Archives pour la catégorie Culture

Cinéma : Claudia Cardinale, icône du cinéma, s’est éteinte à 87 ans

Claudia Cardinale, légende franco-italienne du septième art et symbole d’une époque où le cinéma européen rayonnait sur le monde, est décédée mardi à l’âge de 87 ans, entourée de ses enfants, à Nemours, près de Paris, où elle résidait. La nouvelle a été annoncée par son agent, Laurent Savry, dans un message transmis à l’AFP.

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Le Canada interdit l’entrée au groupe Kneecap, l’accusant de soutenir Hezbollah et Hamas

Le Canada a interdit au groupe de rap nord-irlandais Kneecap d’entrer sur son territoire pour des concerts prévus le mois prochain, accusant le trio de soutenir le Hezbollah et le Hamas, a annoncé vendredi le gouvernement.(Source : AFP).

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Cinéma – sorties salles (France) du 17 septembre 2025 : « La tour de glace » ou le reflet d’une (trop) longue nuit frigorifique d’hiver.

Énième semaine sans grand intérêt en ce qui concerne les sorties cinématographiques dans les salles françaises de cette semaine du 17 septembre 2025. Alors, oui, il y a une très grosse sortie cinéma avec le manga « Demon slayer : la forteresse infinie » mais, si vous ne suivez pas la série animée depuis son début, il y a des années, pas la peine de s’y arrêter car ce film correspond, peu ou prou, au début d’une cinquième saison et, si la bande annonce nous avait plu, nous n’en avions jamais vu le moindre épisode. Seul le film chinois « Left-hand girl » trouvait vraiment grâce à nos yeux. Hélas, n’ayant pas eu l’opportunité de le voir en projection presse et celui-ci n’étant pas diffusé dans notre ville de résidence, nous n’allions tout de même pas faire une centaine de kilomètres pour ne passer que 1h49 dans une salle obscure.

Nous restait l’option « La tour de glace », qui, malgré une bande-annonce qui nous laissait hésiter, se présentait en bouée de sauvetage si nous voulions pouvoir faire notre travail de critique ciné cette semaine. Avec le recul du visionnage de ce film, nous en venons à nous dire que boire la tasse nous aurait laissé un moins mauvais goût…

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Cinéma : Robert Redford, légende du cinéma états-unien, s’est éteint à 89 ans

Icône du cinéma mondial, Robert Redford est mort à l’âge de 89 ans. Acteur, réalisateur et fondateur du Sundance Film Festival, il a marqué des générations de cinéphiles par ses rôles mythiques, ses films engagés et son influence sur le cinéma indépendant.

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Allemagne : quand la lutte contre le harcèlement infantilise le réel

À Büren, une campagne municipale contre le harcèlement en piscine provoque un malaise profond. Loin de représenter la réalité, elle révèle la dérive symbolique de certaines institutions occidentales, plus soucieuses d’éviter les stéréotypes que de dire les faits.

Il s’agissait d’une initiative locale, bien intentionnée. Une affiche placardée à Büren, petite ville d’Allemagne, montrait une femme blanche se penchant de manière intrusive vers un enfant noir en fauteuil roulant, accompagnée d’un message de prévention contre les comportements inappropriés dans les piscines publiques. Mais en quelques jours, cette campagne a provoqué un tollé national. Pourquoi ? Parce qu’elle donne à voir un monde inversé, plus soucieux d’équilibre symbolique que de vérité observable.

La polémique soulevée en Allemagne n’est pas qu’une affaire d’image. Elle cristallise un débat plus large, propre aux sociétés occidentales : comment lutter contre les violences, sans mentir sur leur nature ? Peut-on prévenir sans représenter fidèlement ? Et surtout : que devient la démocratie lorsque ses institutions renoncent à nommer les faits pour des raisons idéologiques ou morales ?

L’affiche incriminée s’inscrit dans une série de visuels visant à sensibiliser les jeunes à la question du harcèlement dans les lieux publics. Selon les concepteurs, l’objectif était de briser les stéréotypes : montrer que tout le monde peut être victime, tout le monde peut être auteur. Une intention louable. Mais cette généralisation égalitaire s’est heurtée à une réalité moins symétrique.

En Allemagne, comme dans plusieurs pays d’Europe occidentale, les incidents en piscine liés à des agressions sexuelles ont fait l’objet de signalements répétés ces dernières années. De nombreux rapports y compris émis par les autorités elles-mêmes indiquent que les agresseurs identifiés sont majoritairement de sexe masculin, souvent jeunes, parfois issus de l’immigration récente. Ce sont là des faits. Ils ne sont ni des accusations globalisantes, ni des jugements de valeur, mais des constats documentés.

Or l’image promue à Büren semble précisément vouloir ignorer cette réalité. En inversant les rôles de manière artificielle, elle donne l’impression d’un discours institutionnel qui ne cherche plus à décrire le réel, mais à le réécrire. Et ce choix soulève des questions lourdes : peut-on protéger les plus vulnérables si l’on refuse de regarder qui les menace réellement ?

Ce cas n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, nombre de campagnes de sensibilisation dans l’espace occidental s’inscrivent dans une logique de déconstruction des stéréotypes, même si cela implique de détourner ou d’inverser les tendances observées. Le raisonnement est le suivant : pour éviter de stigmatiser certains groupes, mieux vaut brouiller les représentations, quitte à produire un message déconnecté de la réalité.

Cette approche, qui se veut inclusive, produit cependant un effet paradoxal. En niant les asymétries, elle remplace l’analyse par l’égalisation abstraite. Et ce faisant, elle décrédibilise la parole publique. Car dans une démocratie, la pédagogie ne peut se substituer à la vérité. Dès lors que l’institution ne reflète plus fidèlement les faits, elle cesse d’être perçue comme protectrice. Elle devient suspecte.

Ce malaise ne concerne pas seulement la ville de Büren. Il s’inscrit dans une crise plus profonde : celle du rapport occidental au réel, à la responsabilité, et à la représentation. À trop vouloir ménager les perceptions, les institutions perdent le fil du réel. Et à force de chercher à ne choquer personne, elles finissent par choquer tout le monde.

Car la population, elle, continue d’observer ce qui se passe. Elle connaît les déséquilibres, les tensions, les situations concrètes. Lorsque l’image officielle contredit de manière flagrante ce que chacun constate, un soupçon naît : celui que l’on ne dit plus ce qui est, mais ce que l’on voudrait faire croire. Et dans ce vide, se glissent alors les récits extrémistes, les récupérations idéologiques, ou pire : la défiance totale.

C’est là l’un des risques les plus graves pour les sociétés démocratiques. Car il ne peut y avoir de confiance sans vérité. Et il ne peut y avoir de justice sans lucidité.

Ce n’est pas l’image d’un enfant noir qui choque. C’est son instrumentalisation au nom d’une prétendue symétrie des rôles. C’est l’effacement des réalités concrètes au profit d’une fiction morale. Car oui, il arrive que des femmes harcèlent. Il arrive que des enfants blancs soient victimes. Mais est-ce, dans les piscines publiques d’Allemagne, la configuration la plus fréquente ? Non. Et c’est bien ce décalage entre le message affiché et le réel observé qui a suscité l’incompréhension.

Prévenir le harcèlement, protéger les mineurs, lutter contre les violences sexuelles : ces objectifs sont essentiels. Mais leur mise en œuvre exige rigueur, courage et fidélité aux faits. Non pas pour pointer du doigt, mais pour cibler les actions. Car on ne soigne pas une société en masquant ses symptômes.

Cette campagne n’est pas seulement maladroite. Elle est symptomatique d’une évolution dangereuse : celle qui place la correction morale au-dessus de la véracité, qui préfère la cohérence idéologique à la lucidité, et qui croit que la forme peut guérir le fond.

Or la démocratie n’est pas un théâtre d’ombres. Elle suppose une confrontation permanente avec la réalité, même lorsque celle-ci dérange. Et si les institutions publiques veulent encore inspirer confiance, elles doivent refuser de confondre inclusion et confusion.

La prévention des violences ne gagnera rien à être désincarnée. Au contraire, elle perdra en efficacité, en crédibilité, et en justice.

Progrès ou effondrement ? Payer pour une présence paternelle, louer un repère, déléguer l’écoute à un inconnu : le Japon préfigure-t-il l’avenir des sociétés occidentales ou leur disparition programmée ? Jusqu’où ira le progrès ?

Au Japon, on peut louer un homme d’âge mûr à l’heure pour bénéficier d’une présence, d’une écoute, d’un conseil paternel. Un service nommé Ossan Rental (location d’un « ossan », littéralement un homme mûr), facturé environ 6 euros de l’heure, qui séduit un nombre croissant de Japonais isolés. Derrière cette offre, qui pourrait sembler anecdotique, se cache une réalité bien plus lourde : la crise profonde d’une société en rupture avec ses racines humaines et familiales, une civilisation qui se délite silencieusement.

L’archipel nippon, jadis symbole de stabilité, d’autorité et de traditions millénaires, subit aujourd’hui les ravages d’une occidentalisation accélérée et d’une modernité consumériste débridée. La location d’un homme « sage » à l’heure est un symptôme saisissant d’une société incapable de transmettre naturellement ce que l’on croyait immuable : la figure paternelle, l’autorité morale, le repère générationnel.

Payer pour une présence paternelle, pour une parole sage et rassurante qu’on ne trouve plus dans sa famille, c’est admettre un effondrement du tissu social. C’est la preuve que les structures traditionnelles de transmission la famille, la communauté, le mentorat ont cédé la place à un individualisme atomisé et désenchanté.

Le Japon n’est pas un cas isolé mais un laboratoire avancé des conséquences de l’ultralibéralisme et du progressisme idéologique qui contaminent l’Occident. Le vieillissement accéléré, le déclin démographique, la solitude massive, le refus des rôles sociaux hérités, conduisent à une déstructuration profonde. Il faut désormais monnayer le lien humain, transformer la sagesse et la présence en marchandises.

Dans cette déroute, l’erreur fondamentale des sociétés modernes est de confondre progrès technique et progrès social. L’innovation numérique, la consommation effrénée, la révolution technologique sont perçues comme des promesses d’avenir, mais elles masquent une déculturation massive.

La véritable question n’est pas la multiplication des gadgets ou des services, mais la capacité d’une société à transmettre des repères solides, à structurer l’autorité et à éduquer ses membres dans la responsabilité. Or, ce sont précisément ces dimensions qui s’effacent.

L’idéologie dominante, particulièrement dans les démocraties occidentales, porte en elle cette contradiction. Elle vante la liberté absolue, mais elle débouche sur un désordre généralisé : les jeunes deviennent des maîtres sans guide, les adultes hésitent à poser des limites, et la société perd toute cohérence.

La montée de ce qu’on pourrait appeler l’« adultisme inversé » illustre cette dérive. Cette idéologie prétend protéger l’enfant ou l’adolescent de toute forme de contrainte, d’autorité ou de réprimande, sous prétexte qu’elle serait une violence. Dans plusieurs pays occidentaux, cette doctrine gangrène l’éducation, détruit le sens du devoir, et place la société à la merci d’une immaturité devenue norme.

Le phénomène Greta Thunberg symbolise cette situation : une jeune fille applaudie sur les plus grandes scènes internationales, porteuse d’un discours souvent peu informé mais d’une charge émotionnelle énorme, qui fait la leçon aux adultes et aux institutions. Cette adulation d’une jeunesse sans enracinement ni savoir illustre un effondrement intellectuel et moral.

L’Occident, qui s’imagine le phare du progrès et de la démocratie, regarde avec condescendance le Japon. Pourtant, c’est dans l’archipel que l’on observe en premier les conséquences du modèle que l’Occident impose au monde : consumérisme exacerbé, individualisme radical, déconstruction des liens sociaux.

Après sa défaite de la Seconde Guerre mondiale, le Japon a subi une occidentalisation accélérée imposée par l’occupation états-unienne. Ce choc a abattu des barrières culturelles et introduit des modèles sociaux fragiles, fondés sur une liberté mal comprise et un rapport consumériste à la vie.

Aujourd’hui, louer un homme mûr à l’heure est un triste signal d’alarme pour nos sociétés : si le Japon, avec ses traditions, est à ce point fragilisé, que restera-t-il de nos civilisations occidentales, déjà rongées par l’idéologie du relativisme, du « tout est permis » et du rejet de l’autorité ?

Face à cette mutation, une question cruciale s’impose : le progrès vers quoi ? S’agit-il d’une amélioration réelle de la condition humaine, de la construction de sociétés équilibrées, ou bien d’un glissement vers la déliquescence, l’individualisme et la marchandisation de l’humain ?

Le Japon montre que le progrès technique sans progrès moral est une impasse. Et l’Occident, en célébrant l’enfant-roi, la suppression des cadres, et la consommation à outrance, s’expose au même déclin.

Le véritable défi est donc de renouer avec ce que nos sociétés ont trop longtemps rejeté : la transmission, l’autorité, la responsabilité et la sagesse.

Julian McMahon, mort d’un homme libre : quand l’industrie du divertissement perd l’un de ses visages ambigus

Décédé à l’âge de 56 ans, l’acteur australo-états-unien s’était imposé dans les années 2000 comme un symbole des fictions télévisées de transition. Sa disparition éclaire, en creux, une époque marquée par la tension entre séduction, violence et quête d’identité.

Julian McMahon est mort le 2 juillet 2025 à Clearwater, en Floride, à l’âge de 56 ans, des suites d’un cancer qu’il avait choisi de combattre dans la discrétion. L’information, confirmée par son épouse Kelly McMahon, a suscité une pluie d’hommages dans les milieux du cinéma et de la télévision. Mais au-delà de l’émotion, le parcours de cet acteur discret interroge la manière dont le petit écran a mis en scène, pendant plus de deux décennies, des figures masculines troubles, ambivalentes, et profondément modernes.

Né à Sydney le 27 juillet 1968, Julian Dana William McMahon est le fils de Sir William McMahon, éphémère Premier ministre australien au début des années 1970. L’héritage politique, cependant, ne sera pas le sien. Très tôt, Julian McMahon choisit la voie du mannequinat, avant de s’orienter vers la comédie, d’abord dans les séries australiennes, puis aux États-Unis, où il s’installe durablement au tournant des années 1990.

C’est dans des rôles de plus en plus marquants qu’il se forge une notoriété : Profiler, Another World, puis surtout Charmed (où il incarne Cole Turner, mi-homme mi-démon, entre 2000 et 2005), et Nip/Tuck, série médicale corrosive dans laquelle il campe le chirurgien Christian Troy. Ce dernier rôle, salué par une nomination aux Golden Globes, impose son visage comme l’un des emblèmes d’une télévision postmoderne, en quête de récits sulfureux et de protagonistes tiraillés entre pulsion et rédemption.

Loin du héros linéaire, McMahon a souvent incarné des hommes en conflit avec eux-mêmes, séduisants mais instables, volontaires mais insaisissables. Une posture qui épouse celle des années 2000 : époque de remise en cause des figures d’autorité classiques, mais aussi de fascination pour le chaos intérieur. En incarnant tour à tour des êtres démoniaques, des esthètes cyniques ou des puissants ambivalents (Doctor Doom dans Fantastic Four, 2005 et 2007), il devient sans le dire un révélateur : celui des contradictions de l’Occident en quête de repères après la fin du XXe siècle.

Cette tension est encore visible dans ses choix récents : Marvel’s Runaways, FBI: Most Wanted, ou The Residence, série Netflix dans laquelle il interprète ironie du sort un Premier ministre australien, comme en écho tardif à ses origines familiales.

Sa dernière apparition publique, en mars 2025 au festival SXSW pour présenter le film The Surfer aux côtés de Nicolas Cage, n’avait rien d’un adieu. On y voyait un homme amaigri mais énergique, habité par son rôle et toujours proche de ses partenaires. C’est peut-être là le paradoxe Julian McMahon : une star sans tapage, un acteur populaire resté en marge des grands circuits hollywoodiens, préférant les séries aux blockbusters, les personnages tordus aux archétypes.

Le fait qu’il ait choisi de mener sa lutte contre le cancer dans l’intimité n’étonne guère. Son épouse a simplement évoqué « un effort courageux pour vaincre la maladie », sans chercher à médiatiser l’épreuve. À l’heure où l’exposition médiatique est souvent érigée en preuve d’authenticité, McMahon aura préféré le retrait, la pudeur, la trace laissée dans les mémoires plus que les plateaux de talk-shows.

Les réactions de ses anciens partenaires de jeu ont été à la mesure de l’homme : sobres, mais sincères. Alyssa Milano (Charmed) a salué « son intelligence tranquille et sa présence singulière », Holly Marie Combs a évoqué « un collègue toujours à l’écoute, même dans les scènes les plus dures », tandis que Nicolas Cage a souligné « son intensité calme et son art du doute ».

Au fond, Julian McMahon aura incarné un pan entier de la culture télévisuelle mondiale, celle qui, à la charnière des XXe et XXIe siècles, ne savait plus très bien qui étaient les héros, et où les monstres portaient parfois costume trois-pièces.

Julian McMahon laisse derrière lui un vide discret, à l’image de son parcours. Ni géant du box-office, ni révolutionnaire de la scène, il fut ce que l’époque avait de plus troublant à offrir : un homme en mouvement, libre, jamais tout à fait là où on l’attendait.

Chypre occupée : la guerre contre la mémoire religieuse

Profanation des églises, disparition d’icônes sacrées, transformation des lieux saints en écuries ou entrepôts : 51 ans après l’invasion turque, une campagne d’effacement systématique du patrimoine chypriote grec interpelle l’Union européenne sur ses responsabilités mémorielles et culturelles.

Il ne s’agit pas d’un simple différend territorial. Ni d’une querelle religieuse secondaire. Cinquante-et-un ans après l’invasion militaire du nord de Chypre par la Turquie, les chiffres révélés lors d’une conférence organisée au Parlement européen à Bruxelles, le 1er juillet 2025, témoignent d’une stratégie plus profonde : l’effacement méthodique de la mémoire chrétienne orthodoxe dans les territoires occupés.

À l’initiative du député chypriote Michális Hadjipantela (PPE), la conférence a dressé un constat alarmant : destruction, transformation ou abandon massif des lieux de culte orthodoxes dans la partie nord de l’île. Le métropolite Basile de Constantia et Famagouste, l’une des voix spirituelles les plus autorisées sur ce dossier, a dénoncé une politique de profanation organisée, appuyée par des chiffres concrets :

  • 25 églises détruites ou gravement endommagées,
  • 24 converties en entrepôts,
  • 17 en écuries,
  • 16 transformées en mosquées,
  • 21 rasées.

À cela s’ajoute le pillage systématique d’objets liturgiques, la disparition d’icônes anciennes et la profanation de nombreux cimetières chrétiens.

L’enjeu dépasse les lieux eux-mêmes : il concerne la mémoire, la continuité historique et le droit des peuples à préserver leurs repères culturels. Le nord de Chypre, sous occupation turque depuis 1974, fonctionne comme un territoire isolé où l’histoire chrétienne orthodoxe de l’île est progressivement gommée. Pour le métropolite Basile, il s’agit d’une « stratégie d’effacement identitaire », niant à une population son droit à se souvenir, à transmettre et à exister culturellement dans ses propres lieux.

Dans les couloirs du Parlement européen, certains n’ont pas hésité à employer les termes de « nettoyage culturel » ou de « guerre contre la mémoire ».

Au cœur des échanges, une question dérangeante : que vaut l’engagement européen en faveur du patrimoine et des droits fondamentaux, si l’un de ses propres États membres Chypre voit ainsi bafouée son histoire sur une partie de son territoire, sans réaction ferme des institutions ?

La conférence a fait écho à une inquiétude croissante : la passivité européenne devant des faits que certains pays membres qualifieraient ailleurs de crimes contre le patrimoine. Car derrière les pierres, ce sont des symboles qui tombent. Or, l’Union européenne s’est constituée aussi comme projet de mémoire commune, d’identité respectueuse des diversités, et de réconciliation durable.

Le cas de Chypre est un révélateur de contradictions profondes. D’un côté, l’Union européenne affirme ses principes : État de droit, protection du patrimoine, défense des minorités. De l’autre, elle ménage la Turquie, acteur stratégique dans la région, pays candidat à l’adhésion depuis 1999, mais de plus en plus éloigné des standards européens.

L’absence de reconnaissance de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), proclamée unilatéralement en 1983 et soutenue uniquement par Ankara, n’a pas empêché l’installation de faits accomplis. L’occupation militaire s’est accompagnée d’une colonisation démographique progressive, de transferts de populations, et d’une politique de turquisation culturelle.

Dans ce contexte, l’effacement des églises n’est pas une anomalie : il est un outil. Il témoigne d’une volonté d’ancrer une nouvelle identité dans le nord de l’île, coupée de ses racines gréco-chypriotes.

Alors que la Cour européenne des droits de l’homme a déjà condamné la Turquie pour atteintes aux droits culturels et religieux à Chypre, les décisions demeurent peu appliquées. Sur le terrain, les appels à la restauration du patrimoine détruit restent lettre morte.

Ce vide juridique et diplomatique est d’autant plus inquiétant qu’il s’accompagne d’un silence médiatique relatif, alors même que d’autres conflits patrimoniaux en Ukraine, en Irak ou en Arménie mobilisent largement les institutions internationales.

La conférence de Bruxelles n’a pas été qu’un moment de dénonciation. Elle a aussi formulé des pistes d’action :

  • Mise en place d’un inventaire européen du patrimoine menacé.
  • Mobilisation d’experts indépendants pour documenter les destructions.
  • Pressions diplomatiques sur Ankara, conditionnant certains accords à des engagements concrets sur la restauration et la protection des lieux de culte.

Mais, pour que ces intentions prennent corps, encore faut-il qu’un consensus politique se dégage. Or, Chypre est souvent considérée comme une « périphérie » européenne, bien loin des centres de décision à Paris, Berlin ou Bruxelles.

Il ne s’agit pas d’entretenir le ressentiment, mais de restaurer une justice élémentaire. Les églises ne sont pas seulement des bâtiments religieux : elles sont aussi des témoins d’une histoire européenne multiséculaire. Leur profanation n’est pas un détail du passé : c’est un symptôme du présent, où la force prime parfois sur le droit, et où la mémoire devient une cible politique.

Le silence, en pareil cas, est une forme de renoncement.

NewJeans et ADOR : la justice coréenne confirme l’injonction, un frein lourd à la carrière du groupe K-pop

Le 17 juin 2025, la Cour d’appel de Séoul a confirmé une injonction interdisant aux membres du groupe sud-coréen NewJeans de mener toute activité artistique ou commerciale en dehors du cadre fixé par leur agence ADOR. Cette décision judiciaire marque un tournant dans un conflit contractuel qui secoue l’un des groupes phares de la K-pop contemporaine et soulève des questions plus larges sur les droits des artistes et les pratiques des agences dans l’industrie musicale coréenne.

Depuis novembre 2024, NewJeans, groupe formé en 2022 et devenu rapidement un phénomène mondial, a souhaité mettre fin à son contrat avec ADOR, filiale du géant HYBE Corporation, qu’elle accuse de manquements contractuels, notamment un encadrement jugé trop restrictif et un manquement à la protection des droits des artistes. Le groupe a aussi commencé à se produire sous le nom alternatif « NJZ », contestant ainsi le monopole de l’agence sur leur image et leur activité.

Face à cette volonté d’émancipation, ADOR a saisi la justice pour obtenir une injonction, empêchant légalement NewJeans de poursuivre toute activité indépendante. La confirmation récente de cette injonction par la Cour d’appel signifie que les membres du groupe doivent suspendre leurs projets hors de l’agence, sous peine de sanctions civiles ou pénales.

Ce différend illustre la complexité des relations entre agences et artistes dans l’industrie sud-coréenne de la musique pop, où les contrats exclusifs à long terme sont la norme et où les agences détiennent un contrôle étendu sur la carrière, l’image, et les activités commerciales des groupes.

La situation de NewJeans n’est pas isolée : plusieurs autres artistes ont tenté ces dernières années de se libérer de contrats contraignants, parfois avec succès, parfois en se heurtant à des blocages juridiques importants. L’affaire interroge donc la question de l’équilibre des pouvoirs dans un secteur où la réussite économique dépend autant du talent que du contrôle de la marque et de l’image.

La décision de justice a entraîné un arrêt temporaire des activités publiques du groupe. Plusieurs marques ayant collaboré avec NewJeans ont annoncé leur retrait, remplaçant le groupe dans leurs campagnes publicitaires. Cette mise en pause fragilise la visibilité internationale d’un groupe encore jeune, mais déjà icône mondiale.

Dans un communiqué, NewJeans a indiqué respecter la décision sans pour autant renoncer à défendre leurs droits dans la suite du procès, prévu pour examiner la validité du contrat exclusif en juillet 2025. Le groupe a aussi souligné son désir de retrouver une autonomie artistique, revendication partagée par nombre d’artistes à travers le monde.

Si la cause concerne directement la K-pop et l’industrie sud-coréenne, elle rejoint un débat global sur la gouvernance des talents, la gestion des contrats, et les droits fondamentaux des artistes. La popularité mondiale de NewJeans, notamment auprès des jeunes générations, fait de ce litige un cas d’école sur la manière dont la mondialisation culturelle confronte les artistes aux structures commerciales.

Le cas NewJeans pourrait accélérer des évolutions juridiques et réglementaires en Corée du Sud. Le gouvernement coréen, sous pression depuis plusieurs années pour protéger les artistes contre les clauses abusives, observe ces dossiers avec attention.

Il reste à voir si les prochains mois permettront à NewJeans de renouer avec une carrière plus libre, ou si leur trajectoire servira d’avertissement pour d’autres artistes désireux de prendre le contrôle de leur destin artistique.

Concert d’Amir à Lens : des drapeaux palestiniens et une réponse sous tension maîtrisée

À Lens, lors de la Fête de la Musique du 21 juin, le chanteur franco-israélien Amir a vu son concert perturbé par des spectateurs brandissant des drapeaux palestiniens. Une scène symptomatique d’un climat politique qui déborde de plus en plus les frontières de l’arène diplomatique pour investir les scènes culturelles.

Alors qu’il interprétait une chanson dédiée à sa grand-mère, née au Maroc, le chanteur Amir Haddad a été confronté à plusieurs spectateurs exhibant des drapeaux palestiniens, visiblement en réaction à ses origines israéliennes. Un échange tendu s’en est suivi. Loin d’ignorer la provocation, l’artiste a choisi d’y répondre calmement, tout en affirmant sa posture personnelle.

« Je vais vous donner un tout petit peu d’importance, histoire de vous transmettre une leçon », a-t-il déclaré au micro, avant de rappeler qu’il a grandi en Israël, et que sa chanson évoquait les valeurs de transmission familiale.

Face à une phrase entendue dans le public « Ça te fait mal aux yeux, des drapeaux ? » Amir a préféré clore l’incident par un appel à la paix : « Salam, Shalom, Peace. » Une manière pour lui d’inviter au dépassement des antagonismes, malgré la charge politique implicite du geste des spectateurs.

Cette scène survenue dans une ville française de province illustre l’irruption croissante de la question israélo-palestinienne dans les espaces culturels européens. Depuis plusieurs mois, les scènes musicales voient se multiplier les références à Gaza, à la Cisjordanie ou à l’occupation, que ce soit par des artistes militants comme le duo britannique Bob Vylan interdit d’entrée aux États-Unis d’Amérique après des propos jugés offensants envers Israël ou plus récemment, par le groupe nord-irlandais Kneecap à Glastonbury.

Mais dans le cas d’Amir, la situation est plus ambivalente. Né en France, élevé en Israël, le chanteur représente une double identité culturelle souvent incomprise dans les débats binaires. Sa réponse, bien que posée, n’est pas neutre : elle affirme un enracinement, sans pour autant appeler à l’exclusion ou au conflit.

L’incident de Lens interroge aussi la manière dont les sociétés européennes traitent les identités liées à des conflits internationaux. Loin d’un simple fait divers de concert, la scène révèle :

  • Une projection croissante des tensions géopolitiques sur les artistes,
  • Une difficulté à accueillir la complexité des trajectoires individuelles dans l’espace public,
  • Et une pression croissante sur les personnalités perçues comme affiliées à Israël.

L’épisode met également en lumière une forme de double standard : alors que certaines prises de position pro-palestiniennes sont applaudies, les artistes liés à Israël doivent souvent justifier leur identité avant même leur art. Cette asymétrie, dans un contexte de polarisation croissante, pose des questions profondes sur la liberté d’expression, l’espace du symbolique, et le rôle de l’art comme lieu de médiation ou, au contraire, de cristallisation idéologique.

Aucune prise de position officielle des autorités municipales ou culturelles de Lens n’a été formulée à ce jour. Ni condamnation de l’interpellation publique d’un artiste sur ses origines, ni rappel au cadre de la fête de la musique comme moment de rassemblement populaire. Ce silence institutionnel, souvent prudent dans ces cas, interroge sur la place que les pouvoirs publics souhaitent accorder au débat politique dans les espaces artistiques.

Plus que le fait lui-même, c’est sa récurrence dans l’espace culturel européen qui alerte. La montée des tensions importées du Proche-Orient se traduit par des actes symboliques qui visent à prendre possession de lieux perçus comme neutres concerts, festivals, expositions. Le drapeau devient ici un acte performatif, une tentative d’imposer une narration dans un espace qui ne lui était pas dédié.

Amir, en choisissant la maîtrise et le rappel à la paix, a répondu en tant qu’artiste, non en tant que porte-voix d’un État. Sa position souligne un paradoxe contemporain : dans un monde saturé de messages politiques, la posture du chantre de la paix semble presque subversive.