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États-Unis d’Amérique : 25 ans après le 11-Septembre, comment en est-on arrivé à discuter encore de la « résistance » face au terrorisme ?

Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour frapper New York et le siège du département de la Défense des États-Unis d’Amérique. Près de 3 000 personnes sont tuées. Vingt-cinq ans plus tard, alors que New York commémore les victimes, une autre bataille se joue : celle des mots, de la mémoire et de la manière dont une partie de la société occidentale regarde désormais le terrorisme islamiste.

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Le matin où le monde bascule

Le 11 septembre 2001 commence comme une matinée ordinaire sur la côte Est des États-Unis d’Amérique.

À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines percute la tour Nord du World Trade Center, à New York. Dix-sept minutes plus tard, à 9 h 03, le vol 175 de United Airlines s’écrase contre la tour Sud. Les images diffusées en direct montrent alors un incendie dans l’un des immeubles les plus connus du monde. Lorsque le second avion frappe la tour voisine, il ne reste plus de doute : les États-Unis d’Amérique sont victimes d’une attaque coordonnée.

À 9 h 37, un troisième avion, le vol 77 d’American Airlines, s’écrase contre le Pentagone, à Arlington, en Virginie. À 9 h 59, la tour Sud du World Trade Center s’effondre. La tour Nord tombe à son tour à 10 h 28.

Le quatrième appareil, le vol 93 de United Airlines, n’atteint pas sa cible. Des passagers et des membres d’équipage tentent de reprendre le contrôle de l’avion. Celui-ci s’écrase à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 h 03. Les quatre avions ont été détournés par 19 hommes formés par Al-Qaïda. Quinze venaient d’Arabie saoudite, deux des Émirats arabes unis, un d’Égypte et un du Liban.

Le bilan immédiat est de 2 976 morts, sans compter les 19 terroristes. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Parmi les victimes figurent les passagers des quatre appareils, des employés des tours, des policiers, des pompiers, des secouristes et des personnes présentes dans les environs du World Trade Center et du Pentagone.

Le choc dépasse rapidement les frontières des États-Unis d’Amérique. Pour le pays, c’est l’attaque la plus meurtrière jamais commise sur son territoire. Pour le reste du monde, elle marque l’entrée dans une période dominée par la lutte contre le terrorisme islamiste.

Une attaque dont les conséquences ne s’arrêtent pas au 11 septembre

Les attentats ne constituent pas un événement isolé. Ils sont l’aboutissement d’une stratégie préparée pendant plusieurs années par Al-Qaïda et son chef, Oussama ben Laden.

L’organisation avait déjà frappé des intérêts des États-Unis d’Amérique, notamment lors des attentats contre les ambassades des États-Unis d’Amérique au Kenya et en Tanzanie en 1998, puis contre le navire militaire USS Cole au Yémen en 2000. Le 11 septembre 2001 constitue cependant un changement d’échelle radical.

La réponse étasunienne transforme à son tour le monde.

Les États-Unis d’Amérique envahissent l’Afghanistan pour chasser Al-Qaïda et renverser le régime taliban qui lui offrait un sanctuaire. Deux ans plus tard, l’administration de George W. Bush engage la guerre en Irak, en invoquant notamment la menace que représenteraient les armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Elles ne seront jamais découvertes.

La « guerre contre le terrorisme » devient alors l’un des grands cadres de la politique internationale pendant plus d’une décennie. Les services de renseignement sont renforcés, les dispositifs de surveillance élargis, les frontières davantage contrôlées et les interventions militaires des États-Unis d’Amérique s’étendent bien au-delà de l’Afghanistan.

Avec le temps, le bilan devient beaucoup plus complexe. L’intervention en Afghanistan se transforme en guerre de vingt ans et s’achève par le retour des talibans au pouvoir en 2021. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein contribue à une longue période de guerre et de fragmentation dont profitent ensuite différents mouvements djihadistes. Des spécialistes du terrorisme considèrent aujourd’hui que l’enlisement dans ces guerres a également nourri de nouvelles formes de jihadisme.

Le 11-Septembre a donc produit deux histoires. Celle d’une attaque terroriste qui a tué près de 3 000 personnes en quelques heures. Et celle d’une réaction politique et militaire dont les conséquences se mesurent encore vingt-cinq ans plus tard.

Mais une autre transformation est plus difficile à mesurer

Le changement ne se trouve pas seulement dans les institutions ou dans les guerres.

Il concerne aussi la manière de parler du terrorisme.

En 2001, la qualification des attaques d’Al-Qaïda ne suscite pratiquement aucune controverse dans les démocraties occidentales. Des civils sont délibérément pris pour cibles. Des avions de ligne sont détournés et transformés en armes. Des milliers de personnes sont tuées. Le mot « terrorisme » s’impose.

Vingt-cinq ans plus tard, les frontières du vocabulaire sont moins nettes.

Le débat apparu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 en fournit l’un des exemples les plus frappants. Une partie de la gauche radicale et de certains mouvements militants occidentaux a décrit cette attaque comme un acte de résistance palestinienne ou de lutte anticoloniale, tandis que d’autres y ont vu sans ambiguïté un acte terroriste. Les deux lectures ne sont pas équivalentes : qualifier un acte de terroriste ne revient pas à nier l’existence du conflit israélo-palestinien, pas plus que dénoncer la politique du gouvernement israélien ne revient à justifier les massacres commis par le Hamas.

Le plus troublant est peut-être que ces positions peuvent désormais coexister chez une même personne.

Une enquête Harvard CAPS/Harris menée en décembre 2023 auprès de 2 034 personnes âgées de 18 ans et plus montrait ainsi que 73 % des 18-24 ans considéraient l’attaque du 7 octobre comme un acte terroriste. Mais 60 % du même groupe estimaient que cette attaque pouvait être justifiée par les griefs des Palestiniens. La reconnaissance de la nature terroriste de l’acte n’empêchait donc pas une partie importante des jeunes interrogés de lui attribuer une justification politique.

Ce paradoxe mérite davantage d’attention que les slogans lancés de part et d’autre.

Il ne signifie pas que la jeunesse étasunienne ou occidentale serait devenue favorable au terrorisme. Les enquêtes disponibles ne permettent pas de soutenir une affirmation aussi générale. Une enquête HarrisX publiée en 2023 montrait au contraire que 68 % des 18-24 ans considéraient le Hamas comme une organisation terroriste désignée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais les écarts générationnels sont suffisamment importants pour poser une question sérieuse : comment une génération qui n’a pas vécu le 11-Septembre juge-t-elle aujourd’hui la violence politique lorsqu’elle est présentée comme une réponse à une oppression ?

Une génération qui n’a pas vu les tours s’effondrer

Pour ceux qui avaient 20 ans en 2001, le 11-Septembre appartient à leur histoire personnelle.

Pour les moins de 25 ans de 2026, il appartient essentiellement à l’histoire.

Ils ont grandi après les attentats, dans un monde où la guerre contre le terrorisme était déjà installée, où l’Afghanistan et l’Irak faisaient partie des programmes scolaires ou des informations, et où les réseaux sociaux ont progressivement remplacé la télévision comme principale source d’images et de commentaires pour une partie de la jeunesse.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par More in Common en décembre 2023 avait montré une fracture particulièrement nette chez les 18-24 ans : 24 % des jeunes interrogés qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », exactement la même proportion que ceux qui le qualifiaient de « terroristes ». 35 % déclaraient ne pas savoir comment le qualifier. Les générations plus âgées étaient beaucoup plus nombreuses à employer le terme « terroristes ».

Ces chiffres ne disent pas que les jeunes Occidentaux ont tous adopté une vision favorable au Hamas. Ils montrent autre chose : le mot « terroriste » n’est plus automatiquement la catégorie morale dominante chez une partie de cette génération lorsqu’il s’agit d’une organisation qui affirme combattre une puissance considérée comme occupante ou coloniale.

C’est un changement considérable par rapport à la mémoire politique construite après le 11-Septembre.

Le cas Mamdani : une cérémonie devenue bataille de mémoire

À New York, cette question a pris une dimension particulièrement visible à quelques jours du 25e anniversaire.

Le maire Zohran Mamdani a annoncé la création d’une journée municipale de commémoration et de service le 11 septembre, ainsi que de nouvelles mesures destinées à renforcer la préparation de la ville face aux futures menaces terroristes.

Mais sa présence aux cérémonies du 25e anniversaire a été contestée par des familles de victimes. Une pétition demandant qu’il n’y participe pas avait dépassé les 100 000 signatures lorsqu’elle lui a été remise à l’hôtel de ville le 8 septembre. Les signataires lui reprochent notamment certaines de ses positions politiques et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.

La polémique a pris une nouvelle ampleur après une cérémonie au cours de laquelle Mamdani a remis le stylo utilisé pour signer les décrets commémoratifs à Kassem. Celui-ci a auparavant représenté Ahmed al-Darbi, détenu à Guantánamo qui a plaidé coupable dans une affaire liée à Al-Qaïda. Al-Darbi était par ailleurs le beau-frère de Khalid al-Mihdhar, l’un des pirates de l’air du vol 77 qui s’est écrasé sur le Pentagone.

Il faut toutefois distinguer les faits : Kassem est un avocat qui a représenté un détenu lié à Al-Qaïda ; il n’est pas lui-même présenté comme un membre d’Al-Qaïda. Sa défense d’un accusé ou d’un condamné dans le cadre d’une procédure judiciaire ne constitue pas, en soi, une adhésion aux actes de son client.

La controverse autour du maire ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un quelconque renversement idéologique de la société étasunienne. Elle montre en revanche combien la mémoire du 11-Septembre reste chargée de tensions politiques, identitaires et morales.

Le 9 septembre, la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, a elle-même appelé à conserver une « clarté morale » entre les terroristes et ceux qui sont venus secourir les victimes, dans un discours prononcé lors de l’inauguration d’un nouveau mémorial consacré aux policiers morts des suites de leur exposition aux conditions toxiques de Ground Zero.

Le débat n’est donc plus seulement historique. Il porte sur la manière dont une société transmet la distinction entre victime, agresseur, résistance et terrorisme à ceux qui n’ont pas vécu l’événement.

Islamophobie : un autre combat, qu’il ne faut pas confondre avec celui-là

Cette évolution du vocabulaire ne doit pas conduire à une autre simplification.

Après le 11-Septembre, des musulmans vivant aux États-Unis d’Amérique ont subi des discriminations, des violences et une surveillance accrue. La lutte contre l’islamophobie répond donc à des faits réels et à une exigence légitime de protection des citoyens musulmans.

Mais dénoncer une discrimination visant des musulmans n’empêche pas de condamner l’islamisme armé. Les deux questions ne devraient pas être confondues.

Le problème apparaît lorsque le mot « islamophobie » devient une réponse automatique à toute critique d’une idéologie islamiste, d’une organisation terroriste ou d’une justification religieuse de la violence. À l’inverse, assimiler les musulmans à des terroristes en raison de leur religion constitue une autre forme de falsification des faits.

La difficulté, vingt-cinq ans après le 11-Septembre, consiste précisément à conserver ces distinctions.

Ce que nous avons peut-être perdu en chemin

Le monde de 2001 n’est plus celui de 2026.

Le terrorisme islamiste n’a pas disparu. Al-Qaïda a perdu une partie de sa capacité opérationnelle, mais ses branches régionales demeurent actives. L’État islamique a ensuite occupé une place centrale dans le jihadisme mondial avant de perdre son territoire. La menace terroriste s’est également diversifiée, avec la montée d’autres formes d’extrémisme violent.

Mais quelque chose d’autre a changé : la certitude morale avec laquelle l’Occident nommait autrefois certaines violences.

Le 11 septembre 2001, personne n’aurait sérieusement soutenu que détourner quatre avions de ligne, les précipiter contre des immeubles et tuer des milliers de civils constituait une forme de résistance.

Vingt-cinq ans plus tard, la discussion porte parfois moins sur les victimes que sur les circonstances censées rendre la violence compréhensible. Les causes d’un conflit sont alors utilisées pour expliquer un crime, puis parfois pour le justifier. La frontière entre les deux peut devenir dangereusement mince.

C’est peut-être là que se trouve l’une des questions les plus importantes de ce 25e anniversaire.

Une société peut-elle comprendre les causes d’une violence sans finir par l’excuser ?

Et surtout : que transmet-elle à une génération qui n’a pas vu les avions frapper les tours, qui n’a pas entendu les sirènes dans les rues de New York et qui connaît le 11-Septembre principalement à travers des images, des récits familiaux et les combats idéologiques du présent ?

Vingt-cinq ans après les attentats, les tours du World Trade Center ont disparu, Al-Qaïda n’est plus l’organisation qu’elle était et les guerres déclenchées après 2001 ont profondément transformé le monde.

Mais le débat sur le sens de cette journée est loin d’être terminé.

Le 11-Septembre n’est donc plus seulement une histoire de 2001. C’est aussi une question posée à 2026 : après un quart de siècle, sommes-nous encore capables de nommer les victimes, les terroristes et les actes de chacun sans laisser nos convictions politiques décider à leur place de la réalité des faits ?

Celine Dou

Angleterre : à Barnham, des traces vieilles de 400 000 ans révèlent que des humains savaient déjà produire du feu

Pendant longtemps, l’histoire de la maîtrise du feu s’est écrite à partir d’une distinction difficile à établir : savoir conserver un feu n’est pas nécessairement savoir l’allumer. Une découverte archéologique réalisée à Barnham, dans le Suffolk, en Angleterre, apporte aujourd’hui l’un des éléments les plus importants sur cette étape de l’évolution humaine. Des traces de combustion associées à deux fragments de pyrite indiquent qu’il y a environ 400 000 ans, des humains étaient déjà capables de produire des étincelles pour obtenir du feu.

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Publiée dans la revue Nature en décembre 2025, l’étude consacrée au site de Barnham présente la plus ancienne preuve connue à ce jour de fabrication intentionnelle du feu. Les chercheurs ont retrouvé des sédiments fortement chauffés, des outils en silex endommagés par la chaleur et deux fragments de pyrite, un minéral qui peut produire des étincelles lorsqu’il est frappé contre du silex. L’ensemble repousse d’environ 350 000 ans la plus ancienne preuve jusque-là reconnue de cette capacité.

Le feu était connu bien avant de pouvoir être produit

La découverte ne signifie pas que les humains ont découvert le feu il y a 400 000 ans.

Bien avant cette période, les hominines avaient déjà appris à exploiter les incendies naturels. Des traces archéologiques montrent une utilisation du feu remontant à plus d’un million d’années dans certaines régions d’Afrique. Des groupes humains pouvaient récupérer des braises laissées par un incendie, les maintenir et en tirer parti pour se chauffer ou cuire des aliments.

Mais une différence fondamentale séparait alors cette pratique de la maîtrise complète du feu : il fallait attendre qu’un phénomène naturel fournisse la première flamme.

Cette dépendance disparaît en partie lorsqu’un groupe humain devient capable de provoquer lui-même une étincelle, puis d’entretenir la combustion. Le feu cesse alors d’être seulement une ressource trouvée dans la nature. Il devient une technique.

C’est précisément cette transition que le site de Barnham permet d’entrevoir.

À Barnham, plusieurs indices convergent

Le site étudié se trouve dans le Suffolk, dans l’est de l’Angleterre. Les fouilles ont livré une ancienne surface occupée il y a environ 400 000 ans, avec notamment des outils en silex et des traces de chauffage.

Pris séparément, ces éléments ne suffiraient toutefois pas à démontrer une fabrication volontaire du feu. Un incendie naturel peut chauffer un sol, altérer des pierres et laisser derrière lui des matériaux brûlés.

Les chercheurs ont donc recherché d’autres indices permettant de distinguer un phénomène naturel d’un foyer entretenu par des humains.

Le sol présente des transformations liées à des températures très élevées. Certaines zones ont été chauffées à plus de 700 °C. Les analyses indiquent également plusieurs épisodes de combustion sur cette ancienne surface. Les outils en silex retrouvés dans les niveaux concernés portent, eux aussi, des traces de fracture et d’altération dues à la chaleur.

Un élément allait donner à l’ensemble une signification beaucoup plus précise.

Deux fragments de pyrite changent l’interprétation du site

Les archéologues ont retrouvé deux fragments de pyrite dans les niveaux associés aux traces de combustion.

Ce détail peut paraître secondaire. Il est pourtant au cœur de la découverte.

La pyrite, un sulfure de fer, peut produire des étincelles lorsqu’elle est frappée contre du silex. Elle constitue donc un matériau particulièrement adapté à la production volontaire d’étincelles.

Or les études géologiques indiquent que la pyrite est rare dans l’environnement immédiat de Barnham. Les chercheurs estiment donc qu’elle a probablement été apportée sur le site. Cette présence volontairement associée à un foyer et à des outils en silex fournit un élément essentiel pour comprendre ce qui s’est passé il y a environ 400 000 ans.

Le raisonnement des chercheurs est simple, mais sa portée est considérable : si les occupants du site ont transporté de la pyrite jusqu’à cet endroit et disposaient également de silex capables d’en produire des étincelles, ils pouvaient disposer des éléments nécessaires à la fabrication du feu.

Il ne s’agissait donc plus seulement de conserver une flamme obtenue dans la nature.

Une découverte qui repousse considérablement la chronologie

Jusqu’à cette étude, les plus anciennes preuves considérées comme convaincantes de fabrication intentionnelle du feu étaient notamment associées à des sites néandertaliens du nord de la France datant d’environ 50 000 ans.

Barnham fait reculer cette chronologie de près de 350 000 ans.

Cette différence ne doit cependant pas être interprétée comme la date à laquelle l’humanité aurait « inventé » le feu.

Les chercheurs ne disposent toujours pas du premier foyer fabriqué par l’être humain. Il est parfaitement possible que cette technique soit apparue beaucoup plus tôt et que ses premières traces n’aient simplement pas été conservées ou reconnues.

La découverte de Barnham établit une autre chose, plus précise : il y a environ 400 000 ans, des humains disposaient déjà d’une technique permettant vraisemblablement de produire eux-mêmes du feu.

Était-ce déjà Néandertal ?

C’est l’une des questions les plus délicates.

L’étude et les institutions associées au projet rapprochent les occupants de Barnham des premiers Néandertaliens. Cette interprétation repose notamment sur la chronologie du site et sur les fossiles humains connus dans d’autres régions d’Europe à la même période.

Mais aucun fossile humain n’a été découvert directement à Barnham.

Il serait donc excessif d’écrire que la découverte prouve, à elle seule, que « Néandertal faisait du feu il y a 400 000 ans ». Les données archéologiques permettent d’aller jusqu’à une conclusion plus prudente : les humains qui occupaient alors Barnham appartenaient probablement à des populations apparentées aux premiers Néandertaliens, mais leur identification précise ne peut pas être établie directement à partir des vestiges du site.

Cette nuance n’enlève rien à l’importance de la découverte. Elle évite simplement de transformer une interprétation scientifique en certitude.

Le feu, une technique qui change la vie humaine

La capacité à produire du feu modifie profondément les possibilités offertes aux groupes humains.

Elle permet de s’installer dans un lieu sans dépendre de la présence préalable d’un incendie naturel. Elle fournit une source de chaleur disponible à la demande, permet de cuire les aliments, d’éclairer les espaces occupés après la tombée du jour et de protéger les campements.

Elle suppose aussi une connaissance précise des matériaux : savoir quelles pierres utiliser, comment les frapper, quelle matière employer pour recueillir l’étincelle et comment maintenir la combustion.

Autrement dit, produire du feu ne consiste pas simplement à posséder un outil. C’est une chaîne de gestes et de connaissances qu’il faut maîtriser et transmettre.

Cette dimension est essentielle pour comprendre ce que révèle Barnham. Derrière deux fragments de pyrite vieux de 400 000 ans se dessine l’existence d’un savoir technique déjà suffisamment élaboré pour être reproduit.

Une étape dans une évolution beaucoup plus longue

La période à laquelle appartient Barnham correspond à une phase importante de l’évolution humaine en Europe.

Les populations de cette époque développent différentes traditions techniques et exploitent des environnements soumis à des changements climatiques importants. Le feu offre alors un avantage considérable dans des régions où les conditions pouvaient devenir particulièrement froides.

Le Natural History Museum souligne également que la capacité à produire et contrôler le feu a pu jouer un rôle dans les transformations biologiques et sociales de l’être humain. Mais cette relation doit être envisagée avec prudence : le feu constitue l’un des facteurs possibles de l’évolution des sociétés humaines, et non une explication unique de leur développement.

La découverte ne raconte donc pas seulement l’histoire d’un ancien foyer. Elle documente une étape dans l’apparition de technologies capables de libérer les groupes humains d’une dépendance directe aux phénomènes naturels.

Ce que les archéologues cherchent encore

Une question demeure entière : depuis quand les humains savent-ils réellement produire du feu ?

Barnham constitue désormais le plus ancien témoignage connu de cette pratique, mais rien ne permet d’affirmer qu’il correspond au début de l’histoire du feu fabriqué.

Les traces les plus anciennes sont difficiles à interpréter. Un sol brûlé peut résulter d’un incendie naturel. Une pierre fracturée par la chaleur ne prouve pas nécessairement l’existence d’un foyer. Même la présence de matériaux susceptibles de produire des étincelles doit être replacée dans son contexte.

C’est précisément pourquoi l’association de plusieurs indices rend Barnham particulièrement important.

La pyrite, les silex chauffés, les sédiments transformés par de fortes températures et les traces répétées de combustion ne constituent pas une preuve isolée, mais un ensemble archéologique cohérent. C’est cet ensemble qui permet aux chercheurs de proposer une conclusion beaucoup plus solide que celles tirées de simples traces de feu.

Il reste néanmoins à savoir si cette technique était largement répandue à cette époque, si elle a été développée indépendamment dans plusieurs régions et comment elle s’est transmise d’un groupe humain à l’autre.

L’histoire du feu n’a donc pas livré son premier chapitre. Mais à Barnham, les archéologues viennent de remonter plusieurs centaines de milliers d’années dans le temps.

Il y a environ 400 000 ans, quelque part dans ce qui est aujourd’hui le Suffolk, une étincelle produite volontairement pouvait déjà transformer une pierre, un peu de matière combustible et quelques gestes maîtrisés en une source de lumière et de chaleur. Ce n’est pas l’invention du feu que révèle Barnham. C’est la trace, beaucoup plus ancienne qu’on ne le pensait, du moment où l’être humain a commencé à ne plus attendre que la nature lui donne la flamme.

Celine Dou

France : Lionel Jospin, ancien Premier ministre, est mort à 88 ans

Lionel Jospin est mort. Avec lui disparaît une figure qui a exercé le pouvoir à un moment où la gauche gouvernait encore de manière stable en France.

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Premier ministre de 1997 à 2002, il a dirigé un gouvernement de coalition et porté plusieurs réformes sociales majeures. Son nom reste aussi attaché au choc politique du 21 avril 2002, qui a marqué une rupture durable.

Lionel Jospin est décédé le 22 mars 2026 à Paris. Il avait 88 ans. Sa famille a annoncé sa mort le lendemain.

Ancien premier secrétaire du Parti socialiste, il avait accédé à Matignon en 1997 après la victoire de la gauche aux élections législatives. Pendant cinq ans, il gouverne aux côtés du président Jacques Chirac, dans une configuration de cohabitation.

Son passage au pouvoir laisse plusieurs mesures qui structurent encore le débat public : la réduction du temps de travail à 35 heures, la création de la couverture maladie universelle, ou encore le pacte civil de solidarité. Ces décisions ont marqué la politique sociale française à la fin des années 1990.

Le gouvernement qu’il dirige repose sur une alliance entre socialistes, communistes, écologistes et radicaux. Cet équilibre impose des compromis permanents, mais permet aussi de maintenir une ligne politique identifiable.

À l’époque, la gauche parvient à gouverner sans éclatement majeur. Elle s’appuie sur une base électorale encore solide et sur un cadre politique relativement stable. Ce moment tranche avec les difficultés actuelles à construire des majorités cohérentes.

La rupture intervient en 2002. Lionel Jospin se présente à l’élection présidentielle. Il est éliminé dès le premier tour, derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Le résultat surprend, y compris dans son propre camp.

Le soir même, il annonce son retrait de la vie politique. Cette décision met fin à une trajectoire commencée plusieurs décennies plus tôt.

Ce qui reste de Lionel Jospin ne se résume pas à une liste de réformes. Son passage au pouvoir correspond à une période où les institutions fonctionnaient encore autour de blocs politiques structurés.

La gauche qu’il incarne repose sur une idée simple : gouverner par coalition, avec un programme commun, même imparfait. Ce modèle a depuis perdu en efficacité. Les divisions internes et la fragmentation électorale ont rendu cet équilibre plus difficile à reproduire.

L’élection de 2002 marque un basculement. Elle révèle un décalage entre les partis traditionnels et une partie de l’électorat. Ce décalage ne s’est pas résorbé. Il s’est installé.

Son départ rapide, sans tentative de retour, tranche avec les pratiques politiques actuelles. Il quitte la scène sans chercher à prolonger son influence. Ce choix contribue aussi à la manière dont il est perçu aujourd’hui.

La disparition de Lionel Jospin intervient à un moment où la gauche française cherche encore une ligne claire et une capacité à gouverner. Les repères qui existaient à la fin des années 1990 ne sont plus les mêmes.

Les débats sur le travail, la protection sociale ou l’organisation économique existent toujours, mais ils se posent dans un paysage politique plus éclaté.

Lionel Jospin aura exercé le pouvoir dans une période identifiable, avec une majorité stable et des choix assumés. Sa trajectoire reste liée à ce moment, mais aussi à sa fin brutale en 2002. Entre ces deux dates, il aura laissé une empreinte qui continue de structurer une partie du débat politique français.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Égypte : à Louxor, la découverte de 22 momies et de papyrus éclaire les pratiques funéraires et le rôle du culte d’Amon dans l’Égypte ancienne

Une mission archéologique menée dans la nécropole thébaine, sur la rive ouest de Louxor, a mis au jour une cachette contenant vingt-deux momies et plusieurs papyrus anciens. Au-delà de l’intérêt patrimonial de cette découverte, les premières analyses apportent de nouveaux éléments sur l’organisation religieuse et les pratiques funéraires liées au culte d’Amon durant une période charnière de l’histoire égyptienne.

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Au cœur de la nécropole de Thèbes, l’un des ensembles archéologiques les plus importants de l’Égypte ancienne, les archéologues ont récemment mis au jour une chambre funéraire contenant vingt-deux cercueils en bois peints, ainsi que plusieurs papyrus conservés dans un récipient scellé. La découverte a été réalisée dans un secteur de la rive ouest de Louxor, région qui abrite depuis des millénaires les sépultures de dignitaires, de prêtres et de membres du clergé liés aux grands temples de la ville.

Si l’annonce d’une cachette funéraire attire naturellement l’attention du public, l’intérêt scientifique de cette trouvaille réside surtout dans les informations qu’elle pourrait fournir sur la société religieuse de Thèbes et sur les pratiques funéraires qui se sont développées au cours de la Troisième Période intermédiaire de l’Égypte ancienne.

Une cachette funéraire liée au clergé d’Amon

Les inscriptions visibles sur plusieurs cercueils mentionnent des titres religieux associés au culte d’Amon, l’une des divinités majeures du panthéon égyptien et protecteur du grand temple de Karnak. Parmi ces titres figure notamment celui de « chanteuse d’Amon », fonction religieuse occupée le plus souvent par des femmes rattachées au personnel du temple.

Ces chanteuses participaient aux rituels, aux processions et aux cérémonies musicales qui rythmaient la vie religieuse de Thèbes. Leur présence dans cette cachette funéraire suggère que plusieurs membres de ce cercle liturgique ont été enterrés dans un même espace, probablement dans le cadre d’une organisation collective des sépultures.

La disposition des cercueils dans la chambre funéraire, soigneusement empilés sur plusieurs niveaux, témoigne d’une gestion méthodique de l’espace. Ce type d’aménagement semble indiquer que la pièce a servi de dépôt funéraire, permettant de regrouper plusieurs sépultures dans un même lieu, pratique attestée à différentes périodes de l’histoire égyptienne.

Les papyrus, une source précieuse pour les chercheurs

La présence de papyrus parmi les objets découverts constitue l’un des aspects les plus prometteurs de cette fouille. Conservés dans un vase en terre cuite et protégés par des sceaux d’argile encore visibles, ces documents pourraient contenir des textes religieux, des formules funéraires ou des informations administratives liées aux temples.

Avant toute interprétation, ces papyrus devront être restaurés, dépliés et étudiés par des spécialistes. Leur contenu pourrait éclairer certains aspects de la vie religieuse et sociale à Thèbes, notamment les liens entre les institutions cultuelles et les individus qui y exerçaient des fonctions.

Dans l’archéologie égyptienne, la découverte de papyrus bien conservés reste relativement rare, car ces matériaux sont particulièrement sensibles au temps et aux conditions climatiques. Leur analyse représente donc une opportunité importante pour approfondir la connaissance de la civilisation pharaonique.

Une période de transition dans l’histoire de l’Égypte

Les premiers indices archéologiques situent cette cachette funéraire dans la Troisième Période intermédiaire, une époque qui s’étend approximativement du XIe au VIIIe siècle avant notre ère. Cette période est marquée par un affaiblissement du pouvoir central et par l’influence croissante des élites religieuses, notamment à Thèbes.

Dans ce contexte, le clergé d’Amon joue un rôle politique et économique de premier plan. Les temples disposent de ressources importantes et exercent une influence considérable sur la société locale. Les sépultures associées au personnel religieux témoignent de cette position particulière dans l’organisation sociale de l’époque.

L’étude de ces cercueils et des objets qui les accompagnent pourrait ainsi contribuer à mieux comprendre les transformations de la société égyptienne durant cette phase de transition, lorsque l’autorité pharaonique coexiste avec des pouvoirs régionaux et religieux.

Louxor, un laboratoire permanent de l’archéologie

Depuis plus d’un siècle, la région de Louxor demeure l’un des principaux centres de recherche archéologique au monde. Les fouilles menées dans la nécropole thébaine ont permis de documenter de nombreux aspects de la civilisation égyptienne, depuis les pratiques funéraires jusqu’à l’organisation des temples.

Chaque découverte vient compléter un ensemble de connaissances construit progressivement par les archéologues, les historiens et les égyptologues. Les nouvelles données recueillies à partir de cette cachette funéraire seront intégrées à ce travail collectif, qui repose sur l’analyse minutieuse des objets, des inscriptions et des contextes archéologiques.

Dans ce domaine, la valeur d’une découverte ne se mesure pas uniquement au nombre d’objets mis au jour, mais à la capacité des chercheurs à replacer ces éléments dans leur contexte historique et culturel.

Comprendre une civilisation à travers ses rites

La découverte des vingt-deux momies et des papyrus à Louxor rappelle que les pratiques funéraires occupaient une place centrale dans la civilisation égyptienne. Pour les anciens Égyptiens, les rites associés à la mort et à l’inhumation faisaient partie d’un système de croyances profondément lié à la religion et à la conception de l’au-delà.

Chaque cercueil, chaque inscription et chaque document retrouvé contribue à reconstituer cette vision du monde. À travers ces vestiges, les chercheurs peuvent observer la manière dont les institutions religieuses structuraient la société et comment les individus s’inscrivaient dans cet ordre symbolique.

La cachette funéraire récemment mise au jour à Louxor s’inscrit dans cette longue exploration de l’histoire égyptienne. Les analyses à venir permettront d’en mesurer pleinement l’importance, en apportant de nouveaux éléments pour comprendre la vie religieuse et sociale de l’une des civilisations les plus durables de l’Antiquité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Tour Eiffel : 72 femmes scientifiques proposées pour rejoindre la frise historique

Pour la première fois depuis sa construction en 1889, la frise du premier étage de la tour Eiffel pourrait accueillir des noms de femmes scientifiques, un projet initié par la Ville de Paris et l’association Femmes & Sciences visant à corriger une absence historique.

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Depuis l’inauguration du monument, la frise rend hommage à 72 scientifiques et ingénieurs français, tous masculins. L’initiative de 2025 de compléter cette frise par des figures féminines constitue un geste symbolique majeur, qui interroge la mémoire institutionnelle et les hiérarchies de reconnaissance dans l’histoire des sciences. Le projet reste soumis à validation par les Académies des sciences, des technologies et de médecine avant d’être concrétisé.

La tour Eiffel, érigée pour l’Exposition universelle de 1889, présente sur sa frise du premier étage les noms de 72 personnalités ayant contribué au développement scientifique et industriel français du XIXᵉ siècle. Ces inscriptions, dorées et visibles depuis le sol, reflétaient les normes et hiérarchies de reconnaissance de l’époque, qui excluaient les femmes de l’espace scientifique institutionnel. Cette situation a perduré pendant plus d’un siècle, faisant de la frise un symbole de la marginalisation historique des femmes dans le domaine scientifique.

En 2025, la Ville de Paris, la Société d’exploitation de la tour Eiffel et l’association Femmes & Sciences ont proposé d’ajouter à la frise 72 noms de femmes scientifiques. Les propositions incluent des figures majeures comme Marie Curie, physicienne et chimiste doublement lauréate du prix Nobel, Sophie Germain, reconnue pour ses travaux en théorie des nombres et en élasticité, Marguerite Perey, chimiste française ayant participé à la découverte du francium, et Yvonne Choquet-Bruhat, mathématicienne et physicienne pionnière dans son domaine. Les candidates retenues ont été sélectionnées en fonction de leur contribution scientifique, de leur lien avec la France par la naissance ou l’activité scientifique, et de la période historique allant de la Révolution française à nos jours. La liste a été transmise aux Académies compétentes pour validation finale avant gravure sur le monument.

Cette initiative dépasse le simple geste symbolique. Elle met en lumière la manière dont la mémoire scientifique et institutionnelle a historiquement exclu les femmes, reflétant des hiérarchies symboliques profondément enracinées. La frise de la tour Eiffel représente non seulement une reconnaissance publique des contributions scientifiques, mais également un instrument de légitimation culturelle et symbolique. L’ajout de noms féminins constitue un ajustement institutionnel visant à corriger une lacune historique, tout en renforçant la visibilité de figures longtemps marginalisées.

Par ailleurs, cette démarche s’inscrit dans un mouvement international de réévaluation des mémoires publiques. Dans plusieurs pays européens et aux États-Unis d’Amérique, des monuments et institutions ont entrepris des initiatives similaires afin de reconnaître la contribution des femmes scientifiques et de moderniser leur image institutionnelle. Toutefois, ce geste demeure avant tout symbolique : il ne modifie pas les structures réelles de pouvoir ni les inégalités persistantes dans les carrières scientifiques et académiques. La visibilité accordée sur un monument emblématique comme la tour Eiffel reflète la volonté de projeter une image modernisée et inclusive de la France sur le plan culturel et international, sans que cela traduise automatiquement une transformation des rapports de pouvoir dans la sphère scientifique.

Le projet ouvre des perspectives sur la manière dont d’autres institutions pourraient réévaluer leur patrimoine et leur mémoire pour inclure des figures féminines. Il soulève la question de la différence entre visibilité symbolique et pouvoir effectif, et invite à réfléchir sur la manière dont la mémoire collective et les récits nationaux peuvent être ajustés pour refléter davantage la diversité et la contribution effective de toutes les catégories d’acteurs historiques. La démarche de la Ville de Paris pourrait servir de modèle pour les musées, les universités et les académies qui cherchent à rééquilibrer la représentation des femmes dans l’espace public et institutionnel.

L’inscription prochaine de 72 noms de femmes scientifiques sur la tour Eiffel constitue un événement symbolique majeur. Elle met en lumière les dynamiques de reconnaissance institutionnelle et les hiérarchies historiques dans le domaine scientifique, tout en soulignant que la visibilité symbolique ne suffit pas à rétablir l’égalité réelle dans les institutions scientifiques. Plus qu’une simple correction historique, cette initiative révèle le rôle du patrimoine dans la reconfiguration des récits collectifs et dans la projection d’une image contemporaine et inclusive de la France.

Celine Dou pour, la Boussole-infos

France : retrait d’un manuel scolaire jugé antisémite relance le débat sur l’éducation et la mémoire

Un manuel parascolaire publié par Hachette a été retiré après avoir qualifié de « colons » les victimes du pogrom du 7 octobre, faisant réagir jusqu’au sommet de l’État. La polémique soulève des interrogations sur la diffusion de contenus sensibles dans les programmes éducatifs et sur la responsabilité des éditeurs et institutions dans la transmission du savoir aux jeunes.

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L’ouvrage, révélé par le compte X Sword of Salomon, a été jugé « intolérable » par Emmanuel Macron, qui a rappelé que « le révisionnisme n’avait pas sa place en République ». Au-delà de cette réaction officielle, la situation illustre la difficulté de maintenir un équilibre entre la liberté pédagogique, la rigueur historique et la vigilance contre la diffusion de représentations partiales ou idéologiques.

Le manuel parascolaire ciblé contenait des passages controversés sur le conflit israélo-palestinien, notamment la mention selon laquelle « 1200 colons juifs » seraient morts le 7 octobre. Cette formulation a été interprétée comme un déni du statut de victime de populations juives et comme un biais dans la présentation des faits historiques.

Les critiques ne se limitent pas au vocabulaire employé. Elles pointent également la responsabilité du processus éditorial : le cahier des charges, les rédacteurs, les relecteurs et les équipes du ministère de l’Éducation nationale qui autorisent la publication. Plusieurs observateurs estiment que l’ensemble du système a failli à garantir l’exactitude et la neutralité du contenu distribué aux élèves.

En réponse, Hachette a retiré le manuel de la circulation et a reconnu la gravité des propos. Le président de la République a rappelé que le révisionnisme, en niant ou déformant la réalité historique, « n’avait pas sa place en République ». L’affaire a été largement relayée sur les réseaux sociaux, suscitant indignation et débat parmi enseignants, parents et commentateurs.

Au-delà de l’incident précis, cette polémique révèle la complexité de la transmission des savoirs dans un contexte scolaire contemporain. Les manuels ne sont pas de simples instruments de diffusion d’information : ils organisent, hiérarchisent et interprètent des faits, souvent sensibles. Lorsqu’ils abordent des événements récents ou des mémoires collectives, chaque mot, chaque encadré ou illustration peut devenir le vecteur d’une lecture contestée.

Le retrait du manuel illustre la tension entre plusieurs exigences : la rigueur historique, la liberté pédagogique et la vigilance face aux biais idéologiques. Il interroge également le rôle des institutions éducatives dans la prévention de la diffusion de contenus susceptibles de renforcer des stéréotypes ou de banaliser des violences passées. Enfin, cette affaire met en lumière la rapidité avec laquelle une controverse médiatique peut amplifier un incident isolé, transformant un manuel parascolaire en symbole d’un enjeu social et politique plus large.

Cette controverse pose une question plus large : comment garantir que l’éducation transmette des savoirs fiables et équilibrés sans tomber dans la censure ni exposer les élèves à des visions partiales ou idéologisées du monde ? La situation montre qu’au-delà de chaque manuel, c’est l’ensemble du système éducatif et éditorial qui doit être attentif à la façon dont il façonne les représentations des jeunes générations.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Ukraine : des russophones renoncent à leur langue maternelle

Fait sociolinguistique réel ou construction d’un récit géopolitique ?

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, de nombreux médias occidentaux relaient l’idée selon laquelle une part significative des Ukrainiens russophones aurait volontairement cessé d’utiliser le russe, leur langue maternelle, par rejet politique et moral de la Russie. Ce phénomène, présenté comme un basculement massif et spontané, est souvent invoqué pour illustrer l’isolement de Moscou jusque dans les franges historiquement russophones de la société ukrainienne. Une lecture qui, si elle repose sur des faits observables, mérite néanmoins d’être examinée avec prudence et mise en perspective.

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La langue est rarement un simple instrument de communication. Elle est mémoire, héritage, intimité. Peut-on s’en détacher sans contrainte, surtout lorsqu’elle devient, en temps de guerre, un marqueur politique et symbolique ?

L’Ukraine est, depuis son indépendance, un État marqué par une pluralité linguistique profonde. Pendant des décennies, le russe a occupé une place centrale dans la vie quotidienne de millions de citoyens, bien au-delà des régions orientales et méridionales du pays. À Kyiv, à Kharkiv, à Odessa, l’usage du russe n’impliquait ni remise en cause de l’identité ukrainienne ni adhésion politique à la Fédération de Russie.

Cette réalité commence à se fragiliser à partir de 2014. Les événements de l’Euromaidan, qui conduisent à la chute du président Viktor Ianoukovitch, s’inscrivent dans un climat de polarisation politique extrême. Dans les jours qui suivent, le vote par le Parlement ukrainien d’un texte visant à abroger la loi linguistique de 2012 sans qu’il soit ensuite promulgué suscite une inquiétude durable dans les régions majoritairement russophones.
Bien que ce vote n’ait jamais produit d’effet juridique, il agit comme un signal politique fort, perçu par une partie de la population comme l’annonce d’une marginalisation progressive du russe.

Les tensions qui éclatent dans le Donbass s’enracinent dans ce contexte. Elles ne peuvent être réduites à une seule cause linguistique, pas plus qu’elles ne sauraient être comprises sans tenir compte du rôle joué par la Russie dans leur amplification. La question de la langue devient alors un levier, à la fois local et géopolitique.

À partir de 2017, les autorités ukrainiennes adoptent plusieurs réformes visant à renforcer l’usage de l’ukrainien dans l’enseignement, les médias et l’administration. Ces politiques ne prohibent pas le russe, mais elles redéfinissent clairement les hiérarchies linguistiques dans l’espace public, au nom de la consolidation de l’État et de la souveraineté nationale.

L’offensive militaire russe de février 2022 marque une rupture supplémentaire. La guerre transforme la langue russe en un symbole chargé, souvent associé à l’agression, à l’occupation et à la violence. Dans ce contexte, certains Ukrainiens russophones choisissent effectivement de privilégier l’ukrainien, parfois par conviction profonde, parfois par nécessité morale.

Toutefois, assimiler ce phénomène à un rejet unanime et librement consenti de la langue russe relève d’une simplification. En situation de conflit armé, la langue cesse d’être neutre. Elle devient un indicateur d’appartenance, parfois de loyauté supposée. Sans qu’aucune interdiction formelle ne s’exerce dans la sphère privée, l’usage public du russe peut exposer à une forme de désapprobation sociale, voire à une suspicion implicite.

Dans ces conditions, le renoncement au russe ne relève pas toujours d’un choix strictement intime. Il peut aussi traduire une adaptation à un environnement où l’expression linguistique est politisée. Cette dimension est rarement interrogée dans le traitement médiatique dominant, qui privilégie des témoignages individuels cohérents avec un récit géopolitique largement partagé dans les capitales occidentales.

Il ne s’agit pas de nier la sincérité de ces témoignages, mais de souligner leur caractère partiel. Les voix de russophones réticents à politiser leur langue, celles des habitants des territoires occupés ou des exilés, restent largement absentes du débat public international.

La situation ukrainienne rappelle que la langue, en temps de guerre, devient un champ de bataille symbolique. Elle peut servir à affirmer une souveraineté, mais aussi à exclure, volontairement ou non, des identités plurielles héritées de l’histoire. Cette dynamique n’est pas propre à l’Ukraine et mérite d’être interrogée à l’aune d’autres contextes nationaux confrontés à des conflits identitaires.

Le renoncement au russe par certains Ukrainiens russophones est un fait observable, mais il ne saurait être érigé en preuve définitive d’un rejet homogène de la Russie par l’ensemble de cette population. Il s’inscrit dans une réalité plus complexe, où se croisent choix personnels, pressions symboliques, politiques linguistiques et stratégies narratives liées au conflit.

À l’heure où l’information participe elle aussi aux rapports de force internationaux, la rigueur impose de distinguer les faits, leurs interprétations et leur instrumentalisation. Comprendre cette nuance, c’est refuser les récits commodes pour privilégier l’analyse une exigence essentielle pour qui prétend informer sans œillères.

Celine Dou, pour la Boussole – infos

Bulgarie : un rocher gravé pourrait révéler la toute première carte des étoiles – Une fenêtre sur les savoirs et le patrimoine préhistorique

Une pierre gravée découverte par hasard dans les montagnes Rhodopes, au sud de la Bulgarie, pourrait constituer l’une des premières représentations du ciel nocturne réalisées par l’homme. Cette découverte exceptionnelle invite à réfléchir non seulement sur la sophistication scientifique des sociétés préhistoriques, mais aussi sur la dimension culturelle et la nécessité de protéger un patrimoine fragile.

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À première vue, il s’agit d’un simple rocher au milieu d’une forêt. Mais à y regarder de plus près, ses 56 cavités coniques orientées avec précision suggèrent une cartographie consciente du ciel nocturne. Entre science, culture et préservation, cette pierre pourrait bouleverser notre compréhension des savoirs préhistoriques.

Le rocher, situé près du village de Skobelevo, mesure environ 2 mètres sur 3 et présente une surface couverte de cavités coniques disposées de manière non aléatoire. Les chercheurs identifient des correspondances possibles avec des constellations visibles à l’œil nu, telles que la Grande Ourse, Cassiopée, le Lion ou les Pléiades. La présence de mica dans la roche, qui reflète la lumière, renforce l’impression d’un ciel étoilé et pourrait indiquer un usage symbolique ou rituel.

Bien que la datation précise reste à confirmer en raison de l’absence de matières organiques associées, les comparaisons avec des sites voisins situent le rocher entre le Néolithique final et le début de l’Âge du fer, soit entre 2000 et 500 avant notre ère. Les chercheurs envisagent que cette pierre ait pu servir de calendrier stellaire permettant de repérer les cycles saisonniers, rythmer les pratiques agricoles ou guider les rituels communautaires.

La découverte ne se limite pas à un artefact archéologique : elle offre une lecture multidimensionnelle de la cognition et de la culture préhistorique. D’un point de vue scientifique, la répartition intentionnelle des cavités et l’orientation de la pierre suggèrent une représentation consciente du ciel, témoignant d’une capacité à observer et codifier l’environnement avec rigueur.

Sur le plan culturel, la gravure des constellations reflète des pratiques rituelles et sociales complexes, un lien étroit entre l’observation du ciel et l’organisation communautaire, ainsi qu’une forme de transmission des savoirs. Cette dimension symbolique rappelle que les sociétés préhistoriques concevaient l’astronomie autant comme un outil pratique que comme une expression culturelle, mêlant observation, croyances et mémoire collective.

Enfin, le site souligne l’importance de la préservation du patrimoine. Non protégé juridiquement, le rocher reste exposé aux éléments et aux risques liés à l’activité humaine. Sa conservation est essentielle pour permettre aux chercheurs de continuer à étudier les savoirs préhistoriques et pour que ce témoignage exceptionnel demeure accessible aux générations futures.

Au-delà de la Bulgarie, cette découverte invite à repenser la diffusion et la sophistication des savoirs astronomiques en Europe préhistorique. Elle incite également à réfléchir à la manière dont l’humanité comprend et représente le monde qui l’entoure, ainsi qu’à la responsabilité collective de préserver ce patrimoine unique.

Ce rocher gravé n’est pas seulement un témoin de l’astronomie naissante ; il incarne la rencontre entre observation scientifique, expression culturelle et mémoire historique. Sa découverte rappelle que même dans les sociétés anciennes, l’homme cherchait à comprendre, à représenter et à transmettre le cosmos, et qu’il nous incombe aujourd’hui de protéger ces traces précieuses de notre héritage commun.

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Celine Dou, pour la boussole-infos

Les bûchers ne sont que la partie émergée de l’iceberg; Trois siècles de chasses aux sorcières : quand la peur s’institutionnalise

Au-delà des images spectaculaires des bûchers, les archives révèlent que la chasse aux sorcières en Europe et dans certaines colonies s’est étendue sur plus de trois siècles, mobilisant tribunaux, clergé et populations locales. Femmes, marginaux et minorités furent les cibles principales d’un système judiciaire et social où la peur collective se transformait en persécution normalisée. Comprendre cette histoire, c’est dépasser les clichés pour saisir les mécanismes de stigmatisation et de violence institutionnalisée qui ont marqué plusieurs générations.

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Lorsque l’on évoque la chasse aux sorcières, les bûchers viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, ces flammes spectaculaires ne révèlent qu’une fraction des persécutions. Derrière l’image dramatique des exécutions se cache un monde complexe : procès, tortures, bannissements et confiscations se sont succédé pendant des siècles, orchestrés par des institutions religieuses et judiciaires qui légitimaient la peur et l’accusation arbitraire. L’histoire de ces trois siècles nous invite à réfléchir sur les mécanismes sociaux et politiques qui transforment la peur en violence collective.

Un phénomène étendu dans le temps et l’espace

Les premières poursuites pour sorcellerie apparaissent au XIVᵉ siècle, mais c’est à partir du XVe siècle que la chasse prend une forme structurée, portée par des textes théologiques et juridiques, comme la bulle papale Summis desiderantes affectibus (1484) ou le Malleus maleficarum (1487). Ces documents codifient l’association de la sorcellerie au diable, offrant un cadre légitime aux persécutions.

Le XVIᵉ et le début du XVIIᵉ siècle constituent l’apogée de ce phénomène : dans certaines régions, des dizaines voire des centaines de procès ont lieu chaque année. La torture, la dénonciation sociale et l’accusation arbitraire deviennent des instruments de contrôle social, et ce sont surtout les femmes, veuves, célibataires ou marginales qui sont ciblées.

Au‑delà du spectacle : des victimes multiples et invisibles

Les bûchers, bien que spectaculaires, ne représentent qu’une minorité des cas d’abus. De nombreuses victimes furent emprisonnées, torturées, bannies ou dépossédées de leurs biens sans jamais être exécutées. Les archives écossaises et allemandes montrent que les procès ont été innombrables, révélant une persécution systémique où la peur était institutionnalisée et prolongée sur des décennies.

Cette réalité contredit les représentations simplistes et met en évidence un mécanisme social de stigmatisation et de contrôle, qui s’est inscrit durablement dans les mentalités et les pratiques judiciaires de l’époque.

Le rôle des institutions et des doctrines

L’étude des documents historiques révèle que la persécution ne fut pas uniquement le fruit de superstitions populaires. Les tribunaux, le clergé et les autorités locales ont structuré et validé ces chasses, transformant la peur en outil de légitimation sociale et judiciaire. Le recours à la torture et aux confessions extorquées illustre l’artificialité des preuves et la violence institutionnalisée, qui dépasse largement le cadre des bûchers visibles.

Une transition vers la raison et la modernité

À partir du XVIIᵉ siècle, la fréquence des procès diminue, portée par l’influence de la raison, des Lumières et des réformes judiciaires. La critique du recours à la torture et la mise en place de normes probatoires plus strictes ont contribué à freiner les excès. La dernière exécution connue pour sorcellerie en Europe remonte à 1782 en Suisse, mettant un terme à des siècles de persécution.

Cette transition souligne un point essentiel : les sociétés peuvent corriger des excès de peur et d’injustice si la raison et la critique institutionnelle l’emportent sur la superstition et le pouvoir arbitraire.

Les bûchers ne sont que la partie visible d’un iceberg de persécutions qui a perduré sur trois siècles, touchant des milliers de victimes et mobilisant institutions et sociétés entières. Comprendre cette histoire, c’est saisir comment la peur, lorsqu’elle est institutionnalisée et légitimée, peut engendrer des violences systématiques et durables. Aujourd’hui, cette mémoire doit nous servir de leçon : la vigilance contre la stigmatisation, l’injustice et l’abus institutionnel reste un impératif universel.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Patrimoine immatériel et tensions régionales : l’inscription du caftan marocain révèle la polarisation de la culture

L’inscription du caftan marocain au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a suscité une vive réaction en Algérie, ravivant une querelle qui dépasse largement la question vestimentaire. Cette controverse met en lumière le rôle stratégique que jouent désormais les éléments culturels dans les rapports de force géopolitiques, notamment entre États en situation de rivalité durable.

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À première vue, il ne s’agit que d’un vêtement traditionnel. Mais dans le contexte maghrébin actuel, le caftan est devenu bien plus qu’un habit d’apparat : il est un symbole, un récit, et un enjeu de pouvoir.

Lors de sa récente session, l’UNESCO a inscrit le caftan marocain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi les savoir-faire, les pratiques sociales et l’ancrage historique de ce vêtement dans la culture du Royaume. Cette décision, présentée par Rabat comme une consécration patrimoniale, a immédiatement suscité une vague de réactions critiques en Algérie, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux.

À Alger, plusieurs voix ont dénoncé ce qu’elles perçoivent comme une forme d’appropriation culturelle, estimant que le caftan ferait également partie du patrimoine algérien, plus largement maghrébin. Les autorités algériennes ont rappelé, de manière indirecte, que certains costumes traditionnels intégrant le caftan avaient déjà été valorisés dans des dossiers culturels antérieurs, contestant ainsi l’idée d’une exclusivité marocaine.

Cette controverse illustre une réalité de plus en plus manifeste dans les relations internationales : la culture n’est plus un domaine neutre, périphérique ou strictement symbolique. Elle est devenue un levier stratégique à part entière. Dans un contexte de tensions politiques prolongées entre le Maroc et l’Algérie, chaque reconnaissance internationale prend une dimension politique implicite, voire conflictuelle.

L’UNESCO, souvent perçue comme une institution technique de sauvegarde culturelle, fonctionne également comme un espace de légitimation symbolique. L’inscription d’un élément au patrimoine immatériel contribue à fixer un récit officiel, à consacrer une continuité historique et à renforcer une identité nationale sur la scène internationale. Pour des États engagés dans une rivalité d’influence, cette reconnaissance équivaut à un gain de prestige et de crédibilité culturelle.

Lorsque les canaux diplomatiques traditionnels sont rompus ou gelés, la confrontation se déplace vers des terrains alternatifs : la mémoire, l’histoire, le patrimoine. Le caftan devient alors un territoire symbolique disputé, au même titre que d’autres éléments culturels déjà au cœur de tensions régionales. Ce type de conflit est d’autant plus sensible qu’il mobilise l’émotion, l’identité et le sentiment d’appartenance, rendant toute concession politiquement coûteuse.

Plus largement, cette affaire s’inscrit dans une dynamique mondiale où les États investissent la diplomatie culturelle comme outil de soft power. Musiques, gastronomie, vêtements traditionnels et récits historiques sont mobilisés pour influencer les perceptions, renforcer la cohésion interne et projeter une image favorable à l’international. La culture cesse ainsi d’être un simple héritage à préserver ; elle devient un instrument actif de la stratégie étatique.

La polémique autour du caftan marocain rappelle que, dans la géopolitique contemporaine, les batailles ne se livrent pas uniquement sur les terrains militaires ou économiques. Elles se jouent aussi dans l’arène symbolique, là où se construisent les récits et se consolident les identités. Réduire ces tensions à une querelle folklorique serait une erreur d’analyse. Derrière un élément de patrimoine se dessinent des enjeux de souveraineté, de légitimité et d’influence, révélateurs d’un monde où la culture est devenue l’un des champs de confrontation les plus durables et les plus stratégiques.

Celine Dou, pour la boussole-infos