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États-Unis d’Amérique : 25 ans après le 11-Septembre, comment en est-on arrivé à discuter encore de la « résistance » face au terrorisme ?

Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour frapper New York et le siège du département de la Défense des États-Unis d’Amérique. Près de 3 000 personnes sont tuées. Vingt-cinq ans plus tard, alors que New York commémore les victimes, une autre bataille se joue : celle des mots, de la mémoire et de la manière dont une partie de la société occidentale regarde désormais le terrorisme islamiste.

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Le matin où le monde bascule

Le 11 septembre 2001 commence comme une matinée ordinaire sur la côte Est des États-Unis d’Amérique.

À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines percute la tour Nord du World Trade Center, à New York. Dix-sept minutes plus tard, à 9 h 03, le vol 175 de United Airlines s’écrase contre la tour Sud. Les images diffusées en direct montrent alors un incendie dans l’un des immeubles les plus connus du monde. Lorsque le second avion frappe la tour voisine, il ne reste plus de doute : les États-Unis d’Amérique sont victimes d’une attaque coordonnée.

À 9 h 37, un troisième avion, le vol 77 d’American Airlines, s’écrase contre le Pentagone, à Arlington, en Virginie. À 9 h 59, la tour Sud du World Trade Center s’effondre. La tour Nord tombe à son tour à 10 h 28.

Le quatrième appareil, le vol 93 de United Airlines, n’atteint pas sa cible. Des passagers et des membres d’équipage tentent de reprendre le contrôle de l’avion. Celui-ci s’écrase à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 h 03. Les quatre avions ont été détournés par 19 hommes formés par Al-Qaïda. Quinze venaient d’Arabie saoudite, deux des Émirats arabes unis, un d’Égypte et un du Liban.

Le bilan immédiat est de 2 976 morts, sans compter les 19 terroristes. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Parmi les victimes figurent les passagers des quatre appareils, des employés des tours, des policiers, des pompiers, des secouristes et des personnes présentes dans les environs du World Trade Center et du Pentagone.

Le choc dépasse rapidement les frontières des États-Unis d’Amérique. Pour le pays, c’est l’attaque la plus meurtrière jamais commise sur son territoire. Pour le reste du monde, elle marque l’entrée dans une période dominée par la lutte contre le terrorisme islamiste.

Une attaque dont les conséquences ne s’arrêtent pas au 11 septembre

Les attentats ne constituent pas un événement isolé. Ils sont l’aboutissement d’une stratégie préparée pendant plusieurs années par Al-Qaïda et son chef, Oussama ben Laden.

L’organisation avait déjà frappé des intérêts des États-Unis d’Amérique, notamment lors des attentats contre les ambassades des États-Unis d’Amérique au Kenya et en Tanzanie en 1998, puis contre le navire militaire USS Cole au Yémen en 2000. Le 11 septembre 2001 constitue cependant un changement d’échelle radical.

La réponse étasunienne transforme à son tour le monde.

Les États-Unis d’Amérique envahissent l’Afghanistan pour chasser Al-Qaïda et renverser le régime taliban qui lui offrait un sanctuaire. Deux ans plus tard, l’administration de George W. Bush engage la guerre en Irak, en invoquant notamment la menace que représenteraient les armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Elles ne seront jamais découvertes.

La « guerre contre le terrorisme » devient alors l’un des grands cadres de la politique internationale pendant plus d’une décennie. Les services de renseignement sont renforcés, les dispositifs de surveillance élargis, les frontières davantage contrôlées et les interventions militaires des États-Unis d’Amérique s’étendent bien au-delà de l’Afghanistan.

Avec le temps, le bilan devient beaucoup plus complexe. L’intervention en Afghanistan se transforme en guerre de vingt ans et s’achève par le retour des talibans au pouvoir en 2021. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein contribue à une longue période de guerre et de fragmentation dont profitent ensuite différents mouvements djihadistes. Des spécialistes du terrorisme considèrent aujourd’hui que l’enlisement dans ces guerres a également nourri de nouvelles formes de jihadisme.

Le 11-Septembre a donc produit deux histoires. Celle d’une attaque terroriste qui a tué près de 3 000 personnes en quelques heures. Et celle d’une réaction politique et militaire dont les conséquences se mesurent encore vingt-cinq ans plus tard.

Mais une autre transformation est plus difficile à mesurer

Le changement ne se trouve pas seulement dans les institutions ou dans les guerres.

Il concerne aussi la manière de parler du terrorisme.

En 2001, la qualification des attaques d’Al-Qaïda ne suscite pratiquement aucune controverse dans les démocraties occidentales. Des civils sont délibérément pris pour cibles. Des avions de ligne sont détournés et transformés en armes. Des milliers de personnes sont tuées. Le mot « terrorisme » s’impose.

Vingt-cinq ans plus tard, les frontières du vocabulaire sont moins nettes.

Le débat apparu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 en fournit l’un des exemples les plus frappants. Une partie de la gauche radicale et de certains mouvements militants occidentaux a décrit cette attaque comme un acte de résistance palestinienne ou de lutte anticoloniale, tandis que d’autres y ont vu sans ambiguïté un acte terroriste. Les deux lectures ne sont pas équivalentes : qualifier un acte de terroriste ne revient pas à nier l’existence du conflit israélo-palestinien, pas plus que dénoncer la politique du gouvernement israélien ne revient à justifier les massacres commis par le Hamas.

Le plus troublant est peut-être que ces positions peuvent désormais coexister chez une même personne.

Une enquête Harvard CAPS/Harris menée en décembre 2023 auprès de 2 034 personnes âgées de 18 ans et plus montrait ainsi que 73 % des 18-24 ans considéraient l’attaque du 7 octobre comme un acte terroriste. Mais 60 % du même groupe estimaient que cette attaque pouvait être justifiée par les griefs des Palestiniens. La reconnaissance de la nature terroriste de l’acte n’empêchait donc pas une partie importante des jeunes interrogés de lui attribuer une justification politique.

Ce paradoxe mérite davantage d’attention que les slogans lancés de part et d’autre.

Il ne signifie pas que la jeunesse étasunienne ou occidentale serait devenue favorable au terrorisme. Les enquêtes disponibles ne permettent pas de soutenir une affirmation aussi générale. Une enquête HarrisX publiée en 2023 montrait au contraire que 68 % des 18-24 ans considéraient le Hamas comme une organisation terroriste désignée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais les écarts générationnels sont suffisamment importants pour poser une question sérieuse : comment une génération qui n’a pas vécu le 11-Septembre juge-t-elle aujourd’hui la violence politique lorsqu’elle est présentée comme une réponse à une oppression ?

Une génération qui n’a pas vu les tours s’effondrer

Pour ceux qui avaient 20 ans en 2001, le 11-Septembre appartient à leur histoire personnelle.

Pour les moins de 25 ans de 2026, il appartient essentiellement à l’histoire.

Ils ont grandi après les attentats, dans un monde où la guerre contre le terrorisme était déjà installée, où l’Afghanistan et l’Irak faisaient partie des programmes scolaires ou des informations, et où les réseaux sociaux ont progressivement remplacé la télévision comme principale source d’images et de commentaires pour une partie de la jeunesse.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par More in Common en décembre 2023 avait montré une fracture particulièrement nette chez les 18-24 ans : 24 % des jeunes interrogés qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », exactement la même proportion que ceux qui le qualifiaient de « terroristes ». 35 % déclaraient ne pas savoir comment le qualifier. Les générations plus âgées étaient beaucoup plus nombreuses à employer le terme « terroristes ».

Ces chiffres ne disent pas que les jeunes Occidentaux ont tous adopté une vision favorable au Hamas. Ils montrent autre chose : le mot « terroriste » n’est plus automatiquement la catégorie morale dominante chez une partie de cette génération lorsqu’il s’agit d’une organisation qui affirme combattre une puissance considérée comme occupante ou coloniale.

C’est un changement considérable par rapport à la mémoire politique construite après le 11-Septembre.

Le cas Mamdani : une cérémonie devenue bataille de mémoire

À New York, cette question a pris une dimension particulièrement visible à quelques jours du 25e anniversaire.

Le maire Zohran Mamdani a annoncé la création d’une journée municipale de commémoration et de service le 11 septembre, ainsi que de nouvelles mesures destinées à renforcer la préparation de la ville face aux futures menaces terroristes.

Mais sa présence aux cérémonies du 25e anniversaire a été contestée par des familles de victimes. Une pétition demandant qu’il n’y participe pas avait dépassé les 100 000 signatures lorsqu’elle lui a été remise à l’hôtel de ville le 8 septembre. Les signataires lui reprochent notamment certaines de ses positions politiques et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.

La polémique a pris une nouvelle ampleur après une cérémonie au cours de laquelle Mamdani a remis le stylo utilisé pour signer les décrets commémoratifs à Kassem. Celui-ci a auparavant représenté Ahmed al-Darbi, détenu à Guantánamo qui a plaidé coupable dans une affaire liée à Al-Qaïda. Al-Darbi était par ailleurs le beau-frère de Khalid al-Mihdhar, l’un des pirates de l’air du vol 77 qui s’est écrasé sur le Pentagone.

Il faut toutefois distinguer les faits : Kassem est un avocat qui a représenté un détenu lié à Al-Qaïda ; il n’est pas lui-même présenté comme un membre d’Al-Qaïda. Sa défense d’un accusé ou d’un condamné dans le cadre d’une procédure judiciaire ne constitue pas, en soi, une adhésion aux actes de son client.

La controverse autour du maire ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un quelconque renversement idéologique de la société étasunienne. Elle montre en revanche combien la mémoire du 11-Septembre reste chargée de tensions politiques, identitaires et morales.

Le 9 septembre, la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, a elle-même appelé à conserver une « clarté morale » entre les terroristes et ceux qui sont venus secourir les victimes, dans un discours prononcé lors de l’inauguration d’un nouveau mémorial consacré aux policiers morts des suites de leur exposition aux conditions toxiques de Ground Zero.

Le débat n’est donc plus seulement historique. Il porte sur la manière dont une société transmet la distinction entre victime, agresseur, résistance et terrorisme à ceux qui n’ont pas vécu l’événement.

Islamophobie : un autre combat, qu’il ne faut pas confondre avec celui-là

Cette évolution du vocabulaire ne doit pas conduire à une autre simplification.

Après le 11-Septembre, des musulmans vivant aux États-Unis d’Amérique ont subi des discriminations, des violences et une surveillance accrue. La lutte contre l’islamophobie répond donc à des faits réels et à une exigence légitime de protection des citoyens musulmans.

Mais dénoncer une discrimination visant des musulmans n’empêche pas de condamner l’islamisme armé. Les deux questions ne devraient pas être confondues.

Le problème apparaît lorsque le mot « islamophobie » devient une réponse automatique à toute critique d’une idéologie islamiste, d’une organisation terroriste ou d’une justification religieuse de la violence. À l’inverse, assimiler les musulmans à des terroristes en raison de leur religion constitue une autre forme de falsification des faits.

La difficulté, vingt-cinq ans après le 11-Septembre, consiste précisément à conserver ces distinctions.

Ce que nous avons peut-être perdu en chemin

Le monde de 2001 n’est plus celui de 2026.

Le terrorisme islamiste n’a pas disparu. Al-Qaïda a perdu une partie de sa capacité opérationnelle, mais ses branches régionales demeurent actives. L’État islamique a ensuite occupé une place centrale dans le jihadisme mondial avant de perdre son territoire. La menace terroriste s’est également diversifiée, avec la montée d’autres formes d’extrémisme violent.

Mais quelque chose d’autre a changé : la certitude morale avec laquelle l’Occident nommait autrefois certaines violences.

Le 11 septembre 2001, personne n’aurait sérieusement soutenu que détourner quatre avions de ligne, les précipiter contre des immeubles et tuer des milliers de civils constituait une forme de résistance.

Vingt-cinq ans plus tard, la discussion porte parfois moins sur les victimes que sur les circonstances censées rendre la violence compréhensible. Les causes d’un conflit sont alors utilisées pour expliquer un crime, puis parfois pour le justifier. La frontière entre les deux peut devenir dangereusement mince.

C’est peut-être là que se trouve l’une des questions les plus importantes de ce 25e anniversaire.

Une société peut-elle comprendre les causes d’une violence sans finir par l’excuser ?

Et surtout : que transmet-elle à une génération qui n’a pas vu les avions frapper les tours, qui n’a pas entendu les sirènes dans les rues de New York et qui connaît le 11-Septembre principalement à travers des images, des récits familiaux et les combats idéologiques du présent ?

Vingt-cinq ans après les attentats, les tours du World Trade Center ont disparu, Al-Qaïda n’est plus l’organisation qu’elle était et les guerres déclenchées après 2001 ont profondément transformé le monde.

Mais le débat sur le sens de cette journée est loin d’être terminé.

Le 11-Septembre n’est donc plus seulement une histoire de 2001. C’est aussi une question posée à 2026 : après un quart de siècle, sommes-nous encore capables de nommer les victimes, les terroristes et les actes de chacun sans laisser nos convictions politiques décider à leur place de la réalité des faits ?

Celine Dou

Tour Eiffel : 72 femmes scientifiques proposées pour rejoindre la frise historique

Pour la première fois depuis sa construction en 1889, la frise du premier étage de la tour Eiffel pourrait accueillir des noms de femmes scientifiques, un projet initié par la Ville de Paris et l’association Femmes & Sciences visant à corriger une absence historique.

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Depuis l’inauguration du monument, la frise rend hommage à 72 scientifiques et ingénieurs français, tous masculins. L’initiative de 2025 de compléter cette frise par des figures féminines constitue un geste symbolique majeur, qui interroge la mémoire institutionnelle et les hiérarchies de reconnaissance dans l’histoire des sciences. Le projet reste soumis à validation par les Académies des sciences, des technologies et de médecine avant d’être concrétisé.

La tour Eiffel, érigée pour l’Exposition universelle de 1889, présente sur sa frise du premier étage les noms de 72 personnalités ayant contribué au développement scientifique et industriel français du XIXᵉ siècle. Ces inscriptions, dorées et visibles depuis le sol, reflétaient les normes et hiérarchies de reconnaissance de l’époque, qui excluaient les femmes de l’espace scientifique institutionnel. Cette situation a perduré pendant plus d’un siècle, faisant de la frise un symbole de la marginalisation historique des femmes dans le domaine scientifique.

En 2025, la Ville de Paris, la Société d’exploitation de la tour Eiffel et l’association Femmes & Sciences ont proposé d’ajouter à la frise 72 noms de femmes scientifiques. Les propositions incluent des figures majeures comme Marie Curie, physicienne et chimiste doublement lauréate du prix Nobel, Sophie Germain, reconnue pour ses travaux en théorie des nombres et en élasticité, Marguerite Perey, chimiste française ayant participé à la découverte du francium, et Yvonne Choquet-Bruhat, mathématicienne et physicienne pionnière dans son domaine. Les candidates retenues ont été sélectionnées en fonction de leur contribution scientifique, de leur lien avec la France par la naissance ou l’activité scientifique, et de la période historique allant de la Révolution française à nos jours. La liste a été transmise aux Académies compétentes pour validation finale avant gravure sur le monument.

Cette initiative dépasse le simple geste symbolique. Elle met en lumière la manière dont la mémoire scientifique et institutionnelle a historiquement exclu les femmes, reflétant des hiérarchies symboliques profondément enracinées. La frise de la tour Eiffel représente non seulement une reconnaissance publique des contributions scientifiques, mais également un instrument de légitimation culturelle et symbolique. L’ajout de noms féminins constitue un ajustement institutionnel visant à corriger une lacune historique, tout en renforçant la visibilité de figures longtemps marginalisées.

Par ailleurs, cette démarche s’inscrit dans un mouvement international de réévaluation des mémoires publiques. Dans plusieurs pays européens et aux États-Unis d’Amérique, des monuments et institutions ont entrepris des initiatives similaires afin de reconnaître la contribution des femmes scientifiques et de moderniser leur image institutionnelle. Toutefois, ce geste demeure avant tout symbolique : il ne modifie pas les structures réelles de pouvoir ni les inégalités persistantes dans les carrières scientifiques et académiques. La visibilité accordée sur un monument emblématique comme la tour Eiffel reflète la volonté de projeter une image modernisée et inclusive de la France sur le plan culturel et international, sans que cela traduise automatiquement une transformation des rapports de pouvoir dans la sphère scientifique.

Le projet ouvre des perspectives sur la manière dont d’autres institutions pourraient réévaluer leur patrimoine et leur mémoire pour inclure des figures féminines. Il soulève la question de la différence entre visibilité symbolique et pouvoir effectif, et invite à réfléchir sur la manière dont la mémoire collective et les récits nationaux peuvent être ajustés pour refléter davantage la diversité et la contribution effective de toutes les catégories d’acteurs historiques. La démarche de la Ville de Paris pourrait servir de modèle pour les musées, les universités et les académies qui cherchent à rééquilibrer la représentation des femmes dans l’espace public et institutionnel.

L’inscription prochaine de 72 noms de femmes scientifiques sur la tour Eiffel constitue un événement symbolique majeur. Elle met en lumière les dynamiques de reconnaissance institutionnelle et les hiérarchies historiques dans le domaine scientifique, tout en soulignant que la visibilité symbolique ne suffit pas à rétablir l’égalité réelle dans les institutions scientifiques. Plus qu’une simple correction historique, cette initiative révèle le rôle du patrimoine dans la reconfiguration des récits collectifs et dans la projection d’une image contemporaine et inclusive de la France.

Celine Dou pour, la Boussole-infos

Bulgarie : un rocher gravé pourrait révéler la toute première carte des étoiles – Une fenêtre sur les savoirs et le patrimoine préhistorique

Une pierre gravée découverte par hasard dans les montagnes Rhodopes, au sud de la Bulgarie, pourrait constituer l’une des premières représentations du ciel nocturne réalisées par l’homme. Cette découverte exceptionnelle invite à réfléchir non seulement sur la sophistication scientifique des sociétés préhistoriques, mais aussi sur la dimension culturelle et la nécessité de protéger un patrimoine fragile.

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À première vue, il s’agit d’un simple rocher au milieu d’une forêt. Mais à y regarder de plus près, ses 56 cavités coniques orientées avec précision suggèrent une cartographie consciente du ciel nocturne. Entre science, culture et préservation, cette pierre pourrait bouleverser notre compréhension des savoirs préhistoriques.

Le rocher, situé près du village de Skobelevo, mesure environ 2 mètres sur 3 et présente une surface couverte de cavités coniques disposées de manière non aléatoire. Les chercheurs identifient des correspondances possibles avec des constellations visibles à l’œil nu, telles que la Grande Ourse, Cassiopée, le Lion ou les Pléiades. La présence de mica dans la roche, qui reflète la lumière, renforce l’impression d’un ciel étoilé et pourrait indiquer un usage symbolique ou rituel.

Bien que la datation précise reste à confirmer en raison de l’absence de matières organiques associées, les comparaisons avec des sites voisins situent le rocher entre le Néolithique final et le début de l’Âge du fer, soit entre 2000 et 500 avant notre ère. Les chercheurs envisagent que cette pierre ait pu servir de calendrier stellaire permettant de repérer les cycles saisonniers, rythmer les pratiques agricoles ou guider les rituels communautaires.

La découverte ne se limite pas à un artefact archéologique : elle offre une lecture multidimensionnelle de la cognition et de la culture préhistorique. D’un point de vue scientifique, la répartition intentionnelle des cavités et l’orientation de la pierre suggèrent une représentation consciente du ciel, témoignant d’une capacité à observer et codifier l’environnement avec rigueur.

Sur le plan culturel, la gravure des constellations reflète des pratiques rituelles et sociales complexes, un lien étroit entre l’observation du ciel et l’organisation communautaire, ainsi qu’une forme de transmission des savoirs. Cette dimension symbolique rappelle que les sociétés préhistoriques concevaient l’astronomie autant comme un outil pratique que comme une expression culturelle, mêlant observation, croyances et mémoire collective.

Enfin, le site souligne l’importance de la préservation du patrimoine. Non protégé juridiquement, le rocher reste exposé aux éléments et aux risques liés à l’activité humaine. Sa conservation est essentielle pour permettre aux chercheurs de continuer à étudier les savoirs préhistoriques et pour que ce témoignage exceptionnel demeure accessible aux générations futures.

Au-delà de la Bulgarie, cette découverte invite à repenser la diffusion et la sophistication des savoirs astronomiques en Europe préhistorique. Elle incite également à réfléchir à la manière dont l’humanité comprend et représente le monde qui l’entoure, ainsi qu’à la responsabilité collective de préserver ce patrimoine unique.

Ce rocher gravé n’est pas seulement un témoin de l’astronomie naissante ; il incarne la rencontre entre observation scientifique, expression culturelle et mémoire historique. Sa découverte rappelle que même dans les sociétés anciennes, l’homme cherchait à comprendre, à représenter et à transmettre le cosmos, et qu’il nous incombe aujourd’hui de protéger ces traces précieuses de notre héritage commun.

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Celine Dou, pour la boussole-infos

Décès de Chris Rea à 74 ans, entre nostalgie et héritage musical : la disparition d’une icône britannique du rock et du blues

Le chanteur et compositeur britannique Chris Rea, auteur de l’incontournable classique de Noël Driving Home for Christmas, s’est éteint à l’âge de 74 ans le 22 décembre 2025. Au-delà de la nostalgie suscitée par ses chansons, sa disparition invite à revisiter une carrière qui, sur plus de quarante ans, a su traverser les épreuves personnelles et laisser un héritage durable dans le rock et le blues britanniques.

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Peu d’artistes parviennent à marquer durablement la mémoire collective avec autant de sobriété que Chris Rea. Son nom est devenu indissociable d’une mélodie de fin d’année, mais sa carrière va bien au-delà d’un simple tube de Noël. Derrière le succès populaire se cache un musicien exigeant, un compositeur attaché à l’authenticité et à la sincérité de son art, qui a su transformer ses expériences personnelles et ses combats contre la maladie en œuvre musicale profondément humaine.

Une carrière riche et éclectique

Chris Rea, né en 1951 à Middlesbrough d’une famille d’origine italienne et irlandaise, s’est imposé dès la fin des années 1970 sur la scène internationale. Son premier succès majeur, Fool (If You Think It’s Over), a été nommé aux Grammy Awards et a marqué le début d’une carrière exceptionnelle.

Au fil de ses albums plus de vingt-cinq à son actif, Rea a navigué entre rock, blues et pop, en alliant mélodie, émotion et authenticité. Des titres tels que The Road to Hell, Josephine, On the Beach ou Fool ont consolidé sa réputation de musicien capable de créer des atmosphères profondes, où la guitare, souvent slide, devient un prolongement de l’intime.

Driving Home for Christmas : un symbole intemporel

Sorti en 1986, Driving Home for Christmas est devenu un classique de la période festive, traversant générations et frontières. Son succès ne réside pas uniquement dans sa mélodie accrocheuse, mais dans la capacité de Rea à capturer l’universalité des émotions liées aux retrouvailles familiales et au retour à la maison.

Le morceau illustre également une dimension rare dans la pop : la conjugaison d’une simplicité apparente avec une complexité émotionnelle. C’est cette qualité qui a permis à la chanson de s’imposer durablement dans l’imaginaire collectif.

Un parcours humain marqué par la résilience

Chris Rea n’a pas seulement été un musicien de talent : il a traversé de sérieuses épreuves personnelles et sanitaires. En 2001, il a été diagnostiqué d’un cancer du pancréas, suivi d’une opération majeure. En 2016, il a surmonté un accident vasculaire cérébral, poursuivant sa carrière malgré les séquelles. Ces expériences ont nourri sa musique, renforçant l’authenticité de ses compositions et sa connexion avec le public.

Une influence durable et un héritage culturel

La disparition de Chris Rea invite à mesurer l’influence de son œuvre sur la scène musicale britannique et internationale. Son approche mêlant technique, sensibilité et storytelling musical continue d’inspirer de nombreux artistes. Au-delà du blues et du rock, son travail sur l’atmosphère et la narration musicale a contribué à redéfinir la manière dont les émotions peuvent être traduites en chansons populaires.

Chris Rea laisse derrière lui un héritage musical et culturel considérable. Son décès marque non seulement la perte d’un interprète emblématique, mais également celle d’un créateur capable de transcender les genres et les époques. De Driving Home for Christmas à ses compositions les plus introspectives, son œuvre restera un témoignage intemporel de la force expressive de la musique, de la résilience humaine et de l’intimité partagée avec le public.

Pour La Boussole – infos, sa carrière est un rappel que la musique, loin d’être un simple divertissement, est un vecteur puissant de mémoire, d’émotion et d’identité culturelle.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Patrimoine immatériel et tensions régionales : l’inscription du caftan marocain révèle la polarisation de la culture

L’inscription du caftan marocain au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a suscité une vive réaction en Algérie, ravivant une querelle qui dépasse largement la question vestimentaire. Cette controverse met en lumière le rôle stratégique que jouent désormais les éléments culturels dans les rapports de force géopolitiques, notamment entre États en situation de rivalité durable.

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À première vue, il ne s’agit que d’un vêtement traditionnel. Mais dans le contexte maghrébin actuel, le caftan est devenu bien plus qu’un habit d’apparat : il est un symbole, un récit, et un enjeu de pouvoir.

Lors de sa récente session, l’UNESCO a inscrit le caftan marocain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi les savoir-faire, les pratiques sociales et l’ancrage historique de ce vêtement dans la culture du Royaume. Cette décision, présentée par Rabat comme une consécration patrimoniale, a immédiatement suscité une vague de réactions critiques en Algérie, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux.

À Alger, plusieurs voix ont dénoncé ce qu’elles perçoivent comme une forme d’appropriation culturelle, estimant que le caftan ferait également partie du patrimoine algérien, plus largement maghrébin. Les autorités algériennes ont rappelé, de manière indirecte, que certains costumes traditionnels intégrant le caftan avaient déjà été valorisés dans des dossiers culturels antérieurs, contestant ainsi l’idée d’une exclusivité marocaine.

Cette controverse illustre une réalité de plus en plus manifeste dans les relations internationales : la culture n’est plus un domaine neutre, périphérique ou strictement symbolique. Elle est devenue un levier stratégique à part entière. Dans un contexte de tensions politiques prolongées entre le Maroc et l’Algérie, chaque reconnaissance internationale prend une dimension politique implicite, voire conflictuelle.

L’UNESCO, souvent perçue comme une institution technique de sauvegarde culturelle, fonctionne également comme un espace de légitimation symbolique. L’inscription d’un élément au patrimoine immatériel contribue à fixer un récit officiel, à consacrer une continuité historique et à renforcer une identité nationale sur la scène internationale. Pour des États engagés dans une rivalité d’influence, cette reconnaissance équivaut à un gain de prestige et de crédibilité culturelle.

Lorsque les canaux diplomatiques traditionnels sont rompus ou gelés, la confrontation se déplace vers des terrains alternatifs : la mémoire, l’histoire, le patrimoine. Le caftan devient alors un territoire symbolique disputé, au même titre que d’autres éléments culturels déjà au cœur de tensions régionales. Ce type de conflit est d’autant plus sensible qu’il mobilise l’émotion, l’identité et le sentiment d’appartenance, rendant toute concession politiquement coûteuse.

Plus largement, cette affaire s’inscrit dans une dynamique mondiale où les États investissent la diplomatie culturelle comme outil de soft power. Musiques, gastronomie, vêtements traditionnels et récits historiques sont mobilisés pour influencer les perceptions, renforcer la cohésion interne et projeter une image favorable à l’international. La culture cesse ainsi d’être un simple héritage à préserver ; elle devient un instrument actif de la stratégie étatique.

La polémique autour du caftan marocain rappelle que, dans la géopolitique contemporaine, les batailles ne se livrent pas uniquement sur les terrains militaires ou économiques. Elles se jouent aussi dans l’arène symbolique, là où se construisent les récits et se consolident les identités. Réduire ces tensions à une querelle folklorique serait une erreur d’analyse. Derrière un élément de patrimoine se dessinent des enjeux de souveraineté, de légitimité et d’influence, révélateurs d’un monde où la culture est devenue l’un des champs de confrontation les plus durables et les plus stratégiques.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Somalie : des poètes se mobilisent pour préserver une tradition culturelle menacée

La poésie comme instrument de mémoire et de reconstruction dans un pays fragilisé

Au Théâtre national de Mogadiscio, des poètes somaliens se sont réunis début décembre 2025 pour raviver une tradition littéraire essentielle à l’identité du pays. Dans un contexte marqué par l’insécurité et la fragilité des institutions culturelles, ces artistes tentent de restaurer une mémoire collective mise à mal par trois décennies de conflits.

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Longtemps considérée comme un pilier central de la société somalienne, la poésie revient aujourd’hui au premier plan grâce à une mobilisation croissante d’artistes et de structures culturelles. Leur objectif : empêcher la disparition progressive d’un patrimoine transmis oralement depuis des siècles.

Années 1960–1990 : l’âge d’or puis l’effondrement

Le Théâtre national de Mogadiscio, inauguré en 1967, constitue longtemps le cœur de la création culturelle somalienne. Il accueille pièces, récitals et festivals. L’éclatement de la guerre civile en 1991 interrompt brutalement cette dynamique. Le bâtiment est abandonné, les artistes se dispersent et la transmission orale familiale devient le principal refuge de la poésie.

2012 : première réouverture symbolique

Après plus de vingt ans d’abandon, le Théâtre national rouvre partiellement en 2012. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de reconstruction institutionnelle, mais les attaques et l’insécurité freinent immédiatement les activités artistiques.

2021 : structuration de la sauvegarde culturelle

La création de l’initiative « Home of Somali Poetry », soutenue par le Programme des Nations unies pour le développement, marque une étape importante. Ce projet vise à archiver la poésie somalienne, numériser les œuvres, encourager les jeunes auteurs et organiser des prix littéraires.

2025 : reprise des récitals publics

Début décembre 2025, des poètes de plusieurs générations se réunissent de nouveau au Théâtre national pour réciter leurs œuvres devant un public élargi. Parmi eux, Hassan Barre, figure emblématique de la poésie somalienne, offre un texte exaltant la paix, l’unité et la responsabilité civique.

Une mémoire fragile dans un pays en reconstruction

La poésie occupe en Somalie une fonction qui dépasse le cadre artistique : elle conserve l’histoire des clans, exprime les tensions sociales et accompagne les événements marquants. La fragilisation des institutions culturelles a fait peser un risque réel sur cette mémoire vivante, particulièrement dans un pays où l’écrit n’a jamais été majoritaire.

Une rupture intergénérationnelle préoccupante

Si les anciens poètes demeurent très actifs, la transmission aux jeunes générations reste incertaine. L’influence des réseaux sociaux, l’urbanisation rapide et l’émigration ont contribué à distendre le lien entre la jeunesse et la poésie traditionnelle, dont la maîtrise linguistique est exigeante. Les initiatives de sauvegarde tentent de combler ce fossé, mais les moyens restent limités.

La diaspora comme relais culturel majeur

Dans les villes où s’est installée une importante communauté somalienne Londres, Toronto, Dubaï, des festivals littéraires, des lectures publiques et des plateformes numériques prolongent cette tradition. Ces espaces transnationaux jouent un rôle déterminant dans la préservation d’une identité culturelle éclatée par les migrations.

Une fonction civique persistante

Dans un pays où l’espace public demeure fragile, la poésie continue d’offrir un cadre d’expression relativement sûr. Certains poèmes prennent des accents politiques, d’autres prônent la réconciliation ou dénoncent les injustices. Le récital de décembre 2025, caractérisé par son appel à la paix, illustre la dimension civique de cet art.

Un art qui résiste à l’érosion du temps

Les rassemblements de poètes au Théâtre national de Mogadiscio témoignent d’une volonté profonde de sauvegarder un patrimoine menacé mais essentiel à la cohésion de la société somalienne. Si la poésie ne bénéficie pas des mêmes investissements que la sécurité ou les infrastructures, elle demeure pourtant un vecteur de mémoire, de transmission et d’espérance.

Son renouveau fragile marque peut-être une étape supplémentaire dans la lente reconstruction culturelle du pays.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Highlands écossais : la destruction partielle du château d’Ardvreck, un révélateur des défis mondiaux de la préservation du patrimoine

Le château d’Ardvreck, emblème du XVIᵉ siècle dans les Highlands écossais, a récemment subi un acte de vandalisme : des visiteurs ont retiré plusieurs pierres de ses murs pour traverser une zone détrempée. Au-delà d’un incident ponctuel, cet événement met en lumière les tensions universelles entre tourisme, responsabilité collective et conservation du patrimoine historique.

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Lorsque des gestes individuels compromettent la mémoire matérielle de l’histoire, ce n’est pas seulement un mur qui s’effondre, mais un fragment de culture et de mémoire collective. L’incident écossais illustre les défis contemporains auxquels sont confrontés les sites historiques dans un monde où la curiosité touristique et la pression du nombre se heurtent à la fragilité du patrimoine.

Situé sur une avancée rocheuse dans le nord de l’Écosse, le château d’Ardvreck témoigne de l’architecture défensive et résidentielle du XVIᵉ siècle. Selon Historic Assynt, association en charge de sa protection, un groupe de visiteurs a retiré plusieurs pierres du mur périphérique pour traverser une zone humide, entraînant la destruction partielle d’une structure fragile. Bien que motivée par un geste pratique, cette action révèle les limites des dispositifs actuels de régulation et de sensibilisation.

Cet événement soulève un dilemme central de la conservation patrimoniale : comment assurer l’accès aux sites historiques tout en garantissant leur intégrité physique ? À Ardvreck, l’absence de barrières adaptées et de signalétique informative a permis qu’un acte isolé provoque un dommage durable. Les bénévoles de Historic Assynt ont rapidement lancé un appel aux dons pour financer la reconstruction du mur, soulignant que la préservation du patrimoine ne peut reposer uniquement sur des institutions, mais implique la conscience et l’éthique du visiteur.

Sur le plan mondial, le cas d’Ardvreck trouve des échos similaires. À Pompéi, en Italie, les flux touristiques massifs ont accéléré la détérioration de fresques et de structures anciennes, obligeant les autorités à limiter l’accès à certaines zones. Au Cambodge, les temples d’Angkor subissent des dommages liés au piétinement et aux constructions touristiques non régulées. Même en Égypte, la fréquentation des pyramides et des sites archéologiques met en péril des vestiges millénaires. Ces exemples montrent que la fragilité du patrimoine historique face au tourisme de masse est un phénomène global, nécessitant des politiques de conservation et de régulation strictes.

L’incident écossais souligne également l’importance d’une éducation patrimoniale efficace. Les visiteurs doivent comprendre que chaque geste, aussi anodin qu’il puisse paraître, contribue à la préservation ou à la dégradation d’un site. Les programmes de sensibilisation, les guides formés et les dispositifs interactifs peuvent réduire l’impact négatif du tourisme tout en maintenant l’accès et l’expérience culturelle.

Enfin, l’affaire Ardvreck illustre la tension entre mémoire collective et impératifs économiques. Les sites historiques sont souvent des moteurs de développement touristique et économique pour les communautés locales. Toutefois, si leur intégrité n’est pas protégée, la valeur culturelle et historique se trouve compromise. La reconstruction du mur par Historic Assynt n’est pas seulement un acte de réparation matérielle, mais un symbole d’engagement envers la mémoire collective et un rappel que la préservation du patrimoine est une responsabilité partagée à l’échelle locale et globale.

La destruction partielle du château d’Ardvreck dépasse le cadre d’un simple acte isolé : elle met en lumière les défis contemporains de la préservation patrimoniale à l’ère du tourisme mondial. Maintenir l’accès aux sites historiques tout en garantissant leur durabilité exige des pratiques de visite responsables, des dispositifs de protection adaptés et une éducation civique solide. Ardvreck rappelle que la conservation du patrimoine est un impératif collectif : chaque visiteur, institution et acteur économique y joue un rôle, et c’est cette responsabilité partagée qui conditionnera la transmission de l’histoire aux générations futures.

Celine Dou, La boussole-infos

Antilles françaises : les vestiges amérindiens de Sainte-Anne remettent en question le récit colonial

Le 25 octobre 2025, Mediapart a révélé la découverte de nombreux vestiges amérindiens à Sainte-Anne, sur la côte sud de la Martinique. Ces trouvailles archéologiques, effectuées sur le site du futur complexe hôtelier du Club Med, permettent de revisiter l’histoire précoloniale de l’île et interrogent la manière dont les civilisations locales ont été représentées dans le récit colonial traditionnel.

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Une mémoire archéologique méconnue

Les fouilles ont mis au jour des traces significatives de l’occupation amérindienne, révélant une société structurée, aux pratiques culturelles et économiques développées bien avant l’arrivée des colons européens. Des outils, des céramiques et des vestiges d’habitat témoignent de l’organisation complexe de ces communautés et de leur maîtrise de l’espace et des ressources naturelles.

Pour les spécialistes, ces découvertes contradissent l’idée longtemps entretenue d’une île « vide » ou « peu civilisée » avant la colonisation, rappelant que l’histoire des Antilles ne commence pas avec l’arrivée des Européens.

Un chantier touristique au cœur des débats

Le site concerné, au sud de Sainte-Anne, devait accueillir cinquante nouvelles chambres pour le Club Med, un projet reporté de près de deux ans en raison des fouilles archéologiques. Le conflit entre développement économique et préservation du patrimoine illustre la difficulté de concilier modernité et mémoire historique.

Pour de nombreux chercheurs et acteurs culturels locaux, cette situation pose une question éthique majeure : comment protéger et valoriser le patrimoine amérindien alors que le tourisme demeure une ressource économique essentielle pour l’île ?

Remise en question du récit colonial

Au-delà de l’archéologie, cette découverte invite à réfléchir sur la manière dont l’histoire des Antilles françaises a été écrite et transmise. Les vestiges amérindiens mettent en lumière une richesse culturelle souvent éclipsée par le récit colonial centré sur l’arrivée des Européens et l’esclavage.

En soulignant l’existence de sociétés autochtones complexes, les archéologues et historiens encouragent une réécriture plus équilibrée de l’histoire martiniquaise, intégrant les contributions et les modes de vie des peuples premiers de l’île.

Un enjeu identitaire et patrimonial

Cette découverte n’est pas seulement académique : elle touche directement à l’identité et à la mémoire collective. Dans un contexte où les débats sur la reconnaissance des cultures autochtones et la décolonisation des savoirs s’intensifient, ces vestiges deviennent un outil de réflexion et de dialogue pour la société martiniquaise.

Ils rappellent que la connaissance de l’histoire ne se limite pas aux archives coloniales, mais se nourrit également des traces matérielles laissées par ceux qui ont vécu sur l’île bien avant l’arrivée des Européens.

Celine Dou

Iran | Golshifteh Farahani, une actrice en exil qui parle au nom d’un peuple réduit au silence

L’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani a récemment livré un discours bouleversant en soutien au peuple iranien. Entre poésie, mémoire et engagement, sa parole résonne comme une alerte : celle d’un peuple qui tend la main au monde libre pour ne pas sombrer dans l’oubli

Récemment invitée à s’exprimer publiquement en France, Golshifteh Farahani a choisi un mode d’expression rare mais puissant : la poésie. En lisant un extrait de « La Conscience » de Victor Hugo, elle a donné une résonance universelle à l’oppression que subissent des millions d’Iraniens. « C’est la mort de la conscience humaine », a-t-elle déclaré, la voix tremblante mais l’émotion parfaitement maîtrisée. À travers ce geste artistique et politique, elle a redonné souffle à la parole étouffée d’un peuple privé de liberté.

« Le peuple iranien vous tend la main. Il n’a plus peur. Il crie pour vivre. Il crie pour exister. » Ces mots, simples et directs, sont devenus le fil rouge de son intervention. Un cri digne, adressé à la communauté internationale.

Golshifteh Farahani n’est pas une figure de l’opposition politique au sens strict. Elle incarne quelque chose de plus intime et de plus fort : la possibilité de dire non, par l’art, à un système qui mutile les corps et les esprits. Depuis qu’elle a quitté l’Iran en 2008 après avoir joué sans voile dans un film étranger, elle est devenue une voix majeure de la diaspora iranienne.

Installée en France, elle n’a jamais cessé de porter la cause de celles et ceux qui, en Iran, vivent sous surveillance, sous censure, sous menace. Déjà, en 2023, elle avait ému lors de la cérémonie des César, en évoquant Mahsa Amini, morte sous les coups de la police des mœurs, et en appelant à la solidarité avec les femmes iraniennes.

Son discours de 2025, plus intime, plus poétique, s’inscrit dans cette continuité. Il refuse le ton accusateur, lui préférant celui de la dignité. Et c’est précisément cette retenue qui frappe.

Depuis l’automne 2022, la société iranienne vit une séquence particulièrement brutale. Le soulèvement populaire qui a suivi la mort de Mahsa Amini a donné naissance au mouvement Femmes, Vie, Liberté. Cette révolte, largement portée par les femmes et les jeunes, a été écrasée dans le sang. Arrestations massives, disparitions forcées, procès expéditifs, exécutions : les témoignages documentés par des ONG dressent un tableau d’une extrême violence.

Dans ce climat de répression, la parole des exilés iraniens est devenue une ressource précieuse. Elle permet de maintenir une mémoire vivante, d’informer au-delà des censures, et de rappeler que l’opinion publique mondiale ne peut se permettre de détourner le regard.

Farahani le dit à sa manière : « L’Histoire regarde. » Et à travers elle, c’est toute une génération d’Iraniens qui espère que leur combat ne sera pas oublié

À la croisée de la culture et de l’engagement, Golshifteh Farahani appartient à cette catégorie rare d’artistes capables de faire entendre une cause au-delà des frontières idéologiques. Ses rôles au cinéma, sa parole dans les médias, ses gestes publics, tout chez elle participe à une diplomatie du sensible. Elle ne prétend pas représenter une opposition organisée. Elle porte, au contraire, une voix singulière : celle de l’exil sans rupture, de la fidélité douloureuse à un pays qu’on a quitté mais jamais abandonné.

Ce discours s’adresse aussi, implicitement, aux sociétés occidentales. La cause iranienne peine parfois à mobiliser l’attention, alors que d’autres crises monopolisent les regards. Pourtant, les principes que défendent les manifestants iraniens liberté, égalité, dignité sont ceux-là mêmes qui fondent les démocraties libérales.

Le message de Farahani pose une question directe à l’opinion publique : Que valent nos principes s’ils n’inspirent pas notre solidarité ? Elle tend la main, au nom de son peuple, mais aussi en tant que citoyenne d’un monde qui ne peut pas se résigner à la hiérarchie des luttes.

Le discours de Golshifteh Farahani n’est ni un manifeste politique, ni une plainte personnelle. C’est un acte de résistance. Une forme d’alerte douce mais intransigeante. En convoquant Victor Hugo, elle relie le combat du peuple iranien à une mémoire universelle : celle des luttes pour la justice, partout où elle a été bafouée.

Et si l’art ne renverse pas les régimes, il empêche qu’on s’habitue à l’inacceptable.

Afrique du Sud : à Soweto, une Journée nationale de prière face aux fractures encore béantes de l’après-Apartheid

Hier dimanche, à Soweto, hauts lieux de la mémoire sud-africaine, des milliers de citoyens se sont rassemblés pour la Journée nationale de prière, placée sous le thème explicite : « Confronter le passé, bâtir une société réconciliée ». Derrière les hymnes et les supplications, c’est tout un pays qui, une fois de plus, a été contraint de regarder en face ses blessures profondes, héritées du régime d’Apartheid.

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