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Afrique : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent reprendre le contrôle de la richesse du cacao

Ils produisent l’essentiel du cacao consommé dans le monde, mais restent largement absents des segments les plus rentables de la filière. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent désormais changer cette équation en renforçant leur coopération pour transformer davantage leur cacao sur le continent.

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Pendant des décennies, l’Afrique a occupé une place paradoxale dans l’industrie mondiale du chocolat : celle de premier fournisseur de matière première, mais de simple acteur secondaire dans la création de valeur. La nouvelle alliance entre les grands producteurs africains de cacao ambitionne de rompre avec ce modèle en développant la transformation locale, en améliorant les revenus des producteurs et en renforçant le poids du continent dans les négociations internationales.

Le constat est connu, mais il reste l’une des grandes anomalies de l’économie mondiale. L’Afrique produit environ 70 % du cacao mondial, principalement grâce à quatre pays : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Pourtant, la majeure partie de la valeur générée par cette ressource échappe encore au continent.

La fève quitte généralement les plantations africaines sous forme brute ou faiblement transformée avant d’être acheminée vers les grands centres industriels européens, asiatiques ou nord-américains, où elle est transformée en poudre, beurre de cacao, chocolat et produits finis vendus à des prix bien plus élevés.

Cette organisation de la chaîne de valeur prive les pays producteurs d’une part importante des revenus générés par leur propre production. Le prix payé au planteur reste soumis aux fluctuations internationales, tandis que les entreprises positionnées sur la transformation, la distribution et la commercialisation captent l’essentiel des marges.

C’est contre cette dépendance historique que les quatre puissances cacaoyères africaines souhaitent agir. Leur rapprochement vise à créer davantage de synergies entre producteurs, à mutualiser certaines stratégies industrielles et à accélérer la transformation locale.

Pour le Cameroun, quatrième producteur africain, l’enjeu est particulièrement important. Le pays dispose d’un potentiel agricole considérable, mais la transformation demeure encore insuffisante par rapport au volume produit. Une meilleure intégration dans la chaîne industrielle permettrait de créer davantage d’emplois, de développer des compétences locales et d’augmenter les revenus liés à l’exportation.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs obstacles. Transformer le cacao nécessite des investissements lourds : infrastructures industrielles, énergie stable, capacités logistiques, accès au financement et maîtrise technologique. Or, de nombreux pays africains continuent de faire face à des contraintes structurelles qui limitent leur capacité à rivaliser avec les grandes industries mondiales du chocolat.

La question du financement reste centrale. Les producteurs africains disposent rarement des mêmes capacités d’investissement que les multinationales qui dominent la transformation et la commercialisation. Sans une politique industrielle coordonnée, le risque est de voir la transformation locale rester limitée à quelques unités isolées sans véritable changement du rapport de force.

La bataille du cacao dépasse aujourd’hui la simple question commerciale. Elle pose celle de la souveraineté économique africaine.

Pendant longtemps, le continent a été enfermé dans un modèle d’exportation de matières premières : pétrole, minerais, café, coton ou cacao. Ce modèle a permis des recettes d’exportation, mais il a aussi maintenu une dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et des industries étrangères.

Le cacao illustre parfaitement cette contradiction. Une ressource largement produite en Afrique contribue à alimenter une industrie mondiale du chocolat estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars, alors que les communautés rurales qui cultivent cette matière première restent parmi les plus vulnérables.

La transformation locale apparaît donc comme un levier stratégique. Elle ne signifie pas seulement fabriquer du chocolat en Afrique, mais construire tout un écosystème : recherche agricole, industrie agroalimentaire, emballage, transport, commerce régional et accès aux marchés internationaux.

Cependant, l’expérience montre que les annonces de coopération économique africaine doivent être suivies d’actions concrètes. Plusieurs initiatives continentales ont déjà affiché l’objectif de transformer localement les ressources africaines, avec des résultats parfois limités en raison d’un manque de coordination entre États.

L’alliance entre les grands producteurs de cacao devra donc dépasser le symbole politique. Elle devra répondre à une question essentielle : comment passer d’une Afrique qui fournit le cacao à une Afrique qui maîtrise la valeur créée par ce cacao ?

Cette réflexion dépasse le seul secteur du chocolat. Elle rejoint un débat plus large sur la place de l’Afrique dans l’économie mondiale. Le continent dispose d’immenses ressources agricoles et minières, mais cherche encore le modèle permettant de transformer ces richesses en développement industriel durable.

Dans un contexte où les pays producteurs veulent davantage peser face aux grandes puissances économiques, la maîtrise des chaînes de valeur devient un enjeu stratégique majeur.

L’alliance annoncée entre le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ouvre une nouvelle étape dans la recherche d’une plus grande autonomie économique africaine. Mais le véritable défi ne sera pas de produire davantage de cacao. Il sera de faire en sorte que la richesse créée par cette production profite davantage à ceux qui la rendent possible.

Le cacao pourrait ainsi devenir un symbole : celui d’une Afrique qui ne cherche plus seulement à exporter ses ressources, mais à transformer son propre avenir.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Chine-Ghana : un partenariat symbolique autour de l’égalité des sexes

Le 13 octobre 2025, la Chine et le Ghana ont réaffirmé, à Pékin, leur engagement commun en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. L’annonce est intervenue lors de la Réunion mondiale des dirigeantes sur les femmes, un sommet marquant le trentième anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de 1995, organisée dans la même ville. Trente ans plus tard, la capitale chinoise renoue ainsi avec l’esprit de Pékin, celui d’un appel universel à la reconnaissance des droits des femmes.

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Un engagement renouvelé, entre diplomatie et coopération Sud-Sud

La rencontre a réuni plusieurs chefs d’État, dont le président ghanéen John Dramani Mahama. Celui-ci a rappelé les avancées réalisées par son pays dans la promotion des droits des femmes, notamment l’adoption de la Loi sur l’action positive pour l’équité entre les sexes, destinée à renforcer leur participation dans la vie publique et politique.
Le Ghana, qui se distingue déjà par une représentation féminine croissante dans ses institutions locales et son administration, cherche à consolider ces acquis dans la durée.

La Chine, pour sa part, a mis en avant une coopération internationale renforcée sur la question du genre. Pékin a annoncé une contribution de 100 millions de dollars à ONU Femmes sur cinq ans, ainsi qu’un fonds équivalent dédié au développement mondial et à la coopération Sud-Sud. Ces financements visent à soutenir des projets d’émancipation féminine, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’entrepreneuriat.

L’égalité proclamée, les défis persistants

Les données officielles montrent que les femmes représentent près de 50 % des étudiants de l’enseignement supérieur en Chine et 43 % de la population active. Des progrès réels, mais encore contrastés : les plus hautes sphères du pouvoir politique restent fermées à la parité.
Depuis le congrès du Parti communiste chinois de 2022, aucune femme ne siège parmi les vingt-quatre membres du Bureau politique, ni au sein du Comité permanent organe le plus influent du pays. Cette absence traduit une persistance structurelle des inégalités de genre dans les postes décisionnels.

Le Ghana, malgré une législation volontariste, fait face à d’autres défis : la lenteur de la mise en œuvre, le manque de moyens financiers, et la résistance culturelle dans certaines zones rurales où les normes sociales freinent encore la pleine participation des femmes.

Pékin, symbole d’une diplomatie de genre en mutation

Ce sommet a surtout une portée symbolique : il marque le retour de la Chine dans un rôle de leader moral sur la scène mondiale, en s’appuyant sur un thème porteur et consensuel. Pour le Ghana, ce partenariat traduit la volonté d’inscrire sa politique d’égalité dans une dynamique internationale, au-delà du seul cadre africain.
Mais derrière les discours et les chiffres, une question demeure : ces engagements se traduiront-ils par des transformations concrètes, mesurables et durables ? La réponse dépendra de la transparence dans l’usage des fonds, du suivi des programmes, et de la capacité des institutions nationales à rendre des comptes.

Vers une réelle gouvernance inclusive ?

Trente ans après la première Conférence de Pékin, le monde a changé, mais les inégalités demeurent. L’égalité des sexes ne peut être réduite à des déclarations diplomatiques : elle exige un partage effectif du pouvoir, des ressources et des opportunités.
Tant pour la Chine que pour le Ghana, le défi est désormais d’incarner dans la pratique ce qu’ils proclament dans les sommets. Car l’égalité des genres n’est pas seulement un enjeu moral : c’est un indicateur du niveau de justice et de modernité d’une société.

Celine Dou

Soins infirmiers : une professionnelle ghanéenne récompensée à l’échelle mondiale

L’infirmière ghanéenne Naomi Oyoe Ohene Oti a remporté le prix Aster Guardians Global Nursing 2025, qui désigne chaque année le meilleur infirmier ou la meilleure infirmière au monde. Cette distinction, décernée le 27 mai à Dubaï, vient saluer son engagement dans le traitement des patients atteints de cancer, ainsi que ses contributions concrètes à l’amélioration des pratiques cliniques dans son pays.

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