En Somalie, la crise alimentaire frappe durement les enfants, tandis que les financements humanitaires diminuent. Le parcours de trois jours d’une mère portant sa fille malade sur près de 90 kilomètres illustre les difficultés d’accès aux soins dans ce pays de la Corne de l’Afrique.
La Somalie fait face à une grave crise de malnutrition infantile. Selon une analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), environ 1,92 million d’enfants âgés de 6 mois à moins de 5 ans souffrent ou devraient souffrir de malnutrition aiguë sur la période allant jusqu’en juin 2027. Parmi eux, quelque 433 000 pourraient être confrontés à une forme sévère nécessitant une prise en charge urgente, rapporte l’Associated Press (AP).
Cette situation est aggravée par l’insécurité alimentaire, les déplacements de population, les maladies et le manque d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux structures sanitaires. Dans le sud du pays, où se concentre plus de la moitié des cas attendus, les familles les plus vulnérables peinent à obtenir les soins indispensables à leurs enfants.
Une mère marche trois jours pour sauver sa fille
L’histoire de Halima Abdullahi Ibrahim témoigne de l’ampleur des difficultés rencontrées par les populations. Cette mère somalienne a porté sa fille de trois ans, Asho Hassan Abdi, pendant trois jours afin de rejoindre un hôpital situé à près de 90 kilomètres de leur village.
L’état de santé de l’enfant s’était détérioré et les soins nécessaires n’étaient pas disponibles à proximité. À son arrivée à l’hôpital de référence de Kismayo, les médecins ont diagnostiqué un œdème associé à une malnutrition aiguë sévère.
Le cas de la petite fille illustre les obstacles auxquels sont confrontées de nombreuses familles vivant dans des zones reculées ou déplacées. La distance, la pauvreté et l’insuffisance des infrastructures médicales peuvent retarder la prise en charge d’enfants dont l’état nécessite une intervention rapide.
Selon le ministre de la Santé de l’État régional du Jubaland, Ismail Garas, l’établissement de Kismayo a accueilli 152 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère au mois d’août. Quatre d’entre eux sont décédés.
La réduction de l’aide aggrave la situation
La crise se déroule dans un contexte de recul des financements humanitaires. Les organisations intervenant en Somalie disposent de ressources moins importantes alors que les besoins continuent de croître.
En août 2026, l’Associated Press avait déjà rapporté que le Programme alimentaire mondial (PAM) ne disposait plus que d’une fraction des moyens mobilisés en 2022 pour répondre à la précédente grande crise alimentaire. Cette baisse limite sa capacité à étendre ses opérations et à fournir une assistance aux populations les plus exposées.
Les conséquences sont particulièrement visibles dans les centres de santé et les sites accueillant les personnes déplacées. À Luglow, dans la périphérie de Kismayo, des familles vivent dans des abris de fortune et disposent de peu de moyens pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Ali Adan Ali, responsable régional chargé des réfugiés et des personnes déplacées au Jubaland, a indiqué que de nombreuses familles déplacées n’avaient reçu aucune aide humanitaire depuis 2023, en raison du manque de financement des organisations.
Sécheresse, maladies et risque d’inondations
Les difficultés alimentaires sont également liées aux chocs climatiques qui affectent les moyens de subsistance. Les sécheresses répétées fragilisent les communautés rurales, tandis que les conflits et les déplacements aggravent la précarité des ménages.
Les maladies, notamment la rougeole, représentent un danger supplémentaire pour les enfants déjà affaiblis par la malnutrition. Le manque d’eau potable et les mauvaises conditions sanitaires augmentent également les risques pour les populations vivant dans les camps de déplacés.
Par ailleurs, les prévisions d’inondations associées au phénomène El Niño font craindre de nouveaux déplacements de population, notamment dans les zones proches du fleuve Juba. De tels mouvements pourraient exercer une pression supplémentaire sur les hôpitaux, les centres nutritionnels et les structures d’accueil.
L’ONU appelle à renforcer la mobilisation
Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) alerte sur la nécessité d’intensifier les efforts pour protéger les enfants les plus vulnérables. Sa représentante en Somalie, Sandra Lattouf, a souligné que la malnutrition, combinée à des maladies comme la rougeole, contribuait à mettre des vies en danger.
L’organisation appelle à une meilleure coordination entre les agents de santé communautaires, les autorités locales, les responsables communautaires et les organisations humanitaires.
Pour les acteurs humanitaires, l’enjeu consiste à maintenir les programmes de nutrition, à améliorer l’accès aux soins et à garantir un approvisionnement suffisant en nourriture, en eau potable et en produits médicaux.
Alors que près de deux millions de jeunes enfants sont concernés par la malnutrition aiguë, la diminution des ressources disponibles complique la réponse à l’urgence. Sans un renforcement durable de l’aide, les familles les plus fragiles risquent de rester privées de services essentiels au moment où elles en ont le plus besoin.