Archives pour la catégorie Culture

Cinéma : Tchéky Karyo, acteur français connu pour ses rôles dans « L’Ours » et « Nikita », est mort à 72 ans

L’acteur franco-turc Tchéky Karyo, figure marquante du cinéma français et international, est décédé le 31 octobre 2025 des suites d’un cancer, à l’âge de 72 ans. Connu pour ses rôles intenses et souvent sombres, il laisse derrière lui une filmographie riche de près de 80 films, allant du cinéma d’auteur aux grandes productions hollywoodiennes.

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Lagos Fashion Week 2025 : la mode africaine s’affirme sur la scène mondiale

Du 29 octobre au 2 novembre 2025, la capitale économique du Nigeria accueille la 15ᵉ édition de la Lagos Fashion Week. L’événement, devenu un repère incontournable pour la création africaine, met cette année l’accent sur la durabilité et l’essor industriel du continent dans le domaine de la mode.

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Une plateforme africaine de dimension internationale

Créée en 2011, la Lagos Fashion Week s’est imposée comme le principal rendez-vous de la mode africaine. L’édition 2025, organisée sous le thème « In Full Bloom », symbolise la maturité atteinte par un secteur longtemps sous-estimé mais désormais influent. L’événement rassemble des dizaines de créateurs venus du Nigeria et d’autres pays du continent, des acheteurs internationaux, des médias et des acteurs économiques de la filière textile.

Cette montée en puissance reflète la stratégie du Nigeria de positionner Lagos comme un pôle régional de l’industrie créative. Les défilés s’accompagnent de forums, d’ateliers et de partenariats économiques, confirmant que la mode n’est plus seulement un art, mais un secteur porteur de croissance et d’emploi.

La durabilité au cœur du projet

L’un des axes majeurs de cette édition est la mode durable, portée par le programme Green Access 2025. Cette initiative encourage les jeunes créateurs à réutiliser les déchets textiles et à valoriser les savoir-faire artisanaux. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation écologique de l’industrie africaine de la mode, soutenu par des institutions régionales et des partenaires financiers, tels que l’Africa Finance Corporation.

La Lagos Fashion Week 2025 a d’ailleurs été distinguée par le Earthshot Prize, dont elle est finaliste dans la catégorie « Build a Waste-Free World ». Une reconnaissance qui confirme la crédibilité internationale d’une approche conciliant créativité et responsabilité environnementale.

Un modèle inspirant pour l’Afrique francophone

Au-delà de la vitrine nigériane, la Lagos Fashion Week offre un modèle de structuration de la filière mode sur le continent. L’événement illustre ce qu’une alliance entre création, entrepreneuriat et innovation peut produire lorsque les États et le secteur privé s’engagent dans la même direction.

Pour les pays d’Afrique francophone, notamment le Cameroun, cette réussite constitue une source d’inspiration : valoriser l’artisanat local, renforcer la production textile, former de nouveaux créateurs et développer des circuits commerciaux internes au continent. L’expérience nigériane prouve qu’une politique culturelle et économique cohérente peut faire émerger une véritable industrie de la mode africaine.

Vers une économie créative intégrée

L’essor de la Lagos Fashion Week illustre une dynamique plus large : celle d’une économie créative africaine en voie d’intégration. Mode, musique, cinéma et design participent désormais d’une stratégie d’influence culturelle qui redéfinit la place du continent sur la scène mondiale.

Dans ce mouvement, la mode agit comme un miroir social et économique : elle raconte les mutations urbaines, la jeunesse, les imaginaires collectifs et les enjeux de souveraineté culturelle.

La Lagos Fashion Week 2025 n’est pas un simple défilé : c’est un manifeste pour une Afrique créatrice, durable et ambitieuse. En s’affirmant comme un carrefour de la mode mondiale, Lagos montre qu’il est possible de conjuguer esthétique, industrie et écologie. Une leçon dont l’Afrique francophone, et le Cameroun en particulier, gagneraient à s’inspirer pour faire émerger une filière cohérente et compétitive.

Celine Dou

Antilles françaises : les vestiges amérindiens de Sainte-Anne remettent en question le récit colonial

Le 25 octobre 2025, Mediapart a révélé la découverte de nombreux vestiges amérindiens à Sainte-Anne, sur la côte sud de la Martinique. Ces trouvailles archéologiques, effectuées sur le site du futur complexe hôtelier du Club Med, permettent de revisiter l’histoire précoloniale de l’île et interrogent la manière dont les civilisations locales ont été représentées dans le récit colonial traditionnel.

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Une mémoire archéologique méconnue

Les fouilles ont mis au jour des traces significatives de l’occupation amérindienne, révélant une société structurée, aux pratiques culturelles et économiques développées bien avant l’arrivée des colons européens. Des outils, des céramiques et des vestiges d’habitat témoignent de l’organisation complexe de ces communautés et de leur maîtrise de l’espace et des ressources naturelles.

Pour les spécialistes, ces découvertes contradissent l’idée longtemps entretenue d’une île « vide » ou « peu civilisée » avant la colonisation, rappelant que l’histoire des Antilles ne commence pas avec l’arrivée des Européens.

Un chantier touristique au cœur des débats

Le site concerné, au sud de Sainte-Anne, devait accueillir cinquante nouvelles chambres pour le Club Med, un projet reporté de près de deux ans en raison des fouilles archéologiques. Le conflit entre développement économique et préservation du patrimoine illustre la difficulté de concilier modernité et mémoire historique.

Pour de nombreux chercheurs et acteurs culturels locaux, cette situation pose une question éthique majeure : comment protéger et valoriser le patrimoine amérindien alors que le tourisme demeure une ressource économique essentielle pour l’île ?

Remise en question du récit colonial

Au-delà de l’archéologie, cette découverte invite à réfléchir sur la manière dont l’histoire des Antilles françaises a été écrite et transmise. Les vestiges amérindiens mettent en lumière une richesse culturelle souvent éclipsée par le récit colonial centré sur l’arrivée des Européens et l’esclavage.

En soulignant l’existence de sociétés autochtones complexes, les archéologues et historiens encouragent une réécriture plus équilibrée de l’histoire martiniquaise, intégrant les contributions et les modes de vie des peuples premiers de l’île.

Un enjeu identitaire et patrimonial

Cette découverte n’est pas seulement académique : elle touche directement à l’identité et à la mémoire collective. Dans un contexte où les débats sur la reconnaissance des cultures autochtones et la décolonisation des savoirs s’intensifient, ces vestiges deviennent un outil de réflexion et de dialogue pour la société martiniquaise.

Ils rappellent que la connaissance de l’histoire ne se limite pas aux archives coloniales, mais se nourrit également des traces matérielles laissées par ceux qui ont vécu sur l’île bien avant l’arrivée des Européens.

Celine Dou

Astérix en Lusitanie : les Portugais réagissent à l’hommage et aux clichés français

Le 23 octobre 2025, le 41ᵉ album des aventures d’Astérix, Astérix en Lusitanie, signé Fabcaro (scénario) et Didier Conrad (dessin), a été publié. Pour la première fois, les héros gaulois voyagent jusqu’en Lusitanie, correspondant à l’actuel Portugal. L’événement n’est pas seulement attendu par les amateurs de bande dessinée : il révèle également des tensions culturelles et identitaires, mises en lumière par les réactions des lecteurs et de la presse portugaise.

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Entre hommage et clichés : la perception portugaise

La réception au Portugal se caractérise par une ambivalence notable. Le critique José Marmeleira, dans le quotidien Público, exprime une forte déception : l’album apparaît davantage comme un produit économique que comme une œuvre humoristique et narrative. Selon lui, Astérix est devenu moins un héros qu’une marque, et les références portugaises du fado aux pastéis de nata, en passant par Viriate, le “Vercingétorix portugais” sont jugées stéréotypées et peu vivantes, incapables de restituer la richesse culturelle lusitanienne.

Pour d’autres observateurs, ces mêmes éléments constituent un hommage culturel : l’intégration du Portugal dans l’univers d’Astérix met en avant son histoire, ses traditions et ses paysages, et le soin apporté à l’iconographie et aux décors est salué. Ces réactions contrastées illustrent une tension universelle : la visibilité culturelle peut séduire tout en provoquant débat et questionnement lorsqu’elle repose sur des clichés ou des images simplifiées.

Au-delà de la simple réception, Astérix en Lusitanie illustre comment les grandes licences françaises participent au rayonnement international de la culture française, ou soft power. Les bandes dessinées populaires, de Tintin à Astérix, façonnent l’image de la France à l’étranger et diffusent certains imaginaires culturels.

L’album portugais met en lumière les défis de cette influence douce : tout en valorisant la culture lusitanienne, il montre que la perception locale peut diverger, certains lecteurs percevant l’œuvre comme réductrice ou exotisante, malgré l’intention d’hommage. La bande dessinée devient ainsi un outil de dialogue culturel, révélateur des différences de regard et des sensibilités historiques.

Un débat révélateur des enjeux culturels contemporains

L’album dépasse sa fonction de simple divertissement pour devenir un objet de réflexion sur la représentation interculturelle. Il illustre plusieurs enjeux contemporains :

  • La difficulté de représenter une culture étrangère sans tomber dans les clichés ;
  • La complexité des relations culturelles européennes, où humour et identité se mêlent ;
  • Le rôle des œuvres populaires dans le rayonnement et l’influence culturelle française, parfois perçus comme imposés ou simplifiés.

En combinant humour, aventure et références culturelles, Astérix en Lusitanie révèle la *mfragilité du consensus culturel : ce qui constitue un hommage pour certains peut être interprété comme une simplification pour d’autres. Le débat portugais autour de cet album illustre ainsi les enjeux actuels de la création culturelle internationale : entre visibilité, influence et respect des identités locales.

Celine Dou

En Suisse, la discorde des langues : quand le modèle du plurilinguisme s’essouffle face à l’uniformisation mondiale

Longtemps considérée comme un laboratoire d’équilibre linguistique et culturel, la Suisse voit aujourd’hui son modèle fragilisé par une querelle qui dépasse ses frontières. À l’heure où plusieurs cantons germanophones repoussent ou réduisent l’enseignement du français à l’école primaire, la cohésion d’un pays fondé sur le respect des différences semble vaciller. Une évolution symptomatique d’une époque où la logique d’efficacité globale menace la diversité linguistique jusque dans les sociétés qui l’avaient érigée en principe fondateur.

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Le multilinguisme, pilier d’une identité helvétique

Quatre langues nationales cohabitent officiellement sur le territoire suisse : l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Ce plurilinguisme n’est pas un simple héritage historique : il constitue l’architecture même de la Confédération. Depuis 1848, le pacte fédéral repose sur un équilibre subtil entre autonomie cantonale et unité nationale, chaque région cultivant sa langue, sa culture et son mode de vie.

Mais cet équilibre repose sur une condition : la volonté politique d’apprendre et de comprendre l’autre. Dès l’école primaire, les enfants germanophones apprennent traditionnellement le français, et les romands, l’allemand. Ce principe a longtemps symbolisé la confiance mutuelle entre régions. Or, depuis une décennie, la mécanique s’enraye.

Quand l’anglais supplante les langues sœurs

Dans plusieurs cantons alémaniques Saint-Gall, Thurgovie, Zurich des réformes éducatives ont repoussé l’enseignement du français à un stade plus tardif du cursus scolaire, privilégiant l’apprentissage précoce de l’anglais.
Les autorités locales justifient ce choix par un argument pragmatique : l’anglais, lingua franca des affaires et d’Internet, serait plus « utile » dans le monde globalisé.
Mais dans la Suisse romande, cette orientation passe mal. Le gouvernement du canton de Vaud a dénoncé une « rupture du contrat fédéral tacite » qui liait les régions par le bilinguisme scolaire.

Pour les francophones, ce recul du français n’est pas anodin : il traduit une mutation culturelle profonde, où la logique économique prend le pas sur la conscience identitaire. La Confédération helvétique, symbole d’équilibre et de respect mutuel, semble glisser vers une forme de standardisation anglo-saxonne que l’on observe ailleurs en Europe.

Le dilemme du fédéralisme éducatif

La Suisse n’a pas de ministère central de l’Éducation. Chaque canton fixe son programme, ses langues d’enseignement, ses priorités. Ce fédéralisme éducatif, autrefois garant de liberté, se retourne aujourd’hui contre l’idéal d’unité linguistique.
Faut-il imposer, au niveau fédéral, un socle commun garantissant l’apprentissage d’une seconde langue nationale dès le primaire ?
La question divise. Les cantons germanophones défendent leur autonomie, tandis que les francophones rappellent qu’il en va de la survie du lien confédéral.

Le Conseil fédéral s’efforce d’arbitrer sans heurter les sensibilités. Une proposition de loi, discutée en 2024, visait à rendre obligatoire l’enseignement d’une langue nationale dans les premières années de scolarité, mais elle se heurte à la résistance des cantons qui y voient une ingérence fédérale.

Un symptôme européen : le recul du plurilinguisme

La querelle suisse ne se réduit pas à un désaccord local : elle illustre un malaise européen plus vaste.
Partout sur le continent, l’anglais progresse au détriment des langues nationales. En Allemagne, l’apprentissage du français recule depuis dix ans ; en Scandinavie, le bilinguisme traditionnel s’efface devant la domination de l’anglais dans les médias et les entreprises.
Même au sein des institutions de l’Union européenne, la langue de Shakespeare s’impose, alors que le Royaume-Uni n’en fait plus partie.

La Suisse, qui se veut modèle de diversité, se retrouve donc en première ligne d’un conflit culturel global : celui d’un monde qui sacrifie la pluralité sur l’autel de l’efficacité.

Entre cohésion et uniformisation : le choix d’un modèle

L’enjeu dépasse la simple question scolaire. Derrière les manuels et les programmes se joue une philosophie du vivre-ensemble.
Le plurilinguisme suisse n’est pas une coquetterie institutionnelle : c’est un pilier de la démocratie consensuelle helvétique.
S’il venait à s’effriter, c’est une part du génie politique suisse cette capacité à faire tenir ensemble des communautés différentes sans les fondre dans un moule unique qui serait menacée.

Les querelles linguistiques de 2025 ne sont donc pas une simple anecdote éducative. Elles questionnent la capacité des nations démocratiques à préserver leur diversité à l’heure de la mondialisation. Et peut-être, au-delà du cas suisse, renvoient-elles à une interrogation universelle :
peut-on encore défendre la pluralité des voix dans un monde qui tend à parler d’une seule ?

Analyse : Celine Dou

Sorties salles (France) – 22 octobre 2025 : « La disparition de Josef Mengele », un film inoubliable

Ce semaine d’exploitation salles du 22 octobre est a retenir car ce qui sera, très probablement, le meilleur film de l’année (reste à voir ce que vaudra « Avatar 3 », à partir du 17 décembre prochain) fait partie des sorties salles hexagonales et il s’agit de « La disparition de Josef Mengele ». Impossible, donc de ne pas lui consacrer notre critique de cette semaine.

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Rebecca Young, 12 ans et “Fille de l’année” selon le magazine Time : quand une enfant réchauffe les sans-abri et supplée les politiques sociales

À douze ans, Rebecca Young, élève à Glasgow, a été désignée “Fille de l’année” par le magazine Time. Cette distinction, qui célèbre son invention d’une couverture chauffante pour les sans-abri, révèle une réalité inquiétante : dans une Europe pourtant riche, ce sont parfois les enfants qui imaginent des solutions là où les politiques sociales échouent. L’histoire de Rebecca dépasse le simple exploit technologique : elle interroge la responsabilité collective face à la pauvreté urbaine.

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Rebecca Young, 12 ans, a conçu un sac à dos convertible en couverture chauffante, alimentée par des panneaux solaires et une batterie intégrée, destiné aux personnes sans domicile. Son projet a été récompensé dans le cadre du concours britannique Primary Engineer, puis mis en œuvre avec le soutien du groupe industriel Thales Royaume-Uni. Une trentaine de prototypes ont déjà été distribués à des associations caritatives de Glasgow. Sa reconnaissance par Time, qui l’a élue “Fille de l’année” 2025, place cette initiative sur le plan international.

Une innovation née de l’observation sociale

Le projet de Rebecca est directement issu d’une expérience personnelle : voyant, un soir d’hiver, des personnes dormir dans la rue, elle a décidé d’agir. Cette initiative souligne une contradiction européenne majeure : dans un continent technologiquement avancé et doté de ressources importantes, certains citoyens restent exposés à des conditions extrêmes.

La couverture de Rebecca n’est pas seulement un objet technique : elle symbolise la capacité de la jeunesse à pallier les insuffisances des systèmes sociaux. Alors que la société adulte peine à réagir à la croissance du nombre de sans-abri, l’ingéniosité enfantine prend le relais, révélant une carence institutionnelle.

Le constat social derrière l’invention

Au Royaume-Uni, on estime que près de 280 000 personnes vivent sans logement stable. Glasgow, où Rebecca a grandi, n’échappe pas à cette réalité. Les associations locales dénoncent régulièrement le manque de coordination entre les politiques publiques et les besoins réels des populations fragiles.

Dans ce contexte, l’invention de la jeune Écossaise n’est pas anecdotique : elle incarne la réponse directe d’un citoyen à une urgence sociale. Elle interroge aussi le rôle de l’éducation et des programmes scientifiques : quand l’école et les concours stimulent la créativité au service du collectif, la jeunesse devient un vecteur de transformation sociale.

Une reconnaissance internationale symptomatique

Être élue “Fille de l’année” par Time n’est pas qu’un honneur personnel : c’est un signal médiatique qui souligne la pertinence sociale de l’innovation. Cependant, cette distinction pose une question : pourquoi faut-il qu’une enfant attire l’attention mondiale pour qu’une solution à un problème social devienne visible ?

Rebecca Young devient ainsi le symbole d’une Europe où les initiatives privées ou individuelles compensent les manques des politiques publiques. Sa médiatisation internationale, y compris à travers une figurine réalisée par Lego à son effigie, illustre la fascination occidentale pour l’ingéniosité enfantine, parfois au détriment d’une réflexion sur les causes structurelles de la pauvreté.

Analyse et mise en perspective

L’histoire de Rebecca Young interroge le rapport entre technologie, solidarité et responsabilité sociale. Elle démontre que :

  • La jeunesse européenne peut anticiper et agir là où les institutions échouent.
  • Les problèmes structurels (logement, pauvreté, exclusion sociale) restent partiellement ignorés malgré les ressources disponibles.
  • La médiatisation de l’initiative souligne l’écart entre reconnaissance symbolique et action politique concrète.

Cette dynamique n’est pas propre à l’Europe : elle trouve des échos dans de nombreux pays où la société civile tente de combler les défaillances étatiques. Pour l’Afrique, cet exemple peut inspirer des programmes éducatifs et technologiques orientés vers des solutions sociales locales.

Rebecca Young, en inventant une couverture chauffante pour les sans-abri, ne se contente pas de réaliser un exploit technique : elle met en lumière une Europe en tension entre richesse matérielle et responsabilité sociale. Sa distinction par Time est symbolique, mais elle révèle surtout la capacité de la jeunesse à devenir un acteur critique et créatif face aux manquements des politiques publiques.

Cette histoire invite les sociétés à réfléchir : si une enfant peut inventer des solutions là où l’État échoue, la question du progrès social et de la solidarité devient inévitable.

Celine Dou, pour la boussole-infos

P. Diddy, la chute d’un empire : entre rumeurs d’agression et réalité carcérale aux États-Unis d’Amérique

Le destin de Sean Combs, alias P. Diddy, illustre la fragilité d’un empire bâti sur la démesure et la célébrité. Après des décennies au sommet de l’industrie du divertissement états-unienne, le producteur et entrepreneur est désormais confronté à la brutalité du monde carcéral. Condamné à plus de quatre ans de prison pour transport de personnes à des fins de prostitution, il est aujourd’hui au cœur de nouvelles rumeurs : selon plusieurs médias anglophones, il aurait été agressé en détention, un couteau improvisé posé sur la gorge. Une information spectaculaire mais encore non confirmée officiellement qui alimente le feuilleton d’une descente aux enfers médiatisée.

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Katy Perry au Royaume-Uni : concerts et gestes humanitaires pour des enfants malades

La pop star états-unienne Katy Perry poursuit sa tournée mondiale The Lifetimes Tour, qui l’a récemment conduite au Royaume-Uni. Entre spectacles et interactions avec ses fans, l’artiste a également posé un geste humanitaire notable, rencontrant des enfants atteints de maladies graves et illustrant le rôle social que peuvent jouer les personnalités publiques.

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Une tournée marquée par le retour sur scène au Royaume-Uni

Après plus de sept ans d’absence, Katy Perry est revenue sur le territoire britannique avec des concerts à Glasgow, Manchester, Sheffield, Birmingham et Londres. La tournée, qui accompagne son septième album 143, a débuté le 7 octobre 2025 à l’OVO Hydro de Glasgow et se poursuivra à travers l’Europe et le reste du monde jusqu’au 7 décembre 2025, avec un total de 93 concerts prévus sur cinq continents.

Ses prestations mêlent les grands succès de sa carrière « Firework », « Roar », « Teenage Dream » à des titres plus récents, tels que « Artificial » et « Teary Eyes ». Chaque spectacle se distingue par des mises en scène spectaculaires et une interaction constante avec le public.

Un engagement humanitaire concret

Au-delà de la scène, Katy Perry a montré une attention particulière envers les enfants malades. Le 13 octobre 2025, avant son concert à Londres au O2 Arena, elle a rencontré neuf jeunes patients, dont Florrie Bark, 9 ans, qui lutte contre le cancer et milite pour la sensibilisation via sa propre organisation caritative Bemorefab.

L’artiste a pris le temps de connaître chacun des enfants, s’intéressant à leurs goûts, à leurs centres d’intérêt et à leur parcours. Elle a partagé des sourires, pris des photos et encouragé ces jeunes, offrant un moment de répit loin des contraintes médicales. Les familles présentes ont souligné l’impact positif de cette rencontre, qui a créé des souvenirs durables pour les enfants et leurs proches.

Ce geste s’inscrit dans l’engagement continu de Katy Perry, notamment à travers sa fondation Firework Foundation, qui vise à inspirer et soutenir les jeunes en difficulté grâce aux arts et à des programmes éducatifs.

Une portée internationale

Si cet acte humanitaire prend place au Royaume-Uni, son impact résonne à l’échelle mondiale. La tournée de Katy Perry attire un public international et médiatise des initiatives sociales souvent méconnues. Elle illustre ainsi la capacité des artistes à mobiliser leur notoriété pour des causes sociales, tout en maintenant leur rôle dans l’industrie culturelle.

Celine Dou

Portugal : la gauche dénonce, la droite légifère quand l’égalité des sexes devient un champ idéologique

Le Parlement portugais a adopté, vendredi 17 octobre 2025, une loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Le texte, porté par le parti d’extrême droite Chega et soutenu par les formations du centre-droit, a été rejeté par l’ensemble des partis de gauche. Derrière ce vote clivant, une contradiction idéologique saute aux yeux : les partisans autoproclamés de l’égalité entre hommes et femmes refusent une loi qui, selon ses défenseurs, la garantit dans l’espace public tandis que la droite, souvent accusée de conservatisme, se fait paradoxalement championne d’une visibilité féminine imposée.

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Une loi sur la visibilité, adoptée par la droite

Le texte adopté à Lisbonne interdit à quiconque de se dissimuler le visage dans les lieux publics. Officiellement, il s’agit de préserver l’égalité, la sécurité et le civisme. Dans les faits, la mesure vise surtout le port du niqab et de la burqa, symboles d’un effacement du visage féminin dans l’espace commun.

Le projet, proposé par André Ventura, chef du parti Chega, a reçu le soutien du Partido Social Democrata (PSD) et d’autres formations de droite. Il prévoit des amendes de 200 à 4 000 euros pour toute infraction, et jusqu’à trois ans de prison pour quiconque contraint une femme à se voiler intégralement.

Lors du débat, Ventura a invoqué la défense des femmes portugaises :

« Aujourd’hui, nous protégeons vos filles, nos filles, pour qu’elles ne soient jamais forcées de porter la burqa dans ce pays. »

À l’opposé, le Partido Socialista (PS), le Bloco de Esquerda (BE), le Partido Comunista Português (PCP) et le mouvement Livre ont voté contre. Leur argument : la loi serait stigmatisante, discriminatoire et contraire à la liberté religieuse.

Le paradoxe idéologique de la gauche portugaise

Le refus des partis de gauche surprend. Depuis des décennies, ces formations se présentent comme les gardiennes de la laïcité, de la liberté des femmes et de la neutralité de l’État face aux religions. Leur discours s’oppose régulièrement à l’influence du catholicisme dans la sphère publique. Pourtant, lorsque la question touche à l’islam, la posture change : la laïcité devient suspecte, l’émancipation féminine relativisée.

Il est dès lors légitime de s’interroger : peut-on défendre l’égalité des sexes tout en tolérant qu’une partie de la population féminine vive voilée jusqu’au visage ?
Les militants de gauche répondent que la liberté de se couvrir relève d’un choix individuel, et qu’interdire ce choix serait une nouvelle forme d’oppression.
Mais la question de fond demeure : comment concilier liberté individuelle et valeurs civiques partagées, parmi lesquelles la visibilité du visage condition première du lien social ?

Une mesure de civisme plus que de religion

L’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public n’est pas une invention de l’extrême droite. En France, en Belgique, au Danemark ou en Autriche, des lois similaires ont été adoptées depuis plus d’une décennie, souvent au nom du vivre-ensemble. Le principe repose sur un fait simple : dans une société démocratique, la reconnaissance mutuelle passe par la visibilité du visage.
Ne pas montrer son visage, c’est refuser à autrui la possibilité d’évaluer son attitude, d’entrer en relation, de construire la confiance réciproque base élémentaire du civisme.

Ce rappel semble aujourd’hui presque naïf tant le débat est devenu passionnel. Pourtant, il y a quelques années encore, l’idée même de se présenter à visage découvert allait de soi dans les espaces communs. L’effacement du visage, qu’il soit religieux ou non, traduit un recul du lien social plus qu’un progrès de la liberté.

La droite, entre principe d’ordre et récupération identitaire

Il serait toutefois illusoire de voir dans le vote de la droite portugaise un acte purement humaniste. Derrière le discours sur l’égalité se profile un agenda politique : celui de la défense d’une identité nationale perçue comme menacée par l’immigration et la diversité religieuse.
En d’autres termes, la droite agit au nom de l’égalité, mais par souci d’ordre. La gauche, elle, s’y oppose au nom de la liberté quitte à se contredire sur le plan de la cohérence morale.

Ce clivage révèle moins une divergence sur les valeurs que sur leur hiérarchie :

  • La droite place la visibilité et la norme commune au-dessus de la liberté individuelle.
  • La gauche érige la liberté de conscience en principe absolu, même lorsque celle-ci conduit à un effacement de soi dans l’espace public.

Une question européenne

Au-delà du Portugal, ce vote réactive un vieux débat européen : celui de savoir si l’égalité doit être imposée ou choisie.
L’Europe libérale moderne tend à confondre liberté et neutralité, oubliant que la laïcité ne consiste pas à effacer toute norme, mais à fixer un cadre commun où chacun peut exister en égal.
Dans cet esprit, la loi portugaise ne devrait même pas prêter à controverse : montrer son visage dans l’espace public est l’un des fondements mêmes du vivre-ensemble démocratique.

Un symbole plus qu’une mesure

Les observateurs notent enfin que le port du voile intégral reste extrêmement marginal au Portugal. Le débat dépasse donc la simple application pratique de la loi. Il révèle un choc culturel entre deux conceptions de la liberté :

  • celle, universaliste, qui considère l’égalité comme condition première de la dignité ;
  • et celle, individualiste, qui voit la liberté comme absolue, y compris lorsqu’elle conduit à l’auto-effacement.

L’interdiction du voile intégral au Portugal met en lumière une inversion symbolique : c’est la droite qui légifère au nom de l’égalité, et la gauche qui s’y oppose au nom de la liberté.
Ce renversement ne dit pas seulement quelque chose du Portugal : il illustre une crise plus profonde de la pensée politique occidentale, où les mots « égalité », « liberté » et « laïcité » ne recouvrent plus les mêmes réalités.
Au bout du compte, la vraie question n’est peut-être pas religieuse mais sociale : quelle société voulons-nous ? Une société du visage découvert, du lien visible, de l’égalité des présences ? Ou une société du pluralisme absolu, quitte à ce que certains disparaissent du regard des autres ?

Celine Dou