ce commerce contribuent au financement de groupes armés impliqués dans le conflit soudanais.

En juin, les forces égyptiennes chargées de la sécurité des frontières avaient annoncé la saisie de 86 tonnes de minerai aurifère, ainsi que de matériel utilisé par des chercheurs d’or indépendants. Cette opération s’inscrivait dans les efforts de lutte contre les activités minières illégales et les trafics transfrontaliers.

Des conséquences qui dépassent la question sécuritaire

La multiplication des activités minières artisanales dans les zones de conflit complique les efforts de contrôle des frontières. Elle place également les populations civiles dans une situation particulièrement vulnérable, notamment lorsque les opérations de sécurité se déroulent à proximité des sites d’extraction.

Pour les défenseurs des droits humains, les accusations liées aux frappes aériennes soulèvent des questions concernant la protection des civils, le respect de la souveraineté soudanaise et les obligations des parties impliquées au regard du droit international humanitaire.

Emergency Lawyers estime que les attaques présumées doivent être examinées à la lumière des précédents incidents signalés dans la région. L’organisation considère également que ces événements mettent en évidence les difficultés des autorités soudanaises à exercer un contrôle effectif sur certaines zones frontalières.

En l’absence de réaction officielle du Caire et des autorités soudanaises sur la dernière attaque, plusieurs éléments restent à clarifier : le bilan définitif, les circonstances précises des frappes, l’identité des responsables et les éventuelles mesures d’enquête.

L’évolution de cette affaire dépendra notamment de la possibilité de recueillir des témoignages supplémentaires et de vérifier de manière indépendante les informations communiquées par les organisations et les médias présents sur le dossier.

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