Archives du mot-clé #Politique

FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Le député de La France insoumise fait l’objet d’une plainte déposée par son ex-épouse autour du 22 juillet, selon les informations du Journal du dimanche. Le dossier concerne un différend familial autour de leur fils et des pensions alimentaires que la plaignante affirme ne pas avoir reçues. L’existence de cette procédure était restée publique inconnue jusqu’à sa révélation, le 29 août.

Lire la suite: FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Sébastien Delogu fait l’objet d’une plainte dont l’existence n’avait pas été rendue publique jusqu’ici. Le Journal du dimanche rapporte que son ex-épouse a saisi la police aux alentours du 22 juillet, après un épisode conflictuel concernant leur fils.

Selon le récit rapporté par le quotidien, le député aurait voulu récupérer ses enfants avant de repartir avec son fils. Son ex-épouse aurait ensuite gagné un commissariat pour déposer plainte. L’enfant aurait finalement été ramené dans la nuit.

La plaignante aurait également signalé des pensions alimentaires qu’elle affirme ne pas avoir reçues. Le Journal du dimanche indique que Sébastien Delogu avait été convoqué au commissariat le 11 août dans cette affaire et qu’il ne s’y serait pas présenté. Une nouvelle convocation lui aurait ensuite été adressée pour le 26 août.

Ces informations décrivent les faits tels qu’ils sont rapportés par le Journal du dimanche et les déclarations attribuées à l’ex-épouse. Elles ne constituent pas une décision de justice. Les suites judiciaires de cette plainte ne sont pas connues.

La révélation survient après une garde à vue

Le nom de Sébastien Delogu est déjà au centre d’une autre procédure judiciaire.

Le 24 août, trois policiers en civil se sont rendus dans l’immeuble marseillais où réside le député. Ils recherchaient un homme soupçonné d’avoir volé une montre. Une altercation a opposé les fonctionnaires à l’élu.

Les policiers affirment que le député s’est opposé à leur intervention et leur a adressé des insultes. Sébastien Delogu conteste leur récit. Il affirme notamment que les policiers ne lui auraient pas immédiatement indiqué leur qualité et soutient avoir lui-même subi des violences physiques et verbales. Les trois fonctionnaires ont porté plainte ; le député a également saisi la justice.

Le 27 août, Sébastien Delogu s’est présenté au commissariat central de Marseille avec son avocat. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Après plus de huit heures, il a été libéré.

La justice lui a fixé une prochaine échéance au 13 novembre 2026. Le député doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Marseille pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Au lendemain de sa garde à vue, Sébastien Delogu a donné sa version des événements. Il affirme avoir été « injurié et agressé » et conteste avoir voulu empêcher les policiers d’effectuer leur intervention.

Une plainte familiale déposée avant l’affaire des policiers

La chronologie permet de comprendre la portée de l’information révélée par le Journal du dimanche.

La plainte de l’ex-épouse aurait été déposée autour du 22 juillet, soit plus d’un mois avant l’altercation survenue dans l’immeuble du député, le 24 août. Elle n’est donc pas la conséquence de cette affaire et ne constitue pas une procédure ouverte à la suite de sa garde à vue.

Ce que le Journal du dimanche rend public le 29 août, c’est l’existence de cette procédure familiale, alors que Sébastien Delogu vient de passer plusieurs heures en garde à vue et qu’il doit désormais répondre devant le tribunal correctionnel de Marseille des faits d’outrage qui lui sont reprochés.

Les deux dossiers suivent leurs propres chemins judiciaires. Dans l’affaire familiale, les accusations rapportées contre le député restent celles de la plaignante et devront être examinées par les autorités compétentes. Dans l’affaire marseillaise, Sébastien Delogu conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir lui-même été victime des policiers.

Pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée dans l’une ou l’autre de ces affaires.

Celine Dou

France – Présidentielle 2027 : jugeant les Écologistes incapables de gagner seuls, Yannick Jadot rallie Raphaël Glucksmann

Yannick Jadot apporte son soutien à Raphaël Glucksmann au lendemain de l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2027. Le sénateur écologiste estime que son camp ne dispose pas, à lui seul, des moyens politiques pour remporter l’élection. Il participera à la préparation des 100 premiers jours d’une éventuelle présidence Glucksmann, avec un projet d’« état d’urgence écologique ».

Lire la suite: France – Présidentielle 2027 : jugeant les Écologistes incapables de gagner seuls, Yannick Jadot rallie Raphaël Glucksmann

Yannick Jadot a choisi Raphaël Glucksmann. L’ancien candidat écologiste à la présidentielle de 2022 a annoncé son soutien lundi 24 août sur France Inter, quelques heures après l’officialisation de la candidature de Glucksmann.

Pour justifier son choix, le sénateur écologiste ne s’est pas contenté d’invoquer une proximité politique. Il a reconnu les limites de sa propre famille politique dans la course présidentielle. Selon lui, « l’écologie politique pour cette élection présidentielle n’est pas en capacité de rassembler et de jouer la gagne ».

Jadot considère Raphaël Glucksmann comme le candidat le mieux placé pour réunir plusieurs électorats autour de la justice sociale, de l’écologie, de la démocratie et de l’Europe. Il estime également que le député européen dispose d’une possibilité réelle de victoire.

Une candidature Glucksmann à peine officialisée

Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature dimanche 23 août. Le député européen de Place publique participera à la primaire sociale-démocrate prévue en octobre avec le Parti socialiste et son propre mouvement.

Cette primaire doit départager plusieurs personnalités de la gauche sociale-démocrate avant le premier tour de la présidentielle. Glucksmann cherche ainsi à construire une candidature capable de dépasser les seuls rangs de Place publique.

Le soutien de Jadot lui apporte une figure connue de l’écologie politique. En 2022, l’ancien candidat écologiste avait obtenu 4,6 % des suffrages au premier tour de la présidentielle.

Jadot ne rejoint toutefois pas Glucksmann uniquement pour soutenir sa candidature. Il doit également travailler sur le programme écologique du futur candidat.

Jadot chargé des 100 premiers jours

En cas de victoire de Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot devra préparer les mesures des 100 premiers jours consacrées à l’écologie. Il a notamment évoqué la création d’un « état d’urgence écologique ».

Le dispositif doit porter sur plusieurs priorités : renforcer les moyens des pompiers, protéger les populations les plus vulnérables face aux conséquences du changement climatique et adapter les territoires.

Le choix de Jadot donne donc une place importante à l’écologie dans le projet de Glucksmann. Il ne signifie pas pour autant que les deux hommes partagent toutes les mêmes positions.

La question de l’énergie reste notamment sensible. Glucksmann est favorable au développement de nouveaux réacteurs nucléaires, tandis que Jadot défend depuis longtemps une position beaucoup plus critique à l’égard du nucléaire. Leur rapprochement repose donc sur des convergences politiques, sans effacer leurs divergences.

Les Écologistes face à un choix stratégique

La décision de Yannick Jadot intervient aussi dans une famille écologiste qui doit encore déterminer sa stratégie pour 2027.

Marine Tondelier défend l’existence d’un courant écologiste autonome. D’autres responsables écologistes souhaitent travailler avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Jadot, lui, choisit désormais le camp de la social-démocratie représenté par Glucksmann.

La différence entre ces orientations dépasse la seule question du candidat. Elle porte sur la conception même du rassemblement de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon veut construire une candidature autour de La France insoumise et de son propre projet politique. Raphaël Glucksmann défend une autre ligne : une gauche sociale-démocrate, écologiste et attachée à la construction européenne. Le Parti socialiste et Place publique doivent précisément tenter de donner une forme électorale à cette seconde orientation à travers la primaire annoncée pour octobre.

Pour les Écologistes, le choix sera donc déterminant. Une candidature autonome permettrait au mouvement de défendre directement son programme, mais risquerait de disperser davantage les voix de gauche. Un rapprochement avec Glucksmann offrirait une autre possibilité : peser sur une candidature plus large et obtenir des garanties sur la place de l’écologie dans son programme.

Glucksmann veut élargir son électorat

Le soutien de Jadot apporte à Raphaël Glucksmann un appui politique qui dépasse le cadre de Place publique. Le candidat cherche à réunir des électeurs sociaux-démocrates, écologistes et pro-européens autour d’une même candidature.

Son résultat aux élections européennes de 2024 constitue l’un de ses principaux points d’appui. La liste commune de Place publique et du Parti socialiste avait obtenu 13,83 % des suffrages et terminé devant celle de La France insoumise.

Mais une présidentielle impose une autre échelle. Glucksmann doit désormais transformer cette base électorale en candidature nationale, obtenir les parrainages nécessaires et convaincre une gauche qui reste divisée sur son candidat et sur sa stratégie.

Le soutien de Jadot ne règle aucune de ces difficultés. Il apporte cependant à Glucksmann un relais supplémentaire auprès d’un électorat écologiste qui sera particulièrement disputé dans les mois à venir.

Une gauche toujours sans candidat commun

À ce stade, aucune des principales composantes de la gauche n’a réussi à imposer une candidature commune pour 2027.

La France insoumise avance avec Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste et Place publique préparent leur primaire sociale-démocrate. Les Écologistes doivent encore arrêter leur stratégie définitive.

Le choix de Yannick Jadot constitue donc un positionnement clair : plutôt que de défendre une candidature écologiste autonome, il préfère soutenir un candidat qui, selon lui, peut réunir davantage de Français et atteindre le second tour.

Cette décision pourrait alimenter les discussions au sein des Écologistes dans les prochains mois. Elle pose une question simple à la famille écologiste : faut-il chercher à gagner la présidentielle avec un candidat issu de l’écologie politique ou utiliser une candidature plus large pour imposer ses priorités au futur pouvoir ?

Yannick Jadot a choisi sa réponse. Raphaël Glucksmann devra maintenant démontrer qu’il peut transformer ce soutien en force électorale.

Celine Dou

Cameroun : 74 jours d’absence, des rumeurs sur sa santé, des questions sur le pouvoir… Paul Biya est de retour, ce 20 août 2026

Pendant 74 jours, une question aura occupé une place singulière dans la vie publique camerounaise : où est Paul Biya ? Parti de Yaoundé le 7 juin pour ce qui avait été annoncé comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais n’est finalement rentré que ce jeudi 20 août. Entre-temps, son absence a dépassé le simple cadre d’un déplacement présidentiel. Elle a nourri des rumeurs sur son état de santé, provoqué des démentis officiels, suscité des interrogations sur l’exercice du pouvoir et replacé, plus tôt que prévu, la question de l’après-Biya au centre des conversations politiques.

Lire la suite: Cameroun : 74 jours d’absence, des rumeurs sur sa santé, des questions sur le pouvoir… Paul Biya est de retour, ce 20 août 2026

Paul Biya est de nouveau au Cameroun. À 93 ans, le chef de l’État a atterri jeudi après-midi à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, en provenance de Genève, avant de rejoindre le palais de l’Unité. Son retour met fin à la plus longue absence de son règne hors du territoire national. Il ne met cependant pas fin aux questions apparues pendant ces dix semaines : sur sa santé, sur la manière dont le pouvoir a fonctionné sans sa présence physique et sur le mécanisme appelé à organiser la succession du chef de l’État en cas de vacance.

Une absence qui devait être courte

Le 7 juin, lorsque Paul Biya quitte le Cameroun accompagné de son épouse Chantal Biya, rien ne laisse officiellement présager une absence aussi longue. Le séjour est présenté par les services de la présidence comme un déplacement privé de courte durée en Europe.

Les jours passent pourtant sans retour ni apparition publique du président. Genève devient progressivement le point de référence de ce séjour, tandis que les informations officielles sur son agenda restent rares. Une absence qui, au départ, pouvait encore être considérée comme une affaire privée finit ainsi par devenir une question publique.

À mesure que les semaines s’accumulent, le silence devient lui-même une information. Cinquante jours, puis davantage. Le record d’absence est dépassé. Dans un pays où Paul Biya exerce le pouvoir depuis 1982, où la présidence concentre une grande partie des décisions politiques et où le chef de l’État est âgé de 93 ans, cette durée ne pouvait rester sans conséquences sur le débat public.

Quand l’absence laisse la place aux rumeurs

C’est alors que les « mauvaises langues » entrent en scène.

Les spéculations ne portent plus seulement sur la date du retour. Elles touchent directement à l’état de santé du président. Des rumeurs d’hospitalisation circulent, puis des affirmations beaucoup plus graves vont jusqu’à annoncer sa mort.

Le gouvernement finit par sortir de son silence. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, assure début août que Paul Biya est vivant et affirme qu’il travaille depuis Genève. Il annonce également son retour prochain. Ces déclarations visent à mettre un terme aux rumeurs les plus alarmistes.

Le 18 juin déjà, René Emmanuel Sadi avait démenti l’information selon laquelle le président aurait été hospitalisé dans une clinique genevoise. Mais le démenti n’a pas suffi à faire disparaître les interrogations. L’absence prolongée, l’absence d’images publiques et la rareté des informations officielles ont continué à alimenter les discussions.

Il faut ici séparer les faits des rumeurs. Rien ne permettait d’établir que Paul Biya était mort ou incapable d’exercer ses fonctions. En revanche, il est établi que ces affirmations ont circulé et qu’elles ont contraint le pouvoir à les démentir publiquement.

C’est précisément cette différence qui compte. Une rumeur n’est pas une information. Mais lorsqu’une rumeur devient suffisamment persistante pour obliger un gouvernement à communiquer, elle devient un fait politique à part entière.

Le pouvoir, lui, continuait de fonctionner

L’autre pièce du puzzle est moins spectaculaire, mais beaucoup plus importante.

Pendant que Paul Biya demeurait en Suisse, des actes présidentiels continuaient d’être pris. Des décrets ont été signés à distance, notamment dans le domaine militaire. Le pouvoir camerounais entendait ainsi montrer que l’absence physique du président ne signifiait pas une absence du chef de l’État dans la conduite des affaires publiques.

C’est là qu’une distinction essentielle apparaît : être absent du territoire n’est pas constitutionnellement la même chose qu’être absent du pouvoir.

Le gouvernement soutenait que le président continuait à travailler. Ses opposants, eux, ont progressivement dénoncé un fonctionnement du pays « en pilote automatique » et demandé que la question de sa capacité à exercer ses fonctions soit examinée.

Le Conseil constitutionnel n’a finalement pas engagé de procédure d’intérim pendant cette période. Le pays a donc continué à fonctionner avec Paul Biya officiellement aux commandes, mais physiquement absent.

Une coïncidence institutionnelle difficile à ignorer

Il existe pourtant une autre pièce, antérieure au départ du président, qui donne à cette absence une portée supplémentaire.

En avril 2026, le Cameroun a réintroduit dans sa Constitution la fonction de vice-président. Le projet avait été présenté alors que Paul Biya, âgé de 93 ans, venait d’entamer un huitième mandat. Reuters avait déjà relevé que cette fonction pouvait notamment jouer un rôle dans la continuité du pouvoir en cas de décès ou d’incapacité du chef de l’État.

La réforme a ensuite été promulguée. Mais pendant l’absence de Paul Biya, le poste est resté vacant. Cette situation a donné une résonance particulière aux interrogations sur la succession : le pays venait précisément de modifier son architecture institutionnelle en prévision de la continuité du pouvoir, sans encore disposer d’un vice-président.

Il ne faut pas pour autant transformer cette réforme en preuve d’un scénario préparé. Elle constitue un élément du contexte, pas la démonstration d’une intention cachée.

Mais dans un pays dirigé par le même homme depuis 1982, où la question de sa succession revient régulièrement, le rapprochement était inévitable.

L’après-Biya s’est invité avant même son retour

Pendant que le président demeurait à Genève, la question n’était donc plus seulement : quand reviendra-t-il ?

Elle devenait : que se passerait-il s’il ne pouvait plus exercer ses fonctions ?

Des responsables de l’opposition ont appelé le Conseil constitutionnel à examiner la situation. Dans le même temps, les spéculations sur la succession se sont intensifiées. La création récente de la vice-présidence a donné une nouvelle dimension à ces débats, tandis que des rivalités et des positionnements autour de l’après-Biya ont été rapportés dans les cercles proches du pouvoir.

Même la vie interne du RDPC a été observée sous cet angle. Fin juillet, le parti au pouvoir a réuni plusieurs de ses hauts responsables alors que l’absence du président commençait à susciter des critiques croissantes. La réunion avait été présentée comme une séance de travail, sans que son agenda détaillé soit rendu public.

Ainsi, pendant que certains comptaient les jours avant le retour du président, d’autres commençaient déjà à regarder ce qui pourrait se passer après lui.

Et puis, Paul Biya est revenu

Jeudi 20 août, la réponse est finalement arrivée par l’image.

Paul Biya a atterri à Yaoundé-Nsimalen vers 16 h 45, en provenance de Genève. Il a ensuite quitté l’aéroport à bord de son cortège pour rejoindre le palais de l’Unité. Des militants du RDPC s’étaient massés le long du parcours pour saluer son retour. Le président, aperçu à bord de son véhicule, leur a fait signe à travers une vitre entrouverte.

Son retour est donc bien réel.

Il apporte une réponse très concrète à certaines des spéculations qui ont accompagné ces dernières semaines : Paul Biya n’est pas mort. Il est rentré au Cameroun et reprend physiquement place au sommet de l’État.

Mais il serait trop simple d’en conclure que les 74 jours précédents n’ont été qu’une parenthèse.

Car les questions soulevées par cette absence ne disparaissent pas avec le retour de l’avion présidentiel.

Ce que les 74 jours ont changé

L’épisode aura surtout montré à quel point, au Cameroun, la présence du chef de l’État reste intimement liée à la perception du fonctionnement du pouvoir.

Une absence prolongée peut être juridiquement compatible avec la continuité de l’État. Elle peut même être accompagnée de décrets et de décisions prises à distance. Mais lorsque cette absence se prolonge pendant plus de deux mois, dans un pays où la présidence occupe une place centrale dans l’architecture politique, elle crée inévitablement un espace pour les interrogations.

Et les interrogations ont trouvé trois terrains : la santé du président, la capacité du système à fonctionner sans sa présence physique et la succession.

Le premier point relève désormais largement de la communication présidentielle et de l’observation des prochains jours. Le deuxième concerne le fonctionnement réel des institutions. Le troisième, lui, dépasse déjà le seul épisode de Genève.

Paul Biya est rentré. L’après-Biya, lui, n’est pas rentré dans les tiroirs.

C’est peut-être la principale leçon de ces 74 jours : une absence peut se terminer en quelques heures, mais les questions qu’elle a fait naître peuvent durer beaucoup plus longtemps.

Celine Dou

France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

Près de dix ans après l’éclatement de l’affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle, François Fillon voit désormais ses distinctions nationales frappées par une sanction disciplinaire. Deux décrets signés le 19 août 2026 et publiés au Journal officiel le 20 août suspendent pour dix ans l’exercice des droits et prérogatives attachés à ses grades dans la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite.

Lire la suite: France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

L’ancien Premier ministre est grand officier de la Légion d’honneur et grand’croix de l’ordre national du Mérite. La mesure ne constitue pas une nouvelle peine prononcée par un tribunal et ne signifie pas qu’il est définitivement radié de ces deux ordres. Elle est la conséquence disciplinaire d’une condamnation pénale devenue définitive en février 2026, après son désistement de son pourvoi en cassation dans l’affaire des emplois de son épouse, Penelope Fillon.

Une sanction qui trouve son origine dans l’affaire des emplois de Penelope Fillon

Pour comprendre la décision publiée cette semaine, il faut revenir à janvier 2017.

Alors candidat de la droite à l’élection présidentielle, François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire alors que la réalité de son travail fait l’objet de sérieuses contestations. L’affaire prend rapidement une ampleur nationale et devient l’un des éléments déterminants de sa campagne.

La justice finit par retenir sa responsabilité pénale. La Cour de cassation avait confirmé en avril 2024 sa culpabilité pour détournement de fonds publics. Elle avait toutefois renvoyé la question des peines devant une nouvelle formation de la cour d’appel de Paris. Autrement dit, la culpabilité était déjà définitive ; seul le volet concernant la peine devait encore être rejugé.

Le 17 juin 2025, la cour d’appel de Paris fixe finalement cette peine à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

François Fillon forme alors un pourvoi en cassation. Mais le 16 février 2026, il se désiste de ce recours. Sa peine devient donc définitive.

C’est cette dernière étape qui complète le puzzle.

Pourquoi une condamnation pénale entraîne-t-elle une sanction dans la Légion d’honneur ?

La Légion d’honneur n’est pas seulement une décoration que l’on conserve indépendamment de son comportement ultérieur. Le code qui régit l’ordre prévoit une discipline propre à ses membres.

Trois sanctions disciplinaires sont prévues : la censure, la suspension totale ou partielle des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre, et l’exclusion de l’ordre.

Le code prévoit notamment que les droits et prérogatives d’un membre peuvent être suspendus en cas de condamnation à une peine correctionnelle. Il prévoit également qu’une personne condamnée pour un crime ou à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an est exclue de l’ordre.

Dans le cas de François Fillon, la condamnation prononcée en 2025 est une peine correctionnelle entièrement assortie du sursis. Il ne se trouve donc pas dans le cas d’une exclusion automatique correspondant à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an.

Le droit permet en revanche une suspension des droits et prérogatives. C’est précisément la mesure retenue.

Dix ans de suspension, mais pas une radiation définitive

C’est une distinction importante.

Dire que François Fillon est « suspendu de la Légion d’honneur » ne signifie pas qu’il a définitivement perdu sa distinction.

Pendant dix ans, il est privé de l’exercice des droits et prérogatives attachés à son grade de grand officier de la Légion d’honneur. La suspension touche également son grade de grand’croix de l’ordre national du Mérite.

La différence avec une exclusion est prévue noir sur blanc par le code : l’exclusion retire définitivement la qualité de membre de l’ordre, tandis que la suspension prive le décoré, pendant la durée fixée, des droits et prérogatives attachés à cette qualité.

La mesure a néanmoins une portée concrète : durant la suspension, le droit de porter les insignes des décorations relevant de la grande chancellerie est lui aussi suspendu.

Une procédure distincte du procès pénal

La sanction disciplinaire n’est donc pas prononcée par la cour d’appel de Paris.

Les deux procédures ne se confondent pas.

Le procès pénal a établi la responsabilité de François Fillon dans l’affaire des emplois de son épouse et fixé une peine. La procédure disciplinaire relève, elle, du régime propre aux ordres nationaux.

Le code prévoit que les décisions judiciaires concernant les membres de la Légion d’honneur sont transmises au grand chancelier. L’intéressé doit ensuite pouvoir prendre connaissance du dossier et présenter ses explications et sa défense. Le conseil de l’ordre émet un avis sur la sanction à prendre.

Depuis une modification réglementaire entrée en vigueur en 2025, lorsque les conseils de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite sont saisis du même dossier et rendent des avis différents, le grand chancelier intervient pour formuler une proposition dans le cadre prévu par le code.

La décision finale de suspension est ensuite prononcée par décret du président de la République dans le cadre prévu par le code. Les décisions de suspension et d’exclusion sont publiées au Journal officiel.

Pourquoi l’ordre national du Mérite est-il également concerné ?

François Fillon ne détenait pas seulement la Légion d’honneur.

L’ancien Premier ministre est également grand’croix de l’ordre national du Mérite, une dignité particulièrement élevée.

Les deux ordres sont distincts, mais ils sont administrés par le même grand chancelier. Surtout, le code prévoit que les sanctions et la procédure disciplinaires applicables à la Légion d’honneur s’appliquent également aux membres de l’ordre national du Mérite, sous réserve de certaines dispositions particulières.

La suspension prononcée contre François Fillon concerne donc les deux distinctions.

Une conséquence qui arrive après neuf années de procédures

Le calendrier permet de mesurer la portée de la décision.

L’affaire éclate en 2017, au moment où François Fillon est candidat à l’élection présidentielle et figure parmi les principaux prétendants à l’Élysée. Sa campagne est profondément affectée par les révélations.

La procédure judiciaire se poursuit pendant plusieurs années. La culpabilité devient définitive en 2024. La cour d’appel fixe ensuite la peine en juin 2025. François Fillon se désiste finalement de son pourvoi en février 2026, rendant cette peine définitive.

Six mois plus tard, les conséquences disciplinaires concernant ses distinctions nationales sont officialisées.

Ce décalage explique pourquoi une affaire politique vieille de près d’une décennie revient aujourd’hui dans l’actualité : la justice pénale avait terminé son travail, mais les conséquences attachées au statut de décoré devaient encore suivre leur propre procédure.

Ce que cette décision dit réellement

Il serait donc réducteur de présenter la décision comme une simple « perte de la Légion d’honneur ».

François Fillon n’est pas radié définitivement de l’ordre. Il est suspendu pendant dix ans de l’exercice des droits et prérogatives liés à ses deux dignités nationales.

La décision constitue néanmoins une sanction institutionnelle significative. Elle vient ajouter une conséquence disciplinaire à une condamnation pénale devenue définitive, après une affaire qui avait déjà mis fin à ses ambitions présidentielles en 2017.

Le parcours de François Fillon connaît ainsi un nouvel épisode judiciaire et institutionnel : après la condamnation, puis la fin des recours, c’est désormais le statut de décoré de la République qui est directement touché.

Celine Dou

Hongrie : évincé par Viktor Orbán, András Baka revient au sommet de l’État avec un appel à ne pas se venger

Le symbole est difficile à manquer. Celui que Viktor Orbán avait écarté de la présidence de la Cour suprême en 2011 pour avoir contesté ses réformes judiciaires devient, quinze ans plus tard, président de la Hongrie. Élu par la nouvelle majorité de Péter Magyar, András Baka a choisi son premier discours pour appeler à ne pas reproduire les méthodes de l’ancien pouvoir.

Lire la suite: Hongrie : évincé par Viktor Orbán, András Baka revient au sommet de l’État avec un appel à ne pas se venger

Le Parlement hongrois a élu mardi 11 août András Baka président de la République par 140 voix contre 6. Les députés du Fidesz de Viktor Orbán ont boycotté le scrutin. À 73 ans, cet ancien magistrat de la Cour européenne des droits de l’homme revient au premier plan après avoir obtenu en 2016 la condamnation de la Hongrie par la Cour européenne des droits de l’homme pour la fin prématurée de son mandat à la tête de la Cour suprême. Son élection intervient alors que le gouvernement de Péter Magyar entreprend de démanteler une partie du système institutionnel construit pendant les seize années de pouvoir d’Orbán.

Le parcours d’András Baka donne à son élection une portée qui dépasse largement les fonctions, essentiellement honorifiques, de la présidence hongroise.

En 2011, alors qu’il dirigeait la Cour suprême, Baka avait publiquement contesté une réforme abaissant l’âge de départ à la retraite des juges. Il dénonçait une mesure qui, selon lui, menaçait l’indépendance de la justice. Son mandat avait ensuite été interrompu avant son terme. Saisie par le magistrat, la Cour européenne des droits de l’homme a estimé en 2016 que la Hongrie avait violé ses droits.

Baka connaissait déjà bien cette institution européenne. Il y avait siégé comme juge entre 1991 et 2008, après avoir brièvement été député du Forum démocratique hongrois en 1990. Depuis son départ de la Cour suprême, il était devenu l’une des figures judiciaires associées à la résistance aux réformes d’Orbán.

Mardi, c’est pourtant dans un Parlement dominé par les adversaires de l’ancien Premier ministre qu’il a retrouvé les plus hautes fonctions de l’État.

Le retour d’un magistrat écarté

La majorité Tisza de Péter Magyar dispose de deux tiers des sièges. Cette majorité lui permet de modifier la Constitution sans soutien de l’opposition. Baka était son unique candidat à la présidence. Il a obtenu 140 des 146 suffrages exprimés. Il doit officiellement entrer en fonction le 19 août.

Le Fidesz a refusé de participer au vote. Le parti d’Orbán considère comme illégitime la procédure qui a conduit au départ anticipé de Tamás Sulyok, le précédent président de la République.

Le remplacement de Sulyok avait été décidé en juillet par une modification constitutionnelle adoptée par la majorité Tisza. Le texte invoquait une « perte grave de confiance » de la société envers le chef de l’État. Sulyok, élu en 2024 avec le soutien du Fidesz, avait finalement accepté de quitter ses fonctions après avoir signé l’amendement.

Le choix de Baka apparaît dès lors comme une rupture soigneusement assumée. Là où le précédent président appartenait au paysage institutionnel façonné sous Orbán, le nouveau chef de l’État en est l’un des anciens contestataires.

Mais Baka n’a pas choisi le registre de la revanche.

« Nous ne pouvons pas bâtir la nouvelle Hongrie sur la vengeance »

Dans son discours inaugural, le nouveau président a dressé un constat sévère de l’état du pays. Selon lui, la Hongrie a perdu l’équivalent d’une génération et est passée du statut de modèle de la transition démocratique à celui de pays en retard en Europe.

Puis il a fixé une limite au nouveau pouvoir : « Nous ne pouvons pas bâtir la nouvelle Hongrie sur la vengeance. »

La phrase prend un relief particulier venant d’un homme dont le propre parcours a été marqué par une décision politique qu’une juridiction européenne a ensuite condamnée.

Elle s’adresse aussi à Péter Magyar.

Arrivé au pouvoir après avoir mis fin aux seize années de gouvernement d’Orbán, le nouveau Premier ministre s’est engagé à restaurer l’État de droit et les contre-pouvoirs. Mais son gouvernement agit rapidement contre les institutions et les responsables hérités de l’ancien système.

La suppression anticipée du mandat de Sulyok en est l’un des exemples les plus visibles. D’autres changements touchent la justice et plusieurs structures mises en place pendant les années Orbán.

C’est là que le choix de Baka devient politiquement intéressant : l’homme qui a résisté à Orbán devient l’un des visages du pouvoir qui entreprend de défaire son héritage, tout en demandant à ce pouvoir de ne pas répondre à l’ancien système par les mêmes méthodes.

Une rupture qui devra éviter un autre verrouillage

Péter Magyar dispose aujourd’hui d’une marge de manœuvre considérable. Sa victoire électorale lui a donné la majorité constitutionnelle nécessaire pour modifier les règles qu’Orbán avait utilisées pour consolider son pouvoir.

Cette situation crée cependant une difficulté.

Démanteler rapidement les institutions héritées de l’ancien régime peut permettre de rétablir des contre-pouvoirs. Mais une majorité parlementaire suffisamment forte pour modifier seule la Constitution peut aussi concentrer beaucoup de pouvoir entre les mains du nouveau gouvernement.

Des organisations de défense des droits humains et plusieurs observateurs ont déjà exprimé des réserves sur la rapidité de certaines décisions prises depuis l’arrivée de Magyar. La question n’est donc plus seulement de savoir comment défaire le système Orbán. Elle est aussi de déterminer quelles garanties empêcheront le prochain pouvoir de construire à son tour des institutions trop dépendantes de la majorité politique du moment.

La présidence de la République ne donnera pas à Baka les moyens de conduire seul cette transformation. Le poste demeure largement cérémoniel. Le chef de l’État conserve néanmoins des prérogatives, notamment dans l’examen des textes législatifs, qui peuvent prendre de l’importance dans une période de réécriture institutionnelle.

Son rôle sera donc moins celui d’un contre-gouvernement que celui d’un garant des règles que la nouvelle majorité affirme vouloir restaurer.

Le test de la nouvelle Hongrie

Péter Magyar a présenté sa victoire d’avril comme la fin du système Orbán. L’élection d’András Baka en fournit désormais l’une des images les plus fortes : un magistrat évincé par l’ancien pouvoir prend place à la tête de l’État avec le soutien de ceux qui promettent de réparer les institutions.

Mais le discours de Baka rappelle que changer les hommes ne suffit pas.

La Hongrie ne retrouvera pas la confiance dans ses institutions simplement parce qu’un ancien juge sanctionné par le système Orbán en occupe désormais l’une des fonctions les plus symboliques. Il faudra que les nouvelles règles résistent aux intérêts du pouvoir qui les adopte aujourd’hui.

Baka semble avoir compris l’enjeu. Son premier message n’a pas été celui d’un vainqueur demandant des comptes à ses prédécesseurs. Il a choisi de parler d’unité, d’État de droit et de limites à ne pas franchir.

Après seize années d’Orbán, la Hongrie change de pouvoir. Avec András Baka, elle veut aussi montrer qu’elle peut changer de méthode.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Lundi matin, Chalong Riewrang s’est présenté dans les locaux de l’administration provinciale de Nonthaburi avec une arme. Quelques minutes plus tard, le président de cette institution gisait à terre, mortellement touché. Trois jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, un adolescent de 14 ans avait tué neuf personnes dans un lycée et à son domicile. Deux affaires sans lien établi, mais qui placent une nouvelle fois la circulation des armes sous les projecteurs en Thaïlande.

Lire la suite: Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Ancien député de Nonthaburi, Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré sur Thongchai Yenprasert, président de l’administration provinciale, ainsi que sur son chauffeur. Le responsable local est mort à l’hôpital ; son chauffeur a été blessé. Le suspect affirme avoir voulu récupérer 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtés à la victime. La police examine cette version et dispose d’images de vidéosurveillance qui ne corroborent pas certains éléments avancés par l’ancien parlementaire.

À 11 heures, lundi 10 août, les bureaux de l’administration provinciale de Nonthaburi étaient loin de ressembler à une scène de fusillade. Chalong Riewrang était venu rencontrer Thongchai Yenprasert, un ancien colonel de police devenu président de l’administration provinciale.

La discussion a dégénéré.

Des coups de feu ont été tirés. Thongchai Yenprasert a été grièvement atteint. Son chauffeur a également été touché. Le président de l’administration provinciale a été transporté à l’hôpital Phranangklao, où il est mort des suites de ses blessures.

L’ancien député ne s’est pas enfui bien loin. Après les tirs, il a pris un taxi-moto pour se rendre à la police. Il avait auparavant téléphoné à une présentatrice de télévision alors qu’elle était en direct, lui annonçant qu’il venait de tirer sur Thongchai. La journaliste lui a demandé de déposer son arme et d’attendre la police.

Devant les enquêteurs, Chalong Riewrang a donné sa propre explication. Il affirme que Thongchai Yenprasert lui devait 11 millions de bahts, une somme qu’il aurait prêtée au responsable local en 2008 pour financer une campagne électorale. Il dit avoir longtemps renoncé à réclamer son argent avant de changer de position, notamment en raison de dépenses médicales importantes et d’une baisse de ses revenus.

L’ancien député soutient qu’il voulait simplement obtenir le remboursement de cette somme. Selon son récit, une dispute aurait éclaté dans les bureaux de l’administration provinciale. Thongchai aurait quitté la pièce et rejoint son véhicule. Chalong affirme l’avoir suivi pour poursuivre la discussion.

C’est à ce moment que sa version devient contestée.

Le suspect affirme que le chauffeur de Thongchai aurait sorti une arme, ce qui l’aurait conduit à tirer pour se défendre. La police dit ne pas avoir trouvé, dans les images de vidéosurveillance examinées, la preuve d’un tir du chauffeur. Les enquêteurs étudient néanmoins l’arme retrouvée dans le véhicule et interrogent les témoins afin de reconstituer précisément la scène.

La dette de 11 millions de bahts n’a pas non plus été établie par les enquêteurs comme mobile du meurtre. Pour l’heure, elle reste donc au rang des déclarations de Chalong Riewrang.

Le statut du suspect a rapidement attiré l’attention. Chalong Riewrang a été député de Nonthaburi à plusieurs reprises. Il a appartenu à plusieurs formations politiques et s’était présenté aux élections de 2023 sous les couleurs du Bhumjaithai, le parti auquel appartient le Premier ministre Anutin Charnvirakul, sans toutefois être élu.

Anutin a demandé que la procédure soit menée sans tenir compte du passé politique de l’accusé. Le chef du gouvernement a déclaré que son ancien statut ne pouvait lui accorder aucun traitement particulier. Chalong ne détient aujourd’hui aucune fonction au sein du Bhumjaithai, a précisé le Premier ministre.

La police retient notamment l’usage d’une arme à feu et examine les circonstances exactes des tirs. Les enquêteurs doivent confronter le récit du suspect aux images de vidéosurveillance, aux constatations balistiques et aux déclarations du chauffeur blessé.

L’affaire aurait pu rester celle d’un conflit entre deux hommes. Sa proximité avec une autre fusillade meurtrière lui donne toutefois un écho particulier.

Vendredi 7 août, un élève de 14 ans avait tué ses grands-parents à leur domicile avant de prendre un bus pour rejoindre le lycée Debsirin Nonthaburi. Il y avait ouvert le feu avec une arme de poing.

Trois enseignants et deux responsables de l’établissement ont été tués dans le lycée. Le bilan est ensuite monté à neuf morts après le décès d’une jeune fille de 12 ans. Vingt-trois personnes ont également été blessées. Le tireur est mort après avoir retourné l’arme contre lui.

Les deux affaires sont géographiquement proches. Elles se sont produites dans la même province, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Aucun élément communiqué par les autorités ne permet cependant de les relier.

La différence entre les deux auteurs est aussi frappante que la proximité des lieux. Dans le premier cas, un adolescent s’est emparé de l’arme de son grand-père. Dans le second, un ancien parlementaire a utilisé une arme dans le cadre d’un conflit personnel allégué. Deux parcours, deux histoires, mais la même question de l’accès aux armes.

Après la tuerie du lycée, le gouvernement thaïlandais avait promis de renforcer la surveillance des armes. Mardi 11 août, Anutin Charnvirakul est passé aux premières mesures.

La délivrance de nouveaux permis d’achat d’armes a été suspendue. Les autorisations existantes doivent être réexaminées. Les autorités veulent également accélérer l’adoption d’une nouvelle législation, avec des contrôles plus stricts et des sanctions plus lourdes.

Le gouvernement entend aussi s’attaquer aux armes détenues illégalement. Une procédure permettant leur remise aux autorités est à l’étude. Les autorités rappellent par ailleurs que les armes enregistrées doivent rester au domicile de leur propriétaire et ne peuvent pas être portées librement dans l’espace public.

Le problème est de taille. Selon une estimation du Small Arms Survey datant de 2017, les civils thaïlandais détenaient alors environ 10,3 millions d’armes à feu, soit près de 15 armes pour 100 habitants. Il s’agit d’une estimation ancienne, mais elle demeure l’une des principales références disponibles sur le sujet.

La difficulté pour Bangkok n’est donc pas seulement d’écrire de nouvelles règles. Il faudra savoir ce que deviennent les armes déjà présentes dans les foyers, vérifier les autorisations délivrées et empêcher le port illégal d’armes dans l’espace public.

L’affaire Chalong Riewrang ajoute une autre difficulté au dossier. L’homme soupçonné d’avoir tué le président de l’administration provinciale n’est ni un inconnu des autorités ni un jeune sans antécédent politique. Il a été parlementaire et a évolué dans plusieurs formations politiques.

Pour Anutin Charnvirakul, le choix est désormais simple : laisser l’affaire suivre son cours judiciaire, sans intervention politique, tout en démontrant que les nouvelles mesures annoncées après la tuerie du lycée ne resteront pas au stade des déclarations.

À Nonthaburi, les enquêteurs cherchent encore à établir ce qui s’est réellement passé entre les deux hommes et pourquoi une dette alléguée de plusieurs millions de bahts a fini par se régler à coups de feu.

La justice devra trancher cette question. Le gouvernement, lui, doit répondre à une autre : comment empêcher que des armes déjà présentes dans la société thaïlandaise ne transforment d’autres conflits en drames mortels ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : pouvoir et opposition entament des négociations sur la transition démocratique, sans la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Sept mois après la chute de Nicolás Maduro, le Venezuela ouvre une nouvelle page de son histoire politique. Sous la supervision des États Unis d’Amérique, représentants du pouvoir et de l’opposition se sont retrouvés jeudi à Caracas pour lancer des négociations destinées à préparer une transition démocratique. Une absence domine pourtant ces premiers échanges : celle de Maria Corina Machado, figure de proue de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, toujours contrainte à l’exil.

Lire la suite: Venezuela : pouvoir et opposition entament des négociations sur la transition démocratique, sans la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Les discussions se sont ouvertes le 6 août au centre des conventions de la base militaire de La Carlota, à Caracas. L’accès au site a été strictement contrôlé. Seuls les photographes ont été autorisés à immortaliser la poignée de main entre les délégations avant le début de pourparlers qui ont démarré avec plusieurs heures de retard. Aucun responsable n’a pris la parole devant la presse.

Autour de la table, le pouvoir est représenté par Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui dirige le pays depuis la capture de Nicolás Maduro par l’armée des États Unis d’Amérique en janvier dernier. Face à lui, l’opposition a désigné Dinorah Figuera, ancienne députée installée en exil depuis plusieurs années et ancienne présidente de l’Assemblée nationale élue en 2015.

Selon l’ordre du jour arrêté par les deux délégations, les négociations porteront sur trois dossiers majeurs : la réponse au double séisme du 24 juin, qui a coûté la vie à plus de 6 000 personnes, les garanties politiques nécessaires à une normalisation institutionnelle et les conditions d’une transition démocratique débouchant sur de nouvelles élections.

L’absence de Maria Corina Machado donne toutefois une dimension particulière à ces discussions. Devenue la personnalité la plus emblématique de l’opposition vénézuélienne, elle n’a pas pris place à la table des négociations. Son exil continue d’alimenter les interrogations sur la capacité du processus à représenter l’ensemble des forces opposées au chavisme.

Depuis l’étranger, la lauréate du prix Nobel de la paix n’a pas rejeté le dialogue. Elle a réaffirmé son soutien à une résolution adoptée au Sénat des États Unis d’Amérique en faveur de la tenue d’élections libres et équitables au Venezuela. Dans un message publié sur le réseau social X, elle a estimé qu’une transition démocratique permettrait au pays de retrouver sa liberté, sa prospérité et de redevenir un partenaire stable pour la région.

Washington, qui supervise directement les discussions, voit dans ces négociations une occasion de sortir le Venezuela de plusieurs années de crise politique. Le département d’État a salué l’ouverture du dialogue, affirmant que les États Unis d’Amérique demeurent engagés en faveur d’un processus susceptible de conduire à la stabilisation du pays, à sa reprise économique et à une réconciliation politique durable.

Cette implication américaine est également perçue comme une garantie par une partie de l’opposition. Juan Pablo Guanipa, proche de Maria Corina Machado, estime que la présence de Washington réduit le risque de voir le pouvoir revenir sur ses engagements. Il espère que les discussions permettront d’obtenir la libération de tous les prisonniers politiques, la reconstitution d’institutions indépendantes et la fixation d’un calendrier électoral incluant l’élection présidentielle.

La question des détenus politiques s’est d’ailleurs imposée dès cette première journée. À Caracas, des proches de prisonniers ont appelé les négociateurs de l’opposition à ne pas faire de leur libération une variable d’ajustement dans les discussions avec le pouvoir. Ils réclament des mesures immédiates plutôt qu’un engagement conditionné à l’issue des pourparlers.

Ces négociations ne détermineront pas seulement l’avenir institutionnel du Venezuela. Elles diront aussi si le dialogue peut réellement ouvrir la voie à une transition démocratique alors que la principale figure de l’opposition en est absente. Pour le pouvoir comme pour ses adversaires, l’enjeu dépasse la signature d’un accord : il s’agit de convaincre une population éprouvée par des années de crise que cette fois, les promesses de changement pourront se traduire en actes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Brésil : Brasilia demande le départ de l’ambassadeur argentin et abaisse ses relations diplomatiques après les accusations de corruption de Javier Milei contre Lula

Les invectives de Javier Milei contre Luiz Inácio Lula da Silva n’ont plus seulement une portée politique. Elles produisent désormais des effets diplomatiques. En demandant le départ de l’ambassadeur argentin et en ramenant sa représentation à Buenos Aires au niveau de chargé d’affaires, le Brésil rompt avec une tradition de retenue qui a longtemps permis aux deux principales puissances du Mercosur de préserver leur dialogue malgré leurs divergences.

Lire la suite: Brésil : Brasilia demande le départ de l’ambassadeur argentin et abaisse ses relations diplomatiques après les accusations de corruption de Javier Milei contre Lula

Depuis son arrivée au pouvoir, Javier Milei a multiplié les attaques contre Luiz Inácio Lula da Silva, les présentant comme le prolongement de son combat contre la gauche latino-américaine. Cette fois, Brasilia a décidé de répondre autrement. En abaissant officiellement le niveau de ses relations diplomatiques avec Buenos Aires, le gouvernement brésilien transforme un affrontement idéologique en crise d’État. Derrière cette décision se joue bien davantage qu’une querelle entre deux présidents : c’est la stabilité du principal axe politique et économique d’Amérique du Sud qui se trouve fragilisée.

Le ministère argentin des Affaires étrangères a confirmé avoir été informé, mardi, de la décision des autorités brésiliennes. Convoqué au palais d’Itamaraty, l’ambassadeur Guillermo Daniel Raimondi s’est vu notifier que le Brésil souhaitait son retour en Argentine. Dans le même temps, Brasilia a annoncé que sa propre représentation à Buenos Aires serait désormais assurée par un chargé d’affaires, un rang diplomatique inférieur à celui d’ambassadeur. Cette mesure ne rompt pas les relations entre les deux pays, mais elle traduit une perte de confiance politique rarement affichée entre voisins aussi étroitement liés.

Cette décision est l’aboutissement d’une escalade engagée depuis plusieurs semaines. Fin juillet, Javier Milei avait déjà provoqué l’irritation du gouvernement brésilien en participant au lancement de la campagne présidentielle de Flávio Bolsonaro, principal adversaire de Lula, où il avait de nouveau attaqué le chef de l’État brésilien. Dimanche encore, sur une chaîne de télévision argentine, il l’a qualifié de « voleur », de « corrompu » et d’« ex-détenu », reprenant des accusations liées à l’affaire Lava Jato. Pourtant, les condamnations prononcées contre Lula ont été annulées par la justice brésilienne, qui a estimé que la procédure avait été entachée de graves irrégularités.

À Brasilia, ces déclarations sont perçues comme une remise en cause non seulement du président, mais aussi des institutions brésiliennes. Pour le gouvernement de Lula, la liberté de critique politique ne saurait justifier des accusations répétées contre un chef d’État dont les condamnations ont été annulées par la plus haute juridiction du pays. En choisissant une réponse diplomatique plutôt qu’une simple protestation verbale, le Brésil entend fixer une limite à ce qu’il considère comme des attaques incompatibles avec les usages entre États.

Buenos Aires adopte une lecture radicalement différente. Dans son communiqué, la chancellerie argentine regrette une décision « unilatérale » et estime que Brasilia laisse des considérations idéologiques dicter sa politique étrangère. Le gouvernement de Javier Milei affirme, pour sa part, n’avoir jamais répondu à un désaccord politique par des mesures institutionnelles et assure qu’il ne souhaite pas une rupture des relations bilatérales.

Au-delà des communiqués, cette crise est révélatrice d’un basculement plus profond. Depuis le retour à la démocratie dans les années 1980, le Brésil et l’Argentine ont construit une relation fondée sur la coopération, quelles que soient les alternances politiques. Les présidents se sont souvent opposés sur les orientations économiques ou idéologiques, sans que cela ne conduise à un tel abaissement du niveau des relations diplomatiques. Ce précédent montre que les affrontements personnels entre dirigeants prennent désormais le pas sur les réflexes de coopération qui avaient façonné le Mercosur.

Cette dégradation intervient en outre dans une période où chacun des deux dirigeants regarde vers les prochaines échéances électorales. Lula, candidat à un nouveau mandat, cherche à apparaître comme le défenseur des institutions brésiliennes face aux ingérences extérieures. Javier Milei, lui, poursuit sa stratégie de confrontation avec les gouvernements de gauche, un positionnement qui nourrit son image auprès de son électorat et de ses alliés conservateurs en Amérique latine. Dans ce contexte, aucun des deux hommes ne semble disposé à désamorcer rapidement la crise.

Reste une réalité que ni Brasilia ni Buenos Aires ne peuvent ignorer : le Brésil demeure le premier partenaire commercial de l’Argentine et les deux pays sont au cœur du fonctionnement du Mercosur. Les échanges industriels, notamment dans les secteurs automobile, énergétique et manufacturier, rendent une rupture diplomatique peu probable. Mais plus cette confrontation s’installe, plus elle risque de compliquer les arbitrages régionaux et de ralentir les projets communs dont dépend une partie de l’intégration sud-américaine.

La décision de Brasilia dépasse donc le simple rappel d’un ambassadeur. Elle marque la volonté du Brésil de répondre par les institutions à ce qu’il considère comme une dérive des relations politiques avec Buenos Aires. Reste à savoir si ce signal de fermeté ouvrira la voie à un rétablissement du dialogue ou s’il inaugurera une période de tensions durables entre deux pays dont les destins restent, malgré tout, étroitement liés.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Comores : un ancien ministre accuse le fils du président Azali Assoumani d’influencer le gouvernement, le pouvoir demande des preuves

Une controverse politique secoue le sommet de l’État comorien. Mahmoud Salim Hafi, ancien ministre et ancien haut responsable de l’administration publique, affirme que Nour El-Fath Azali, fils du président Azali Assoumani et secrétaire général du gouvernement, jouerait un rôle qui dépasse ses attributions officielles dans la conduite des affaires publiques. Le gouvernement rejette ces accusations et réclame des éléments permettant de les démontrer.

Lire la suite: Comores : un ancien ministre accuse le fils du président Azali Assoumani d’influencer le gouvernement, le pouvoir demande des preuves

La déclaration de Mahmoud Salim Hafi a placé Nour El-Fath Azali au centre des discussions politiques aux Comores. Nommé secrétaire général du gouvernement en 2024, le fils du chef de l’État occupe une fonction stratégique dans l’appareil administratif. Ses détracteurs y voient le signe d’un poids croissant de la famille présidentielle dans la gestion du pays. Le pouvoir, lui, défend un responsable administratif dont les missions relèvent du fonctionnement normal de l’État.

Une accusation venue d’un ancien membre du système

Mahmoud Salim Hafi connaît les rouages de l’État comorien. Il a été ministre, directeur général de l’Office de radio et télévision des Comores (ORTC) et secrétaire général adjoint du gouvernement.

Ses déclarations ont donc immédiatement attiré l’attention. L’ancien responsable accuse Nour El-Fath Azali d’exercer une influence importante sur les membres du gouvernement et sur les décisions prises au sommet de l’exécutif.

Il affirme notamment que plusieurs ministres auraient exprimé des réserves sur le fonctionnement actuel du gouvernement. Ces affirmations n’ont cependant pas été confirmées publiquement par les membres de l’équipe gouvernementale concernés.

Le pouvoir comorien a réagi en demandant à Mahmoud Salim Hafi d’apporter des preuves. Les autorités contestent l’idée d’un dysfonctionnement lié au secrétaire général du gouvernement et défendent la légitimité de ses fonctions.

Un poste stratégique pour le fils du président

Nour El-Fath Azali n’occupe pas un poste politique électif. Sa fonction de secrétaire général du gouvernement le place toutefois au centre de l’organisation administrative de l’exécutif.

Il assure notamment la coordination entre les différents services gouvernementaux et participe au suivi des dossiers transmis au sein de l’administration.

Son arrivée à ce poste, en 2024, avait déjà suscité des réactions dans l’opposition. La présence d’un membre de la famille présidentielle à un niveau aussi élevé de l’appareil d’État avait alimenté les critiques sur une possible concentration du pouvoir autour du chef de l’État.

Ses soutiens répondent que son lien familial avec le président ne remet pas en cause ses compétences ni son rôle administratif.

La succession présidentielle, une question sensible aux Comores

La polémique actuelle ramène une question régulièrement posée depuis plusieurs mois : quel sera l’avenir politique des Comores après Azali Assoumani ?

Le président comorien a déjà dirigé le pays entre 1999 et 2006 avant de revenir au pouvoir en 2016. Depuis son retour à la présidence, il a profondément marqué le fonctionnement politique de l’archipel.

La montée en responsabilité de son fils nourrit les interrogations d’une partie de la classe politique, qui soupçonne le pouvoir de préparer une succession familiale.

Azali Assoumani a rejeté cette interprétation. Son entourage affirme que Nour El-Fath Azali exerce une mission administrative et qu’aucune transmission automatique du pouvoir n’est prévue.

Mais dans un pays marqué par plusieurs décennies d’instabilité politique, la question de la succession reste particulièrement sensible.

Une histoire politique marquée par les changements de pouvoir

Depuis leur indépendance en 1975, les Comores ont connu plusieurs crises institutionnelles et plusieurs renversements de pouvoir.

Cette histoire explique la vigilance qui accompagne chaque évolution au sommet de l’État. Les débats autour de la place occupée par Nour El-Fath Azali ne concernent donc pas uniquement une personne. Ils touchent à la manière dont le pouvoir est organisé et transmis dans l’archipel.

Pour les opposants au régime, la concentration des responsabilités autour de la présidence fragilise les institutions. Pour les partisans d’Azali Assoumani, ces accusations visent surtout à affaiblir un gouvernement qui cherche à maintenir la stabilité du pays.

L’affaire Nour El-Fath Azali pose une question centrale : jusqu’où peut aller le rôle d’un proche du chef de l’État dans le fonctionnement d’un gouvernement sans alimenter les soupçons de pouvoir familial ?

La réponse dépend moins du lien de parenté que de la transparence des responsabilités exercées. Dans un État où la présidence occupe une place dominante, la présence d’un membre de la famille présidentielle dans un poste stratégique devient rapidement un sujet politique.

Aux Comores, cette situation prend une dimension particulière. Le pays cherche encore à consolider ses institutions après une longue période d’instabilité. Toute perception d’un rapprochement entre l’appareil d’État et la famille dirigeante nourrit donc des interrogations.

Pour le pouvoir, l’enjeu est désormais de démontrer que les fonctions exercées par Nour El-Fath Azali répondent uniquement aux besoins administratifs de l’État. Pour ses critiques, cette affaire confirme leurs inquiétudes sur l’évolution du système politique comorien.

La suite de cette controverse dépendra des suites données aux accusations de Mahmoud Salim Hafi.

L’ancien responsable apportera-t-il des éléments précis pour soutenir ses affirmations ? D’autres voix issues de la majorité présidentielle prendront-elles position ? Ces questions détermineront l’ampleur politique que prendra cette affaire.

Dans les prochains mois, l’attention restera également portée sur la place de Nour El-Fath Azali dans l’appareil d’État et sur les choix politiques du président Azali Assoumani concernant l’avenir du pays.

Une accusation portée par un ancien responsable du régime a replacé la question du fonctionnement du pouvoir comorien au centre des discussions.

Le gouvernement conteste les faits avancés et demande des preuves. Ses adversaires y voient le signe d’une influence grandissante de la famille présidentielle.

Derrière cette controverse, c’est la question de l’équilibre entre stabilité politique et concentration du pouvoir qui continue de se poser aux Comores.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Royaume-Uni : la police antiterroriste reprend l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe

L’enquête sur la mort d’Ann Widdecombe a pris une nouvelle dimension. Alors que les premiers éléments laissaient penser à un homicide isolé, les autorités britanniques ont confié le dossier à la police antiterroriste. Ce changement intervient après la découverte de nouveaux éléments dont le contenu n’a pas été rendu public.

Lire la suite: Royaume-Uni : la police antiterroriste reprend l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe

Ancienne ministre conservatrice et figure de Reform UK, Ann Widdecombe a été retrouvée morte à son domicile dans le Devon. Un homme de 28 ans, déjà arrêté pour meurtre, est désormais également interrogé pour des infractions liées au terrorisme. Les enquêteurs cherchent à établir si l’attaque était motivée par des considérations idéologiques ou politiques.

La mort d’Ann Widdecombe continue de susciter une vive émotion au Royaume-Uni. Connue pour ses prises de position sur l’immigration, la souveraineté nationale et son soutien à Nigel Farage, l’ancienne députée occupait encore une place importante dans le débat public britannique malgré son retrait de la vie gouvernementale.

Les circonstances de son décès restent entourées de nombreuses interrogations. Les services de police ont confirmé qu’un suspect de 28 ans avait été interpellé dans le Yorkshire du Sud avant d’être placé en garde à vue. Initialement poursuivi dans le cadre d’une enquête pour meurtre, il fait désormais aussi l’objet d’investigations pour des infractions relevant de la législation antiterroriste.

Ce transfert du dossier vers les unités spécialisées constitue le principal développement de l’affaire. Les autorités expliquent que de nouveaux éléments recueillis au cours de l’enquête justifient désormais l’intervention de la police antiterroriste. Elles n’ont toutefois communiqué ni sur la nature de ces éléments ni sur le mobile retenu à ce stade.

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses. Ils cherchent notamment à déterminer si la victime a été choisie en raison de son parcours politique ou si d’autres motivations sont à l’origine de l’attaque. Aucune qualification définitive n’a encore été retenue et les investigations se poursuivent.

Cette affaire ravive le souvenir d’autres attaques ayant visé des responsables politiques britanniques ces dernières années. En 2016, la députée travailliste Jo Cox avait été assassinée en pleine campagne sur le référendum du Brexit. Cinq ans plus tard, le député conservateur David Amess avait lui aussi perdu la vie lors d’une permanence parlementaire, dans une attaque qualifiée de terroriste.

Dans ce contexte, la sécurité des élus et des personnalités politiques revient au centre des préoccupations. Plusieurs responsables de Reform UK, dont Nigel Farage, ont appelé à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort d’Ann Widdecombe, tout en demandant que les conclusions de l’enquête soient établies sur la base des faits.

Pour l’heure, les autorités britanniques restent prudentes. Si la police antiterroriste dirige désormais les investigations, rien ne permet encore d’affirmer que le meurtre relève d’un acte terroriste. Les prochains jours devraient permettre de préciser les motivations du suspect et les circonstances exactes de cette affaire, qui dépasse désormais le cadre d’un simple homicide.

Celine Dou, pour la Boussole-infos