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ONU : le président iranien pourra venir à New York malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, le « chef de l’autorité palestinienne » privé de visa

À quelques jours de l’ouverture de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le président iranien Massoud Pezeshkian est autorisé à se rendre à New York, malgré la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis d’Amérique. À l’inverse, Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien. Il devra s’adresser à l’Assemblée générale par visioconférence.

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Le Département d’État a confirmé le 17 septembre l’autorisation accordée à la délégation iranienne pour participer en personne aux travaux de l’Assemblée générale de l’ONU. Massoud Pezeshkian et Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, font partie des responsables autorisés à se rendre à New York. Leur déplacement sera toutefois soumis à des restrictions. Mahmoud Abbas, lui, reste privé de visa pour la deuxième année consécutive. L’Assemblée générale a adopté une résolution permettant au chef de l’autorité palestinienne (ce qui n’est en rien l’équivalent de « président palestinien ») de prendre la parole à distance.

Le président iranien autorisé à venir malgré la guerre

Massoud Pezeshkian, président de l’Iran depuis juillet 2024, pourra donc se rendre à New York pour la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, prévue du 22 au 28 septembre.

Le Département d’État précise que l’autorisation concerne la délégation iranienne centrale, avec les responsables appelés à participer aux réunions de l’ONU et les personnels indispensables à leur déplacement.

Cette décision peut surprendre au regard des relations actuelles entre Téhéran et Washington. L’Iran et les États-Unis d’Amérique sont en guerre depuis le 28 février 2026. Pourtant, le président iranien pourra se rendre dans le pays avec lequel son gouvernement est engagé dans ce conflit afin de participer aux travaux de l’ONU.

L’explication avancée par le Département d’État est juridique : les États-Unis d’Amérique, qui accueillent le siège des Nations unies à New York, sont liés à l’organisation par l’accord de 1947 sur le siège de l’ONU. Ce texte prévoit notamment des dispositions permettant aux représentants des États membres et aux personnes invitées par l’organisation d’accéder au siège des Nations unies.

L’autorisation n’est toutefois pas synonyme de liberté de mouvement sur le territoire étatsunien.

Des déplacements et des achats fortement encadrés

La délégation iranienne sera soumise à des restrictions de déplacement à New York. Ses membres ne pourront pas circuler librement dans la ville et certaines dépenses leur seront interdites, notamment l’achat de produits de luxe.

Des restrictions similaires avaient déjà été appliquées aux responsables iraniens lors de précédentes Assemblées générales. Le dispositif prévoit notamment de limiter leurs déplacements à certains lieux liés à leur mission diplomatique et à leur séjour.

La présence de Massoud Pezeshkian à New York sera donc très encadrée. Le président iranien pourra participer aux réunions officielles, mais les conditions fixées par les autorités étatsuniennes limiteront considérablement ses déplacements en dehors de ce cadre.

Mahmoud Abbas toujours privé de visa

À quelques jours du même rendez-vous diplomatique, Mahmoud Abbas ne pourra pas faire le déplacement.

Chef de l’Autorité palestinienne et dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine – Fatah (groupe initialement terroriste mais ayant obtenu le droit d’être considéré comme l’interlocuteur officiel de l’Occident afin d’éviter que le groupe terroriste islamique Hamas, nettement plus dangereux, prenne l’ascendant auprès de la population arabe appelée « palestinienne » depuis 1964) , il s’est vu refuser un visa d’entrée aux États-Unis d’Amérique. Plusieurs responsables « palestiniens » sont également concernés par les restrictions américaines.

Il s’agit de la deuxième année consécutive que Mahmoud Abbas ne peut pas participer physiquement à l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Le Département d’État justifie cette décision par plusieurs griefs dirigés contre l’Autorité palestinienne (Fatah) et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’administration étatsunienne leur reproche notamment certaines démarches engagées auprès d’instances internationales contre Israël et considère que ces initiatives contribuent à internationaliser le conflit israélo-palestinien.

Ces arguments sont ceux avancés par le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Les autorités palestiniennes contestent, elles, le refus de visa.

L’ONU permet au chef de l’autorité palestinienne de parler à distance

Le refus de visa ne privera toutefois pas Mahmoud Abbas de toute possibilité de s’exprimer devant l’Assemblée générale.

Le 17 septembre, les États membres de l’ONU ont adopté une résolution autorisant le président de l’Autorité palestinienne à intervenir par visioconférence. Le vote s’est soldé par 152 voix pour, trois contre et quatre abstentions.

La mesure prévoit également la possibilité pour Mahmoud Abbas et d’autres hauts responsables palestiniens empêchés d’entrer aux États-Unis d’Amérique de participer à distance à certaines réunions de l’ONU pendant une période d’un an.

Les diplomates palestiniens déjà accrédités auprès des Nations unies restent, eux, présents à New York et peuvent participer aux travaux de l’organisation.

Deux accès différents au même rendez-vous

La comparaison entre les deux situations doit rester précise.

Le président iranien pourra entrer aux États-Unis d’Amérique pour participer à l’Assemblée générale alors que son pays est en guerre avec Washington. Son déplacement sera cependant limité et soumis à des règles strictes.

Le président de l’Autorité palestinienne ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien pour assister aux mêmes réunions. L’ONU lui permet néanmoins de prendre la parole à distance.

Les justifications données par les autorités étatsuniennes ne sont pas les mêmes. Pour la délégation iranienne, le Département d’État met en avant les obligations liées au statut de pays hôte de l’ONU. Pour les responsables palestiniens, il invoque notamment des considérations liées à la politique étrangère et aux actions de l’Autorité palestinienne et de l’OLP.

Le contraste est d’autant plus visible que les deux décisions interviennent à quelques jours d’intervalle et concernent le même rendez-vous diplomatique.

Une Assemblée générale sous haute tension diplomatique

La 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies doit réunir à New York les dirigeants des États membres à partir du 22 septembre.

La venue du président iranien donnera à Téhéran la possibilité de défendre directement sa position devant les dirigeants du monde, alors que la guerre avec les États-Unis d’Amérique continue de peser sur les relations internationales.

L’absence physique de Mahmoud Abbas sera, elle aussi, très visible. Le président de l’Autorité palestinienne pourra s’exprimer, mais depuis un écran, après que les États membres de l’ONU ont dû adopter une disposition spécifique pour lui permettre de participer aux débats.

La semaine diplomatique new-yorkaise réunira ainsi des responsables dont l’accès au territoire étatsunien ne sera pas soumis aux mêmes règles, alors qu’ils se rendent au même siège des Nations unies.

Au-delà des deux délégations, la question du statut des États-Unis d’Amérique comme pays hôte de l’ONU sera au centre des discussions. L’accord de 1947 encadre l’accès au siège des Nations unies, tandis que Washington affirme conserver certaines prérogatives en matière de sécurité et de politique étrangère. C’est dans cet équilibre juridique que s’inscrivent les décisions concernant les délégations iranienne et palestinienne.

À New York, Massoud Pezeshkian pourra donc représenter l’Iran en personne malgré la guerre avec les États-Unis d’Amérique, avec des déplacements strictement encadrés. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, ne pourra pas entrer sur le territoire étatsunien et prendra la parole à distance. Deux situations distinctes, deux régimes d’accès au même rendez-vous diplomatique, et un contraste pendant la semaine de l’Assemblée générale qui a pourtant une justification logique puisque l’Iran est un pays qui existe concrètement et dont l’existence n’a jamais été contestée, tandis que la « Palestine », entendue selon la conception moderne créer par l’Union Soviétique comme propagande dans le cadre de sa « guerre froide » contre les EUA, n’a aucune existence, ni historique ni légale puisque, depuis que les romains, dans la seconde moitié du 1er siècle de l’ère commune, ont changé le nom de la Judée-Samarie en Palestine, afin d’effacer le fait que ce pays était la terre des juifs depuis environ 1 500 ans – supprimant, par la même, l’existence des juifs -, lui donnant un nom faisant passer ce pays pour celui des philistins, alors que ce peuple, envahisseur et colonisateur de la Judée quelques centaines d’années auparavant était grec, venant de l’île de crète, ce sont toujours bien les juifs qui en éraient les habitants, et ceux malgré les nombreux envahisseurs qui y sont passés… dont les arabes, à partir d’environ l’an 630 de l’ère commune. Et les arabes ayant toujours refusé une solution à deux Etats – juif et arabe – même alors que toutes les partitions leurs étaient largement favorables, il n’existe donc aucun « Etat palestinien » (qui, dans la réalité, ne serait, de toute façon, qu’un Etat arabe musulman, puisqu’aucun arabe n’a jamais été « palestinien »).

Celine Dou & Christian Estevez

Eswatini : jeux d’argent, fraude numérique… les raisons invoquées par la Chine suffisent-elles pour demander à ses ressortissants de partir alors que le royaume entretient des relations diplomatiques avec Taïwan ?

Le 25 août, la Chine a demandé à ses ressortissants de quitter l’Eswatini « dès que possible », en invoquant une situation sécuritaire jugée préoccupante. Le royaume d’Afrique australe conteste pourtant cette présentation de la situation. Quelques mois après la visite du président taïwanais Lai Ching-te à Mbabane, cette alerte sécuritaire intervient dans un pays qui demeure le seul État africain à entretenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.

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Pékin invoque la multiplication des fraudes numériques, les jeux d’argent illégaux et les risques pour l’ordre public. Le gouvernement eswatinien reconnaît l’existence d’opérations contre des réseaux criminels, mais refuse que ces faits servent à présenter le royaume comme une menace sécuritaire générale. Entre ces deux lectures, une donnée diplomatique pèse lourd : l’Eswatini continue de reconnaître Taipei, alors que la Chine considère Taïwan comme une partie de son territoire et refuse les relations diplomatiques de ses partenaires avec l’île.

Pékin parle de sécurité

Le ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas présenté son avertissement comme une mesure diplomatique contre l’Eswatini.

Dans son avis du 25 août, Pékin évoque une situation sécuritaire « complexe », la présence de fraudes numériques et d’activités illégales liées aux jeux d’argent. Les ressortissants chinois sont invités à ne pas se rendre dans le royaume dans l’immédiat. Ceux qui y résident déjà sont appelés à quitter le pays ou à rejoindre des zones jugées plus sûres, notamment en Afrique du Sud.

Le ton est inhabituellement ferme. Pékin estime que les risques pour les ressortissants chinois sont suffisamment importants pour recommander leur départ et avertit que l’assistance consulaire pourrait elle-même être retardée en cas d’incident.

Sur le papier, la justification est donc sécuritaire.

Mais la question est de savoir si la situation du pays justifie une consigne aussi radicale.

L’Eswatini n’est pas épargné par la criminalité numérique

Il serait pourtant faux d’écarter d’un revers de main les arguments chinois.

Depuis plusieurs mois, les autorités eswatiniennes s’attaquent à des réseaux internationaux de criminalité numérique et de jeux d’argent clandestins. Une vaste opération menée au premier semestre a conduit à l’arrestation de plus de 200 personnes soupçonnées d’être liées à des activités de jeux en ligne illégaux, de fraude et de blanchiment d’argent.

Les opérations ont notamment visé des installations utilisées pour des escroqueries numériques, dont les méthodes reposent parfois sur l’établissement de relations de confiance avec les victimes avant leur dépouillement. Des ressortissants étrangers, notamment chinois, figuraient parmi les personnes interpellées.

Cette réalité donne une base concrète à l’argument sécuritaire avancé par Pékin.

Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que l’ensemble de l’Eswatini serait devenu un territoire dangereux pour les ressortissants chinois.

C’est précisément sur ce point que le gouvernement du royaume a réagi.

Le gouvernement eswatinien conteste la lecture chinoise

Le 26 août, les autorités eswatiniennes ont rejeté l’idée que le pays présenterait un risque sécuritaire exceptionnel ou généralisé.

La porte-parole par intérim du gouvernement, Thabile Mdluli, a reconnu à la Chine le droit d’adresser à ses ressortissants les recommandations consulaires qu’elle juge nécessaires. Mais elle a contesté la manière dont la situation du royaume était décrite, estimant que cette présentation ne correspondait pas aux faits observés sur le terrain.

La nuance est importante.

Mbabane ne nie pas les opérations contre la criminalité. Elle refuse que celles-ci soient assimilées à une situation d’insécurité générale.

Autrement dit, les deux parties ne décrivent pas nécessairement deux réalités différentes. Elles ne leur donnent simplement pas le même poids.

Puis il y a Taïwan

C’est ici que l’affaire dépasse la seule question de la sécurité.

L’Eswatini est le seul pays africain à entretenir encore des relations diplomatiques officielles avec Taïwan. Cette position en fait un cas particulier sur le continent et un partenaire diplomatique précieux pour Taipei.

En mai, le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu dans le royaume pour une visite d’État de trois jours. Il y a rencontré le roi Mswati III et participé à la signature de plusieurs accords et engagements de coopération. Taipei et Mbabane ont notamment annoncé vouloir approfondir leur coopération dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture, la santé et les technologies.

La visite n’avait d’ailleurs rien d’anodin.

Elle avait été précédée d’un épisode diplomatique inhabituel. Le déplacement initialement prévu en avril avait été reporté après que les Seychelles, Maurice et Madagascar eurent retiré leurs autorisations de survol à l’avion transportant le président taïwanais. Taipei avait accusé Pékin d’avoir exercé des pressions sur ces pays. La Chine avait rejeté cette accusation tout en saluant leur attachement au principe d’une seule Chine.

Lai Ching-te a finalement gagné l’Eswatini en mai, par un itinéraire modifié.

Quelques mois plus tard, Pékin demande à ses ressortissants de quitter ce même royaume.

Une coïncidence que le contexte diplomatique rend difficile à ignorer

Rien, dans l’avis chinois du 25 août, ne permet d’affirmer officiellement que Taïwan constitue le motif de la décision.

Pékin parle de fraude numérique, de jeux d’argent illégaux et de sécurité publique. Il serait donc imprudent de transformer cette justification en preuve d’une mesure

Celine Dou

Ukraine : pourquoi le Vatican retourne à Moscou alors que la guerre s’éternise

La guerre dure, les armes continuent de parler et les négociations peinent à trouver une issue. Dans ce paysage diplomatique fermé, le Vatican a choisi de reprendre le chemin de Moscou. Du 24 au 28 août, Mgr Paul Richard Gallagher, responsable des relations internationales du Saint-Siège, a rencontré plusieurs responsables russes, dont le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. À Moscou, son message a été direct : la guerre doit prendre fin et les deux parties doivent retrouver le chemin des négociations.

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Cette visite est la première d’un haut responsable de la diplomatie pontificale en Russie depuis novembre 2021, quelques mois avant le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. Elle ne constitue pas l’ouverture d’une négociation de paix conduite par le Vatican. Elle traduit plutôt la volonté du Saint-Siège de conserver un contact avec Moscou et de proposer ses bons offices, alors que les canaux diplomatiques restent fragiles.

À Moscou, Mgr Paul Richard Gallagher n’est pas venu présenter un plan de paix. Il l’a d’ailleurs clairement expliqué après sa rencontre avec Sergueï Lavrov : le Saint-Siège ne souhaite pas entrer dans les détails d’un éventuel accord. La responsabilité d’une négociation appartient d’abord aux belligérants.

Le Vatican demande en revanche que les conditions d’un dialogue soient préservées. Pour Mgr Gallagher, une guerre ne peut pas se terminer uniquement sur le champ de bataille. Il faut, à un moment donné, revenir à la diplomatie et parvenir à un accord.

Le responsable du Saint-Siège a également insisté sur le coût humain du conflit. Civils, blessés et prisonniers de guerre figurent parmi les dossiers que Rome souhaite voir avancer. Cette dimension humanitaire est aujourd’hui l’un des rares terrains sur lesquels un travail avec Moscou semble possible.

Sergueï Lavrov a lui-même qualifié la rencontre de « très utile ». Le ministre russe a salué la volonté du Saint-Siège de maintenir le dialogue et s’est dit favorable à une coopération renforcée sur les questions humanitaires liées à la guerre.

La visite ne s’est pas limitée au Kremlin et au ministère russe des Affaires étrangères. Mgr Gallagher a également rencontré le métropolite Antonij de Volokolamsk, chargé des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Il s’est ensuite adressé à la petite communauté catholique de Russie, célébrant notamment une messe à la cathédrale de l’Immaculée Conception à Moscou.

C’est précisément là que se trouve l’intérêt politique de cette visite.

Depuis le début de la guerre, les relations entre Moscou et une grande partie des capitales occidentales se sont fortement dégradées. Le Vatican conserve pourtant des relations diplomatiques avec la Russie et continue de parler aux deux camps. Cette position donne au Saint-Siège une place particulière, même si elle ne lui confère pas le pouvoir de faire accepter un accord à Moscou ou à Kiev.

Mgr Gallagher l’a reconnu lui-même : le Vatican a déjà proposé ses « bons offices » pour faciliter le dialogue, mais cette proposition n’a pas encore débouché sur une implication directe de sa diplomatie dans les négociations. Rome reste donc disponible sans prétendre disposer d’un rôle que les parties ne lui ont pas accordé.

Cette prudence est importante. Présenter le Vatican comme le prochain médiateur de la guerre serait aller trop loin. Pour l’instant, Moscou accepte de parler avec Rome. Cela ne signifie pas que le Kremlin accepte une médiation pontificale, encore moins les conditions d’un règlement politique.

Le dossier humanitaire pourrait cependant servir de point de départ. Le cardinal Matteo Zuppi, déjà engagé dans les démarches du Saint-Siège concernant la guerre, doit poursuivre cette mission auprès des autorités russes. Le Vatican espère notamment obtenir des résultats concernant les personnes directement touchées par le conflit.

Pour Rome, ces avancées auraient une portée qui dépasse les seuls dossiers humanitaires. Restaurer un minimum de confiance entre les parties pourrait permettre, à terme, de parler d’autres sujets.

La question est désormais de savoir jusqu’où Moscou acceptera d’aller.

Le Kremlin continue de défendre ses propres conditions pour une sortie de guerre. Le gouvernement russe affirme vouloir traiter ce qu’il présente comme les causes profondes du conflit, tandis que Kiev réclame une paix fondée sur le respect de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.

Entre ces positions, le Vatican ne dispose pas d’un levier militaire ou économique. Il possède autre chose : un réseau diplomatique et une capacité à maintenir le contact lorsque les relations politiques sont presque rompues.

La prochaine mission du cardinal Matteo Zuppi en Russie sera donc particulièrement suivie. Elle permettra de voir si le dialogue repris à Moscou peut produire des résultats concrets, notamment sur le terrain humanitaire.

En retournant à Moscou, le Vatican ne promet pas de mettre fin à la guerre. Il fait un choix plus modeste : continuer à parler lorsque beaucoup d’autres interlocuteurs ont du mal à le faire.

La rencontre entre Mgr Gallagher et Sergueï Lavrov n’a pas ouvert de négociation de paix. Elle a néanmoins confirmé que Rome veut rester dans le jeu diplomatique ukrainien et conserver un contact direct avec les autorités russes.

Dans une guerre qui s’éternise, cette présence ne garantit aucune issue. Mais pour le Saint-Siège, couper le dernier fil du dialogue reviendrait à accepter que la paix ne puisse plus être discutée.

Celine Dou

Corée du Sud : Washington réduit ses exercices militaires avec Séoul pour renouer avec Pyongyang, Pékin en profite pour avancer ses pions

La réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud donne à Pékin une occasion de renforcer son dialogue avec Séoul. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi est arrivé dans la capitale sud-coréenne le 19 août, pour une visite de deux jours, la première d’un chef de la diplomatie chinoise dans le pays depuis cinq ans. Son déplacement coïncide avec une décision de Donald Trump qui touche directement l’un des principaux éléments de la coopération militaire entre Washington et Séoul.

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L’exercice annuel Ulchi Freedom Shield, prévu du 17 au 27 août, a été raccourci et plusieurs entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump souhaite limiter le coût de ces manœuvres et préserver une possibilité de reprise du dialogue avec Kim Jong-un. Séoul, qui n’avait pas été informé à l’avance de la réduction états-unienne, cherche à maintenir son alliance militaire avec Washington tout en développant ses relations avec Pékin. La Chine entend conserver une place déterminante dans toute discussion concernant l’avenir de la péninsule coréenne.

Washington réduit les exercices avec Séoul

Les exercices conjoints entre les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud constituent depuis des années un élément central de la préparation militaire des deux alliés face à la Corée du Nord.

Cette année, leur format a changé. Ulchi Freedom Shield doit finalement s’achever le 21 août, au lieu du 27, tandis que certains entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump avait demandé une diminution importante de la participation états-unienne.

La décision a surpris Séoul. Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Hyun, a reconnu que les autorités de son pays avaient été prises de court.

Donald Trump assume cette orientation. Il souhaite réduire les dépenses liées aux exercices militaires et conserver une possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Les deux dirigeants se sont rencontrés à trois reprises en 2018 et 2019, sans parvenir à régler la question du programme nucléaire nord-coréen.

La modification du programme ne signifie toutefois pas la fin de la coopération militaire entre Washington et Séoul. L’alliance demeure, mais l’ampleur des manœuvres est revue à la baisse.

Pyongyang reste méfiant

La Corée du Nord ne considère pas cette réduction comme une réponse suffisante à ses exigences.

Pyongyang dénonce depuis des années les exercices militaires conjoints, qu’il présente comme une préparation à une attaque contre son territoire. Le 20 août, l’armée nord-coréenne a tiré une dizaine de missiles balistiques de courte portée vers la mer.

Ces tirs ont eu lieu après le début des manœuvres et alors que Donald Trump avait renouvelé son souhait de rencontrer Kim Jong-un.

La réduction des exercices n’a donc pas entraîné de changement immédiat dans l’attitude militaire nord-coréenne. Pyongyang continue de réclamer une modification plus profonde de la politique militaire menée par Washington et Séoul.

Wang Yi arrive à Séoul au moment où les équilibres évoluent

Wang Yi n’est pas venu à Séoul pour parler uniquement des relations entre la Chine et la Corée du Sud.

Le ministre chinois des Affaires étrangères a rencontré son homologue Cho Hyun puis le président Lee Jae-myung. La situation de la péninsule coréenne figurait parmi les sujets abordés, avec les relations économiques entre Pékin et Séoul.

Le message chinois est précis : la Corée du Sud ne devrait pas avoir à choisir entre la Chine et les États-Unis d’Amérique.

Wang Yi appelle ainsi Séoul à préserver son autonomie stratégique et à éviter de se retrouver enfermé dans la rivalité entre Pékin et Washington.

Ce discours prend une importance particulière avec la réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires et la volonté affichée de Donald Trump de renouer avec Kim Jong-un.

Lee Jae-myung ménage ses deux partenaires

Le président sud-coréen ne remet pas en cause l’alliance avec Washington. La coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique demeure le principal élément de la stratégie de défense de Séoul face à Pyongyang.

Lee Jae-myung souhaite toutefois que son pays puisse prendre davantage de responsabilités dans sa propre défense. Il cherche également à améliorer les relations avec la Chine, partenaire économique majeur de la Corée du Sud et acteur important dans les relations avec Pyongyang.

Séoul tente ainsi de préserver deux relations dont les intérêts ne coïncident pas toujours : une alliance militaire étroite avec Washington et des liens économiques importants avec Pékin.

Pékin veut rester présent dans le dossier nord-coréen

Une éventuelle reprise du dialogue entre Washington et Pyongyang poserait directement la question de la place de la Chine.

Pékin partage une frontière avec la Corée du Nord et conserve des relations étroites avec le régime de Kim Jong-un. Son influence n’est cependant pas absolue. Pyongyang a également considérablement renforcé ses relations avec Moscou et poursuit son propre programme militaire.

La Chine ne peut donc pas décider à la place de la Corée du Nord. Elle peut en revanche chercher à éviter qu’une éventuelle négociation sur la péninsule se déroule sans elle.

C’est l’un des enjeux de la visite de Wang Yi. Pékin défend le dialogue, appelle à la stabilité et encourage Séoul à conserver une marge de manœuvre dans ses relations avec les deux grandes puissances.

Une nouvelle donne, mais pas de basculement

La réduction des exercices militaires ne signifie pas que Séoul se détourne de Washington. La visite de Wang Yi ne signifie pas davantage que la Corée du Sud s’apprête à rejoindre le camp chinois.

Les faits sont plus simples.

Washington cherche à réduire certaines activités militaires avec Séoul tout en ouvrant une nouvelle possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Pyongyang continue de développer son arsenal et vient encore de procéder à des tirs de missiles. Séoul veut préserver son alliance avec les États-Unis d’Amérique tout en améliorant ses relations avec la Chine. Pékin entend conserver une place dans les discussions sur l’avenir de la péninsule.

La véritable question est donc moins celle d’un changement d’alliance que celle du rapport de forces qui se dessine autour de la péninsule. Une réduction de la participation états-unienne donne à Pékin davantage d’espace diplomatique, sans pour autant remettre en cause la présence des États-Unis d’Amérique en Corée du Sud.

Si Donald Trump parvient à renouer avec Kim Jong-un, la Chine cherchera à être associée aux discussions. Si Pyongyang refuse le dialogue, la question militaire restera au premier plan. Dans les deux cas, Pékin entend conserver son rôle dans une région où Washington reste le principal allié militaire de Séoul.

Celine Dou

États Unis d’Amérique : Trump réduit la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud pour ménager Pyongyang

À la veille des manœuvres annuelles entre les États Unis d’Amérique et la Corée du Sud, Donald Trump a demandé au Pentagone de réduire « considérablement » la participation des forces états-uniennes. Il juge ces exercices coûteux et estime qu’ils envoient à la Corée du Nord un signal « totalement inapproprié et hostile ». Il met aussi en avant sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

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Les exercices Ulchi Freedom Shield ont pourtant commencé comme prévu ce lundi 17 août. Environ 18 000 militaires sud-coréens y participent jusqu’au 27 août. La décision de Donald Trump ne supprime donc pas les manœuvres : elle réduit l’engagement états-unien au moment où le président sud-coréen Lee Jae Myung cherche lui aussi à renouer le dialogue avec Pyongyang.

Donald Trump a choisi de parler de Kim Jong-un au moment même où ses forces doivent s’entraîner avec celles de la Corée du Sud.

Dimanche, le président états-unien a annoncé avoir demandé au Pentagone de réduire fortement la participation des États Unis d’Amérique aux exercices militaires conjoints. Il n’a pas demandé leur arrêt. Quelques heures plus tard, les manœuvres ont commencé comme prévu en Corée du Sud.

Pour justifier son choix, Donald Trump avance le coût des exercices et leur caractère, selon lui, inutilement provocateur. Mais son argument le plus politique concerne la Corée du Nord. Il affirme que Pyongyang s’est montré « non menaçant et respectueux » depuis son retour à la Maison-Blanche et rappelle sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

La veille, Trump avait publié sur Truth Social une photographie de sa rencontre avec Kim Jong-un en 2019. Il voulait rappeler une relation personnelle qui avait marqué son premier mandat, lorsque les deux dirigeants s’étaient rencontrés à Singapour, à Hanoï puis à la frontière intercoréenne.

Le rapprochement de l’époque n’avait pourtant pas survécu au sommet de Hanoï, en février 2019. Les discussions sur le programme nucléaire nord-coréen avaient échoué et Washington comme Pyongyang avaient ensuite repris leurs positions de confrontation.

Une concession à Pyongyang, mais pas un retrait de Séoul

La décision de Trump répond à l’une des principales critiques de la Corée du Nord contre l’alliance entre Washington et Séoul. Pyongyang présente depuis des années les exercices conjoints comme des répétitions d’une invasion.

Avant le début des manœuvres, les autorités nord-coréennes avaient encore dénoncé leur caractère provocateur et menacé de renforcer leur dissuasion nucléaire.

Pour autant, Séoul n’a pas suspendu les exercices.

Le ministère sud-coréen de la Défense a confirmé lundi leur lancement conformément au calendrier prévu. Les deux armées continuent donc de s’entraîner ensemble, même si Washington doit réduire sa participation.

Cette distinction est importante. Donald Trump ne retire pas les forces états-uniennes de Corée du Sud et ne met pas fin à l’alliance militaire avec Séoul. Il réduit l’un de ses instruments d’entraînement commun au moment où il cherche à obtenir un nouveau contact avec Kim Jong-un.

Les exercices de cette année doivent notamment préparer les forces sud-coréennes et états-uniennes à des attaques de drones, des opérations informatiques et des perturbations des systèmes GPS. Les militaires tiennent aussi compte de ce que les conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, ont changé dans la manière de combattre.

Séoul veut profiter du lien entre Trump et Kim

Le gouvernement sud-coréen ne ferme pas la porte à la démarche de Donald Trump.

La présidence de Lee Jae Myung a déclaré espérer que la relation entre les deux dirigeants puisse conduire à des discussions sérieuses entre Washington et Pyongyang. Lee avait lui-même appelé samedi à des négociations avec la Corée du Nord et à la recherche d’une coexistence pacifique.

Le président sud-coréen tente depuis son arrivée au pouvoir de réduire les tensions avec le Nord. Mais il doit en même temps préserver l’alliance militaire avec Washington.

C’est toute la difficulté pour Séoul : dialoguer avec Kim Jong-un sans donner l’impression d’affaiblir sa propre défense.

Pour Pyongyang, le geste de Trump est donc plus intéressant que les appels au dialogue venus de Séoul. Le président états-unien dispose d’un pouvoir que Lee Jae Myung n’a pas : celui de modifier directement la présence et les activités militaires des États Unis d’Amérique dans la péninsule.

Trump reproche aussi quelque chose à Séoul

Dans son message, Donald Trump ne s’est pas limité à la question nord-coréenne.

Il a également rappelé que Séoul avait refusé, selon lui, de participer aux efforts des États Unis d’Amérique concernant la dénucléarisation de l’Iran. Trump affirme avoir demandé à Lee Jae Myung si la Corée du Sud souhaitait se joindre à ces opérations et avoir reçu un « Non merci ! ».

Le président états-unien fait ainsi le lien entre son désaccord avec Séoul et la réduction des exercices militaires. Son message est clair : Washington attend davantage de ses alliés lorsque les États Unis d’Amérique leur demandent un soutien sur des dossiers militaires ou diplomatiques.

La Corée du Sud, elle, affirme continuer à discuter avec Washington de sa contribution aux efforts concernant l’Iran. Elle cherche donc à éviter que le désaccord ne déborde sur l’ensemble de l’alliance.

Kim Jong-un reste maître du calendrier

Il manque encore un élément essentiel à la stratégie de Donald Trump : la réponse de Kim Jong-un.

Pyongyang n’a pas annoncé de reprise des négociations avec Washington. La Corée du Nord continue de développer ses capacités militaires et a procédé récemment à de nouveaux tirs de missiles. Elle dispose aussi aujourd’hui d’une relation beaucoup plus étroite avec la Russie qu’en 2019.

Le calcul de Trump est donc différent de celui de son premier mandat. Il ne retrouve pas le même Kim Jong-un, ni la même Corée du Nord. Depuis l’échec de Hanoï, Pyongyang a renforcé son arsenal et resserré ses liens avec Moscou.

Le président états-unien parie malgré tout sur ce qu’il considère comme un avantage : son contact personnel avec Kim Jong-un.

La Corée du Nord n’a pas encore répondu. Si Kim accepte de reprendre les discussions, Trump pourra présenter la réduction des exercices comme le premier geste d’un nouvel échange. S’il reste silencieux, Washington aura fait une concession militaire sans obtenir de contrepartie.

Pour l’heure, les soldats sud-coréens et états-uniens continuent de s’entraîner ensemble. Mais Donald Trump vient de faire un choix politique qui ne passe pas inaperçu à Pyongyang : réduire l’engagement militaire états-unien tout en rappelant publiquement à Kim Jong-un que la porte du dialogue lui reste ouverte.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

Cette fois, il n’y a pas eu de marché

La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

Quatre ans derrière les barreaux

Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

Le prisonnier que l’on craignait de perdre

Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

Trump met en scène la diplomatie personnelle

Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

Ce que Moscou y gagne

Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

C’est un geste limité, mais lisible.

Une liberté qui ne change pas le rapport de force

La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

Jeudi 13 août, Vladimir Putin s’est rendu à Iturup, l’une des quatre îles des Kouriles méridionales que la Russie contrôle et que le Japon revendique. Le lendemain, George Glass, ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tokyo, a déclaré que son pays reconnaissait la souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord », le nom utilisé par les autorités japonaises pour désigner ces quatre îles. Entre Moscou et Tokyo, les protestations ont immédiatement suivi.

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La visite de Vladimir Putin à Iturup est une première pour un président russe. Tokyo y voit une provocation et a convoqué l’ambassadeur russe. Moscou affirme de son côté que sa souveraineté sur les quatre îles ne peut être contestée. La déclaration de George Glass, rendue publique le 14 août, ajoute les États-Unis d’Amérique à une dispute territoriale vieille de plusieurs décennies.

Vladimir Putin est arrivé à Iturup jeudi 13 août. Il a visité une usine de transformation de produits de la mer, un hôpital et une école. Pour le président russe, le déplacement est aussi une manière d’affirmer la présence de la Russie sur une terre que le Japon considère comme sienne.

Les quatre îles concernées sont Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo les appelle les « Territoires du Nord » et demande leur restitution. La question empêche toujours la Russie et le Japon de signer un traité de paix définitif depuis 1945.

La réaction japonaise n’a pas tardé. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la visite de « absolument inacceptable ». Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo pour lui transmettre une protestation officielle.

Moscou a rejeté cette protestation. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a jugé les critiques japonaises infondées et réaffirmé que la Russie exerçait sa souveraineté et sa juridiction sur ces îles. Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité, a lui aussi assuré que les territoires resteraient russes.

Vendredi 14 août, George Glass a pris position à son tour. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Japon a écrit sur X que son pays maintenait son soutien au Japon, « son plus important allié », et reconnaissait la souveraineté japonaise sur les « Territoires du Nord ». Il a aussi déclaré que les deux pays s’opposaient à toute action susceptible de menacer la paix et la stabilité dans l’Indo-Pacifique.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle revendication territoriale étatsunienne. Les États-Unis d’Amérique avaient déjà exprimé leur position sur ces îles. La déclaration de George Glass intervient toutefois quelques heures après la protestation japonaise contre la visite de Vladimir Putin. Elle donne donc un écho supplémentaire au différend.

La Russie et le Japon se disputent ces quatre îles depuis 1945. L’Union soviétique en avait pris le contrôle dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon affirme qu’elles lui appartiennent et continue d’en réclamer la restitution. La Russie refuse cette demande et considère les îles comme une partie de son territoire.

Cette querelle a empêché les deux pays de conclure un traité de paix après la guerre. Des négociations ont pourtant connu des périodes de rapprochement, notamment sous Shinzo Abe. L’ancien Premier ministre japonais avait développé une relation personnelle avec Vladimir Putin et tenté de trouver un compromis sur les îles.

La guerre en Ukraine a changé les rapports entre les deux pays. Tokyo a adopté des sanctions contre Moscou et renforcé son alliance militaire avec les États-Unis d’Amérique. La Russie a, de son côté, suspendu les négociations sur le traité de paix et renforcé sa présence militaire dans les Kouriles.

Iturup occupe une position stratégique. L’île se trouve au nord-est de Hokkaido et contrôle un passage entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique. La Russie y maintient des installations militaires et des moyens de défense côtière. Pour le Japon, la présence militaire russe dans les quatre îles est devenue un sujet de sécurité, au même titre que l’évolution militaire de la Chine et les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

La visite de Vladimir Putin donne aussi à la dispute une forte portée symbolique. Il s’est rendu à Iturup quelques jours avant les cérémonies japonaises marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo y voit un geste hostile. Moscou assume, au contraire, l’administration russe de l’île et refuse de considérer la question comme ouverte.

La réaction de George Glass montre surtout que Tokyo peut compter sur son principal allié dans ce différend. Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles, tandis que la Russie affirme qu’elles sont russes. Entre les deux positions, aucune solution diplomatique n’a encore été trouvée.

Le différend des Kouriles n’a donc pas changé de nature en quelques jours. Mais la visite de Vladimir Putin à Iturup, suivie le lendemain de la déclaration publique de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique, rappelle que cette vieille querelle territoriale reste un sujet sensible pour les trois puissances.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Syrie : après 18 mois de négociations, Damas reprend le contrôle des bases de Hmeimim et Tartous, mais Moscou reste sur place

Damas récupère la main sur les deux principaux points d’appui militaires russes en Syrie sans demander à Moscou de partir. Après dix-huit mois de négociations, un accord conclu entre les deux pays redéfinit le statut de Hmeimim et Tartous. Les anciennes bases russes doivent devenir des centres conjoints de formation, tandis que les installations civiles passent sous administration syrienne.

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L’accord marque la fin d’un dispositif militaire établi sous Bachar al-Assad, mais pas celle de la présence russe en Syrie. Le pouvoir de Damas récupère le contrôle des infrastructures civiles et modifie le statut des installations militaires. Moscou conserve toutefois une place dans ces sites à travers une coopération avec les forces syriennes. Le processus doit être achevé dans un délai de trois mois. Derrière cette formule se joue une question plus large : jusqu’où la nouvelle Syrie veut-elle rompre avec les arrangements de l’ancien régime sans se priver d’un partenaire dont elle a encore besoin ?

Les bases russes changent de statut

Pendant dix-huit mois, l’avenir de Hmeimim et Tartous a été négocié entre Damas et Moscou. Le compromis annoncé le 9 août prévoit une transformation profonde du dispositif russe.

Les installations militaires des deux sites ne doivent plus fonctionner comme des bases russes autonomes. Elles seront transformées en centres conjoints de formation et de qualification. Dans le même temps, les installations civiles, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, doivent passer sous administration syrienne et être progressivement intégrées aux infrastructures civiles du pays.

Le délai fixé pour cette réorganisation ne dépasse pas trois mois.

Cette distinction permet de comprendre ce qui change réellement. Damas ne chasse pas les Russes de ces deux sites. Il met fin à leur statut de bases exclusivement russes et impose un nouveau cadre dans lequel la présence de Moscou doit désormais être partagée et négociée avec les autorités syriennes.

Moscou reste, mais dans une autre position

La formule retenue est loin d’être anodine pour la Russie.

Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, Moscou utilisait Hmeimim comme principale plateforme aérienne et Tartous comme point d’appui naval en Méditerranée. Ces deux installations avaient permis au Kremlin de soutenir Bachar al-Assad dans la guerre civile et de disposer d’une capacité de projection militaire bien au-delà de ses frontières.

La chute du régime, en décembre 2024, avait bouleversé cet équilibre.

Le nouveau pouvoir syrien aurait pu exiger le départ des forces russes. Il a préféré négocier avec Moscou. Des discussions sur l’avenir des installations militaires étaient déjà engagées avant l’accord annoncé en août. En juin, la Russie avait reconnu travailler avec Damas à une possible réorganisation de ses installations.

Le résultat est aujourd’hui connu : Moscou perd le privilège d’exploiter ces sites comme des bases militaires russes distinctes, mais conserve une présence à travers le nouveau dispositif conjoint.

Ce n’est donc ni le statu quo ni un retrait russe.

Pour Damas, récupérer le contrôle sans rompre avec Moscou

Le choix des nouvelles autorités syriennes répond à une logique de souveraineté, mais aussi de prudence.

Hmeimim et Tartous sont des infrastructures stratégiques. Leur contrôle touche directement à la capacité de Damas à exercer son autorité sur la façade méditerranéenne. La récupération des installations civiles constitue à ce titre un gain concret pour le pouvoir syrien.

Mais une rupture totale avec Moscou aurait un coût.

La Russie reste un acteur militaire important, un fournisseur historique d’armes à la Syrie et le pays qui accueille Bachar al-Assad depuis sa chute. Damas réclame l’extradition de l’ancien président, mais cela ne l’empêche pas de négocier avec le Kremlin sur les questions militaires et économiques.

Cette coexistence de deux dossiers montre la méthode du nouveau pouvoir : réduire l’emprise russe héritée de l’époque Assad sans transformer la Russie en adversaire.

Un recul stratégique pour Moscou

Pour le Kremlin, le changement est néanmoins réel.

Les accords conclus sous Bachar al-Assad avaient donné à la Russie une implantation militaire durable sur la côte syrienne. Tartous constituait son principal point d’appui naval en Méditerranée et Hmeimim sa plateforme aérienne. Les deux sites formaient le cœur de sa présence militaire au Moyen-Orient.

Le nouveau dispositif réduit cette autonomie.

Une base militaire russe permet à Moscou de décider directement de l’utilisation de ses infrastructures. Un centre conjoint de formation suppose, par définition, une autre relation avec l’État hôte. Les conditions d’accès, les activités et les responsabilités doivent être définies avec les autorités syriennes.

La Russie conserve donc une capacité d’influence, mais elle ne dispose plus du même rapport de force.

C’est une conséquence directe de la chute d’Assad : Moscou n’a pas été expulsé de Syrie, mais il a perdu la position privilégiée que lui garantissait l’ancien régime.

Pourquoi Damas laisse-t-il Moscou sur place ?

La réponse tient aussi au contexte régional.

La Syrie sort de plus d’une décennie de guerre. Son territoire reste soumis à plusieurs influences étrangères et son nouvel appareil d’État doit encore consolider son autorité. Dans ces conditions, expulser brutalement la Russie aurait pu ouvrir un nouveau front diplomatique sans apporter de bénéfice immédiat à Damas.

Le compromis permet au gouvernement syrien de récupérer les installations civiles, de modifier le statut militaire des deux sites et de conserver une relation avec Moscou.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : elle évite de perdre totalement son implantation méditerranéenne.

Pour la Syrie, l’intérêt est différent : elle montre qu’elle peut désormais négocier les conditions de la présence étrangère sur son territoire.

La question qui reste ouverte

Le terme de « centres conjoints de formation » ne suffit toutefois pas à mesurer la future empreinte militaire russe.

Tout dépendra de la mise en œuvre de l’accord dans les trois prochains mois. Quels personnels russes resteront à Hmeimim et Tartous ? Quels moyens militaires pourront encore y être déployés ? Qui contrôlera concrètement les installations ? Quelle liberté d’action sera laissée aux forces russes ?

Les réponses à ces questions permettront de savoir si la transformation annoncée constitue une véritable réduction de la présence militaire russe ou une simple modification de son cadre juridique et opérationnel.

Pour l’instant, le constat est plus nuancé qu’un départ de Moscou : Damas reprend le contrôle des deux principaux sites russes, mais accepte que la Russie y conserve une présence sous une forme nouvelle.

Après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie ne tourne donc pas complètement le dos à son ancien allié. Elle cherche plutôt à passer d’une relation de dépendance à une relation négociée.

C’est toute la portée de l’accord de Hmeimim et Tartous : la Russie reste en Syrie, mais elle n’y est plus dans les mêmes conditions.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Israël rejette le plan états-unien pour Gaza et pose une condition : le désarmement total du Hamas avant tout retrait

Le projet de Donald Trump devait permettre de franchir un cap dans la guerre à Gaza. Il se heurte désormais au refus de Benyamin Nétanyahou. Alors que le Hamas a accepté la nouvelle feuille de route en quinze points, le Premier ministre israélien affirme qu’Israël ne retirera pas ses forces avant le désarmement complet du mouvement palestinien.

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Le désaccord porte sur une question qui conditionne toute la suite du processus : dans quel ordre doivent s’effectuer le désarmement du Hamas et le retrait israélien ? La feuille de route élaborée sous l’égide du Conseil de paix de Donald Trump prévoit un désarmement progressif et vérifié, accompagné de mesures israéliennes correspondantes. Nétanyahou refuse cette logique. Pour lui, les armes du Hamas doivent disparaître avant que l’armée israélienne ne quitte ses positions dans la bande de Gaza. Cette divergence menace directement la deuxième phase du plan.

Nétanyahou ferme la porte au retrait sans désarmement

Le 9 août, devant son cabinet, Benyamin Nétanyahou a rejeté le document en quinze points présenté par le Conseil de paix. Le Premier ministre israélien a déclaré qu’Israël ne procéderait à aucun retrait de ses forces tant que le Hamas ne serait pas « véritablement désarmé ».

La déclaration ne laisse guère de place à une interprétation. Pour le gouvernement israélien, un retrait qui précéderait la disparition de la capacité militaire du Hamas exposerait Israël à la possibilité d’une reprise des hostilités. Nétanyahou refuse donc que le retrait israélien serve de contrepartie préalable à un désarmement qui resterait à accomplir.

La position israélienne se heurte pourtant à la mécanique prévue par le nouveau texte. Le document établit un processus par étapes : les armes et infrastructures militaires doivent être démantelées sous contrôle international, tandis que les forces israéliennes doivent effectuer un retrait progressif en fonction des progrès vérifiés du désarmement. Une force internationale de stabilisation doit également accompagner la transition.

Le Hamas accepte le principe, mais pas nécessairement toutes les conditions

Le Hamas a donné son accord au principe de la feuille de route états-unienne. Mais son acceptation ne signifie pas qu’il adhère sans réserve à chacune des modalités du désarmement.

Selon les éléments rendus publics, le mouvement palestinien accepte la remise de ses armes dans le cadre du dispositif proposé, tout en contestant certaines exigences ajoutées au processus, notamment celles concernant les armes légères. De son côté, Israël réclame une disparition complète de la capacité militaire du Hamas avant tout retrait.

La nuance est importante. Présenter la situation comme une simple opposition entre un Hamas qui aurait accepté de se désarmer et un Israël qui refuserait la paix serait trompeur. Les deux parties ne donnent pas le même contenu au mot « désarmement », et surtout, elles ne veulent pas le placer au même moment du calendrier.

Le problème tient à l’ordre des étapes

C’est là que se trouve le principal verrou.

La feuille de route prévoit que le désarmement soit vérifié au fur et à mesure et que le retrait israélien accompagne les progrès accomplis. Elle prévoit aussi la mise en place d’une administration palestinienne technocratique chargée des affaires civiles et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.

Nétanyahou veut une autre séquence : d’abord le désarmement complet du Hamas, ensuite le retrait.

La différence peut sembler limitée sur le papier. Elle est en réalité décisive. Si Israël attend la fin du désarmement pour se retirer et que le Hamas considère que le retrait doit commencer en parallèle pour rendre son propre désarmement acceptable, chaque camp peut bloquer l’autre.

C’est précisément ce qui menace aujourd’hui la deuxième phase du processus.

Washington doit maintenant convaincre son propre allié

Pour Donald Trump, le problème est embarrassant. Le président des États Unis d’Amérique veut faire de son Conseil de paix le cadre de la sortie de guerre et de la reconstruction de Gaza. Or son initiative se heurte à une opposition venue d’Israël, alors même que le Hamas en a accepté le principe.

La difficulté ne consiste donc plus seulement à obtenir un engagement du Hamas. Washington doit désormais convaincre le gouvernement israélien qu’un désarmement progressif, contrôlé et accompagné d’un retrait progressif peut répondre à ses exigences de sécurité.

L’Allemagne a déjà affiché une position favorable au projet. Son ministère des Affaires étrangères estime que la proposition de Donald Trump peut ouvrir une voie vers le désarmement du Hamas, malgré les désaccords qui subsistent.

Cette réaction européenne ne règle cependant rien. La décision déterminante reste entre les mains des acteurs directement engagés dans le processus.

Une force internationale au cœur de la transition

Le dispositif proposé ne repose pas uniquement sur un face-à-face entre Israël et le Hamas. La feuille de route prévoit une force internationale de stabilisation chargée notamment d’accompagner la transition, de contribuer au contrôle des armes et de protéger les opérations humanitaires. Le retrait israélien doit, lui, être effectué progressivement en fonction des progrès constatés dans le désarmement.

Ce mécanisme répond à une difficulté majeure : qui garantirait la sécurité de Gaza après le départ des forces israéliennes ?

Sans force extérieure capable de surveiller les engagements et sans autorité palestinienne en mesure d’administrer le territoire, un retrait israélien pourrait laisser un vide sécuritaire. Mais si Israël conserve durablement ses positions au nom du désarmement, la transition politique et la reconstruction risquent de rester suspendues.

Le plan de Trump face à son premier véritable test

Le rejet israélien ne signifie pas nécessairement la disparition de la feuille de route. Les discussions se poursuivent. Mais le rapport de force est désormais clair : le gouvernement de Nétanyahou ne veut pas que le calendrier de son retrait soit dicté par un texte négocié sous l’autorité du Conseil de paix.

Le président des États Unis d’Amérique doit donc résoudre une équation difficile. Il lui faut obtenir du Hamas un désarmement suffisamment concret pour satisfaire Israël, tout en donnant aux Palestiniens des garanties crédibles sur le retrait israélien et la fin de la présence militaire dans la bande de Gaza.

La paix ne bute donc plus seulement sur la question de savoir si le Hamas déposera les armes. Elle bute sur une question plus précise : qui doit bouger en premier ?

Tant qu’Israël exigera le désarmement complet avant tout retrait et que le Hamas considérera le retrait comme une condition essentielle de son propre désarmement, la feuille de route de Donald Trump restera suspendue à un compromis que Washington doit encore obtenir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Ukraine : enquêtes pour corruption, « décision personnelle »… ce que l’on sait du limogeage d’Olha Stefanishyna par Volodymyr Zelensky

Le départ d’Olha Stefanishyna n’a pas seulement changé le visage de la diplomatie ukrainienne à Washington. Il ouvre une séquence embarrassante pour Kiev. Lundi 3 août, Volodymyr Zelensky a mis fin aux fonctions de son ambassadrice aux États-Unis d’Amérique, au moment même où l’Ukraine réclame de nouveaux systèmes Patriot pour renforcer sa défense face aux frappes russes. Officiellement, l’intéressée parle d’une décision personnelle. Mais derrière cette explication se dessine une autre réalité : son nom est associé à des enquêtes anticorruption qui alimentent les interrogations.

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Le décret présidentiel ukrainien est laconique : Olha Stefanishyna est relevée de ses fonctions d’ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire aux États-Unis d’Amérique. Aucun motif n’est avancé par la présidence ukrainienne.

Quelques heures plus tard, l’ancienne responsable choisit elle-même de s’expliquer. Elle affirme avoir demandé son départ pour des raisons personnelles et défend son bilan à Washington. Selon elle, sa mission aura permis de préserver les livraisons d’armes états-uniennes malgré une relation parfois difficile entre Kiev et l’administration de Donald Trump.

Mais cette version ne suffit pas à refermer le dossier.

Depuis plusieurs mois, des médias ukrainiens rapportent que l’ancienne ambassadrice fait l’objet d’investigations menées par les autorités anticorruption. Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO) examinent notamment des soupçons d’enrichissement illicite et de fausses déclarations de patrimoine.

Les enquêteurs s’intéresseraient notamment à des biens immobiliers qui n’auraient pas été déclarés ainsi qu’à certaines dépenses dont l’origine des financements doit encore être établie. Son nom apparaît également dans un autre dossier lié à l’Agence de recouvrement et de gestion des avoirs (ARMA), concernant la gestion de biens saisis par l’État.

À ce stade, aucune condamnation n’existe et aucune décision de justice n’a établi sa culpabilité. Mais dans un pays en guerre, où la transparence est devenue un enjeu majeur auprès des alliés occidentaux, de telles accusations ne restent jamais sans conséquences politiques.

Car le poste qu’occupait Olha Stefanishyna n’était pas un poste diplomatique ordinaire.

À Washington se joue une partie essentielle de l’avenir militaire ukrainien. C’est dans la capitale états-unienne que se négocient les livraisons d’armes, les aides financières et les moyens de défense dont Kiev a besoin pour poursuivre le conflit face à la Russie.

Son départ intervient d’ailleurs après une visite de Volodymyr Zelensky aux États-Unis d’Amérique, où le président ukrainien est venu demander de nouveaux missiles Patriot alors que les frappes russes se sont intensifiées.

Le calendrier interpelle donc.

Pourquoi changer l’un des principaux relais de Kiev auprès de Washington à un moment aussi sensible ?

La réponse officielle reste absente. Le limogeage d’Olha Stefanishyna intervient cependant après plusieurs semaines de remaniements au sein de l’appareil d’État ukrainien. Volodymyr Zelensky cherche à renouveler certaines équipes dirigeantes alors que la guerre impose une pression constante sur les institutions.

Mais cette affaire touche un point particulièrement sensible : la crédibilité internationale de l’Ukraine.

Depuis le début du conflit, Kiev demande à ses partenaires occidentaux un soutien militaire, financier et politique sans précédent. En retour, ces derniers attendent des avancées concrètes dans la lutte contre la corruption et dans la modernisation des institutions ukrainiennes.

Chaque affaire impliquant un haut responsable devient donc un test.

Le départ d’Olha Stefanishyna ne signifie pas que les accusations portées contre elle sont établies. Il montre cependant la difficulté pour le pouvoir ukrainien de maintenir l’équilibre entre deux impératifs : préserver ses relations stratégiques avec ses alliés et prouver que la guerre ne suspend pas les exigences de transparence.

Derrière le cas d’une ambassadrice se joue finalement une question plus large : dans une Ukraine engagée dans une guerre existentielle, jusqu’où le pouvoir peut-il aller pour protéger sa crédibilité auprès de ses partenaires sans fragiliser sa propre équipe dirigeante ?

Le prochain choix de Volodymyr Zelensky sera observé avec attention. Le successeur d’Olha Stefanishyna ne sera pas seulement chargé de représenter Kiev à Washington. Il devra aussi convaincre que, malgré la guerre, l’Ukraine reste capable de défendre les valeurs institutionnelles qu’elle promet à ses alliés.

Celine Dou, pour la Boussole-infos