Kenya : huit séries d’empreintes vieilles de 1,4 million d’années révèlent la stature étonnante d’un cousin de l’humanité

Une découverte paléontologique réalisée dans le nord du Kenya apporte de nouveaux éléments sur l’évolution humaine. Huit séries d’empreintes fossilisées, datant d’environ 1,4 million d’années, ont permis aux chercheurs d’identifier les individus qui les ont laissées : des membres de Paranthropus boisei, une espèce d’hominidé aujourd’hui disparue.

Les traces ont été découvertes dans la boue solidifiée d’un ancien rivage du lac Turkana. Elles témoignent du passage de huit individus qui auraient fréquenté le même endroit à une période relativement proche. Cette découverte est particulièrement importante, car Paranthropus boisei était jusqu’ici principalement connu grâce à des crânes, des mâchoires et des dents fossilisés. Les informations sur sa morphologie et sa manière de se déplacer restaient limitées.

Les chercheurs estiment que certains individus pouvaient atteindre 1,80 mètre et environ 75 kilogrammes, une corpulence comparable à celle de nombreux humains actuels. Ces estimations remettent en question les anciennes hypothèses selon lesquelles cette espèce était nettement plus petite que Homo erectus, un autre hominidé ayant vécu à la même époque.

L’analyse des empreintes a également permis d’obtenir des indices sur le comportement social de ces populations anciennes. Selon les chercheurs, les huit individus étaient probablement des adultes, majoritairement des mâles. Leur présence simultanée au même endroit laisse penser qu’ils pouvaient se déplacer en groupe.

Pour Neil Roach, chercheur à l’université Harvard et coauteur de l’étude, cette configuration pourrait révéler une organisation sociale relativement complexe. Les mâles auraient notamment pu entrer en compétition pour accéder aux partenaires, tout en maintenant certaines formes de coopération, notamment pour assurer leur sécurité face aux dangers de leur environnement.

Le lac Turkana, un site majeur pour comprendre l’évolution humaine

Cette découverte s’inscrit dans un ensemble plus vaste de recherches menées autour du lac Turkana, au Kenya. Les scientifiques y ont déjà recensé des centaines d’empreintes d’hominidés réparties sur plus d’une demi-douzaine de sites.

Certains dépôts géologiques situés à environ 40 kilomètres les uns des autres présentent des caractéristiques similaires et remontent à des périodes comparables. Selon Kay Behrensmeyer, chercheuse à la Smithsonian Institution et coauteure de l’étude, les hominidés auraient fréquenté ces rivages pendant plus de 100 000 ans.

Les chercheurs cherchent désormais à comprendre pourquoi ces populations revenaient régulièrement dans cet environnement et quelles conditions géologiques ont permis la conservation de leurs empreintes pendant une période aussi considérable.

Publiés dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), ces travaux apportent de nouvelles informations sur l’anatomie, la locomotion et les comportements sociaux de Paranthropus boisei. L’équipe prévoit de poursuivre ses recherches au Kenya afin d’explorer d’autres surfaces portant des empreintes fossilisées.

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