Conflit frontalier : le Cambodge et la Thaïlande s’accusent mutuellement devant l’ONU à Genève

Les tensions entre le Cambodge et la Thaïlande se sont de nouveau invitées aux Nations unies, à Genève. Lors d’une session tenue le 14 octobre, les deux pays ont échangé des accusations sur l’origine des affrontements frontaliers, la présence de mines antipersonnel et le déplacement de milliers de civils. Phnom Penh dénonce notamment l’occupation illégale de territoires cambodgiens par les forces thaïlandaises.

Les relations entre le Cambodge et la Thaïlande restent marquées par de vives tensions autour de leur frontière commune. Le 14 octobre, lors de la 77e session du Comité exécutif du Programme du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les représentants des deux pays ont livré des versions contradictoires des événements à l’origine des affrontements frontaliers.

À cette occasion, le représentant thaïlandais, Benjamin Sukanjanajtee, a accusé le Cambodge d’avoir déclenché le conflit, d’avoir posé de nouvelles mines antipersonnel à proximité de la frontière et d’avoir empiété sur le territoire thaïlandais. Des allégations auxquelles l’ambassadeur et représentant permanent du Cambodge, Ke Sovann, a fermement répondu en contestant la version présentée par Bangkok.

Phnom Penh rejette les accusations thaïlandaises

Exerçant son droit de réponse devant les représentants des États membres, Ke Sovann a catégoriquement rejeté les déclarations thaïlandaises, qu’il a qualifiées de fausses et d’infondées. Selon lui, ces accusations déforment la réalité sur le terrain et risquent d’induire la communauté internationale en erreur.

L’ambassadeur cambodgien a notamment contesté l’affirmation selon laquelle son pays serait à l’origine des hostilités. Il a rappelé qu’un incident survenu le 28 mai 2025 aurait marqué une nouvelle escalade des tensions entre les deux voisins.

« Le Cambodge n’a ni déclenché ni intensifié les hostilités », a-t-il déclaré, affirmant que des soldats thaïlandais avaient ouvert le feu sur une position militaire cambodgienne à cette date, tuant un soldat cambodgien. Cet événement aurait ensuite contribué à l’aggravation des tensions frontalières, selon la version présentée par Phnom Penh.

Les deux pays continuent ainsi de s’opposer sur la responsabilité du déclenchement des affrontements, chacun contestant les accusations formulées par l’autre.

20 000 civils cambodgiens toujours déplacés

Au-delà des divergences militaires et diplomatiques, le Cambodge a également mis en avant les conséquences humanitaires du conflit. Selon Ke Sovann, environ 20 000 civils cambodgiens demeurent déplacés après avoir été contraints de quitter leurs habitations en raison des affrontements.

L’ambassadeur a notamment évoqué des bombardements d’artillerie et des frappes aériennes attribués aux forces thaïlandaises, qui auraient touché des zones du territoire cambodgien.

Cette situation nourrit également un désaccord sur le lieu de résidence des populations déplacées. Alors que la partie thaïlandaise affirme que ces civils vivaient sur le territoire thaïlandais, le représentant cambodgien soutient qu’ils ont fui leurs domiciles situés en territoire cambodgien.

Pour étayer sa réponse, Ke Sovann a invoqué les registres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Selon lui, ces documents confirment que le rapatriement des réfugiés cambodgiens hébergés dans des camps en Thaïlande s’est achevé en mars 1999 et que l’ensemble de ces camps a ensuite été fermé.

Cette référence vise à contester l’argument selon lequel les personnes déplacées dans le contexte actuel résidaient initialement sur le territoire thaïlandais.

La frontière de 1904 et 1907 au cœur du différend

La question de la délimitation territoriale demeure l’un des principaux points de friction entre les deux pays. Devant les Nations unies, Ke Sovann a appelé Bangkok à respecter les frontières internationalement reconnues du Cambodge.

Il s’est appuyé sur la convention de 1904 et le traité de 1907 conclus entre la France et le Siam, ancien nom de la Thaïlande, ainsi que sur une carte à l’échelle de 1:200 000, qu’il affirme avoir été reconnue par la partie thaïlandaise.

Ces références historiques et cartographiques sont invoquées par Phnom Penh pour défendre sa position sur les limites territoriales et dénoncer ce qu’il considère comme des empiètements thaïlandais.

Le différend frontalier entre les deux États s’inscrit dans un contentieux ancien, alimenté par des désaccords sur la délimitation de certaines zones. Les affrontements et les accusations réciproques continuent de compliquer les efforts visant à stabiliser durablement la situation le long de leur frontière commune.

Des accusations autour des mines antipersonnel

Les mines terrestres constituent un autre sujet de confrontation diplomatique. La Thaïlande accuse les forces cambodgiennes d’avoir posé de nouvelles mines à proximité de la frontière, une pratique qui ferait peser des risques sur les militaires et les populations vivant dans les zones concernées.

Le Cambodge rejette catégoriquement ces accusations. Ke Sovann affirme que son pays n’a jamais posé de nouvelles mines antipersonnel et soutient que les incidents impliquant des soldats thaïlandais se sont produits dans d’anciens champs de mines situés en territoire cambodgien.

Selon l’ambassadeur, ces zones minées, héritées de la guerre civile cambodgienne, sont documentées et ne témoignent donc pas nécessairement de la pose récente d’engins explosifs.

Il a également réaffirmé l’engagement de son pays à respecter la Convention d’Ottawa, le traité international qui interdit notamment l’emploi, le stockage, la production et le transfert des mines antipersonnel et prévoit leur destruction.

Les accusations relatives aux mines restent ainsi au cœur des tensions, les deux parties défendant des versions opposées de l’origine des incidents signalés dans la région frontalière.

Phnom Penh dénonce une occupation illégale

Dans son intervention, Ke Sovann a par ailleurs accusé les forces thaïlandaises d’occuper illégalement certaines parties du territoire cambodgien. Il leur a également imputé la destruction d’habitations, d’infrastructures civiles et de biens culturels situés au Cambodge.

Face à cette situation, le représentant cambodgien a demandé à Bangkok de mettre immédiatement fin à toutes les activités qu’il juge illégales dans les zones concernées.

Il a particulièrement insisté sur la nécessité d’empêcher toute modification de la situation sur le terrain susceptible de créer un fait accompli, c’est-à-dire une situation imposée de fait avant qu’un règlement négocié ou juridique ne soit trouvé.

Phnom Penh réclame également des mesures permettant aux civils déplacés de regagner leurs domiciles dans des conditions sûres et dignes. Le gouvernement cambodgien considère ce retour comme une priorité humanitaire, mais aussi comme une question liée au respect de sa souveraineté territoriale.

Un différend toujours loin d’être réglé

Les échanges du 14 octobre à Genève illustrent la persistance des divergences entre les deux pays. Tandis que la Thaïlande accuse le Cambodge d’avoir provoqué les affrontements et d’avoir posé de nouvelles mines, Phnom Penh rejette ces allégations et accuse, à son tour, les forces thaïlandaises d’avoir ouvert le feu les premières, d’avoir occupé des territoires cambodgiens et d’avoir provoqué le déplacement de milliers de civils.

Les interventions devant le Comité exécutif du Programme du Haut-Commissaire témoignent ainsi d’une bataille diplomatique autour de la responsabilité des affrontements, de la délimitation de la frontière et des conséquences humanitaires du conflit.

Aucun élément présenté dans les déclarations rapportées ne permet, à lui seul, de trancher l’ensemble de ces accusations contradictoires. La situation demeure donc marquée par des versions opposées, tandis que la protection des populations civiles et le respect des frontières internationalement reconnues restent au centre des enjeux.

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