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Femmes en sciences : pourquoi le rapport du Sénat prône des quotas en classes préparatoires scientifiques 

Un rapport de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat, présidé par la sénatrice Dominique Vérien (Yonne), met en lumière la sous‑représentation persistante des femmes dans les filières scientifiques sélectives, et propose, parmi plusieurs mesures, l’instauration de quotas pour les filles dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques.
Ce constat pose un double enjeu : celui de l’égalité entre les sexes, mais aussi celui de la compétitivité et de l’innovation dans une économie mondialisée. L’article explore les constats, les propositions du rapport, les effets attendus et les réserves, en les replaçant dans un cadre international.

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Le constat : un “vivier” féminisé, un flux plus masculin

Le rapport souligne des écarts importants :

  • Dans les filières dites « STIM » (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques), la part des femmes est très faible : 25 % seulement pour certaines CPGE scientifiques hors options biologiques.
  • Les femmes sont souvent meilleures scolairement (baccalauréat, mentions) mais sont sous‑représentées à l’entrée des filières les plus sélectives.
  • Le phénomène se manifeste dès l’orientation : choix de spécialités au lycée, stéréotypes de genre, manque de confiance ou sentiment de ne pas « être à sa place ».
  • Le rapport mentionne que cette situation n’est pas sans conséquence sur le plan économique : la diversité de genres dans les sciences est un levier d’innovation et de compétitivité.

Ainsi, l’image est celle d’un « vivier potentiel » de jeunes filles qualifiées, qui ne se traduit pas par une représentation proportionnée dans les filières d’élite scientifiques.

Les propositions du rapport

Parmi les vingt‑odd recommandations, trois mesures fortes se dégagent :

  • Instaurer des quotas ou des “mesures de faveur” pour les filles à l’entrée des CPGE scientifiques ou entre la première et la deuxième année de CPGE.
  • Améliorer l’orientation, la formation des enseignants aux stéréotypes de genre, et repenser les filières pour réduire les effets de l’auto‑censure et de l’abandon.
  • Garantir un environnement favorable et protecteur : lutte contre les violences sexistes et sexuelles, amélioration de la mixité, des internats, du tutorat.

Le rapport envisage notamment l’atteinte d’un objectif de « 30 % de filles en CPGE scientifiques d’ici 2030 ».

Pourquoi ces mesures ?

  • Égalité : il s’agit de corriger une inégalité structurelle, pas seulement symbolique. Le rapport affirme qu’il ne s’agit pas d’un problème de compétence des filles, mais de conditions structurelles.
  • Compétitivité et innovation : la rareté de femmes dans les sciences fondamentales ou l’ingénierie prive la société d’un vivier de talents, ce qui peut peser sur la recherche, l’innovation, et les enjeux technologiques ou numériques.
  • Effet de signal‑qualité : la mise en place de quotas ou mesures incitatives pourrait aussi envoyer un signal culturel : les sciences ne sont pas réservées aux hommes.

Les réserves et défis

Toute mesure de quota comporte des interrogations légitimes :

  • Le quota peut être perçu comme une remise en cause du mérite, ou conduire les étudiantes à se sentir stigmatisées. Le rapport le mentionne : des jeunes filles en CPGE se sont dites « agaç ées » à l’idée d’être admises « à cause du quota ».
  • La puissance du vivier : si trop peu de filles s’orientent vers les spécialités numériques/maths dès le lycée, un quota en CPGE peut être difficile à alimenter de manière homogène.
  • Le quota n’est qu’un levier parmi d’autres : sans s’attaquer aux stéréotypes, à l’orientation, à l’environnement, l’effet pourrait être limité ou superficiel.
  • Le risque d’être un « pansement » symbolique si l’on ne modifie pas les causes profondes (choix au lycée, culture scolaire, stéréotypes).

Comparaisons internationales

Si la France présente ces écarts, la situation n’y est pas unique : dans plusieurs pays européens, les femmes sont aussi minoritaires dans certaines filières STEM. Le rapport évoque cette dimension et suggère que des pays ont des pratiques intéressantes d’ouverture ou de mixité.
Une différence majeure est que dans certains pays nordiques ou d’Europe du Nord, des politiques de longue durée ont permis une féminisation plus forte, ce qui montre que la mesure de quota peut s’accompagner d’un ensemble cohérent.

Implications pour l’éducation, la société et l’économie

Pour le système éducatif : la mesure de quota, si elle est adoptée, impliquera une refonte partielle de la manière dont les CPGE sont promues, des internats, des dispositifs de tutorat, des critères de sélection, et une attention accrue à l’environnement mixte.
Pour la société : une plus grande féminisation des sciences pourrait contribuer à diversifier les profils de chercheurs, d’ingénieurs et d’innovateurs ce qui, à terme, peut renforcer la compétitivité nationale et répondre aux défis technologiques (IA, numérique, énergie, etc.).
Pour les jeunes filles : ce type de mesure peut être un levier de confiance mais nécessite un accompagnement pour que ce ne soit pas perçu comme un « bonus » mais comme un accès normal, mérité.
Pour l’économie : combler le « tuyau percé » (fuite des filles entre orientation/CPGE/concours) revient à mobiliser un vivier humain non exploité et potentiellement coûteux à long terme en termes de croissance ou d’innovation.

Le rapport du Sénat propose un carrefour audacieux entre égalité de genre et enjeux de performance scientifique et technologique. L’idée d’instaurer des quotas pour les filles dans les CPGE scientifiques est l’un des volets les plus visibles de ses recommandations non pas une fin en soi, mais un levier au sein d’un ensemble de mesures.
Pour le système français de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’enjeu est de taille : assurer que les talents féminins soient pleinement intégrés aux filières les plus sélectives, non seulement pour l’égalité mais pour la capacité d’innovation de demain.
Il ne s’agit pas d’un simple ajustement mais d’un changement de culture, d’orientation, d’accompagnement et peut‑être de rythme. Le vrai défi restera d’assurer que cette mesure, si elle est adoptée, soit bien pilotée, accompagnée, évaluée.

Celine Dou

Chine-Ghana : un partenariat symbolique autour de l’égalité des sexes

Le 13 octobre 2025, la Chine et le Ghana ont réaffirmé, à Pékin, leur engagement commun en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. L’annonce est intervenue lors de la Réunion mondiale des dirigeantes sur les femmes, un sommet marquant le trentième anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de 1995, organisée dans la même ville. Trente ans plus tard, la capitale chinoise renoue ainsi avec l’esprit de Pékin, celui d’un appel universel à la reconnaissance des droits des femmes.

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Un engagement renouvelé, entre diplomatie et coopération Sud-Sud

La rencontre a réuni plusieurs chefs d’État, dont le président ghanéen John Dramani Mahama. Celui-ci a rappelé les avancées réalisées par son pays dans la promotion des droits des femmes, notamment l’adoption de la Loi sur l’action positive pour l’équité entre les sexes, destinée à renforcer leur participation dans la vie publique et politique.
Le Ghana, qui se distingue déjà par une représentation féminine croissante dans ses institutions locales et son administration, cherche à consolider ces acquis dans la durée.

La Chine, pour sa part, a mis en avant une coopération internationale renforcée sur la question du genre. Pékin a annoncé une contribution de 100 millions de dollars à ONU Femmes sur cinq ans, ainsi qu’un fonds équivalent dédié au développement mondial et à la coopération Sud-Sud. Ces financements visent à soutenir des projets d’émancipation féminine, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’entrepreneuriat.

L’égalité proclamée, les défis persistants

Les données officielles montrent que les femmes représentent près de 50 % des étudiants de l’enseignement supérieur en Chine et 43 % de la population active. Des progrès réels, mais encore contrastés : les plus hautes sphères du pouvoir politique restent fermées à la parité.
Depuis le congrès du Parti communiste chinois de 2022, aucune femme ne siège parmi les vingt-quatre membres du Bureau politique, ni au sein du Comité permanent organe le plus influent du pays. Cette absence traduit une persistance structurelle des inégalités de genre dans les postes décisionnels.

Le Ghana, malgré une législation volontariste, fait face à d’autres défis : la lenteur de la mise en œuvre, le manque de moyens financiers, et la résistance culturelle dans certaines zones rurales où les normes sociales freinent encore la pleine participation des femmes.

Pékin, symbole d’une diplomatie de genre en mutation

Ce sommet a surtout une portée symbolique : il marque le retour de la Chine dans un rôle de leader moral sur la scène mondiale, en s’appuyant sur un thème porteur et consensuel. Pour le Ghana, ce partenariat traduit la volonté d’inscrire sa politique d’égalité dans une dynamique internationale, au-delà du seul cadre africain.
Mais derrière les discours et les chiffres, une question demeure : ces engagements se traduiront-ils par des transformations concrètes, mesurables et durables ? La réponse dépendra de la transparence dans l’usage des fonds, du suivi des programmes, et de la capacité des institutions nationales à rendre des comptes.

Vers une réelle gouvernance inclusive ?

Trente ans après la première Conférence de Pékin, le monde a changé, mais les inégalités demeurent. L’égalité des sexes ne peut être réduite à des déclarations diplomatiques : elle exige un partage effectif du pouvoir, des ressources et des opportunités.
Tant pour la Chine que pour le Ghana, le défi est désormais d’incarner dans la pratique ce qu’ils proclament dans les sommets. Car l’égalité des genres n’est pas seulement un enjeu moral : c’est un indicateur du niveau de justice et de modernité d’une société.

Celine Dou