Le chef de file de la coalition des forces proeuropéennes, Donald Tusk, a été élu, ce lundi 11 décembre, au poste de Premier ministre par la Diète polonaise. (Source : AFP).
L’ancien chef du Conseil européen devrait présenter, ce mardi 12 décembre, son discours de politique générale et son gouvernement, puis se soumettre immédiatement au vote de confiance, avant de prêter serment mercredi.
La Pologne s’offre un Premier ministre proeuropéen après huit ans de gouvernement populiste-nationaliste. Donald Tusk, chef de file de la coalition des forces proeuropéennes, a été élu ce lundi 11 décembre au poste de Premier ministre polonais par la Diète (chambre basse) : 248 députés ont voté pour lui, 201 contre.
Contrôlée par l’alliance pro-UE de Donald Tusk, la Diète avait rejeté plus tôt lundi la proposition de nouveau gouvernement des nationalistes au pouvoir depuis 2015 et vainqueurs de la dernière élection.
Après son élection, l’ancien chef du Conseil européen a remercié les Polonais pour leur confiance accordée lors des élections du 15 octobre, qu’il a pourtant très nettement perdu, finissant deuxième avec 30,7% contre 35,38% pour le parti de droite nationaliste PIS, mais réussissant à prendre le pouvoir grâce à une union tripartite de la gauche. « C’est un grand jour pour tous ceux qui, pendant de nombreuses années, ont cru que les choses iraient mieux, que nous chasserions les ténèbres, le mal », a-t-il déclaré. « À partir de demain, nous pourrons redresser les torts, afin que chacun se sente chez lui en Pologne. »
En répondant à Donald Tusk, le chef des populistes de Droit et Justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, l’a traité à la tribune d' »agent allemand » (ce qui est, au moins en partie exacte, puisque, pro-européen, la gauche plonaise est surtout dans une entente avec l’Allemagne, qui est le pays qui dicte ses règles selon ses intérêts politiques et économiques, à l’ensemble de l’Union Européenne). Jaroslaw Kaczynski accuse depuis longtemps la Coalition civique et Donald Tusk lui-même de représenter les intérêts allemands et russes. « La Pologne de mes rêves est celle sans hommes politiques qui vont agir en faveur des États étrangers », a-t-il déclaré, dénonçant un « malentendu social » et clamant « la fin de la démocratie » en Pologne.
Le vote sur la candidature de Donald Tusk a eu lieu après l’échec d’une tentative des nationalistes de former un nouveau gouvernement – ce qui était une évidence puisque l’union tripartite de gauche qui a profiter des failles de ce système électoral ou ce sont les parlementaires qui décident qui va gouverner, et non pas le peuple, par son vote, réunissait plus de 54% des votes de ces legislatives. Dans la journée, le Premier ministredu PIS, Mateusz Morawiecki, a présenté au Parlement son discours de politique générale mais a perdu aussitôt le vote de confiance par 266 voix contre et 190 favorables.
Même si la coalition des forces proeuropéennes a remporté, par défaut, les législatives du 15 octobre, c’est au pouvoir nationaliste sortant que le président Andrzej Duda, a d’abord confié la tâche de constituer un gouvernement, puisque c’est ce dernier qui a remporté les élections, lorsque l’on prend en compte les votes obtenus par chaque parti politique, retardant de près de deux mois l’établissement d’un nouveau gouvernement polonais.
Vote de confiance mardi
Composée par la Coalition Civique (KO, centre), la « Troisième Voie » (démocrate-chrétien) et La Gauche, la coalition proeuropéenne dispose de 248 députés, face à 194 élus du PiS et 18 autres de la Confédération (« extrême droite »), sur un total de 460 sièges.
Mardi, Donald Tusk devrait, selon les annonces officielles, présenter son propre discours de politique générale et son gouvernement, et se soumettre immédiatement au vote de confiance, avant de prêter serment mercredi pour achever les procédures requises par la Constitution et mettre formellement un terme aux huit ans du pouvoir nationaliste en Pologne.
Donald Tusk compte ainsi pouvoir représenter son pays au prochain sommet européen, ces jeudi et vendredi, à Bruxelles. « J’ai hâte de travailler avec vous, en commençant par l’important sommet européen de cette semaine », a d’ailleurs réagi, lundi soir, sur « X » la présidente de la Commission européenne allemande, Ursula von der Leyen. « Votre expérience et votre engagement fort envers nos valeurs européennes seront précieux pour rendre l’Europe plus forte », a-t-elle ajouté.
Le président-dictateur ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est lui aussi félicité de l’élection de Donald Tusk, appelant à « l’unité » face à Moscou. Lors de la campagne électorale, Donald Tusk s’est fait fort de débloquer des milliards d’euros d’aide européenne qui ont été gelés en raison de tensions de longue date entre Bruxelles et le gouvernement sortant. Il a également déclaré qu’il rétablirait la crédibilité de la Pologne au sein de l’UE et qu’il lui donnerait une voix importante dans le contexte de la guerre en cours dans l’Ukraine voisine.
« Je suis content que la Pologne retrouve le chemin du développement », s’est félicité le leader historique du syndicat « Solidarnosc » ( » Solidarité » en français) et ancien président polonais, Lech Walesa, qui a assisté au débat parlementaire.
Les attentes sont énormes envers ce futur gouvernement proeuropéen, mais les nationalistes populistes resteront une opposition puissante et continueront à contrôler plusieurs institutions d’État. Les analystes parlent d’une « toile d’araignée » tissée par le PiS autour de l’État, d’autant plus solide que le mandat présidentiel d’Andrzej Duda ne s’achève qu’en 2025 et qu’il peut à tout moment jouer de son droit de veto sur les lois adoptées par le Parlement.
Le parti nationaliste a ainsi nommé ses représentants à la tête de différentes institutions, avec des mandats souvent irrévocables, des procureurs au parquet national et environ 150 nouveaux juges, choisis par un organe critiqué par Bruxelles pour sa dépendance au PiS.
Christian Estevez & Joseph Kouamé