Une alerte à la population, deux missiles détectés, puis une rupture commerciale avec Téhéran : en moins de vingt-quatre heures, la crise autour du détroit d’Ormuz a franchi un nouveau seuil. Mais une question demeure : que visaient réellement les missiles ?
Mardi 18 août, les autorités des Émirats Arabes Unis ont demandé à la population de se mettre à l’abri après avoir détecté une menace de missiles. Quelques heures plus tard, le ministère émirien de la Défense a annoncé que ses systèmes avaient détecté deux missiles balistiques provenant d’Iran.
Le premier est tombé hors des eaux territoriales émiraties ; le second dans les eaux territoriales du pays. Aucun des deux n’a frappé le territoire terrestre et aucun dégât au sol n’a été signalé.
Dans un premier temps, les autorités avaient parlé de missiles lancés « vers le pays ». Leur évaluation ultérieure est plus précise : les deux engins auraient visé la navigation maritime avant de tomber en mer. Cette nuance est importante. Elle interdit de présenter l’épisode comme un bombardement du territoire émirati.
Téhéran conteste
L’attribution des tirs à l’Iran vient des autorités émiriennes. Téhéran a ensuite nié avoir ciblé les EAU. Il faut donc distinguer le fait matériel (deux missiles détectés et tombés en mer de leur origine), et surtout de leur intention, qui font l’objet d’une confrontation entre les deux pays.
L’affaire n’est cependant pas restée sans conséquence politique. Mercredi 19 août, les Émirats Arabes Unis ont annoncé la suspension jusqu’à nouvel ordre des échanges commerciaux, commerciaux et financiers avec l’Iran, en invoquant l’escalade régionale. Le tir, même sans impact terrestre, aura donc produit un effet concret : il vient encore réduire les relations entre deux pays qui partageaient pourtant d’importants échanges économiques.
Pourquoi Ormuz est au centre de l’affaire ?
Pour comprendre l’importance de ces deux missiles, il faut regarder quelques dizaines de kilomètres plus loin. Le détroit d’Ormuz est devenu le principal point de confrontation entre Washington et Téhéran. Donald Trump affirme que le passage est ouvert et opérationnel ; l’Iran soutient qu’il restera fermé tant que les États-Unis d’Amérique n’auront pas satisfait plusieurs de ses exigences. Parmi celles-ci figurent notamment la levée du blocus naval imposé aux ports iraniens, la levée de sanctions pétrolières, le déblocage d’avoirs iraniens et l’arrêt des opérations militaires.
Le problème est que le trafic maritime demeure très inférieur à son niveau d’avant-guerre, malgré l’affirmation de Washington selon laquelle le détroit reste ouvert. Et les navires commerciaux ne sont plus de simples spectateurs de cette confrontation. Des bâtiments liés à la compagnie pétrolière publique émirienne ADNOC ont déjà été ciblés dans le détroit, selon les autorités émiraties.
Oman au milieu du face-à-face
Un troisième pays se retrouve désormais au centre du dossier : Oman.
Mascate tente de négocier avec Téhéran un mécanisme permettant de gérer la circulation maritime dans le détroit. Cette initiative pourrait offrir une porte de sortie aux négociations, mais elle se heurte aux exigences de Washington. Donald Trump a même menacé Oman à propos de son accord avec l’Iran, selon Associated Press.
Le paradoxe est donc saisissant : alors que Washington et Téhéran disent chacun défendre la liberté de navigation, ils ne s’accordent même plus sur la situation du détroit. Pour les États-Unis d’Amérique, Ormuz est ouvert ; pour l’Iran, il reste conditionné à des concessions étatsuniennes.
La voie diplomatique se rétrécit
Cette nouvelle tension intervient alors que Donald Trump a déclaré, ce mardi 18 août, qu’aucune discussion avec l’Iran n’était en cours et qu’aucune n’était programmée. Cette déclaration est venue contredire des propos tenus la veille par son émissaire Jared Kushner, qui avait évoqué des échanges avec Téhéran. Une source états-unienne citée par l’agence de presse Reuters a expliqué que les discussions avaient été suspendues et que Trump refusait leur reprise tant que l’Iran ne se rapprocherait pas des positions de Washington.
C’est là que les deux missiles prennent leur véritable signification.
Ils ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une nouvelle attaque iranienne contre les EAU. Ils témoignent en revanche d’une dégradation supplémentaire de la sécurité autour d’Ormuz, alors que les négociations sont suspendues, que la navigation reste fortement perturbée et que les États riverains commencent à prendre leurs propres décisions.
La décision émirienne de couper ses échanges avec l’Iran montre surtout que la crise autour d’Ormuz commence à modifier directement les relations entre les pays du Golfe, au-delà du seul face-à-face entre Washington et Téhéran. Et c’est probablement là que se trouve le véritable enjeu des prochains jours : non pas seulement savoir où sont tombés les deux missiles, mais déterminer jusqu’où la confrontation autour d’un détroit par lequel transite une part majeure du commerce mondial d’hydrocarbures peut entraîner les États qui vivent à ses portes.
Céline Dou
Photo : président des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed Al Nahyane AP Photo/Burhan Ozbilici