Attentat d’Istanbul : 22 personnes arrêtées, dont la dépositaire présumée de la bombe. Les autorités turques désignent les Kurdes du PKK

Un attentat a fait au moins 6 morts et 81 blessés, ce dimanche 13 novembre après-midi, en plein centre d’Istanbul en Turquie, dans une artère fréquentée. Selon les autorités turques, une femme kamikaze serait l’auteure de cette attaque, sans préciser si celle-ci est comptée parmi les victimes.

Une forte explosion a fait six morts et 81 blessés dimanche dans l’artère commerçante et très fréquentée d’Istiklal, au cœur de la grande ville.

Le ministre de l’Intérieur turc, Suleyman Soylu, a accusé le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) d’être responsable de l’attentat qui a fait au moins six morts dimanche 13 novembre dans l’artère commerçante d’Istiklal, à Istanbul, et annoncé l’arrestation d’une vingtaine de suspects, dont celui qui a déposé la bombe.

« La personne qui a déposé la bombe a été arrêtée. […] D’après nos conclusions, l’organisation terroriste PKK est responsable » de l’attentat, a affirmé Suleyman Soylu dans une déclaration nocturne, relayée par l’agence officielle Anadolu et les télévisions locales. Il a ensuite confirmé l’arrestation de 21 autres suspects, sans préciser où les interpellations avaient eu lieu.

L’attentat, qui n’a pas été revendiqué, a fait 6 morts et 81 blessés dont la moitié sont toujours hospitalisés ce lundi. Parmi les victimes, toutes des citoyens turcs, figurent une fillette de 9 ans tuée avec son père et une adolescente de 15 ans, morte avec sa mère.

Le ministre a aussi accusé les forces kurdes des YPG, les unités de défense populaire, qui contrôlent la majeure partie du Nord-Est de la Syrie, d’être derrière l’attentat. « Nous estimons que l’ordre de l’attentat a été donné de Kobané », a-t-il ajouté. La ville de Kobané est restée célèbre pour la bataille qui, en 2015, a permis aux forces kurdes de repousser le groupe Etat islamique (« Daesh » – ndlr). Elle est contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dont les YPG – alliées au PKK – sont une composante majeure. Pour Ankara, tous ces mouvements sont « terroristes ».

L’attentat est survenu en pleine après-midi dans la rue piétonne ultrapopulaire d’Istiklal le dimanche, qu’arpentent les Stambouliotes et les touristes. Fermé immédiatement après l’attentat, l’accès à la rue a été de nouveau autorisé ce lundi matin, ont constaté les journalistes de l’AFP. Tous les bancs ont été retirés et un tapis rouge couvre l’emplacement où s’est produite l’explosion, sur lequel les passants viennent déposer des œillets, rouges eux aussi.

Le président Erdogan avait, le premier, dénoncé un « vil attentat », juste avant de s’envoler pour l’Indonésie et le sommet du G20 : « Les premières observations laissent subodorer un attentat terroriste », avait affirmé le chef de l’Etat, ajoutant qu’« une femme y serait impliquée » et que les auteurs seraient « punis ».

PKK et OTAN

Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par Ankara, mais aussi par ses alliés occidentaux dont les Etats-Unis et l’Union Européenne,, est en lutte armée contre le gouvernement turc depuis le milieu des années 1980. Il a été souvent été rendu responsable, par le passé, d’attentats sanglants sur le sol turc.

En décembre 2016, un double attentat près du stade de foot de Besiktas, à Istanbul – 47 morts dont 39 policiers et 160 blessés – avait été revendiqué par les Faucons de la Liberté du Kurdistan (TAK), groupe radical kurde proche du PKK.

Le PKK est par ailleurs au cœur d’un bras de fer entre la Suède et la Turquie, qui bloque depuis mai l’entrée de Stockholm dans l’OTAN en l’accusant de mansuétude envers le PKK. Ankara a réclamé l’extradition de plusieurs de ses membres dans un mémorandum d’accord signé en juin avec la Suède et la Finlande, autre pays nordique désireux de rejoindre l’Alliance atlantique. Après la visite à Ankara du Premier ministre suédois Ulf Kristersson, la semaine dernière, le Parlement suédois s’apprête à voter pour changer la Constitution afin de durcir sa législation antiterroriste.

Cet attentat tombe donc au meilleur moment, pour l’Etat turc, qui peut s’assurer, à présent, de la coopération de la Suède et de la Finlande pour récupérer les dissidents du PKK qui se trouvent sur le sols de ces deux pays scandinaves. C’est, aussi, l’occasion en or pour ces deux pays dont le vote d’adhésion à l’OTAN, qui doit se faire prochainement, mais qui est menacé par le veto de la Turquie – ce qui suffirait à empêcher leur intégration puisqu’il suffit du veto d’un seul pays membre de l’OTAN pour empêcher toute adhésion d’un pays candidat -, pour justifier, auprès de leurs populations, par principe très attachées à la protection de dissidents, particulièrement lorsqu’il s’agit, comme ceux du PKK, de combattants contre le djihadisme, le changement de leurs constitutions respectives qui les conduirait à livrer, à un Etat islamique comme la Turque des personnes se battant contre les extrémistes religieux musulmans, en faisant, de ces combattants contre l’obscurantisme, des terroristes tuant, aveuglément, des civils innocents. Le PKK aurait voulu se porter le plus grand préjudice lui-même, qu’il n’aurait pas mieux choisi que cet acte, et ce moment…

Le PKK est également régulièrement visé par des opérations militaires turques contre ses bases dans le nord de l’Irak et de la Syrie. Le mois dernier, de nombreuses accusations relayées par l’opposition et des observateurs turcs, mais démenties par les autorités, ont évoqué l’emploi d’armes chimiques par l’armée turque contre des combattants du PKK qui ont publié une liste de 17 noms, accompagnés de photos de personnes présentées comme des « martyrs » tués par des gaz toxiques.

Didier Maréchal & Christian Estevez

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