En diffusant sur le réseau X une image générée par intelligence artificielle pour faire croire que Cilia Flores, épouse de Nicolás Maduro, aurait subi des violences physiques lors de son arrestation, la députée Sophia Chikirou a franchi un seuil supplémentaire dans l’usage militant de la falsification visuelle. Une séquence révélatrice d’une instrumentalisation idéologique de la souffrance féminine et d’une confusion assumée entre combat politique et manipulation émotionnelle.
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Iran : des femmes à moto, entre mobilité urbaine et remise en question des normes sociales
Depuis 2025, un nombre croissant de femmes à Téhéran prennent le guidon de motos et scooters, défiant un interdit implicite hérité de la République islamique. Entre besoins pratiques, contestation des normes de genre et tensions avec le cadre légal et religieux, ce phénomène illustre les mutations sociales en cours dans l’espace public iranien.
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Contexte historique : la mobilité féminine en Iran
Depuis la révolution de 1979, les femmes en Iran disposent légalement du droit de conduire des automobiles. Cependant, leur mobilité reste encadrée par des normes strictes de “modestie” et de code vestimentaire, imposées par la législation islamique et la pression sociale.
En revanche, la conduite de motos et de scooters a longtemps été réservée aux hommes. La loi ne délivrait pas de permis moto aux femmes, et les autorités invoquaient la nécessité de préserver la pudeur, estimant qu’une femme au guidon ne pouvait respecter le code vestimentaire prescrit, notamment en raison de l’exposition au vent et aux éléments. Ce tabou social et juridique limitait fortement la présence féminine sur deux-roues, même comme passagère.
L’émergence d’un phénomène depuis 2022
Le décès de Mahsa Amini en septembre 2022, suite à une intervention de la police des mœurs, a déclenché des mobilisations massives sous le slogan « Femme, Vie, Liberté ». Ces mouvements ont relancé le débat sur les droits des femmes et les libertés individuelles, ouvrant un espace de contestation visible dans la société.
Dans ce contexte, plusieurs femmes de Téhéran ont commencé à circuler à moto. Le reportage de France 24 du 12 novembre 2025 illustre ce changement : des femmes comme Merat Behnam, entrepreneure de 38 ans, utilisent désormais la moto pour des raisons pratiques circulation dense, stationnement limité mais aussi comme expression discrète de leur autonomie.
Cadre légal et ambiguïtés
La loi iranienne reste ambiguë : aucune disposition explicite n’autorise ou interdit la conduite de motos par les femmes. Cependant, les autorités continuent d’émettre des avertissements, et la délivrance de permis reste largement réservée aux hommes. La situation reflète une contradiction entre les évolutions pratiques de la société et un cadre légal et religieux encore conservateur.
Implications sociétales
- Redéfinition de l’espace public : ces femmes occupent désormais des espaces jusque-là masculins, remettant en cause les normes de genre dans l’espace urbain.
- Autonomie pratique et économique : au-delà de la symbolique, la moto devient un outil concret de mobilité dans un contexte urbain difficile.
- Évolution des mentalités : bien que minoritaire, le phénomène traduit une acceptation progressive de la visibilité des femmes dans des rôles autrefois interdits, signe d’une mutation sociale plus large.
Analyse : un indicateur de changement
Ce phénomène peut être interprété comme un symbole de modernisation sociale dans un pays où les libertés féminines restent restreintes. Il illustre la tension entre :
- des contraintes légales et religieuses toujours strictes,
- une société urbaine qui impose des besoins pratiques,
- et une jeunesse et des femmes déterminées à s’affirmer dans l’espace public.
L’émergence de la motarde urbaine iranienne est donc à la fois un acte quotidien de mobilité et une forme de contestation sociale silencieuse, annonçant peut-être des réformes futures, notamment dans la délivrance de permis et la reconnaissance officielle de ce droit.
À Téhéran, la moto devient le symbole d’une mobilité féminine en mutation, reflet des tensions entre normes traditionnelles et aspirations à l’autonomie. Si l’impact reste limité quantitativement, il est révélateur des changements en cours dans la société iranienne et mérite un suivi attentif, tant du point de vue social que juridique.
Celine Dou
Aïshat Baymuradova retrouvée morte à Erevan : un drame qui révèle les risques transnationaux pour les femmes fuyant la Tchétchénie
Le 19 octobre 2025, le corps d’Aïshat Baymuradova, 23 ans, originaire de Tchétchénie, a été retrouvé dans un appartement de la capitale arménienne. Si ce drame attire l’attention par sa violence, il révèle surtout des dynamiques structurelles complexes : les femmes fuyant la Tchétchénie restent exposées à des pressions, des menaces et des violences transnationales, même hors de leur région d’origine.
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La Tchétchénie : entre autonomie politique et contrôle patriarcal
La Tchétchénie est un État constitutif de la Fédération de Russie, avec une autonomie politique significative. Elle est majoritairement musulmane et applique strictement la charia sous l’autorité de Ramzan Kadyrov. Dans ce cadre, la vie des femmes est fortement encadrée : mariage, comportement personnel, choix de vie sont soumis à des normes religieuses et familiales strictes.
Ce système crée un environnement où toute émancipation féminine peut être perçue comme une transgression grave. Fuir n’est donc pas seulement un choix personnel : c’est un acte qui peut avoir des répercussions transnationales, par le biais de réseaux de contrôle, de surveillance et parfois de représailles, même à l’étranger.
La fuite et ses limites
Aïshat Baymuradova avait quitté sa région pour échapper à ces contraintes et à des violences familiales présumées. Elle s’installe à Erevan, espérant trouver un espace de liberté et de sécurité. Mais son décès met en évidence la fragilité des mécanismes de protection pour les femmes en exil.
Des ONG et associations de défense des droits humains rapportent que certaines femmes tchétchènes en exil restent exposées à des menaces : surveillées par des réseaux liés aux autorités tchétchènes, elles peuvent être victimes de pressions ou même de violences physiques, parfois orchestrées à distance. Des images de vidéosurveillance à Erevan montrent deux individus quittant l’immeuble où Aïshat résidait le soir de sa disparition, apparemment en direction de la Russie, illustrant ce type de contrôle transnational.
Les enjeux de la protection internationale
Au-delà du drame individuel, le cas d’Aïshat pose une question centrale : comment assurer la protection réelle des femmes réfugiées ? Même lorsqu’elles quittent leur pays pour chercher refuge, les mécanismes de protection restent souvent insuffisants. L’Arménie, qui accueillait Aïshat, n’a pas pu garantir sa sécurité, mettant en lumière les lacunes des dispositifs de protection des réfugiés dans certains États.
Des appels ont été lancés pour une enquête transparente et indépendante, mais l’affaire illustre surtout que la sécurité des femmes en exil dépend autant de la vigilance des États d’accueil que de la coopération internationale.
Une tragédie révélatrice de dynamiques systémiques
Ce meurtre dépasse le simple fait divers : il révèle des dynamiques structurelles et transnationales. La combinaison de normes patriarcales strictes, d’une législation religieuse appliquée localement et de réseaux de contrôle transfrontaliers rend l’exil souvent incomplet pour les femmes tchétchènes.
Aïshat Baymuradova n’est pas seulement une victime : elle est le symbole des obstacles systémiques auxquels sont confrontées les femmes fuyant des régimes patriarcaux stricts. Son histoire rappelle la nécessité de renforcer les dispositifs internationaux de protection et d’anticiper les risques qui continuent de peser sur celles qui cherchent à vivre librement.
Celine Dou
Femmes dirigeantes et ONU : analyse d’une campagne controversée sur l’émancipation féminine et le niqab
La récente campagne d’UN Women, associant leadership féminin et niqab, a déclenché une polémique mondiale. Si elle vise à valoriser le rôle des femmes dans la consolidation de la paix, le choix des symboles et l’influence politique des États membres interrogent la cohérence du discours onusien sur les droits des femmes et sa crédibilité internationale.
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I. Une campagne qui interroge
Le 20 octobre 2025, UN Women a publié sur ses réseaux sociaux une photographie de femmes soudanaises portant des niqabs colorés, accompagnée du slogan : « Quand les femmes dirigent, la paix s’installe ». L’objectif affiché est de montrer que le leadership féminin contribue à la stabilité et à la paix, en particulier dans les zones de conflit. Parmi les figures mises en avant, Amna Idres Musa Mahamod, dirigeante de l’Association des femmes Al-Wifag au Soudan, est présentée comme une militante de l’égalité des sexes et des droits économiques des femmes dans les zones rurales.
Toutefois, le choix de la symbolique vestimentaire a suscité de nombreuses critiques. Sur X (anciennement Twitter), l’essayiste Ferghane Azihari a dénoncé ce qu’il considère comme « l’illustration de l’émancipation féminine par l’uniforme qu’imposent les régimes les plus misogynes ». Caroline Fourest, journaliste spécialisée dans les questions de laïcité et d’intégrisme religieux, a exprimé son étonnement : « Faire du niqab le signe du leadership au féminin, une fois de plus, rien ne va plus à l’ONU ».
II. Analyse symbolique et féministe
L’intervention de la franco-iranienne Abnousse Shalmani apporte un éclairage supplémentaire. Pour elle, l’émancipation féminine ne peut être représentée par des symboles qui assignent les femmes à l’invisibilité sociale et politique. Dans son discours, elle rappelle que la liberté et la visibilité des femmes sont des conditions sine qua non de l’égalité, et que la promotion de leadership féminin tout en valorisant des signes de soumission est paradoxale.
Ainsi, si l’ONU cherche à mettre en avant des femmes dirigeantes comme vectrices de paix, le recours au niqab comme symbole central brouille le message. Il en résulte une contradiction entre le discours universel sur les droits des femmes et les représentations choisies par l’organisation.
III. Contexte politique et institutionnel
Au-delà de la symbolique, la campagne s’inscrit dans un contexte plus large : depuis plusieurs années, l’ONU est influencée par des pays aux législations restrictives sur les droits des femmes, souvent qualifiés d’États islamistes. Cette influence se traduit dans la sélection des programmes et des messages de communication, mais également dans la partialité perçue de l’organisation face à certains conflits internationaux.
Les positions de l’ONU sur la guerre israélo-palestinienne, notamment à travers ses accusations répétées contre Israël de « crimes de guerre » et de « génocide », contrastent avec le traitement plus mesuré ou inexistant de violations des droits humains commises par d’autres acteurs. Pour les spécialistes du droit international, cette situation illustre la difficulté de concilier discours universel et réalités politiques, et questionne la crédibilité de l’organisation comme arbitre impartial des droits humains.
La polémique autour de la campagne de l’ONU dépasse le simple débat sur le niqab. Elle met en lumière une tension structurelle entre l’universalité proclamée des droits humains et l’influence politique des États membres. Entre symboles contestés et compromis institutionnels, la communication de l’ONU révèle ses limites, tant sur le plan de la cohérence que sur celui de la crédibilité internationale.
Cette campagne souligne la nécessité pour l’organisation de réfléchir à la manière dont symboles et messages institutionnels peuvent refléter, ou au contraire brouiller, ses objectifs en matière d’émancipation féminine et de droits humains.
Celine Dou, pour la boussole-infos