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Afghanistan, crise climatique prolongée : la sécheresse de 2018 encore meurtrière en 2025

Sept ans après la sécheresse la plus grave qu’ait connue l’Afghanistan depuis des décennies, le pays peine toujours à s’en remettre. Pénurie d’eau, insécurité alimentaire, déplacements massifs : les cicatrices de 2018 demeurent béantes. Une tragédie climatique, mais aussi humaine et politique, qui illustre la fragilité d’un pays pris au piège entre guerre, pauvreté et dérèglement climatique.

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En 2018, l’Afghanistan connaissait sa pire sécheresse depuis quarante ans. Les terres craquelées du nord et de l’ouest voyaient disparaître les récoltes, le bétail mourait faute de pâturages, et des centaines de milliers de familles fuyaient leurs villages pour chercher de l’eau.
Sept ans plus tard, le pays reste enlisé dans une crise humanitaire et environnementale que ni les changements politiques, ni l’aide internationale, n’ont permis de surmonter. Les effets combinés du réchauffement climatique, de l’insécurité et de la misère ont fait de cette sécheresse un tournant durable dans la survie du pays.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 22 des 34 provinces afghanes avaient été frappées par la sécheresse de 2018.
Les régions de Badghis, Herat et Ghor furent les plus touchées : les pluies avaient chuté de plus de 70 %, et les récoltes de blé, principale ressource vivrière, s’étaient effondrées.

Au total, plus de 3 millions d’Afghans furent directement affectés, et plus de 250 000 déplacés internes durent rejoindre des camps improvisés autour des grandes villes, notamment à Herat.
L’eau potable devint un bien rare, les prix des denrées explosèrent et les enfants furent parmi les premières victimes de la malnutrition.

« La sécheresse a tué notre terre avant de tuer notre bétail », témoignait en 2018 Gul Bibi, agricultrice de la province de Badghis.
« Nous avons marché des jours avec nos enfants pour trouver de l’eau. »

La sécheresse de 2018 n’est pas née d’un hasard climatique : elle a frappé un pays déjà meurtri par quarante années de guerre, où les infrastructures hydrauliques et agricoles étaient délabrées.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’insécurité et la pauvreté structurelle ont empêché la mise en place de politiques d’adaptation durables.

En 2025, plus de 23 millions d’Afghans soit plus de la moitié de la population dépendent toujours de l’aide humanitaire pour se nourrir.
La combinaison des effets du changement climatique et du repli économique après le retour des talibans au pouvoir en 2021 a aggravé la vulnérabilité des populations rurales.

Les femmes, en particulier, paient le plus lourd tribut. Privées d’accès à la terre et à l’emploi, elles subissent de plein fouet la raréfaction de l’eau et la dégradation des conditions de vie.
« Quand les ressources se font rares, les inégalités s’accentuent », résume une représentante du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Kaboul.

La crise née en 2018 a eu des effets en cascade : exode rural, perte des savoirs agricoles, dépendance accrue à l’aide extérieure.
Des zones entières naguère cultivées sont désormais stériles, tandis que les nappes phréatiques s’épuisent.

L’ONU estime que l’Afghanistan a perdu 40 % de ses terres arables en une décennie.
Les agriculteurs tentent de s’adapter, en recourant à des cultures moins gourmandes en eau, mais les moyens techniques manquent.
Parallèlement, la disparition des pâturages a accéléré l’appauvrissement des éleveurs nomades, pilier de l’économie rurale.

Cette sécheresse prolongée s’inscrit dans un contexte mondial où le réchauffement climatique exacerbe les tensions locales. L’Afghanistan illustre la situation des pays du Sud, souvent les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, mais les premiers à en subir les conséquences.

Sept ans après, la situation reste critique. Les rapports conjoints du PAM et de la FAO en 2025 indiquent que près de 15 millions d’Afghans souffrent toujours d’insécurité alimentaire sévère.
Les régions de l’ouest connaissent une recrudescence de la malnutrition infantile, tandis que les réserves d’eau souterraine atteignent des niveaux historiquement bas.

Les projections climatiques sont sombres : selon la Banque mondiale, les températures moyennes du pays pourraient augmenter de 2,5 °C d’ici 2050, réduisant encore le débit des rivières.
Les experts appellent à un plan de reconstruction écologique centré sur la gestion communautaire de l’eau, la reforestation et la diversification agricole.

Mais dans un pays où les priorités immédiates sont la survie, la paix et la sécurité, la question environnementale reste reléguée au second plan.

Au-delà du cas afghan, la crise révèle l’incapacité du système international à répondre durablement aux chocs climatiques.
Les aides d’urgence affluent après les catastrophes, mais les programmes de prévention, de gestion des ressources et d’adaptation demeurent sous-financés.

L’Afghanistan, symbole tragique d’un pays piégé entre pauvreté et climat, pose une question fondamentale :
comment bâtir une résilience véritable sans stabilité politique, ni infrastructures de base ?

L’avenir du pays dépendra autant de sa capacité à restaurer la paix que de celle à réapprendre à vivre avec une nature transformée.

La sécheresse afghane n’est pas un simple souvenir de 2018. Elle demeure le symbole d’une humanité incapable d’anticiper les effets d’un dérèglement qu’elle a pourtant provoqué.
Ce drame silencieux rappelle que la crise climatique n’a pas de frontières, mais que ses premières victimes sont toujours les plus vulnérables.

Dans les plaines de Badghis comme ailleurs, l’eau est devenue plus qu’une ressource : une ligne de vie, un enjeu de paix, un test moral pour l’humanité.

Celine Dou

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