RDC : Ebola dépasse 2 000 morts dans l’Est, le manque d’aide et l’insécurité compliquent la riposte

Le bilan donne la mesure de la crise. Au 11 août, l’épidémie d’Ebola qui sévit dans l’Est de la République démocratique du Congo a fait 2 011 morts sur 4 381 cas confirmés, soit une létalité de 45,9 %. Cinq provinces sont désormais touchées, avec l’Ituri comme principal foyer. Déclarée le 15 mai, cette flambée due au virus Ebola de type Bundibugyo progresse à une vitesse inhabituelle.

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Le plus préoccupant est que le virus semble avoir circulé bien avant que l’épidémie ne soit officiellement déclarée. Des analyses génétiques font remonter les premières transmissions à janvier ou février en Ituri. Plusieurs mois se sont donc écoulés avant que l’ampleur du phénomène ne soit clairement établie. Entre-temps, le virus a trouvé un terrain particulièrement favorable.

Dans l’Est congolais, les équipes sanitaires travaillent au milieu des violences armées. En Ituri comme au Nord-Kivu, les déplacements de population, les zones difficiles d’accès et l’insécurité compliquent l’identification des malades et le suivi des personnes ayant été en contact avec eux. Or, face à Ebola, perdre la trace d’un contact peut suffire à laisser apparaître une nouvelle chaîne de transmission.

La crise sanitaire rencontre ainsi une crise sécuritaire qui dure depuis des années. Mais elle se heurte aussi à une autre fragilité : celle des moyens disponibles pour y répondre.

La réduction de plusieurs financements internationaux avant le début de l’épidémie avait déjà affaibli certains programmes de santé et de surveillance en RDC. Lorsque le virus a commencé à circuler, les capacités nécessaires pour le détecter rapidement n’étaient donc plus intactes. Les États Unis d’Amérique ont finalement annoncé, le 5 août, une enveloppe supplémentaire de 242 millions de dollars, portant leur engagement direct à 512 millions de dollars pour la réponse à Ebola et la préparation sanitaire.

Cette aide est devenue indispensable, mais son arrivée tardive pose une question difficile : peut-on rattraper avec des millions de dollars les mois perdus lorsque la surveillance d’un territoire a été affaiblie ?

La réponse est d’autant plus urgente que la souche Bundibugyo ne dispose toujours pas d’un vaccin homologué ni d’un traitement spécifique. Des essais de vaccins et de traitements sont en cours, mais ils ne peuvent pas constituer une solution immédiate.

Pour l’heure, la riposte repose donc sur les moyens les plus classiques : détecter rapidement les cas, isoler les malades, retrouver leurs contacts, soigner et convaincre les populations de collaborer avec les équipes sanitaires. Or ce sont précisément ces mécanismes que la guerre, les déplacements et le manque de ressources ont fragilisés.

L’enjeu dépasse désormais le seul bilan des décès. La RDC doit empêcher que le virus ne gagne davantage de terrain tout en reconstruisant le dispositif sanitaire capable de le suivre. L’aide internationale peut accélérer cette bataille, mais elle ne remplacera pas durablement un système de santé suffisamment solide pour repérer une prochaine menace avant qu’elle ne devienne une épidémie.

Dans l’Est congolais, la lutte contre Ebola est donc devenue une course contre le temps. Et, pour l’instant, le virus conserve une dangereuse longueur d’avance.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

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