États-Unis : À deux jours des midterms, Haley Stevens préfère soutenir le républicain Mike Rogers plutôt que le démocrate Abdul El-Sayed, sur fond de tensions liées à l’antisémitisme

À seulement 48 heures des élections de mi-mandat américaines, la course au Sénat dans le Michigan connaît un spectaculaire retournement de situation. Haley Stevens, élue démocrate centriste et ancienne adversaire d’Abdul El-Sayed lors des primaires du parti, a annoncé dimanche 1er novembre son soutien au candidat républicain Mike Rogers, plutôt qu’au candidat démocrate de son propre camp. Une décision exceptionnelle qui met en lumière les profondes divisions idéologiques et les tensions autour de l’antisémitisme au sein du Parti démocrate.

La prise de position de Haley Stevens constitue un véritable séisme politique. Battue par Abdul El-Sayed lors des primaires démocrates d’août, avec moins d’un point d’écart, la parlementaire avait initialement promis de soutenir le candidat investi par son parti. Elle a finalement choisi de franchir une ligne politique rarement franchie en apportant publiquement son soutien à Mike Rogers, candidat républicain appuyé par Donald Trump.

L’antisémitisme au cœur de la rupture

Pour comprendre ce revirement, il faut revenir aux tensions qui opposent les deux démocrates depuis plusieurs mois. Haley Stevens, connue pour son soutien affirmé à Israël, reproche notamment à Abdul El-Sayed ses prises de position particulièrement hostiles à la politique israélienne, ainsi que certaines ambiguïtés dans son entourage politique.

La controverse s’est intensifiée autour du commentateur Hasan Piker, connu pour ses déclarations controversées sur Israël et les questions juives, avec lequel El-Sayed a participé à plusieurs événements de campagne. Stevens a également dénoncé une publicité politique extérieure accusant Israël de contribuer à l’augmentation du prix des produits alimentaires aux États-Unis, qu’elle considère comme antisémite.

Elle avait notamment demandé à El-Sayed de condamner explicitement cette publicité et de prendre ses distances avec les discours qu’elle juge hostiles aux Juifs. Le candidat démocrate a affirmé que cette publicité n’avait pas été produite par son équipe et a déclaré ne pas en partager le contenu.

Dimanche, lors de l’annonce de son soutien à Mike Rogers, Haley Stevens a résumé sa position en déclarant : « Nous ne pouvons pas soutenir la haine. Nous ne pouvons pas soutenir Hasan Piker. »

Une décision qui provoque une crise chez les démocrates

Cette annonce a immédiatement provoqué une vague d’indignation dans les rangs démocrates. Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a qualifié la décision de Stevens de trahison inacceptable. Plusieurs responsables du parti lui ont également reproché de fragiliser les chances de leur candidat à quelques heures d’un scrutin particulièrement important.

La décision a aussi entraîné des démissions au sein de son équipe parlementaire, notamment celle de son chef de cabinet.

De son côté, Donald Trump a salué le courage de la parlementaire et s’est dit favorable à son éventuelle arrivée dans le camp républicain.

Un scrutin décisif pour le contrôle du Sénat

L’élection du Michigan représente l’un des enjeux majeurs des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026. Le siège, actuellement occupé par le démocrate Gary Peters, qui ne se représente pas, pourrait jouer un rôle déterminant dans la future composition du Sénat américain.

Face à Mike Rogers, Abdul El-Sayed, médecin et ancien responsable de santé publique, défend un programme progressiste et critique ouvertement le soutien militaire américain à Israël. S’il était élu, il deviendrait le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis.

Au-delà de la bataille électorale, cette affaire révèle une fracture profonde au sein du Parti démocrate : celle qui oppose les courants progressistes critiques d’Israël à une partie des élus et militants attachés au soutien de l’État hébreu et à la lutte contre l’antisémitisme.

Le choix de Haley Stevens pourrait ainsi peser sur les derniers jours de campagne et compliquer davantage la stratégie démocrate dans un État où chaque voix pourrait compter.

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