Sahara occidental : l’Algérie met en garde le Conseil de sécurité contre toute reconnaissance de la souveraineté marocaine

L’Algérie a mis en garde le Conseil de sécurité des Nations unies contre toute décision qui consacrerait la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. À l’approche d’une nouvelle résolution attendue à la fin du mois, Alger réaffirme que ce territoire demeure, selon sa position officielle, une question de décolonisation inachevée. Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions diplomatiques autour de l’avenir du territoire disputé.

Lors d’une intervention mardi devant la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU, Amar Bendjama, a exprimé l’opposition de son pays à toute décision qui reconnaîtrait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

« Aucune partie n’a le droit d’accorder la souveraineté sur le territoire, pas même le Conseil de sécurité », a-t-il déclaré, réaffirmant la position algérienne selon laquelle « le Sahara occidental demeure une question de décolonisation inachevée ».

Pour le diplomate algérien, une solution au conflit ne saurait être considérée comme juste et durable si ses termes étaient fixés à l’avance. « Aucune solution ne saurait être juste et durable si elle est imposée d’avance comme point de départ et comme point d’arrivée », a-t-il affirmé.

Cette déclaration vise notamment la proposition marocaine d’autonomie du Sahara occidental, que le Conseil de sécurité considère comme une base de négociation dans le cadre du règlement politique du conflit. Alger estime qu’une issue durable doit permettre aux Sahraouis de déterminer librement leur avenir.

Alger dénonce un accord aux dépens des Sahraouis

Au cours de son intervention, Amar Bendjama a également exprimé la profonde inquiétude de l’Algérie face à l’évolution du dossier du Sahara occidental. Il a dénoncé ce qu’il a qualifié de « marché honteux annoncé au grand jour, aux dépens d’abord des Palestiniens, puis des Sahraouis ».

Cette formule fait référence à l’accord tripartite conclu en 2020 entre le Maroc, les États-Unis et Israël. Dans le cadre de cet accord, Washington avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en contrepartie notamment de la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv.

L’Algérie, qui soutient le Front Polisario, considère cette reconnaissance américaine comme contraire au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Maroc, de son côté, défend sa souveraineté sur le territoire et présente son initiative d’autonomie comme une solution politique au conflit.

Le représentant algérien a également critiqué les pressions qu’il estime exercées sur les Sahraouis afin qu’ils renoncent à leurs aspirations à la liberté et à la dignité et acceptent le statu quo au nom du pragmatisme et du réalisme.

Cette prise de position intervient alors que le Front Polisario a lui-même menacé de revoir sa coopération avec Staffan de Mistura, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental. Les déclarations du mouvement indépendantiste et celles d’Alger traduisent les inquiétudes de leurs responsables face aux perspectives de règlement du conflit.

Une mise en garde adressée au Haut-Commissariat pour les réfugiés

La déclaration algérienne a également porté sur la situation des réfugiés sahraouis installés dans les camps de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie.

Alors qu’Alger s’oppose à un recensement officiel de ces populations par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Amar Bendjama a insisté sur les droits et la protection dont bénéficient les réfugiés sahraouis au regard du cadre international.

« Ces réfugiés disposent d’un statut garanti par les Nations unies, d’une protection assurée par les conventions internationales et d’un droit à l’assistance internationale », a-t-il déclaré.

Le diplomate a appelé les États membres de l’ONU à poursuivre leur soutien aux populations concernées. Il a notamment demandé le maintien de l’assistance humanitaire et des dispositifs de protection dans l’attente d’une solution politique au conflit.

« Soutien, protection et assistance aux réfugiés sahraouis » : tel est, selon lui, l’engagement que la communauté internationale doit continuer d’assurer jusqu’à l’aboutissement d’un règlement juste et durable.

Amar Bendjama a par ailleurs mis en garde le HCR contre toute utilisation de l’aide humanitaire comme moyen de pression sur les réfugiés. Il a dénoncé ce qu’il a présenté comme un risque de « chantage par la faim », estimant que les besoins essentiels des populations ne devaient pas servir à les contraindre à accepter une solution politique à court terme.

Une nouvelle résolution sous tension diplomatique

Les déclarations de l’Algérie interviennent à l’approche d’une nouvelle échéance diplomatique aux Nations unies, avec une résolution du Conseil de sécurité attendue à la fin du mois sur le Sahara occidental.

Ancienne colonie espagnole, le territoire est au cœur d’un conflit opposant le Maroc au Front Polisario depuis des décennies. Le Maroc contrôle la majeure partie du territoire et défend une solution fondée sur l’autonomie sous sa souveraineté. Le Front Polisario réclame, pour sa part, l’autodétermination du peuple sahraoui et défend son droit à l’indépendance.

L’ONU demeure engagée dans la recherche d’un règlement politique, tandis que l’Algérie soutient la position du Front Polisario et accueille sur son territoire les camps de réfugiés sahraouis.

En contestant par avance toute décision qui consacrerait la souveraineté marocaine, Alger entend rappeler que, selon son interprétation, le règlement du conflit doit reposer sur le droit à l’autodétermination. La prochaine résolution du Conseil de sécurité s’inscrit ainsi dans un contexte de divergences persistantes sur les conditions d’une issue politique au dossier du Sahara occidental.

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