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ISLANDE : pourquoi un pays déjà si proche de l’Union européenne refuse-t-il de reprendre le chemin de l’adhésion ?

La question européenne n’est pas nouvelle en Islande. Elle a simplement changé de nature. Après avoir demandé à rejoindre l’Union européenne au lendemain de la crise financière de 2008, puis suspendu le processus quelques années plus tard, le gouvernement islandais vient de refermer une nouvelle fois la porte aux négociations. Le 29 août, 52,8 % des électeurs ont refusé leur reprise. Un choix qui ne signifie pourtant ni rupture avec l’Europe ni rejet de ses institutions : l’Islande reste membre de l’Espace économique européen, de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange. Alors, pourquoi aller jusqu’à l’adhésion lorsque l’essentiel des liens économiques avec l’Union existe déjà ?

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Un « non » qui porte d’abord sur des négociations

La première précision est essentielle. Les Islandais n’ont pas voté pour ou contre l’adhésion à l’Union européenne.

La question soumise au référendum était : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? »

Le « non » l’a emporté avec 118 040 voix, soit 52,8 %, contre 105 339 voix pour le « oui », soit 47,2 %. La participation a atteint 82,6 %, avec 225 031 suffrages exprimés sur 272 591 électeurs inscrits.

Le résultat est donc serré, mais il est politiquement clair. Le gouvernement de la Première ministre sociale-démocrate Kristrún Frostadóttir avait annoncé qu’il respecterait le verdict des urnes. Il ne relancera pas les négociations pendant l’actuel mandat, qui court jusqu’en 2028. Le Parlement islandais devra par ailleurs examiner l’éventuel retrait formel de la candidature islandaise.

Le vote referme ainsi, pour plusieurs années au moins, un dossier ouvert il y a dix-sept ans.

L’Islande avait pourtant frappé à la porte en pleine crise

En juillet 2009, l’Islande avait officiellement demandé son adhésion à l’Union européenne. À l’époque, le pays venait de subir l’une des crises financières les plus graves de son histoire.

Les négociations ont commencé en 2010. Elles ont progressé rapidement sur plusieurs dossiers : 27 des 33 chapitres substantiels avaient été ouverts lorsque le processus a été suspendu en 2013, et 11 avaient été provisoirement clôturés.

Le changement de gouvernement intervenu en 2013 a mis fin à cette dynamique. En 2015, le gouvernement islandais a demandé à ne plus être considéré comme un pays candidat.

La candidature n’a toutefois jamais été formellement retirée. C’est cette particularité juridique qui a permis au gouvernement actuel de proposer, en 2026, de reprendre les négociations plutôt que de lancer une nouvelle procédure.

Entre-temps, la situation économique du pays avait profondément changé.

L’argument qui avait poussé une partie des responsables islandais vers l’Union après la crise financière de 2008 a perdu de sa force. L’économie s’est redressée et le produit intérieur brut a encore progressé de 1,3 % en 2025.

L’urgence qui pouvait justifier une adhésion en 2009 n’existe donc plus dans les mêmes termes.

Une proximité déjà très forte avec l’Europe

C’est l’un des paradoxes de ce référendum.

L’Islande n’est pas membre de l’Union européenne, mais elle est loin d’être extérieure au projet européen. Elle appartient depuis 1994 à l’Espace économique européen, qui lui donne accès au marché unique. Elle fait également partie de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange.

Autrement dit, une grande partie de l’intégration économique et de la libre circulation existe déjà sans adhésion politique.

Pour les partisans de l’Union, cette situation présente cependant une faiblesse : l’Islande applique une partie importante des règles du marché intérieur sans participer pleinement à leur élaboration dans les institutions européennes.

Pour leurs adversaires, c’est précisément ce qui permet de conserver les avantages économiques de la proximité avec l’Union sans abandonner certaines compétences nationales.

Le référendum a donc opposé deux conceptions de cette relation : aller jusqu’au bout de l’intégration pour avoir davantage de poids dans les décisions, ou conserver une relation étroite avec l’Union européenne tout en gardant la maîtrise des secteurs considérés comme stratégiques.

La pêche, ligne rouge de l’électorat islandais

Aucun dossier n’a autant pesé que celui de la pêche.

Le secteur représente près de 40 % de la valeur des exportations de marchandises islandaises. En 2025, les produits marins représentaient précisément 38,9 % de la valeur totale des exportations de biens.

La pêche est également liée à l’histoire politique du pays. Les « guerres de la morue » menées par l’Islande contre le Royaume-Uni au XXe siècle ont profondément marqué la mémoire nationale. Le contrôle des eaux et des ressources halieutiques est devenu bien davantage qu’une question commerciale : il touche à la souveraineté.

L’adhésion à l’Union aurait nécessairement placé la politique islandaise de la pêche dans le cadre de la politique commune de la pêche.

C’est précisément ce que redoutaient les professionnels du secteur. Selon les données citées pendant la campagne, environ 90 % des entreprises de la pêche se déclaraient opposées à une adhésion.

La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, avait pourtant reconnu les spécificités islandaises dans les domaines de la pêche et de l’agriculture et assuré que celles-ci seraient examinées avec attention lors de négociations éventuelles.

Cela n’a pas suffi.

La souveraineté plutôt que les promesses économiques

Le débat ne s’est toutefois pas résumé aux poissons.

Pour une partie du camp du « non », rejoindre l’Union aurait signifié transférer davantage de compétences aux institutions européennes alors que le pays dispose déjà d’un accès privilégié au marché européen.

La question de la monnaie a également nourri les discussions. L’Islande conserve la couronne islandaise et mène sa propre politique monétaire. Une éventuelle adhésion aurait ouvert, à terme, le dossier de l’euro.

Les partisans du « oui » répondaient que l’intégration pourrait apporter davantage de stabilité économique, notamment dans un pays confronté à une inflation et à des taux d’intérêt élevés. Ils faisaient aussi valoir qu’en restant à l’extérieur, l’Islande continue de reprendre certaines règles européennes sans disposer d’un siège au Conseil de l’Union européenne ni de députés au Parlement européen.

Mais cet argument institutionnel n’a pas convaincu suffisamment d’électeurs.

L’Arctique a changé la question européenne

Le contexte international aurait pu faire basculer le vote.

L’Islande se trouve dans une région devenue stratégique. La guerre en Ukraine, le retour des rivalités de puissance dans l’Arctique et les déclarations du président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, sur le Groenland ont modifié la perception des questions de sécurité dans le nord de l’Atlantique.

Le gouvernement islandais avait donc aussi présenté le rapprochement avec l’Union européenne sous l’angle de la sécurité et de la position internationale du pays.

L’argument était sérieux : l’Islande est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord mais ne possède pas d’armée permanente. Elle dispose depuis 1951 d’un accord de défense avec les États-Unis d’Amérique. Après le référendum, le gouvernement islandais cherche d’ailleurs à renforcer ses partenariats de sécurité avec d’autres pays, notamment la Finlande, la Norvège, le Japon et le Canada.

Mais la géopolitique n’a pas suffi à effacer les préoccupations nationales.

Reykjavik et les régions rurales ne regardent pas l’Europe de la même manière

Le scrutin a également révélé une fracture géographique.

La capitale, Reykjavik, a majoritairement voté en faveur de la reprise des négociations. Dans plusieurs circonscriptions rurales, le « non » s’est imposé plus nettement.

Cette différence n’est pas anodine. Dans les régions où la pêche et l’agriculture occupent une place importante, l’idée de soumettre davantage ces secteurs aux règles européennes suscite davantage de méfiance.

Le vote ne traduit donc pas seulement une opinion sur l’intégration européenne. Il reflète aussi une opposition entre une capitale plus ouverte à cette intégration et des territoires davantage attachés à la maîtrise nationale des ressources.

Pourquoi l’Union européenne espérait tant un « oui »

Pour l’Union européenne, l’adhésion éventuelle de l’Islande aurait eu une portée qui dépassait largement les quelque 400 000 habitants du pays.

L’Islande aurait été l’un des rares nouveaux membres riches à rejoindre l’Union depuis longtemps. Son adhésion aurait constitué une vitrine pour la politique d’élargissement européenne : un État démocratique, stable, prospère et déjà largement aligné sur les normes européennes.

Elle aurait aussi renforcé la présence politique de l’Union européenne dans l’Arctique.

Le « non » constitue donc un revers pour l’Union européenne, même si les relations entre les deux parties ne sont pas remises en cause. La Commission européenne a pris acte du résultat et rappelé que l’Islande demeurait un partenaire proche de l’Union européenne.

L’Islande ne tourne pas le dos à l’Europe

C’est probablement la conclusion la plus importante de ce référendum.

Le vote ne remet ni en cause l’Espace économique européen, ni Schengen, ni les nombreux accords qui lient déjà le gouvernement islandais aux institutions européennes.

L’Islande a simplement choisi de ne pas transformer cette proximité en appartenance politique.

Le résultat peut ainsi être lu moins comme un rejet de l’Europe que comme un choix en faveur du statu quo : conserver l’accès au marché unique et la coopération européenne, tout en maintenant la souveraineté sur les secteurs que les électeurs considèrent comme essentiels.

Le gouvernement islandais a d’ailleurs annoncé qu’il continuerait à défendre activement les intérêts du pays dans le cadre de l’Espace économique européen.

Ce que le « non » dit de l’Europe d’aujourd’hui

Le cas islandais est intéressant parce qu’il inverse une logique longtemps dominante dans l’histoire de l’Union.

Pour de nombreux pays européens, l’adhésion représente l’accès à un espace de stabilité, de prospérité et de sécurité. L’Ukraine, les pays des Balkans occidentaux et plusieurs autres candidats continuent de considérer l’Union comme un horizon stratégique majeur.

En Islande, la question se pose autrement.

Le pays dispose déjà d’un niveau élevé de prospérité, bénéficie du marché unique et appartient à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Il n’a donc pas besoin de l’adhésion pour obtenir les principaux avantages économiques et sécuritaires que celle-ci pourrait apporter à un autre État.

La question devient alors : qu’aurait-il à gagner en transférant davantage de compétences aux institutions européennes ?

Le gouvernement n’a pas réussi à convaincre une majorité d’électeurs que les bénéfices supplémentaires justifiaient ce changement.

Le résultat ne signifie pas que les Islandais sont massivement hostiles à l’Union. Avec 47,2 % des suffrages favorables à la reprise des négociations, le pays apparaît au contraire profondément partagé. Mais le scrutin montre qu’une proximité économique et politique avec l’Europe ne conduit pas nécessairement à l’adhésion.

Pour l’Union européenne, c’est peut-être la leçon la plus intéressante de ce vote islandais : dans un pays riche, stable et déjà largement intégré au marché européen, l’adhésion ne constitue pas une évidence. Elle doit encore répondre à une question simple : qu’apporte-t-elle de plus que ce que le pays possède déjà ?

Celine Dou

AFRIQUE : À ADDIS-ABEBA, LES MINISTRES DE LA SANTÉ ADOPTENT DES MESURES POUR FINANCER LES SYSTÈMES DE SANTÉ, FORMER 3 MILLIONS DE SOIGNANTS ET MIEUX PRÉPARER LES ÉPIDÉMIES

Pendant quatre jours, les ministres de la Santé des 47 États membres de la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé ont confronté les fragilités du continent à une exigence devenue incontournable : disposer de systèmes de santé capables de fonctionner, de se financer et de répondre aux crises sans attendre systématiquement des solutions venues de l’extérieur. Réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 25 au 28 août, ils ont adopté plusieurs stratégies régionales qui engagent les pays africains sur la prochaine décennie.

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La soixante-seizième session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique s’est achevée avec plusieurs décisions concrètes. Les États ont notamment adopté l’Agenda africain pour les personnels de santé 2026-2035, avec l’objectif de former, employer et retenir trois millions de professionnels supplémentaires d’ici 2035. Ils ont également approuvé une stratégie de financement durable de la santé, une nouvelle stratégie sur la réglementation des médicaments et autres produits médicaux, ainsi qu’un cadre destiné à préserver les capacités développées pendant la campagne mondiale d’éradication de la poliomyélite. Un centre régional de données sanitaires a par ailleurs été lancé pour améliorer la surveillance et la prise de décision.

Trois millions de personnels de santé supplémentaires d’ici 2035

C’est l’un des engagements les plus chiffrés de la réunion.

Les ministres africains de la Santé ont adopté l’Agenda africain pour les personnels de santé 2026-2035. Le document fixe un objectif de trois millions de professionnels de santé supplémentaires à former, employer et surtout retenir sur le continent d’ici 2035.

L’enjeu ne consiste plus seulement à augmenter le nombre de diplômés. La stratégie prévoit une meilleure planification des besoins, l’adaptation des formations, le recrutement et la fidélisation des personnels.

Cette orientation répond à une difficulté bien connue des systèmes de santé africains : les investissements consentis pour former des médecins, des infirmiers, des sages-femmes, des pharmaciens ou des techniciens ne suffisent pas lorsque les pays ne parviennent pas ensuite à les conserver.

Les États membres ont donc choisi d’aborder la question comme celle d’un véritable marché du travail de la santé, avec des besoins à prévoir, des personnels à employer et des conditions à améliorer.

Les États veulent réduire le poids des dépenses de santé supportées par les ménages

Le deuxième engagement majeur concerne le financement.

Les ministres ont adopté la Stratégie pour le financement de l’avenir de la santé dans la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé, 2026-2035.

L’objectif est de rendre les systèmes de santé moins vulnérables aux difficultés budgétaires et à la diminution des financements extérieurs.

Le problème est considérable : selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 385 millions de personnes dans la Région africaine tombent chaque année dans la pauvreté ou s’y enfoncent davantage en raison des dépenses de santé qu’elles doivent payer directement. Les gouvernements doivent parallèlement composer avec l’endettement, la stagnation des dépenses publiques et la diminution de certaines aides extérieures.

La stratégie adoptée à Addis-Abeba propose donc une trajectoire sur dix ans destinée à accroître la solidité financière des systèmes de santé et à réduire le risque que l’accès aux soins entraîne un appauvrissement des familles.

La question financière est ainsi placée au même niveau que la question médicale : un système de santé ne peut être durable si les États ne peuvent pas assurer son financement et si les ménages doivent payer directement une part excessive des soins.

Des règles communes pour mieux contrôler les médicaments

Les ministres ont également adopté la Stratégie régionale sur la réglementation des produits médicaux pour 2026-2035.

Elle concerne les médicaments, les vaccins, les produits sanguins, les tests de diagnostic et les dispositifs médicaux.

L’objectif est de renforcer les autorités nationales chargées de vérifier la qualité, la sécurité et l’efficacité de ces produits. La stratégie prévoit notamment d’augmenter le nombre d’autorités nationales atteignant le niveau de maturité 3 de l’Organisation mondiale de la Santé, de renforcer l’Agence africaine du médicament, de développer les systèmes numériques et de favoriser les évaluations et inspections conjointes entre pays.

Le choix est également industriel.

L’Afrique cherche à développer sa production locale de médicaments et de produits médicaux. Mais produire davantage ne suffit pas : encore faut-il disposer de systèmes capables de contrôler la qualité de ce qui est fabriqué et distribué.

Les États veulent donc avancer simultanément sur les deux fronts : produire davantage en Afrique et mieux réglementer ce qui y est produit ou importé.

Préserver ce que la lutte contre la poliomyélite a construit

Autre décision importante : l’adoption d’un cadre 2026-2035 pour la transition et la pérennisation des acquis de la lutte contre la poliomyélite.

La Région africaine a été certifiée exempte de poliovirus sauvage autochtone en 2020. Mais les flambées liées aux poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales continuent.

Plus de 180 détections de poliovirus avaient été signalées dans la Région africaine en 2026, notamment dans le bassin du lac Tchad et dans la Corne de l’Afrique.

Le nouveau cadre adopté à Addis-Abeba vise à éviter que les infrastructures construites pendant des décennies de lutte contre la poliomyélite disparaissent avec la baisse progressive des financements consacrés à cette maladie.

Les États se sont engagés à intégrer progressivement dans leurs systèmes nationaux les fonctions essentielles développées grâce à la lutte contre la poliomyélite : surveillance épidémiologique, laboratoires, personnels spécialisés, vaccination, réseaux communautaires et capacités d’intervention d’urgence.

L’enjeu dépasse donc la seule poliomyélite.

Ces infrastructures ont déjà servi lors d’épidémies d’Ebola, de maladie à virus Marburg, de mpox, de choléra ou de fièvre jaune. Les conserver revient à maintenir une partie de l’architecture de sécurité sanitaire du continent.

Un centre régional pour mieux exploiter les données sanitaires

Les ministres ont également accompagné cette évolution par un nouvel outil.

L’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique a lancé le Centre régional de données sanitaires, destiné aux 47 États membres.

L’objectif est de rassembler des données sanitaires aujourd’hui dispersées afin de permettre aux autorités de détecter plus rapidement les menaces, de mieux répartir les ressources et de prendre leurs décisions sur la base d’informations plus complètes.

Cette infrastructure répond à un problème très concret.

Lorsqu’une épidémie apparaît, la rapidité avec laquelle les autorités identifient un foyer, mesurent sa progression et repèrent les populations exposées conditionne une grande partie de la réponse.

Disposer de données plus fiables et mieux partagées doit donc permettre de raccourcir le temps entre l’apparition d’une menace et la décision publique.

Donner aux enfants un meilleur départ

Les travaux d’Addis-Abeba ont également dépassé la seule gestion des urgences sanitaires.

Les États membres ont adopté une stratégie régionale sur le développement de la petite enfance pour 2026-2032. Elle vise à renforcer les interventions en matière de nutrition, de santé, d’apprentissage précoce, de protection sociale, d’eau et d’assainissement et d’accompagnement des parents.

Cette décision part d’un constat démographique : d’ici 2050, deux enfants sur cinq nés dans le monde devraient être africains. Or, selon l’Organisation mondiale de la Santé, jusqu’à deux tiers des enfants d’Afrique subsaharienne pourraient ne pas atteindre leur plein potentiel de développement.

Les gouvernements veulent donc intervenir dès les premières années de la vie, avec des politiques qui associent santé, nutrition, éducation et protection sociale.

L’épidémie d’Ebola rappelle pourquoi ces décisions comptent

Ces décisions ont été prises alors que la République démocratique du Congo fait face à une importante épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo.

Le sujet figurait directement au programme de la session. Les ministres ont également travaillé sur les moyens de renforcer les équipes médicales d’urgence et la préparation des pays aux futures crises sanitaires.

L’épidémie congolaise donne une dimension concrète aux engagements pris à Addis-Abeba : surveillance, personnels qualifiés, laboratoires, équipes d’intervention, financement et circulation des données constituent précisément les moyens nécessaires pour contenir une flambée avant qu’elle ne s’étende.

Dans le même temps, l’Ouganda a annoncé le 27 août la fin de son épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, après 42 jours sans nouveau cas confirmé. L’Organisation mondiale de la Santé et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont toutefois appelé à maintenir la vigilance.

Le contraste entre les deux situations est instructif : un pays peut parvenir à interrompre une transmission, tandis qu’un autre affronte une flambée majeure. La capacité à conserver les systèmes de surveillance et d’intervention après la fin d’une crise devient donc aussi importante que la réponse elle-même.

Une décennie de transformation annoncée

Au-delà des décisions sectorielles, les États membres ont posé les bases d’une orientation de long terme avec le cadre « Une nouvelle ère pour la santé en Afrique : action unie pour la Vision 2035 ».

Le document articule plusieurs priorités : soins de santé primaires, résilience des systèmes, financement durable, transformation numérique et plus grande responsabilité des pays africains dans la conduite de leurs politiques sanitaires.

La réunion d’Addis-Abeba aura donc produit plus qu’une déclaration politique.

Elle a fixé des objectifs précis : trois millions de personnels de santé supplémentaires d’ici 2035, des mécanismes de financement plus durables, des autorités de réglementation plus solides, le maintien des capacités héritées de la lutte contre la poliomyélite et un système régional de données pour mieux anticiper les menaces.

La difficulté commence désormais.

Les textes adoptés ne produiront d’effets que si les États les traduisent dans leurs budgets, leurs politiques nationales et leurs systèmes de santé.

C’est sur ce passage des engagements aux résultats que sera jugée la portée réelle du conclave d’Addis-Abeba.

Celine Dou

Monde : si les États-Unis d’Amérique peuvent sanctionner une banque égyptienne pour ses relations avec Téhéran, qui peut encore commercer librement dans le monde ?

Il ne s’agit, en apparence, que d’une affaire bancaire. Une banque égyptienne, Banque Misr, se retrouve dans le viseur des États-Unis d’Amérique. Plus précisément, les mesures annoncées le 28 août concernent ses succursales aux Émirats arabes unis, accusées par le Trésor états-unien d’avoir traité environ 1,8 milliard de dollars de transactions pour des entreprises liées aux réseaux financiers iraniens. La banque examine la notification reçue, tandis que la banque centrale des Émirats arabes unis a ouvert une enquête urgente sur ses activités.

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L’affaire pourrait rester cantonnée aux pages économiques si elle ne posait pas une question beaucoup plus dérangeante : jusqu’où peut aller le pouvoir d’un État lorsqu’une grande partie du commerce mondial dépend de sa monnaie et de son système financier ?

Les États-Unis d’Amérique ne disent pas simplement à l’Iran qu’ils refusent de commercer avec lui. Ils cherchent désormais à convaincre, et parfois à contraindre, les établissements financiers étrangers à faire le même choix.

Le mécanisme est redoutablement efficace. Une banque étrangère peut être parfaitement légale dans son propre pays, mais si elle a besoin d’accéder au dollar, aux banques correspondantes ou à certaines infrastructures financières internationales, elle doit aussi tenir compte des décisions prises aux États-Unis d’Amérique.

C’est précisément ce qui donne aux sanctions une portée qui dépasse les frontières états-uniennes.

Dans le cas de Banque Misr, le Trésor des États-Unis d’Amérique a proposé de couper les succursales concernées de leur accès aux opérations en dollars avec les établissements financiers états-uniens. Le Caire a précisé que la mesure ne visait ni les activités de Banque Misr en Égypte ni les autres banques égyptiennes.

Mais le message adressé au secteur bancaire international est, lui, beaucoup plus large : celui qui facilite financièrement les échanges avec l’Iran prend le risque d’en payer le prix, même s’il n’est pas iranien.

C’est là que le débat commence véritablement.

Les États-Unis d’Amérique ont parfaitement le droit de défendre leurs intérêts, de lutter contre le financement d’activités qu’ils considèrent comme dangereuses et d’utiliser leurs propres instruments économiques. Personne ne peut sérieusement leur contester ce droit.

Mais une question demeure : à partir de quel moment la défense des intérêts d’une puissance devient-elle une capacité à fixer les limites de l’action économique des autres ?

Car le problème ne concerne pas uniquement l’Iran.

Aujourd’hui, c’est Téhéran. Demain, ce pourrait être un autre pays placé sous sanctions. Et les mêmes banques étrangères pourraient devoir choisir entre leurs relations commerciales avec ce pays et leur accès au système financier dominé par le dollar.

La Chine a déjà compris le risque. Pékin a averti qu’il protégerait ses intérêts alors que les États-Unis d’Amérique préparaient de nouvelles sanctions visant les partenaires commerciaux de l’Iran. La Turquie et les Émirats arabes unis figurent également parmi les pays dont les relations économiques avec Téhéran sont particulièrement surveillées.

Le monde commercial que l’on présente souvent comme ouvert et mondialisé repose donc sur une réalité moins confortable : tous les acteurs ne disposent pas du même degré de liberté.

Une puissance qui contrôle une monnaie internationale, un vaste réseau bancaire et des infrastructures financières incontournables possède un levier dont la portée dépasse largement son territoire.

Ce levier peut être utilisé contre un adversaire. Il peut aussi être utilisé pour empêcher cet adversaire de trouver des partenaires.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut laisser l’Iran contourner les sanctions des États-Unis d’Amérique. Ce serait réduire le problème. La vraie question est de savoir si le commerce international peut rester véritablement international lorsque l’accès à ses principaux circuits financiers dépend, en partie, de la conformité aux décisions d’une seule puissance.

C’est un sujet qui concerne aussi l’Afrique.

Les économies africaines commercent avec la Chine, la Russie, l’Iran, les pays du Golfe, l’Europe et les États-Unis d’Amérique. Elles ont besoin de capitaux, de banques correspondantes, de devises et d’un accès aux marchés internationaux. Dans cet environnement, la marge de manœuvre d’un État peut rapidement se réduire lorsqu’un de ses partenaires économiques devient la cible de sanctions.

La souveraineté ne consiste alors plus seulement à contrôler ses frontières, son territoire ou ses institutions. Elle touche aussi à une question beaucoup moins visible : la possibilité de choisir librement ses partenaires économiques.

Les sanctions contre Banque Misr constituent donc bien davantage qu’une nouvelle mesure dans la guerre économique menée contre l’Iran. Elles rappellent au monde une vérité que l’on préfère parfois oublier : dans l’économie internationale, la puissance ne se mesure pas seulement au nombre de soldats ou de missiles. Elle se mesure aussi à la capacité de décider qui peut accéder à l’argent, aux banques et aux marchés.

Et lorsque cette capacité appartient largement à un seul acteur, une question finit nécessairement par se poser :

le commerce mondial est-il réellement libre, ou seulement libre dans les limites fixées par les puissances qui contrôlent ses principaux instruments ?

Celine Dou

FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Le député de La France insoumise fait l’objet d’une plainte déposée par son ex-épouse autour du 22 juillet, selon les informations du Journal du dimanche. Le dossier concerne un différend familial autour de leur fils et des pensions alimentaires que la plaignante affirme ne pas avoir reçues. L’existence de cette procédure était restée publique inconnue jusqu’à sa révélation, le 29 août.

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Sébastien Delogu fait l’objet d’une plainte dont l’existence n’avait pas été rendue publique jusqu’ici. Le Journal du dimanche rapporte que son ex-épouse a saisi la police aux alentours du 22 juillet, après un épisode conflictuel concernant leur fils.

Selon le récit rapporté par le quotidien, le député aurait voulu récupérer ses enfants avant de repartir avec son fils. Son ex-épouse aurait ensuite gagné un commissariat pour déposer plainte. L’enfant aurait finalement été ramené dans la nuit.

La plaignante aurait également signalé des pensions alimentaires qu’elle affirme ne pas avoir reçues. Le Journal du dimanche indique que Sébastien Delogu avait été convoqué au commissariat le 11 août dans cette affaire et qu’il ne s’y serait pas présenté. Une nouvelle convocation lui aurait ensuite été adressée pour le 26 août.

Ces informations décrivent les faits tels qu’ils sont rapportés par le Journal du dimanche et les déclarations attribuées à l’ex-épouse. Elles ne constituent pas une décision de justice. Les suites judiciaires de cette plainte ne sont pas connues.

La révélation survient après une garde à vue

Le nom de Sébastien Delogu est déjà au centre d’une autre procédure judiciaire.

Le 24 août, trois policiers en civil se sont rendus dans l’immeuble marseillais où réside le député. Ils recherchaient un homme soupçonné d’avoir volé une montre. Une altercation a opposé les fonctionnaires à l’élu.

Les policiers affirment que le député s’est opposé à leur intervention et leur a adressé des insultes. Sébastien Delogu conteste leur récit. Il affirme notamment que les policiers ne lui auraient pas immédiatement indiqué leur qualité et soutient avoir lui-même subi des violences physiques et verbales. Les trois fonctionnaires ont porté plainte ; le député a également saisi la justice.

Le 27 août, Sébastien Delogu s’est présenté au commissariat central de Marseille avec son avocat. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Après plus de huit heures, il a été libéré.

La justice lui a fixé une prochaine échéance au 13 novembre 2026. Le député doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Marseille pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Au lendemain de sa garde à vue, Sébastien Delogu a donné sa version des événements. Il affirme avoir été « injurié et agressé » et conteste avoir voulu empêcher les policiers d’effectuer leur intervention.

Une plainte familiale déposée avant l’affaire des policiers

La chronologie permet de comprendre la portée de l’information révélée par le Journal du dimanche.

La plainte de l’ex-épouse aurait été déposée autour du 22 juillet, soit plus d’un mois avant l’altercation survenue dans l’immeuble du député, le 24 août. Elle n’est donc pas la conséquence de cette affaire et ne constitue pas une procédure ouverte à la suite de sa garde à vue.

Ce que le Journal du dimanche rend public le 29 août, c’est l’existence de cette procédure familiale, alors que Sébastien Delogu vient de passer plusieurs heures en garde à vue et qu’il doit désormais répondre devant le tribunal correctionnel de Marseille des faits d’outrage qui lui sont reprochés.

Les deux dossiers suivent leurs propres chemins judiciaires. Dans l’affaire familiale, les accusations rapportées contre le député restent celles de la plaignante et devront être examinées par les autorités compétentes. Dans l’affaire marseillaise, Sébastien Delogu conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir lui-même été victime des policiers.

Pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée dans l’une ou l’autre de ces affaires.

Celine Dou

SOUDAN : KHARTOUM LÈVE L’ÉTAT D’URGENCE, MAIS LA GUERRE SE DÉPLACE VERS LE KORDOFAN

Après plus de deux ans de couvre-feu, les habitants de la capitale soudanaise peuvent désormais circuler et travailler à toute heure. La mesure traduit le retour progressif de l’administration et de la vie civile dans une ville reprise par l’armée, mais elle ne signifie pas la fin de la guerre. À plusieurs centaines de kilomètres, les combats continuent de faire des victimes et de provoquer de nouveaux déplacements.

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À Khartoum, les habitants peuvent de nouveau circuler librement la nuit. Le Comité de sécurité de l’État a annoncé le 27 août la levée de l’état d’urgence et l’abrogation de l’ordre d’urgence n° 3 de 2024, mettant également fin au couvre-feu instauré dans la capitale.

La décision autorise désormais les habitants à se déplacer et à travailler à toute heure. Elle reste toutefois assortie de restrictions. Les patrouilles et les points de contrôle sont maintenus, et les autorités demandent aux habitants de conserver leurs documents d’identité sur eux. L’entrée dans la capitale demeure par ailleurs réglementée pour les étrangers arrivant par bus, train ou véhicule privé.

Cette décision intervient plusieurs mois après la reprise de Khartoum par l’armée soudanaise. Le gouvernement, qui avait transféré ses activités à Port-Soudan pendant les combats, est revenu dans la capitale en janvier 2026. L’aéroport a également repris ses activités et les organisations humanitaires recommencent progressivement à y travailler.

Une liberté retrouvée dans une capitale encore meurtrie

La levée du couvre-feu donne à Khartoum les apparences d’une ville qui reprend son activité. Mais la réalité quotidienne reste difficile.

Les infrastructures ont été lourdement endommagées pendant les combats. Les coupures d’électricité demeurent particulièrement longues dans plusieurs secteurs contrôlés par l’armée. À Omdurman, notamment, les pannes perturbent les activités professionnelles et contraignent des familles à renoncer à certains usages domestiques faute de pouvoir conserver leurs aliments ou faire fonctionner leurs équipements.

Le retour des habitants ne suffit donc pas à rétablir une vie normale. Il faut encore reconstruire les réseaux électriques, les routes, les logements et les services publics détruits pendant les combats.

La sécurité elle-même demeure fragile. La levée de l’état d’urgence ne s’accompagne pas d’un retrait des forces de sécurité : les patrouilles et les contrôles restent présents dans la capitale. Des risques liés aux drones et aux munitions non explosées subsistent également pour les personnes qui regagnent les zones touchées par la guerre.

Le front s’est déplacé

Le contraste est frappant. Alors que Khartoum cherche à retrouver un rythme de vie ordinaire, le conflit continue de s’intensifier dans d’autres régions.

Le Kordofan est devenu l’un des principaux théâtres de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Les deux camps y cherchent à consolider leurs positions et leurs voies d’approvisionnement, faisant de cette région un espace stratégique entre les territoires contrôlés par l’armée à l’est et ceux dominés par les FSR à l’ouest.

Les violences ont encore fait des victimes ces derniers jours. Des frappes de drones ont tué huit civils dans le Kordofan du Nord, selon l’organisation Emergency Lawyers, qui demande une enquête indépendante. Une première attaque a visé des civils dans la ville de Sowdari, avant qu’une seconde frappe ne touche des personnes venues porter secours aux blessés.

Le recours aux drones est devenu l’une des caractéristiques du conflit soudanais. Les Nations unies estiment qu’ils ont représenté une part majeure des décès de civils enregistrés au cours des premiers mois de 2026.

Une crise humanitaire toujours immense

Depuis le déclenchement de la guerre, le 15 avril 2023, le Soudan reste confronté à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les estimations internationales évoquent au moins 59 000 morts et environ 13 millions de personnes déplacées, tandis que plusieurs régions sont confrontées à la famine.

Les déplacements de population se poursuivent. Dans le Kordofan, les combats poussent encore des familles à fuir. À El-Obeid et dans les camps qui entourent la ville, l’arrivée massive de nouveaux déplacés exerce une pression croissante sur l’eau, la nourriture, les soins et les installations sanitaires. Plus de 15 000 familles seraient arrivées depuis la mi-juillet, selon les données rapportées par les acteurs humanitaires.

La fin de l’état d’urgence à Khartoum doit donc être lue pour ce qu’elle est : une mesure administrative et sécuritaire destinée à rétablir progressivement la vie civile dans une capitale contrôlée par l’armée, pas un signe de fin du conflit soudanais.

Khartoum peut désormais vivre sans couvre-feu. Mais à mesure que la capitale tente de se relever de ses ruines, la guerre continue de faire rage dans le centre et l’ouest du pays. Le véritable retour à la normale dépendra moins de la disparition des restrictions dans la capitale que de l’issue du conflit qui déchire encore le Soudan.

Celine Dou

États Unis d’Amérique : le procès de Khalid Cheikh Mohammed, accusé d’être le cerveau du 11-Septembre, fixé au 5 juin 2028

Plus de deux décennies après son arrestation, Khalid Cheikh Mohammed connaîtra enfin la date de son procès. Un juge militaire a ordonné, mercredi 26 août, l’ouverture des audiences le 5 juin 2028 à Guantánamo, dans une affaire qui porte sur les attentats du 11 septembre 2001 et près de 3 000 morts.

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Khalid Cheikh Mohammed, connu sous les initiales KSM, est l’homme que les autorités états-uniennes présentent comme le principal architecte des attentats du 11-Septembre. Capturé au Pakistan en mars 2003, il est détenu à Guantánamo depuis 2006 après avoir été emprisonné dans des sites secrets de la CIA.

Qui est Khalid Cheikh Mohammed ?

Né au Pakistan et élevé au Koweït, Khalid Cheikh Mohammed s’est engagé dans les milieux djihadistes avant de rejoindre Al-Qaïda. Le rapport de la commission d’enquête sur le 11-Septembre le décrit comme un organisateur d’attentats qui cherchait à mettre en œuvre ses propres projets.

Selon ce rapport, il avait présenté dès 1996 à Oussama ben Laden l’idée d’utiliser des avions comme armes. Le projet évoluera ensuite jusqu’à l’opération du 11 septembre 2001.

Ce jour-là, dix-neuf membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux s’écrasent contre les tours du World Trade Center à New York, un autre frappe le Pentagone et le quatrième s’écrase en Pennsylvanie après l’intervention de passagers.

Près de 3 000 personnes sont tuées.

Une arrestation en 2003, puis les prisons secrètes de la CIA

Khalid Cheikh Mohammed est arrêté au Pakistan en mars 2003. Après sa capture, il est transféré dans le programme clandestin de détention de la CIA.

Il y subit des interrogatoires au cours desquels des méthodes de torture sont utilisées, notamment la simulation de noyade. Ces conditions de détention pèseront lourdement sur la procédure judiciaire à venir : une partie du contentieux porte précisément sur la possibilité d’utiliser devant le tribunal des déclarations ou des éléments obtenus dans ce cadre.

En septembre 2006, KSM est transféré à Guantánamo, où il se trouve toujours.

Un procès bloqué pendant plus de vingt ans

Les accusations formelles ont été déposées en 2008. Pourtant, le procès n’a jamais véritablement commencé.

La procédure a été retardée par une succession de batailles judiciaires portant notamment sur les preuves, les interrogatoires de la CIA et les conséquences de la torture subie par les accusés.

En 2019, une première date avait été envisagée pour un procès en 2021. Elle n’a pas été tenue.

Plus récemment, une autre tentative de sortir de l’impasse avait été engagée avec un accord de plaider-coupable.

En 2024, Khalid Cheikh Mohammed et deux autres accusés avaient accepté de reconnaître leur culpabilité en échange notamment de l’abandon de la peine de mort. L’accord prévoyait des condamnations à perpétuité. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Lloyd Austin, avait tenté de l’annuler, déclenchant une nouvelle bataille judiciaire. En juillet 2025, une cour d’appel fédérale a finalement annulé les accords.

Le procès est donc redevenu la voie judiciaire à suivre.

Pourquoi le 5 juin 2028 ?

Les procureurs souhaitaient commencer le procès dès janvier 2027. Le juge militaire Michael Schrama a rejeté ce calendrier, estimant qu’il ne laissait pas suffisamment de temps pour régler les nombreuses questions préalables encore pendantes, notamment celles concernant l’admissibilité de certaines preuves.

Le calendrier prévoit une première étape consacrée à la sélection des membres de la commission militaire à partir du 5 juin 2028, avant les déclarations d’ouverture et la présentation des preuves.

Khalid Cheikh Mohammed sera jugé avec Walid bin Attash, Ali Abdul Aziz Ali et Mustafa al-Hawsawi, tous détenus à Guantánamo.

Un procès qui reste loin d’être garanti

La fixation d’une date ne signifie pas pour autant que le procès commencera nécessairement ce jour-là.

Le dossier demeure encombré de questions préalables et de recours. L’histoire de cette procédure montre d’ailleurs à quel point son calendrier peut encore changer.

Mais une étape importante vient d’être franchie : pour la première fois après des années de reports, le tribunal militaire a fixé une date précise pour juger l’homme accusé d’avoir été au cœur de la préparation du 11-Septembre.

Le 5 juin 2028, près de 27 ans après les attentats, Khalid Cheikh Mohammed devrait donc comparaître devant la justice militaire états-unienne.

Une échéance qui ramène à la surface une question restée irrésolue pendant toute l’après-guerre contre le terrorisme : comment juger les responsables présumés d’une attaque historique lorsque les méthodes utilisées pour les interroger sont elles-mêmes devenues une partie du procès ?

Celine Dou

Rwanda : Tom Byabagamba, ancien chef de la garde présidentielle de Paul Kagame, meurt en prison après douze ans de détention, sa famille ignore la cause du décès

L’ancien colonel rwandais Tom Byabagamba, qui avait dirigé la garde présidentielle chargée de la protection de Paul Kagame, est mort en détention à l’âge de 59 ans. Arrêté en 2014 et condamné après un procès controversé, il aura passé près de douze années derrière les barreaux. Au lendemain de sa mort, aucune cause de décès n’a été communiquée.

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Tom Byabagamba n’était pas un militaire ordinaire. Officier supérieur des Forces de défense du Rwanda, il avait fait partie du cercle sécuritaire de Paul Kagame avant de prendre la tête de la garde présidentielle. Il avait été écarté de cette fonction en 2010, sans explication publique, quatre ans avant son arrestation.

Le 24 août 2014, il est arrêté avec son beau-frère, le général à la retraite Frank Rusagara. Leur procès devant la Haute Cour militaire s’ouvre dans un climat tendu. Byabagamba est notamment poursuivi pour incitation à l’insurrection, atteinte à l’image du pays ou du gouvernement et outrage au drapeau national.

En mars 2016, la justice militaire le condamne à 21 ans de prison et lui retire son grade. En appel, en décembre 2019, la condamnation est maintenue mais la peine est ramenée à 15 ans. Human Rights Watch avait alors dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et fait état de graves préoccupations concernant le déroulement du procès et les conditions de détention.

Le 25 août 2026, Tom Byabagamba meurt en prison. Sa famille affirme avoir été informée de son décès par les autorités militaires. Mais, au 27 août, elle dit toujours ignorer ce qui a provoqué sa mort. Son frère David Himbara, ancien conseiller de Paul Kagame aujourd’hui en exil, a annoncé le décès sans en préciser la cause.

Cette absence d’explication donne à cette mort une portée particulière. L’homme qui avait autrefois été chargé de protéger le président rwandais a terminé sa vie derrière les barreaux, sans que sa famille sache encore de quoi il est mort.

Le dossier avait déjà connu une issue similaire avec Frank Rusagara, condamné dans la même affaire. L’ancien général est mort en prison en mars 2025, après environ onze années de détention.

L’affaire Byabagamba avait également été portée devant le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Celui-ci avait conclu en 2017 que sa détention et celle de ses codétenus violaient le droit international et demandé leur libération. Le gouvernement rwandais avait contesté cette appréciation.

À ce jour, aucune explication officielle sur les circonstances médicales ou autres de la mort de Tom Byabagamba n’a été rendue publique. Le Rwanda n’a pas non plus commenté publiquement son décès, selon les informations disponibles au 27 août 2026.

Celine Dou

Papouasie-Nouvelle-Guinée : six ans après le vote de 97,7 % pour l’indépendance, le Parlement doit décider jeudi de l’avenir de Bougainville

En 2019, les habitants de Bougainville avaient répondu sans ambiguïté : 97,7 % avaient choisi l’indépendance plutôt qu’une autonomie renforcée. Six ans plus tard, leur choix arrive enfin devant le Parlement national de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les députés doivent commencer à en débattre jeudi 27 août. Pour qu’une ratification soit adoptée, il faudra au moins 89 voix sur 118.

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Le vote de 2019 n’avait toutefois pas suffi à faire de Bougainville un État indépendant. Le référendum avait été prévu par l’accord de paix signé en 2001 pour mettre fin au conflit qui avait opposé pendant des années les indépendantistes de Bougainville aux forces gouvernementales. Son résultat devait ensuite être soumis à des consultations entre le gouvernement national et le gouvernement autonome de Bougainville, avant une décision du Parlement.

Ces consultations ont finalement pris fin le 6 août. Le Premier ministre James Marape et le président de Bougainville, Ishmael Toroama, ont alors approuvé le rapport commun et le cadre destiné à encadrer la suite du processus. Le résultat du référendum peut désormais être présenté officiellement aux députés.

Un vote qui remonte aux années de guerre

La question de l’indépendance de Bougainville ne date pas de 2019.

Le conflit avait éclaté en 1988, notamment autour des tensions provoquées par l’exploitation de la mine de Panguna, les revendications sur les terres et la répartition des revenus miniers. La guerre a fait des milliers de morts et profondément détruit les infrastructures et les moyens de subsistance de Bougainville.

L’accord de paix de 2001 a permis de sortir de cette confrontation. Il prévoyait notamment une autonomie plus large pour Bougainville, le désarmement des combattants et un référendum sur son futur statut politique.

Dix-huit ans plus tard, le scrutin a livré une réponse écrasante. Sur 181 067 bulletins comptabilisés, 176 928 électeurs ont choisi l’indépendance, contre 3 043 pour une autonomie renforcée.

Mais le résultat était consultatif. La décision finale appartenait au Parlement national.

89 députés doivent dire oui

C’est maintenant que commence la partie la plus incertaine.

Le Parlement a fixé à trois quarts de ses 118 membres la majorité nécessaire pour ratifier le résultat. Il faudra donc 89 voix favorables.

Le gouvernement de James Marape affirme avoir rempli les obligations qui lui incombaient dans le cadre de l’accord de paix et de la Constitution. Le Premier ministre demande désormais aux députés de se prononcer librement, en évitant les menaces et les tensions entre les différentes régions du pays.

Cette prudence tient à la nature de la décision. Une ratification ouvrirait la voie à la séparation de Bougainville de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Un refus laisserait en revanche le territoire dans le cadre actuel et obligerait les deux parties à déterminer comment poursuivre le processus politique.

Le président Ishmael Toroama défend, lui, une position beaucoup plus directe : le choix exprimé en 2019 doit être respecté. Les autorités de Bougainville ont fixé au 1er septembre 2030 leur objectif pour l’indépendance. Elles prévoient auparavant une nouvelle étape vers un gouvernement pleinement autonome.

L’indépendance ne se décidera donc pas en un seul jour

Même si les 89 voix sont réunies jeudi, Bougainville ne deviendra pas immédiatement un nouvel État.

Il faudra organiser la transition, préciser les compétences transférées, régler les questions financières et préparer les institutions appelées à fonctionner après la séparation.

Les deux gouvernements travaillent déjà sur ce volet. Ils ont notamment convenu d’accélérer le transfert de pouvoirs et de progresser vers le transfert à Bougainville de l’intégralité des recettes générées localement par plusieurs secteurs, dont les mines, la pêche, la forêt et certaines taxes, d’ici la fin de 2026.

Pour Bougainville, le prochain rendez-vous est donc capital. Pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il s’agit de prendre une décision qui touche directement à son territoire et à son organisation politique.

Jeudi 27 août, six ans après que 97,7 % des électeurs de Bougainville ont choisi l’indépendance, 118 députés auront entre leurs mains la suite d’un processus de paix engagé il y a vingt-cinq ans.

Celine Dou

Libéria : l’ancienne vice-présidente Jewel Howard-Taylor arrêtée à l’aéroport dans une enquête sur un réseau transnational de drogue

Jewel Howard-Taylor n’a pas quitté le Libéria comme prévu. Mercredi 19 août, l’ancienne vice-présidente a été arrêtée à l’aéroport international Roberts alors qu’elle s’apprêtait à quitter le pays. Quelques heures plus tard, les autorités judiciaires annonçaient son inculpation dans une enquête portant sur un réseau transnational de stupéfiants.

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La scène tranche avec le parcours de celle qui fut, pendant six ans, la deuxième personnalité de l’État libérien. Sous la présidence de George Weah, Jewel Howard-Taylor avait occupé la vice-présidence de 2018 à 2024. Elle avait auparavant siégé au Sénat pendant douze ans, représentant le comté de Bong.

Mercredi, son statut politique n’a pas empêché les autorités de lui barrer la route. Selon le ministère libérien de la Justice, elle a été empêchée de prendre son départ à l’aéroport international Roberts, puis conduite au quartier général de la police nationale pour être entendue dans le cadre de l’enquête. L’annonce de son inculpation est intervenue après l’examen des éléments réunis par une équipe nationale d’enquête associant plusieurs services de sécurité.

Les poursuites sont lourdes. La justice libérienne lui reproche notamment l’importation non autorisée de substances contrôlées, leur vente ou leur transport sans autorisation, ainsi que le trafic illicite de stupéfiants. Le dossier comporte également des accusations de sollicitation criminelle, de conspiration et de blanchiment d’argent. Ces chefs d’accusation sont fondés sur la législation libérienne relative aux stupéfiants, le Code pénal et la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Jewel Howard-Taylor n’est pas seule dans le viseur des enquêteurs. Trois ressortissants étrangers ont également été inculpés dans la même procédure, deux Croates et un Ukrainien. Tous trois sont recherchés et font l’objet de poursuites par contumace, les autorités libériennes ayant annoncé leur intention d’utiliser les voies judiciaires nationales et internationales pour tenter de les retrouver.

L’affaire prend une résonance particulière lorsqu’on regarde le parcours de l’ancienne vice-présidente. Jewel Howard-Taylor avait déjà occupé une place centrale dans la vie politique libérienne avant d’accéder au sommet de l’État. Son nom est aussi lié à celui de Charles Taylor, l’ancien président libérien qu’elle a épousé. Charles Taylor a dirigé le Liberia de 1997 à 2003 avant d’être condamné par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone pour son rôle dans les crimes commis pendant la guerre civile sierra-léonaise.

Mais c’est désormais le parcours de Jewel Howard-Taylor qui se retrouve devant la justice. Les autorités libériennes disent vouloir remonter la chaîne du réseau présumé et déterminer le rôle de chacun de ses membres. Le gouvernement assure qu’aucun statut, aucune fonction passée et aucune relation politique ne doivent constituer un écran lorsqu’une enquête fait apparaître des éléments susceptibles de justifier des poursuites.

L’avocat de l’ancienne vice-présidente, Kabineh M. Ja’neh, a confirmé à Reuters avoir rencontré sa cliente après son arrestation. Il a indiqué que les autorités l’avaient informé de leur intention de la poursuivre et que celle-ci demeurait détenue par la police. L’avocat précisait toutefois qu’il n’avait pas encore vu l’acte formel d’accusation au moment où il s’exprimait.

Pour l’ancienne numéro deux de l’État libérien, une nouvelle étape judiciaire commence donc dans un dossier dont les ramifications dépassent les frontières du pays. La justice devra désormais examiner les éléments retenus contre elle et déterminer si les accusations portées par les autorités reposent sur des faits susceptibles d’être établis devant un tribunal.

À ce stade, Jewel Howard-Taylor reste présumée innocente. Son inculpation ouvre une procédure ; elle ne vaut pas condamnation.

Celine Dou

Syrie : après les frappes israéliennes des 18 et 22 août, Damas et Tel-Aviv négocient en Jordanie une désescalade sous médiation des États-Unis d’Amérique

Deux attaques israéliennes en quatre jours, une inquiétude croissante autour de la présence militaire turque en Syrie et, au lendemain d’une nouvelle frappe, une rencontre discrète entre le ministre syrien des Affaires étrangères et le chef du Mossad. Le 23 août, Assaad al-Chaibani et Roman Gofman se sont retrouvés en Jordanie avec la médiation des États-Unis d’Amérique. Damas veut faire cesser les opérations israéliennes et reprendre les négociations sur un accord de sécurité. Israël cherche à préserver ses intérêts militaires, tandis que la Turquie s’affirme comme l’un des principaux soutiens du nouveau pouvoir syrien.

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Il aura fallu quelques jours pour que les bombes et la diplomatie se succèdent au même endroit.

Le 18 août, Israël frappait la base aérienne d’Abou al-Duhur, dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le 22, un drone israélien touchait un véhicule près de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le lendemain, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani rencontrait Roman Gofman, le chef du Mossad, en Jordanie, sous médiation des États-Unis d’Amérique.

La proximité entre ces événements dit quelque chose de la fragilité du dialogue entre les deux pays. Les discussions ne portent pas encore sur la paix. Elles cherchent d’abord à empêcher que les opérations militaires israéliennes, la présence turque en Syrie et les ambitions du nouveau pouvoir de Damas ne se heurtent dans un pays qui sort à peine de quatorze années de guerre.

Selon l’agence officielle syrienne SANA, les représentants des deux camps ont discuté de mécanismes destinés à mettre fin aux frappes, arrestations et opérations ciblées israéliennes en Syrie. Ils ont également évoqué la reprise des négociations sur un accord de sécurité et les moyens d’empêcher la rivalité entre Israël et la Turquie de gagner le territoire syrien.

Une frappe qui avait la Turquie pour arrière-plan

L’affaire d’Abou al-Duhur permet de comprendre pourquoi cette rencontre a pris une telle importance.

Le 18 août, huit frappes israéliennes ont touché la piste et des installations de la base aérienne. Israël a affirmé vouloir empêcher le déploiement de forces turques sur le site. Le gouvernement syrien a rejeté cette accusation et assuré qu’aucune base turque permanente n’était prévue à Abou al-Duhur. La Turquie a également condamné l’attaque.

La base se trouve à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Elle est restée hors service pendant des années après avoir été durement affectée par la guerre civile. La Turquie, devenue l’un des principaux soutiens du président syrien Ahmad al-Chareh, participe désormais à la reconstruction des forces armées syriennes et fournit une assistance militaire et politique au nouveau pouvoir de Damas.

Pour Israël, cette évolution change les données de sécurité à sa frontière nord. Pour la Turquie, les frappes israéliennes constituent une attaque contre la souveraineté syrienne et contre la capacité du nouveau gouvernement à reconstruire son armée.

La tension aurait pu monter davantage. Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Turquie et envoyé spécial des États-Unis d’Amérique pour la Syrie, a déclaré que les autorités turques n’avaient pas été averties de l’attaque. Selon lui, Ankara aurait pu interpréter le passage des avions israéliens vers son territoire comme une menace et préparer une riposte. Il a qualifié la frappe d’« escalade inutile » et indiqué que les États-Unis d’Amérique travaillaient à un mécanisme de prévention des affrontements entre Israël, la Turquie et la Syrie.

Le lendemain, une nouvelle frappe dans le sud

Le 22 août, alors que les discussions entre Damas et Tel-Aviv étaient déjà envisagées, une nouvelle opération israélienne a touché le sud-ouest de la Syrie.

Un drone a frappé un véhicule près du village de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé qu’il s’agissait d’un véhicule civil et fait état de blessés. L’armée israélienne a, de son côté, déclaré avoir visé un homme présenté comme un « terroriste » dont les activités constituaient, selon elle, une menace immédiate pour ses soldats.

Pour le gouvernement d’Ahmad al-Chareh, cette succession d’opérations est devenue difficilement compatible avec les discussions de sécurité. Pour Israël, elle répond à une logique différente : empêcher l’apparition de menaces qu’il estime susceptibles de viser ses soldats ou son territoire.

C’est dans cet espace étroit entre ces deux lectures que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir le dialogue.

Damas ne demande pas seulement l’arrêt des frappes

Assaad al-Chaibani avait déclaré avant la rencontre que la confiance entre la Syrie et Israël était inexistante. Il n’en demandait pas moins la reprise des négociations.

Le gouvernement syrien veut que les forces israéliennes reviennent aux positions qu’elles occupaient avant la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. Il demande également le rétablissement complet de l’accord de désengagement de 1974 et la fin des frappes, incursions et opérations israéliennes sur son territoire.

Damas refuse en revanche qu’un éventuel accord de sécurité limite sa capacité à reconstruire ses forces armées ou à choisir ses partenaires. Assaad al-Chaibani a clairement défendu le droit de la Syrie à recevoir une aide militaire de la Turquie, mais aussi d’autres pays de la région.

La question du plateau du Golan reste entière. La Syrie continue de considérer ce territoire comme sien, tandis qu’Israël en contrôle la majeure partie depuis 1967. Mais Damas estime que son statut définitif ne doit pas être le préalable aux discussions actuelles. La priorité est d’abord de mettre fin aux opérations militaires et de rétablir un cadre de sécurité.

Israël regarde désormais autant vers Ankara que vers Damas

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le problème israélien n’est plus seulement celui du régime syrien qui lui était hostile.

La Turquie a pris une place considérable auprès du nouveau pouvoir. Ankara aide à reconstruire l’armée syrienne, entretient des liens étroits avec Ahmad al-Chareh et entend conserver une influence durable en Syrie. Israël redoute qu’une présence militaire turque plus importante ne modifie l’équilibre stratégique à proximité de ses frontières.

Ce dossier avait d’ailleurs déjà été abordé directement entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman. Le 14 août, les deux hommes s’étaient entretenus par téléphone, quelques jours avant le bombardement d’Abou al-Duhur. Selon des sources citées par Reuters, la conversation avait notamment porté sur la présence militaire turque en Syrie, les livraisons d’armes et les drones fournis à l’armée syrienne.

La rencontre du 23 août n’est donc pas née de nulle part. Elle prolonge un canal de communication déjà utilisé au plus haut niveau, malgré une confiance presque inexistante entre les deux gouvernements.

Les États-Unis d’Amérique cherchent à empêcher une collision

L’administration de Donald Trump dispose d’un intérêt évident à empêcher que la Syrie ne devienne le lieu d’un affrontement entre Israël et la Turquie.

Les deux pays sont des partenaires importants des États-Unis d’Amérique, mais leurs intérêts en Syrie se rapprochent de moins en moins. L’attaque d’Abou al-Duhur a montré jusqu’où cette rivalité pouvait aller : Israël a frappé une installation syrienne en affirmant vouloir empêcher une implantation turque, tandis que la Turquie a dénoncé une atteinte à la souveraineté de son allié syrien.

Tom Barrack cherche donc à mettre en place un canal permettant aux trois gouvernements de se parler avant qu’une opération militaire ne provoque une réaction en chaîne. Un mécanisme de « désescalade » entre Israël, la Turquie et la Syrie est déjà en préparation.

Les États-Unis d’Amérique cherchent parallèlement depuis plus d’un an à obtenir un accord de sécurité entre Israël et le nouveau gouvernement syrien. Selon Assaad al-Chaibani, les deux parties étaient parvenues à un accord sur une grande partie du texte au début de l’année, notamment sur des zones de sécurité dans le sud de la Syrie et une zone tampon où seules les forces des Nations unies seraient présentes. Damas estime cependant qu’Israël n’a jamais réellement accepté de mettre ces dispositions en œuvre.

Pas de paix, mais une tentative pour éviter la prochaine frappe

Il serait donc excessif de parler d’un rapprochement entre la Syrie et Israël.

Les deux pays restent techniquement en état de guerre. Ils n’ont pas de relations diplomatiques et continuent de s’opposer sur le Golan. Israël maintient des forces dans des secteurs du sud de la Syrie qu’il a occupés après la chute de Bachar al-Assad et poursuit des opérations militaires qu’il présente comme nécessaires à sa sécurité. Damas considère ces opérations comme des violations de sa souveraineté.

Mais quelque chose a changé : les deux camps ont désormais intérêt à maintenir un canal direct.

La Syrie cherche du temps pour reconstruire son État et son armée. Israël veut éviter que la Turquie ne transforme son soutien à Damas en présence militaire durable près de ses frontières. La Turquie veut préserver son influence sans entrer dans une confrontation directe avec Israël. Et les États-Unis d’Amérique veulent empêcher que cette rivalité ne transforme la Syrie en nouveau foyer de guerre.

La rencontre entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman ne règle aucune de ces questions. Elle évite, pour l’instant, qu’elles ne soient réglées par les armes.

La véritable épreuve viendra maintenant : obtenir de chacun des engagements suffisamment précis pour qu’une prochaine frappe ne fasse pas voler en éclats le fragile canal de dialogue que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir.

Celine Dou